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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 15:50

Les polémiques

Un portrait de Shakespeare

Le statut exceptionnel de Shakespeare sur la scène littéraire anglo-saxonne a naturellement entraîné un culte autour de sa personne, matérialisé par une recherche critique toujours plus pointue. La rareté des informations concernant sa biographie entraîna de nombreuses polémiques et remises en question, principalement autour de l’identité même du dramaturge. Nous ne rendons pas ici un résumé exhaustif de la question, mais nous dressons une liste des éléments les plus importants dans le débat général.

Réputation et recherche critique

La renommée de William Shakespeare a continué de grandir après l’époque élisabéthaine, comme le montre le nombre d’œuvres critiques qui lui furent dédiées dès le XVIIe siècle et par la suite[57],[58],[59],[60]. Pourtant, même s’il avait une excellente réputation de son vivant, Shakespeare n’était pas considéré comme le meilleur poète de l’époque. On l’intégrait dans la liste des artistes les plus en vue, mais il n’atteignait pas le niveau d'Edmund Spenser ou de Philip Sidney surtout parce que « outre les critiques malveillants d'un entourage qui prétendait que les drames de Shakespeare n'avaient pas été écrits par lui, on s'opiniâtrait dans l'idée que l'homme n'était qu'un ignorant[61]. » Il est difficile d’évaluer sa réputation en tant qu’écrivain pour la scène : les pièces de théâtre étaient alors considérées comme des œuvres éphémères, d’indignes divertissements sans véritables valeurs littéraires. Toutefois, le Folio de 1623 et sa réédition neuf ans plus tard prouvent qu’il était tout de même passablement respecté en tant que dramaturge : les coûts d’impression opéraient une sorte de sélection préalable pour les auteurs « publiables » ; avant lui, Ben Jonson avait été un pionnier dans ce domaine, avec la publication de ses œuvres en 1616.

Après l’interrègne (1642-1660), pendant lequel le théâtre fut interdit, les troupes théâtrales de la Restauration eurent l’occasion de puiser dans un beau vivier de dramaturges de la génération précédente : Beaumont et Fletcher étaient extrêmement populaires, mais également Ben Jonson et William Shakespeare. Leurs œuvres étaient souvent adaptées pour la dramaturgie de la Restauration, alors qu'il nous semble aujourd’hui blasphématoire d’avoir pu mutiler les œuvres de Shakespeare. Un exemple célèbre concerne le Roi Lear de 1681, aseptisé par Nahum Tate pour se terminer en happy-end, version qui demeura pourtant jouée jusqu’en 1838. Dès le XVIIIe siècle, la scène anglaise jusque-là dominée par Beaumont et Fletcher fit place à William Shakespeare, qui la tient jusqu’à nos jours.

Si son entourage immédiat et son époque manifestèrent une certaine méfiance à son égard, les intellectuels, critiques littéraires et écrivains des siècles suivants lui rendirent très vite un hommage appuyé[62]. Les règles rigides du théâtre classique (unité de temps, de lieu et d’action) n’avaient jamais été suivies par les dramaturges anglais, et les critiques s’accordaient pour donner à Ben Jonson une poussive seconde place. Mais la médaille d’or fut immédiatement accordée à « l’incomparable Shakespeare » (John Dryden, 1668), le naturel intuitif, le génie autodidacte, le grand peintre du genre humain. Le mythe qui voulait que les romantiques furent les premiers à apprécier Shakespeare à sa juste valeur ne résiste pas aux témoignages enthousiastes des écrivains de la Restauration et du XVIIIe siècle, comme John Dryden, Joseph Addison, Alexander Pope et Samuel Johnson. On doit aussi aux spécialistes de cette période l’établissement du texte des œuvres de Shakespeare : Nicholas Rowe composa la première édition académique du texte en 1709, et la Variorum Edition d’Edmund Malone (publiée à titre posthume en 1821) sert encore aujourd’hui de base aux éditions modernes. Au commencement du XIXe siècle, des critiques romantiques comme Samuel Taylor Coleridge vouèrent une admiration extrême pour Shakespeare (la « bardolâtrie »), une adulation tout à fait dans la ligne romantique, vouant une révérence au personnage du poète, à la fois génie et prophète.

La question de l’identité

Les documents officiels prouvent qu’un certain William Shakespeare a bel et bien vécu à Stratford-upon-Avon et à Londres. La majorité des critiques est désormais d’accord pour identifier ce William Shakespeare comme l'auteur des pièces. Pourtant, il y eut autrefois une polémique passionnée sur l’identité du dramaturge, à laquelle ont même participé des écrivains comme Walt Whitman[63], Mark Twain (« Is Shakespeare Dead[64]? »), Henry James ou Sigmund Freud : tous doutaient que le citoyen de Stratford nommé William Shaksper ou Shakspere ait réellement composé les œuvres qui lui étaient attribuées.

Une signature de Shakespeare

Leurs arguments sont multiples : absence de mention d’œuvres littéraires dans son testament, inexistence de manuscrits littéraires d'époque[65], circonstances très floues des années de formation du jeune artiste, variation de l’orthographe de son patronyme, manque d'homogénéité du style et de la poétique des œuvres. Les spécialistes sont actuellement en mesure de réfuter ce genre d’argumentaire et pensent avoir éclairci le prétendu mystère de l’identité du poète, polémique qui, comme ils le font remarquer, commence au XIXe siècle avec des observations sur le supposé manque d’éducation de l’auteur, seuls des aristocrates ayant eu l'étoffe d'écrire de telles pièces mais ne pouvant les assumer, auraient utilisé Shakespeare comme prête-nom[66],[67]. Auparavant, les critiques n'étudiaient pas la question[68].

Les critiques s’appuient aussi sur l’extrême rareté des documents historiques et les mystérieuses contradictions dans sa biographie : même une vénérable institution telle que la National Portrait Gallery de Londres refusa d’authentifier le célèbre Flower Portrait de Stratford-upon-Avon, qui tomba en discrédit après qu’il se fut avéré qu’il s’agissait d’une contrefaçon du XIXe siècle[N 4]. Certains francs-tireurs ont donc suggéré que des écrivains comme Francis Bacon[69], Christopher Marlowe[70], John Florio, la reine Élisabeth Ire ou le roi Jacques Ier d'Angleterre se cachaient derrière le pseudonyme de Shakespeare en tant qu’auteurs principaux ou co-auteurs de tout ou partie des œuvres. Leurs origines aristocratiques expliquant la surprenante maîtrise stylistique du jeune homme de Stratford.

La thèse Bacon repose essentiellement sur un cryptogramme qui aurait été découvert dans l'édition originale des œuvres de Francis Bacon, notamment le De rerum organum : cette édition recellerait, cryptée et codée, une autobiographie de F. Bacon, lequel n'hésiterait pas à proclamer qu'il a « réalisé des œuvres diverses, comédies, tragédies, qui ont connu une grande renommée sous le nom de Shakespeare ». Ce texte contient cependant, par ailleurs, un nombre d'invraisemblances tel qu'on ne peut sérieusement lui accorder crédit[71].

D'autres « anti-stratfordiens » comme Abel Lefranc ou J. T. Looney pensèrent que les pièces devaient être l'œuvre d'un homme de cour. Le nom du comte de Derby est avancé par Abel Lefranc en 1918 dans Sous le masque de William Shakespeare : William Stanley, VIe comte de Derby, celui d'Édouard de Vere, le 17e comte d’Oxford, un noble familier de la reine Élisabeth, par J. T. Looney. Le comte de Rutland et l'un ou l'autre des comtes d'Essex sont aussi nommés.

Ainsi, dans les années 1920[72], les partisans du comte d’Oxford ébauchèrent des théories s’appuyant sur des correspondances entre la vie de ce gentilhomme et les événements décrits dans les sonnets shakespeariens (théorie oxfordienne de la paternité de Shakespeare (en)). En outre, Edward de Vere était considéré de son vivant comme un poète et écrivain talentueux qui possédait la culture et l’expérience que les partisans de cette thèse pensaient qu'on était en droit d'attendre d’un dramaturge de la stature de Shakespeare. Mais le comte était né quatorze ans avant Shakespeare et décédé douze ans avant lui[73].

En 1907, le critique allemand Karl Bleibtreu (en) affirme dans Der Wahre Shakespeare que l'auteur des grandes pièces signées Shakespeare est Roger Manners, Lord Rutland, thèse reprise en 1912 par Célestin Demblon dans son ouvrage Lord Rutland est Shakespeare.

En 2007, c’est le tour de Sir Henry Neville, diplomate, membre du Parlement, qui, selon Brenda James et William Rubinstein, aurait demandé à Shakespeare de lui servir de prête-nom[74]. Stimulé par cette théorie, John Casson se met au travail et affirme bientôt avoir découvert six nouveaux titres qui seraient des œuvres de Shakespeare-Neville, dont Arden of Faversham et Mucidorus[75].

L'œuvre de Shakespeare est aussi parfois attribuée à d'autres dramaturges : Chettle, Dekker, Robert Greene qui accuse Shakespeare de plagiat dans Greene's Groats-Worth of Wit (en), Middleton, Peele, Webster : tous ont eu des partisans plus ou moins convaincants.

Dès 1882, une bibliographie de la controverse est publiée. On en arrive en fin de compte à une liste de cinquante candidats en 2007 puis 77 en 2012[76], lesquels auraient travaillé séparément, ou collaboré, pour fabriquer cette œuvre composite qu'est le théâtre de Shakespeare.

La question corollaire à l’identité est celle de l’intégrité des textes : les critiques rencontrent des difficultés avec certaines pièces (voir notamment Henry VI (première partie)) pour déterminer exactement quelle part du texte il faut attribuer à Shakespeare. À l’époque élisabéthaine, les collaborations entre dramaturges étaient fréquentes, et les spécialistes continuent d’étudier les textes de l’époque pour dessiner un contour plus précis de l’apport réel du poète[77].

La religion de Shakespeare

Quelques chercheurs contemporains ont écrit que Shakespeare était aux marges de l'anglicanisme et avait de fortes inclinations vers la religion catholique[78].

Enfin, divers auteurs maçonniques ont affirmé que Shakespeare était membre des loges[79]. Quelques-uns vont jusqu'à dire qu'il fut le créateur de la franc-maçonnerie[80].

La question est irrésolue : Shakespeare n'aurait pas pu être un bon catholique s'il était membre des loges, car la franc-maçonnerie a été fréquemment condamnée par les papes. De plus, l'anglicanisme était très proche du catholicisme sur de nombreux aspects et oscillait continuellement entre une branche catholique et une branche protestante.

La question de la sexualité

Article détaillé : Sexualité de Shakespeare.

Le contenu des œuvres attribuées à Shakespeare a soulevé la question de son identité sexuelle. Son éventuelle bisexualité a scandalisé la critique internationale, eu égard à son statut d'écrivain célèbre[81].

La question de savoir si un auteur élisabéthain était « homosexuel » dans le sens moderne est anachronique, les concepts d'homosexualité et de bisexualité n'ont émergé qu'au XIXe siècle. Tandis que la sodomie était un crime à l'époque de Shakespeare, il n'y avait aucun mot pour désigner une identité exclusivement homosexuelle. Bien que vingt-six des sonnets de Shakespeare soient des poésies d'amour adressées à une femme mariée (connue comme la « dark lady » - la dame sombre), cent vingt-six sont adressés à un jeune homme (connu comme le « fair lord » - le prince éclatant). La tonalité amoureuse du dernier groupe, qui se concentre sur la beauté du jeune homme, a été interprétée comme preuve de la bisexualité de Shakespeare, bien que d'autres considèrent que ces sonnets ne se rapportent qu'à une amitié intense, un amour platonique[82].

« Shakespeare, notre contemporain [N 5] »

  • Dans le roman 1984 de George Orwell, les seules œuvres artistiques qui ont échappé à la censure sont les œuvres de Shakespeare.
  • La Reduced Shakespeare Company, dont le nom est évidemment une référence à la Royal Shakespeare Company, est une troupe d'acteurs américaine qui se produit depuis 1995 au Théâtre Criterion sur Piccadilly Circus, à Londres. Ils ont écrit et joué avec succès la pièce The Compleat Works of Wllm Shkspr (abridged) (Les œuvres complètes de William Shakespeare en abrégé), soit 37 pièces de Shakespeare condensées en 107 minutes. Pour le compte de la BBC, une version radio a aussi été enregistrée et diffusée en 1994.
  • Le film Shakespeare in Love, sorti en 1999 sur un scénario de Tom Stoppard, s'inspire (peut-être) d'un épisode de la vie de Shakespeare survenu en 1593 : endetté jusqu'au cou et harcelé par son commanditaire, Shakespeare promet de lui livrer rapidement une nouvelle pièce, qu'il a intitulée Roméo et Ethel, la fille du pirate. Mais, hors le titre, le dramaturge n'a pas la moindre inspiration. Viola, une jeune lady appréciant les sonnets de Shakespeare, rêve de monter sur scène, ce qui est rigoureusement interdit aux femmes à cette époque. Elle se déguise alors en garçon et décroche le rôle de Roméo. Shakespeare découvrant l'identité de son jeune premier en tombe alors amoureux et trouve enfin l'intrigue et le nouveau titre de sa pièce Roméo et Juliette soufflée dans une taverne par Christopher Marlowe.
  • Il existe en France une « Shakespearomanie » attestée et répertoriée dans les ouvrages de littérature générale. Le Larousse des littératures la décrit ainsi : « empressement que suscitèrent en France les œuvres de Shakespeare à partir du XVIIIe siècle, Hamlet connut plus de 200 représentations entre 1769 et 1851[83]. »

Annexes

Bibliographie

La librairie Shakespeare and Co à Paris

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article : ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article

  • Peter Ackroyd (trad. Bernard Turle), Shakespeare : La Bibliographie [« Shakespeare, The Biography »], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points » (no P1986), 2006 (1re éd. 2005), Poche, 764 p. (ISBN 978-2-7578-0556-5)  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Stendhal, Racine et Shakespeare, Paris, Le Divan, 1928.
  • Victor Hugo, William Shakespeare, Paris, Librairie Internationale, 1863.
  • Jean-Marie et Angela Maguin, William Shakespeare, Paris, Fayard, 1996. (ISBN 2213596239)
  • C.L Chambrun, Shakespeare retrouvé, Paris, Larousse et Plon, 1948.
  • H. Granville-Barker et G.B Harrison, A Companion to Shakespeare Studies, Cambridge, 1934, réimpression 1960.
  • Michèle Willems, La Genèse du mythe shakespearien, 1600-1780, Paris, PUF, 1980.
  • Fausto Cercignani, Shakespeare's Works and Elizabethan Pronunciation, Oxford, Clarendon Press, 1981.
  • Samuel Schoenbaum, Shakespeare's Lives, Oxford University Press, 1987, réédition 1991, 1998 (ISBN 0198186185)
  • Jean Paris, Hamlet ou Les personnages de fils, Paris, Le Seuil, 1953.
  • Jan Kott, Szkice o Szekspirze, 1961, édition révisée et complétée : Szekspir współczesny, Varsovie, PIW, 1965.
    • en français : première édition : Shakespeare notre contemporain, traduction d'Anna Posner, Collection "Les Temps Modernes", Paris, Julliard, 1962 - réédition : traduction d'Anna Posner, préface de Peter Brook, Paris, Payot, coll. Essais Payot, 1993 (ISBN 9782228886222); coll. Petite Bibliothèque Payot, n° 593, 2006 (ISBN 2228900990) [présentation en ligne]
  • Jean Paris, Hamlet et Panurge, Paris, Le Seuil, coll. "Change", 1971.
  • François Laroque, Shakespeare: comme il vous plaira, Paris, Gallimard, coll. "Découvertes", 1991.
  • André Suarès, Poète Tragique, Portrait de Prospero, Paris, Émile-Paul, 1921, réed. "Œuvres", Paris, R. Laffont, coll. "Bouquins", 2003
  • Georges Connes, Le Mystère shakespearien, Paris, Boivin, 1926 (ASIN B0000DUT9L)
  • Michele Ciarammella, A Short Account of English Literature, chapitre : "The Age of Shakespeare", Rome, Edizioni Cremonese, 1957 - Londres, Cassel & Co. Ltd, 1966.
    Michele Ciarammella est spécialiste de la littérature anglaise et professeur à l'université de Naples.
  • Richard Marienstras, Le Proche et le lointain (sur Shakespeare, le drame élisabéthain et l'idéologie anglaise aux XVIe et XVIIe siècles), Paris, Minuit, coll. Arguments, 1981.
  • Théâtre du Soleil, Shakespeare, introduction de Claude Roy, Double Page, n°21, 1982
  • Théâtre du Soleil, Shakespeare, 2e partie, textes de Sophie Moscoso et Raymonde Temkine, Double Page, n°32, 1984
  • Jean-Claude Lallias, Jean-Jacques Arnaud, Michel Fournier, Shakespeare, la scène et ses miroirs, Théâtre Aujourd’hui, n°6, CNDP, 1998 (Diapositives et CD, sur La Nuit des rois) [présentation en ligne]
  • René Girard, Shakespeare, les feux de l'envie, Paris, Grasset, 1990.
  • Pascale Drouet, Mise au ban et abus de pouvoir. Essai sur trois pièces tragiques de Shakespeare, Paris, Pups, 2012, (ISBN 978-2-84050-852-6)

Filmographie

Films sur Shakespeare

Adaptations cinématographiques de ses pièces

Article détaillé : en:Shakespeare on screen.

Les pièces de Shakespeare ont été adaptées dans plus de 420 films[84]. Certains sont fidèles à l'histoire originale, d'autres n'utilisent que des éléments de l'intrigue. Cette liste est donc une sélection (une liste quasi exhaustive est établie par le British Universities Film & Video Council)[N 6].

Adaptations télévisées majeures de ses pièces

La première tétralogie de Shakespeare (Richard III et les trois pièces consacrées à Henry VI)[85] a été condensée en 1963 en un spectacle intitulé Wars of the Roses[86], interprété par la Royal Shakespeare Company. Cette mise en scène a fait l'objet, en 1965, d'une adaptation télévisée diffusée en plusieurs épisodes à la BBC[87],[88].

De 1978 à 1985, la BBC a produit l'adaptation télévisée de 37 pièces[89] de Shakespeare. Cet ensemble unique[90], joué par quelques-uns des meilleurs comédiens britanniques (Derek Jacobi, Anthony Quayle, John Gielgud, etc.), est très fidèle aux textes originaux et propose des mises en scène inspirées de la tradition théâtrale anglaise[91]. Cette série a été diffusée sur France 3 au milieu des années 1980.

Article détaillé : en:BBC Television Shakespeare.

Œuvres musicales et littéraires inspirées de pièces de Shakespeare

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 09:35
 

Pharaon

Le terme pharaon désigne les souverains d'Égypte durant l'Antiquité égyptienne. Le pharaon était à la fois l'administrateur principal, le chef des armées, le premier magistrat et le prêtre suprême de l'Égypte antique. Il est le fils de . Le mot, se basant sur une expression égyptienne, est un emprunt biblique et n'a jamais servi de titre pour désigner les rois d'Égypte à leur époque et ne se rencontre d'ailleurs pas dans le protocole des souverains égyptiens[1].

D'après l'historiographie égyptienne, la monarchie fut créée par le démiurge qui la transmit aux dieux ses successeurs, puis à des créatures divines, les suivants d'Horus qui, dans les listes royales, précèdent immédiatement les rois historiques. Pharaon avait donc une mission à remplir : mettre en œuvre la règle de Maât sur terre c'est-à-dire assurer l'harmonie entre les hommes et le ciel, être garant de la morale de son peuple, contribuant ainsi à assurer son éternité et la prospérité de l'Égypte. Maintenir l'ordre du monde (Maât) et combattre le Mal (Isfet) sous toutes ses formes, c'est satisfaire les divinités qui « vivent de Maât ». Aussi Pharaon se doit-il de bâtir, de restaurer et d'agrandir les temples, d’assurer le bien-être de ses sujets et de veiller à l’accomplissement correct des rites. Dans la pratique, il délègue l'exercice du culte au clergé qu'il supervise.

Il revenait à Pharaon de choisir seul la politique à mener. Comme pour le culte, il déléguait l'exécution de ses décisions à une cohorte de scribes, de conseillers et de fonctionnaires :

  • au(x) vizir(s), sorte de premier ministre, de faire exécuter ses décisions et rendre la justice en son nom ;
  • au général des armées d'organiser et de mener les campagnes militaires qu'il décide ;
  • au grand prêtre de veiller aux rites et de gérer les biens du clergé ;
  • aux scribes de répertorier les décrets, les transactions, les récoltes ;
  • aux simples prêtres de rendre hommage aux dieux en ses lieu et place.

Étymologie[modifier]

Égyptien ancien, grec ancien, hébreu[modifier]

Le mot français « pharaon » dérive du grec ancien φαραώ / pharaố, mot introduit dans cette langue par la traduction en grec de la Bible. Il dérive de l'égyptien ancien per-âa (pr-ˁȝ en transcription scientifique).

Ce mot désignait à l'origine le palais royal (en tant qu'institution) et signifiait « la grande (ˁȝ) maison (pr) ».

Sur le papyrus Westcar (5,2), on trouve

Dans la Bible, le mot « farao » (פרעה) désigne plutôt l'institution qu'un monarque précis. Il y a deux pharaons, ou rois d'Égypte, dans la Genèse : celui qu'Abraham rencontre[4], quand il descend en Égypte avec son épouse, et celui que rencontrent Joseph et ses frères. On en trouve également deux dans l'Exode : celui de la naissance et du mariage de Moïse — qui meurt au verset 2, 23[5] — puis celui de la sortie d’Égypte emmenée par le même Moïse. Un Pharaon apparaît également dans les livres des Rois, du temps de Salomon, qui épouse sa fille. Dans le Deuxième livre des Rois (23, 29-35)[6] et dans le Livre de Jérémie (46, 2)[7], le « Pharaon Neco » est nommé. Il est identifié avec Nékao II.

Flavius Josèphe écrit à ce sujet :

« D'aucuns se seront demandé pourquoi tous les rois égyptiens, depuis Minaeos (Ménès), le fondateur de Memphis, qui précéda de beaucoup d'années notre ancêtre Abraham, jusqu'à Salomon, dans un intervalle de plus de treize cents ans, ont été appelés Pharaon (Pharaôthès) ; aussi ai-je jugé nécessaire, pour dissiper leur ignorance et éclaircir l'origine du nom, de dire ici que Pharaon chez les Égyptiens signifie roi. Je crois qu'à leur naissance ils recevaient d'autres noms, mais dès qu'ils devenaient rois, on leur donnait le titre qui désigne leur puissance dans la langue nationale. C'est ainsi que les rois d'Alexandrie, d'abord appelés d'autres noms, recevaient à leur avènement au trône le nom de Ptolémée, d'après celui du premier roi. De même, les empereurs romains, après avoir porté d'autres noms de naissance, sont appelés César, titre qu'ils tiennent de leur primauté et de leur rang, et abandonnent les noms que leur ont donnés leurs pères. Voilà pourquoi, je suppose, Hérodote d'Halicarnasse, quand il raconte qu'après Minœos, le fondateur de Memphis, il y eut trois cent trente rois d'Égypte, n'indique pas leurs noms, parce qu'ils s'appelaient du nom générique de Pharaon. »

— Flavius Josèphe.

« Pharaon » et Champollion[modifier]

Charles Rollin publia en 1730 Histoire ancienne, les souverains de l'Égypte y sont des rois. Pharaon est absent également dans l'œuvre monumentale des savants de Bonaparte, la Description de l'Égypte parue en 1821. Pour L.-P. de Ségur[8], Pharaon est un roi égyptien qui donna sa fille en mariage à Salomon, roi d'Israël.

Une recherche dans les livres publiés en France, avant le début du XVIIIe siècle, montre que le terme pharaon a uniquement été utilisé dans des contextes d'inspiration biblique[9]. En français, pharaon était donc confiné aux textes inspirés de thèmes religieux. Dans tout autre texte, le souverain de l'Égypte était un roi.

Jean-François Champollion fut le premier à se servir du mot en dehors du contexte biblique. Depuis la publication en 1814 de L'Égypte sous les Pharaons, « Pharaon » est utilisé par les auteurs comme titre des rois d'Égypte. En 1822, dans la Lettre à Monsieur Dacier, c'est « roi » qui est utilisé. Il ne trouvera toutefois jamais l’équivalence entre per-aâ et pharaon, mais il reprend l'utilisation de pharaon après 1822. Champollion ne donna jamais d'explication pour l'emploi de ce barbarisme.

Emploi de « pharaon » chez les Égyptiens de l'époque dynastique[modifier]

En 1856, Emmanuel de Rougé proposa une réponse satisfaisante où pharaon vient du mot égyptien pour désigner le palais gouvernemental (pr-ˁȝ). À partir d'Akhénaton, Pharaon en écriture hiéroglyphique sert à désigner le roi. Ne manquant pas de titres et de désignations, pour quels motifs Akhénaton a-t-il utilisé Pharaon pour se désigner, cela demeure un mystère. Ce peut être par complaisance envers l'armée, la prêtrise et l'administration qui utilisaient déjà ce mot dans leurs propres titres ou bien a-t-il vu dans pr-ˁȝ le point de départ de son enseignement religieux, de son rayonnement.

Les Égyptiens rapprochaient les mots ayant les mêmes consonnes ; ils y voyaient là l'écho sonore de l'énergie essentielle qui suscita l'univers. Pharaon (pr-ˁȝ) et Le Dieu Soleil (pȝ rˁ) ont les mêmes consonnes, le mot soleil Ra se trouve au milieu de pr-ˁȝ, c'est peut-être là que se trouve la réponse. Les lettres d'Amarna en témoignent, les vassaux d'Akhénaton l'appelaient « mon soleil ». Nous retrouvons là les propositions d'Ippolito Rosellini et d'Emmanuel de Rougé pour l'origine de pharaon.

Pendant tout le Nouvel Empire la désignation Pharaon n'est jamais suivie du nom du souverain, c'est une alternative moins employée de majesté.

Christiane Desroches Noblecourt fait remonter la première attestation de per-aâ au sens de « pharaon » à l'an XII du règne conjoint de la reine Hatchepsout-Maâtkaré et de son neveu, Thoutmôsis III-Menkhéperrê[10]. Elle serait ensuite employée pour désigner Thoutmôsis seul. Pour d'autres égyptologues, cette attestation remonterait à l'époque de Ramsès II ou de Ramsès III[réf. nécessaire].

Pendant la IIIe période intermédiaire et la Basse Époque, les rois sont étrangers ou vassaux et certains ne parlent pas l'égyptien. À cette époque, « pharaon » est associé occasionnellement au nom de naissance du roi. Le premier sera Siamon, suivi de Sheshonq Ier à titre posthume. L'égyptien démotique prend naissance, « pharaon » devient le mot pour dire « le roi » (beaucoup d'historiens préfèrent assimiler le titre de Pharaon à celui d'empereur ce qui, semble-t-il, correspond mieux à la réalité), le mot « pharaonne » (le titre de grande épouse royale) est inventé pour désigner la reine son épouse.

Pendant la période des Ptolémées, le souverain est surtout un basileus. Ptolémée II voulait que ses tribunaux connaissent les lois régissant les différents groupes ethniques de son royaume, pour les juger selon leurs coutumes. À sa demande, les juifs d'Égypte traduisent en grec leurs lois et auraient introduit à cette époque le mot Pharao dans cette langue à partir de l'hébreu. C'est ce mot Pharao qui deviendra Pharaon en français en passant par le latin.

Les souverains romains, à qui l'Égypte appartenait en propre, furent représentés par un préfet et de ce fait reçurent le nom de Pharaon dans leur titulature. Ce nom, déterminé par les prêtres égyptiens, était le plus approprié pour définir leur programme de règne qui était laissé à l'initiative de l'institution impériale locale, dont le responsable changeait souvent et résidait au palais gouvernemental.

Développé au IIIe siècle de notre ère, le copte est la dernière forme de l'écriture égyptienne. Le mot pour roi y est (p)rro, le mot pour pharaon est pharaw ; l'utilisation de ces deux mots dans un même texte démontre que les Égyptiens n'en connaissaient plus l'origine commune.

Emploi de « pharaon » chez les Égyptiens de l'époque moderne[modifier]

La nécropole thébaine s'appelle « Biban-el-Molouk » que nous traduisons par « Vallée des rois ».

Au XVIIIe siècle, Pharaon était signalé par le consul de Louis XIV en Égypte comme étant un terme injurieux. H. Fischer rapporte que c'est encore un terme méprisant pour les Égyptiens de notre époque, un équivalent de « diable ». Le mot est utilisé depuis au moins le XVIe siècle dans le surnom de l'ichneumon, rat des pharaons.

Dans le livre de Frédéric Cailliaud de 1821 Voyage à l'oasis de Thèbes, un type de coquillage trouvé sur la mer Rouge est appelé « coquille de Pharaon ». Dans ce livre, l'auteur n'emploie jamais le mot pharaon, mais il est vrai que le récit ne s'y prête pas ; comme tout le monde il parle de vallée des rois. Dans ses livres suivants, Voyage à Méroé publiés en 1826-1827, il emploie le titre Pharaon devant un nom de roi. Entre les deux publications, Champollion avait trouvé la clé de l’écriture égyptienne et sa méprise entrait dans la tradition moderne.

Titulature[modifier]

Les pharaons portaient une titulature composée de cinq noms, titulature complexe apparue au cours de l'Ancien Empire.

Pour les anciens Égyptiens, le nom (ren) donne vie à la chose qu'il désigne. D'où l'importance qu'attachaient les pharaons aux noms qui les désignaient et l'acharnement avec lequel ils firent marteler ceux d'un prédécesseur honni. Aux premiers temps de l'institution pharaonique, alors que la titulature royale ne comportait que le seul nom d'Horus, celui-ci était inscrit à l'intérieur d'un serekh représentant le palais du roi et pouvant être interprété comme un symbole de protection magique. Par la suite, avec l'apparition de la titulature complète, les deux derniers noms royaux étaient protégés par le cartouche, ovale magique qui représentait à l'origine une corde nouée à l'une des extrémités[11], le serekh étant réservé au nom d’Horus dans les grandes inscriptions dédicatoires arrangées en colonnes.

Par ailleurs, le roi était encore appelé « Sa Majesté » (Hemef) :

avec souvent, accolée à son nom, la formule optative :

désignée par les égyptologues par l'acronyme V.S.F. et généralement traduite par « vie, santé, force », bien qu'on lui préfère maintenant le sens « vie, prospérité, santé ». Le nom du roi est également souvent suivi d'une formule commune :

Doué de vie comme Rê, qui se retrouve dans un grand nombre de textes et d'inscriptions.

Exemple de titulature[modifier]

Titulature de Ramsès IIsur un linteaude la salle hypostylede Karnak.

Titulature de Sésostris Ier :

L'Horus Ânkhmessout.

Celui des deux maîtresses Ânkhmessout.

L'Horus d'Or Ânkhmessout.

Le Roi de Haute et Basse Égypte Kheperkarê, doué de vie comme Rê.

Le Fils de Rê Sésostris doué de toute vie, tout pouvoir, toute stabilité et toute santé, vivant éternellement.

Histoire[modifier]

Il est bien difficile de dater avec précision les débuts de l'histoire pharaonique, tant les témoignages de cette période sont peu nombreux et se confondent avec l'aube de l'Histoire (et donc de l'écriture). La tradition égyptienne faisait de Ménès (Narmer en grec) l'unificateur du pays (alors divisé en deux royaumes) et le premier des pharaons humains après le règne des suivants de Horus. Des témoignages archéologiques, comme la palette de Narmer, semblent confirmer l'unification du pays aux alentours de -3200, mais les égyptologues pensent que l'institution pharaonique pourrait lui être antérieure.

Le dernier pharaon autochtone est Nectanébo II (-358/-341) de la XXXe dynastie. Les empereurs romains s’affirmeront les successeurs légitimes des pharaons, mais on s'accorde à dire que l'ultime représentant de l'institution pharaonique proprement dite est le dernier Lagide, Césarion (Ptolémée XV), le fils de Jules César et de Cléopâtre.

Chronologie[modifier]

La plus ancienne chronologie complète disponible fut établie par le prêtre égyptien hellénisé Manéthon, à qui Ptolémée II (-282/-246) avait demandé de rédiger en grec une histoire de l'Égypte. Son œuvre suppose que les Égyptiens conservaient dans les archives des temples des listes royales remontant aux origines de la monarchie égyptienne.

Il en subsiste des abrégés fournissant une liste de rois classés en trente et une dynasties, regroupées de la période thinite à la Basse Époque. Les critères de la classification de Manéthon ne nous sont pas connus, mais qu'en tout état de cause il a compulsé des sources égyptiennes, encore que le concept de dynastie qu'il utilise ne corresponde pas à celui que nous pratiquons en Occident. En effet, les dynasties de Manéthon n'ont aucun rapport avec le lien du sang mais avec la ville dont est originaire le pharaon fondateur de la dynastie et qui sert, dans la majorité des cas de capitale dynastique. On trouve donc principalement, tout au long de l'histoire égyptienne des dynasties memphites (Ancien Empire), hérakléopolitaines (Première période intermédiaire), thébaines (Moyen et Nouvel Empire), originaires d'Avaris (période Hyksôs pendant les XVe et XVIe dynasties), tanites (Nouvel Empire et Troisième Période Intermédiaire).

Il existe aussi quelques chronologies contemporaines de l'Égypte pharaonique comme le papyrus de Turin, la pierre de Palerme ou encore la liste de règne du temple d'Abydos datant de Séthi Ier. Cependant ces documents sont à utiliser avec précaution car on ne connait pas les critères de choix ni de classement qui en sont à l'origine. Certains pharaons sont absents de la liste d'Abydos (Hatchepsout, Akhénaton et Toutânkhamon notamment).

Dans les livres consacrés à l'Égypte ancienne, on peut trouver quelques différences dans les dates de règnes, dues essentiellement à la méthode de datation utilisée par les anciens Égyptiens.

Les Égyptiens divisaient l’année en trois saisons : Inondation (Akhet), Germination (Peret) et Chaleur (Shemou), suivies de cinq jours supplémentaires ou épagomènes. Chaque saison comptait quatre mois de trente jours chacun. À l’origine, le début de l’Akhet coïncidait avec le lever héliaque de Sothis qui a lieu, d’après le calendrier julien, le 19 juillet. Toutefois, étant donné que l’année solaire compte 365 jours et six heures – et non 365 jours -, cette différence de six heures entraîna un décalage croissant entre l’année civile et l’année solaire : de telle sorte que la saison Akhet débuta à plusieurs reprises en hiver. Il s'y ajoute que les Égyptiens n’employaient pas de datation absolue. Les événements étaient datés d’après les années de règne de pharaon, p. ex. an 2, 3e mois de l’Akhet, 2e jour sous la Majesté du roi Untel.

Tous les 1460 ans, le début de l’année civile égyptienne (le 19 juillet dans le calendrier julien) coïncide avec le lever héliaque de Sothis, c’est-à-dire l’apparition de l’étoile au lever du soleil. Cette coïncidence frappa les Égyptiens, qui la consignèrent, notamment en 139 de notre ère. Cette dernière date sert de repère et permet ainsi une datation absolue des règnes : en l’an 9 d’Amenhotep Ier par exemple, il y eut aussi coïncidence du début de l’année civile et du lever héliaque de Sothis ; l’an 7 correspondrait donc à -1545.

Il n’empêche que l’établissement d’une datation absolue constitue un vrai casse-tête pour les égyptologues : non seulement, pour être exact, il faudra connaître le lieu de l'observation du lever héliaque de Sothis, mais encore, au Moyen Empire, l'an 1 d'un roi correspondait au début de l’année civile qui suivait son avènement ; au Nouvel Empire l'an 2 du règne commençait 365 jours après le jour de l'avènement ; et enfin, à la Basse Époque, il commençait le jour du lever héliaque de Sothis suivant l'avènement, l'an 1 du règne pouvant être ainsi réduit à quelques jours.

Obs. : - L'orthographe des noms est différente selon que l'on translittère les hiéroglyphes ou que l'on utilise le nom donné par les Grecs. Par exemple, le pharaon Amenhotep (nom transcrit de l'égyptien ancien) est identique à Aménophis (nom grec). De plus, dans certains noms, il y a une antéposition honorifique du nom du dieu, mais l'habitude fait que l'on conserve également le nom sans antéposition tel que connu des premiers égyptologues ; ainsi, Raneb et Nebrê sont le même personnage, un roi de la IIe dynastie.

Liste des pharaons[modifier]

Il est impossible de dresser une liste exacte des rois qui se sont succédé sur le trône d'Égypte durant 3000 ans, tant les informations qui nous sont parvenues sont fragmentaires. De plus, il existe des différences chronologiques entre les sources égyptiennes, ce qui explique pourquoi, dans les listes des souverains établies par les égyptologues, certains règnes se chevauchent au lieu de se suivre. Pour finir, certaines périodes troubles de l'histoire ont laissé des lacunes, parfois volontaires, dans la chronologie.

Malgré cela, la plupart des pharaons, et, semble-t-il, les plus importants dans l'histoire pharaonique, sont assez bien connus.

Légitimité du pharaon[modifier]

, le soleil de l'univers et des hommes sur terre, s'est retiré vers le ciel en laissant aux dieux la direction du monde, puis à des rois semi-divins et enfin à des monarques humains, les pharaons, qui sont ses fils et représentants sur terre.

La légitimité du pharaon est fondée sur l'ascendance divine. Selon la mythologie égyptienne, dans le corps du pharaon coulerait un sang divin provenant de son ancêtre, le dieu Horus. La fonction pharaonique est donc de droit divin et se transmet par le sang.

C’est pourquoi l’héritier de la couronne doit être né de la Grande épouse royale. Étant elle-même d’ascendance divine, elle permet au futur pharaon d’être, de par sa mère et de par son père, d’origine divine. S’il est issu d’une concubine, il épouse sa demi-sœur née de la Grande épouse royale. La mythologie fournit d’ailleurs des exemples d’inceste, avec Geb et Nout, ou encore Osiris et Isis et dans le même ordre d’idées, certains mariages consanguins entre pharaon et sa fille ou ses filles. De telles unions sont attestées notamment pour Akhénaton et Ramsès II. C’est donc à la fois le souci d’assurer la légitimité de l’héritier du trône et la volonté de souligner la nature divine de pharaon qui explique la prérogative royale de l’inceste, car c’est bien d’une prérogative qu’il s’agit. En effet, il semblerait que les mariages entre frère et sœur soient rarement pratiqués par le commun des mortels, bien que ces unions ne fassent l'objet d'aucune interdiction légale et que, dans la société civile, les termes « frère » et « sœur », lorsqu’il s’agit d’une union, doivent être compris au second degré, dans la majorité des cas, comme termes d’affection.

Faute d'héritier mâle, ou quand le nouveau roi est encore un tout jeune enfant (Thoutmôsis III), la fonction peut échoir à une femme de sang divin (Nitokris, Hatchepsout, Taousert) plutôt qu'à un homme qui ne l'est pas ; elle en est donc dépositaire jusqu'à la transmission à son époux, ce qui ne signifie pas que la légitimité monarchique repose uniquement sur le mariage avec une fille de sang.

Les lignées pharaoniques ne réussirent jamais à perdurer ; elles furent régulièrement interrompues par des envahisseurs ou par des coups d'État. Tel pharaon dont la légitimité était douteuse ou contestée pouvait légitimer sa prise du pouvoir en faisant valoir qu'elle avait été voulue par la divinité. Le dieu marquait son choix par un signe, une naissance prodigieuse (les rois de la Ve dynastie, Hatchepsout de la XVIIIe dynastie), un rêve de l'heureux élu (Thoutmôsis IV) au pied du Grand Sphinx, ou un oracle (Horemheb, Alexandre le Grand).

Après trente années de règne, le pharaon fêtait son premier jubilé, la Fête-Sed, pour régénérer ses forces et montrer au peuple qu'il était encore capable de gouverner le pays.

La naissance d'un pharaon[modifier]

Représentée sur des hauts-reliefs du temple de Deir el-Bahari, la naissance divine de la future reine Hatchepsout (XVIIIe dynastie) correspond à une théologie de la royauté fort importante qu'on retrouve plus tard pour Amenhotep III (XVIIIe dynastie) et Ramsès II (XIXe dynastie). Quand Amon désire engendrer son futur héritier terrestre, il s'adresse à Thot, le dieu de la connaissance, et en fait son éclaireur pour s'assurer que la reine Ahmosis, épouse de Thoutmôsis Ier, soit digne de porter en son sein le futur pharaon. Puis Amon prend les traits de l'actuel roi :

« Alors Amon, ce dieu magnifique, maître des trônes du Double Pays, se transforma et prit l'apparence de Sa Majesté, le roi de Haute et de Basse-Égypte Âakhéperkarê (Thoutmosis Ier), époux de la reine. Il la trouva comme elle dormait dans la beauté de son palais. »

L'accouplement divin intervient alors :

« Après qu'il l'eut approchée étroitement et qu'elle s'extasiait à contempler sa splendeur (nfrw=f) divine, voici que l'amour d'Amon pénétra son corps. Le palais était inondé du parfum du dieu dont toutes les senteurs étaient celles de Pount. (...) Paroles dites par Amon, maître des trônes du Double Pays : (...) Certes, Khene-met-imen-Hatchepsout (Rejeton d’Amon, Première des Nobles Dames) sera le nom de cette fille que j’ai placée dans ton corps. Elle exercera cette bienfaisante royauté dans ce pays tout entier. »

Puis Amon donne à Khnoum, le potier divin, l'ordre de modeler l'enfant et son ka. Lorsque l'épouse royale accouche de la future reine, elle est entourée d’une ennéade de divinités, disposées en trois rangées de trois. L’enfant est présentée à Amon qui lui promet la royauté terrestre ; il en confie l'allaitement à Hathor, la nourrice divine.

Sommaire

 [masquer
Per-âa
pr
aA
pr-ˁȝ
O1
Z1
O29
O1
« la grande maison » et, dans la Prophétie de Néferty[2],
O29
O1 O1
ce qui signifie peut-être « celui de la plus grande des maisons », à moins que le dernier signe ne soit le déterminatif[3].
Pa-râ
pA
ra
pȝ rˁ
U36 Z1
I9
anx DA s
X8 S34 N5
Z1
W19
G5 [ S34 F31 X1 G43 ]
G16 S34 F31 X1 G43
G8 S34 F31 X1 G43
M23
X1
L2
X1
<
N5 L1 D28
> X8 S34 N5
Z1
W19
G39 N5
 
<
F12 S29 D21
X1
X1
O34
N35
> X8 S34 V30 R11 S40 S29 N35
D58
V30 S34 I10
X1
N17
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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 09:29

Cléopâtre VII

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Stèle figurant Cléopâtre VIIfaisant offrande à Isis- Musée du Louvre

Cléopâtre VII Théa Philopator (en grec, Κλεοπάτρα Φιλοπάτωρ) (v. 69 av. J.-C. / 12 août 30 av. J.-C.) est une reine d'Égypte antique de la famille des Lagides qui gouverne son pays entre -51 et -30, successivement avec ses frères et époux Ptolémée XIII et Ptolémée XIV puis avec le général romain Marc Antoine. Elle est connue pour ses relations avec Jules César et Marc Antoine.

Cléopâtre est un personnage dont la légende s'est emparée, de son vivant même, et le tragique de sa mort n'a fait que renforcer la tendance au romanesque qui entoure le personnage et qui parfois gêne l'historien dans une approche objective de cette reine d'Égypte, sans doute la femme la plus célèbre de l'Antiquité.

Nous disposons de peu de sources et les principales, Plutarque, Suétone et Appien, n'évoquent Cléopâtre que pour sa place dans l'histoire romaine[2]. C'est pourquoi nous ne savons pratiquement rien de ce qu'elle fait à Rome aux lendemains de l'assassinat de César, ni à Alexandrie durant l'absence de Marc Antoine entre 40 av. J.-C. et 37 av. J.-C..

De plus, l'historiographie antique lui est globalement défavorable car inspirée par le vainqueur de Cléopâtre, l'empereur Auguste, et son entourage dont l'intérêt est de la noircir afin d'en faire l'adversaire malfaisant de Rome et le mauvais génie de Marc Antoine[3]. Ainsi ce jugement de l'historien du Ier siècle, Flavius Josèphe : « Elle fit d'Antoine l'ennemi de sa patrie par la corruption de ses charmes amoureux »[4]. La légende noire propagée par l'idéologie augustéenne est relayée ensuite par les poètes (Horace, Properce, Lucain) et historiens romains (Eutrope, Dion Cassius et Tite-Live) qui voient en elle quatre dangers : reine (remettant en cause la République romaine), femme de caractère et séductrice (pouvant mettre en danger la virilité et la virtus romaine), ambitieuse (menaçant la liberté) et étrangère (orientalité associée à la débauche et la luxure mettant en cause la « romanité », notamment la vertu de pudicitia (en))[5]. Cela explique la prudence des historiens actuels et l'enthousiasme des cinéastes ou romanciers pour un tel personnage.

Généalogie[modifier]

Voir l’article annexe : Arbre généalogique des Lagides.
Relief du grand temple d'Hathorde Dendérah, représentant la reine Cléopâtre et son fils Césarion

Cléopâtre est née au cours de l'hiver -69/-68[6] probablement à Alexandrie. Elle appartient à la dynastie des Lagides, dynastie macédonienne qui gouverne l'Égypte depuis la fin du IVe siècle[7]. Cléopâtre est l'une des trois filles (connues) du roi d'Égypte Ptolémée XII Aulète, et vraisemblablement d'une concubine, puisque Strabon affirme que Ptolémée XII n'eut qu'une seule fille légitime[8], Bérénice IV, qui régna de -58 à -55. Cependant cette éventuelle bâtardise n'est pas certaine car elle n'apparaît jamais dans les insultes et attaques dont la reine est l'objet plus tard.

De toute manière, être une fille illégitime, si c'est le cas, n'est pas un handicap, Ptolémée XII étant lui-même un fils illégitime de Ptolémée IX. Mais Cléopâtre entretient elle-même le mystère sur ses origines maternelles, laissant planer le doute sur une possible ascendance égyptienne. C'est l'un des facteurs, outre le fait qu'elle parle égyptien, qu'avancent certains historiens pour expliquer le curieux titre de la reine, philopatris (« qui aime sa patrie »)[9], lequel surprend dans une dynastie qui privilégie plutôt les liens dynastiques (« qui aime son père… sa mère… sa sœur… », etc.) que l'attachement aux pays et aux peuples qu'elle gouverne. Mais peut-être ne faut-il y voir qu'une attention plus marquée, rare chez ses prédécesseurs si l'on excepte Ptolémée VIII dit Physcon, à l'Égypte indigène. À moins que philopatris n'évoque l'origine macédonienne de la dynastie lagide. Une autre hypothèse consiste à dire que cette « patrie » n'est autre qu'Alexandrie, ce qui insisterait sur le fait que Cléopâtre est une « créole » macédonienne et non pas une Égyptienne : en effet, Alexandrie (fondation d'Alexandre le Grand) est alors considérée comme extérieure et indépendante de l'Égypte à laquelle elle n'est réunie que du fait de ses souverains. De cela découle l'expression « d'Alexandrie près de l'Égypte » alors courante et qui marque cette situation.

La jeunesse[modifier]

Nous ignorons tout de son enfance et de ses années d'adolescence. Tout au plus pouvons-nous imaginer qu'elle dut observer les événements du règne chaotique de son père avec une grande acuité. La désaffection entre la population égyptienne et la dynastie lagide est patente sous le règne de Ptolémée XII (Alexandrie n'est pas dite en Égypte mais près de l'Égypte). Les causes sont nombreuses : dégénérescences physique et morale des souverains, centralisation outrancière, corruption et cupidité des administrateurs. La multiplication des révoltes indigènes, la perte de Chypre et de la Cyrénaïque, la dévaluation de la tétradrachme (une première depuis Ptolémée Ier) dont la valeur en argent passe de 90 % à 33 %, font de ce règne l'un des plus calamiteux de la dynastie.

La puissance de Rome, qui intervient militairement pour rétablir Ptolémée XII en -55 renversé par sa fille aînée Bérénice IV trois ans plus tôt, est certainement un élément compris et assimilé par la jeune Cléopâtre. Rétabli par Gabinius[10], le gouverneur de Syrie, Ptolémée XII se lance dans une série de massacres, de proscriptions et d'assassinats (dont sa propre fille Bérénice, la demi-sœur de Cléopâtre) qui ne rendent pas son autorité à un roi fantoche qui ne se maintient que par la présence romaine laquelle de plus grève les finances du pays. Les tribulations du règne précédent apprennent ainsi à la future reine à utiliser tous les moyens pour se débarrasser de ses adversaires ou de ceux qui gênent ses projets comme son jeune frère Ptolémée XIV en -44.

La femme[modifier]

Buste de Cléopâtre VII, Altes Museum, Berlin

Il est difficile de cerner la véritable personnalité de Cléopâtre, qu'un certain romantisme a contribué à déformer, mais elle possède à l'évidence beaucoup de courage et se révèle suffisamment puissante pour inquiéter les Romains.

Aucune source sûre ne vient nous éclairer sur son aspect physique qui échappe à un classement esthétique banal. Le buste de Cherchell (ci-contre), réalisé bien après sa mort, à l'occasion du mariage de sa fille, Cléopâtre Séléné, avec le roi Juba II de Maurétanie, est idéalisé. Certains auteurs antiques insistent sur sa beauté presque divine[11]. Les quelques pièces de monnaies en notre possession[12] donnent l'image d'une femme aux traits lourds et au nez assez proéminent. Nous savons qu'elle a une présence forte et du charme, qu'elle dégage une puissante séduction et que cela est complété par une voix ensorcelante ainsi qu'un esprit brillant et cultivé[13].

En effet, alors que l'éducation des filles (même de familles royales) est négligée dans le monde grec ou hellénistique, Cléopâtre bénéficie apparemment de l'enseignement de pédagogues cultivés. Plutarque insiste sur ses qualités intellectuelles[14]. C'est ainsi que Cléopâtre est une véritable polyglotte[15] et parle, outre le grec, l'égyptien (première et dernière de sa dynastie à faire cet effort, encore qu'il y ait un doute pour Ptolémée VIII dit Physcon !), l'araméen, l'éthiopien, le mède, l'arabe, sans doute aussi l'hébreu ainsi que la langue des Troglodytes, un peuple vivant au Sud de la Libye. De tels dons ne la laissent sans doute pas longtemps démunie face au latin, encore que des Romains aussi cultivés que César parlent un grec parfait. Plusieurs traités de métrologie, d'alchimie, de gynécologie ou de cosmétique (le Kosmètikon) lui sont attribués, mais ils sont jugés apocryphes par les historiens modernes[16].

Règne[modifier]

Statue de Cléopâtre VIIportant la corne d'abondance - Musée de l'Ermitagede Saint-Pétersbourg

L'accès au pouvoir[modifier]

Le testament du roi Ptolémée XII, mort en mars -51, désigne comme ses successeurs Cléopâtre et un frère cadet de celle-ci, Ptolémée XIII, d'une dizaine d'années environ, à qui elle est nominalement mariée car selon la coutume ptolémaïque, elle ne peut régner seule[17]. Rien ne prouve que Cléopâtre ait voulu exercer la totalité du pouvoir à l'époque, en tout cas les titulatures de cette période lui accordent toujours la seconde place. Ces trois premières années de règne sont difficiles du fait des difficultés économiques : disette des années -50/-48, crues insuffisantes du Nil et lutte politique entre l'eunuque Pothin et le général Achillas qui cherchent à opposer le frère et la sœur.

À l'automne -49 les relations se dégradent totalement entre les deux souverains. Les causes de cette rupture sont ignorées. Toujours est-il qu'à partir de cette date le nom de la reine figure dans les textes officiels avant celui de Ptolémée XIII. En fait c'est une véritable guerre qui éclate entre les deux monarques puisqu'à l'été -48 ils se font face à Péluse. Il semble que Cléopâtre se trouve en difficulté car elle doit fuir en Syrie[18] puis à Ascalon, où elle trouve de l'aide.

César et Cléopâtre[modifier]

L’assassinat de Pompée[modifier]

C'est alors qu'intervient la puissance romaine. En effet Pompée, vaincu par Jules César à Pharsale au début du mois de juin -48, tente de trouver refuge en Égypte[19]. Appien affirme que Ptolémée XIII et Cléopâtre avaient aidé Pompée par l'envoi d'une flotte de soixante navires[20]. Le jeune roi Ptolémée XIII et ses conseillers jugent sa cause perdue et pensent s'attirer les bonnes grâces du vainqueur en le faisant assassiner[21], dès qu'il pose le pied sur le sol égyptien le 30 juillet -48, sous les yeux de son entourage. César, qui débarque deux jours plus tard, est semble-t-il furieux de ce lâche forfait (il fait enterrer la tête de Pompée dans le bosquet de Némésis en bordure du mur Est de l'enceinte d'Alexandrie) et n'éprouve pour le pharaon que mépris.

La rencontre avec César[modifier]

Cléopâtre et Césarpar Jean-Léon Gérôme, 1866
Le fils de Cléopâtre et de Jules César, Césarionsur le temple de Dendérah

Quelles étaient les intentions de César en débarquant en Égypte ? Il est difficile de se prononcer clairement. Il y a des raisons politiques, César ayant certainement l'intention d'annexer l'Égypte, mais aussi des raisons plus privées, bien qu'il évoque les vents contraires pour différer son retour. En effet, il tente d'obtenir le remboursement de dettes que Ptolémée XII avait contractées auprès d'un banquier romain et qu'il a reprises à son compte. Il juge pour cela indispensable de réconcilier le couple royal et tente de s'y employer à la fin de l'année -48. Les deux souverains sont convoqués au palais royal d'Alexandrie. Ptolémée XIII s'y rend après diverses tergiversations ainsi que Cléopâtre. C'est à ce moment que se déroule, s'il est authentique, l'épisode du tapis dans lequel la reine se serait fait enrouler afin de parvenir auprès de César[22]. Celui-ci tente d'imposer le « statu quo ante », c’est-à-dire le retour au testament de Ptolémée XII, ce qu'accepte Cléopâtre mais pas son frère, guère impressionné par les faibles effectifs de César (environ 7 000 hommes). Celui-ci se retrouve même prisonnier à Alexandrie à la fin de -48, sans renforts. Seule la noyade de Ptolémée XIII dans le Nil le 15 janvier -47 met fin au conflit.

César renonce semble-t-il à son projet d'annexion à ce moment. Est-ce la romance avec la reine de trente ans plus jeune devenue son alliée[23], les difficultés militaires rencontrées lors de l'hiver -48/-47 ou son voyage sur le Nil[24] qui lui firent renoncer à l'annexion pour lui préférer une alliance ? Difficile d'être affirmatif, mais il est un motif qui peut expliquer ce changement. En cette période troublée (César n'a pas encore réduit les derniers partisans de Pompée) un gouverneur d'Égypte ambitieux pouvait affamer Rome en la privant du blé égyptien et s'en faire un tremplin pour ses ambitions politiques. Auguste plus tard interdit aux sénateurs l'accès de l'Égypte afin d'éviter d'inutiles tentations. Maintenir une dynastie discréditée tout en gardant le contrôle militaire du pays (trois légions romaines restent après le départ de César) est par conséquent la solution, peut-être provisoire dans l'esprit du conquérant, la plus commode.

Le séjour à Rome[modifier]

Cléopâtre épouse alors un autre de ses frères cadets, Ptolémée XIV, sur l'injonction de César. Cependant elle est la seule à détenir réellement le pouvoir (sous protectorat romain) et le protocole enregistre cette prépondérance en plaçant le nom de la reine en tête des actes officiels. Sa liaison avec César n'est un mystère pour personne. Ce dernier cependant doit bientôt quitter Alexandrie pour combattre le roi du Pont, Pharnace, puis les derniers partisans de Pompée en Afrique. De retour à Rome, il convoque les souverains lagides en -46. Les raisons de cette convocation sont imprécises. César, lui-même marié, souhaite-t-il retrouver sa maîtresse, qu'il loge dans sa propriété de la rive droite du Tibre ? Veut-il impressionner par l'éclat des quatre triomphes qu'il célèbre durant l'été -46 ? A-t-il comme objectif de montrer ce qu'il en coûte de se révolter contre Rome en faisant figurer dans son triomphe la sœur de Cléopâtre et de Ptolémée XIV, Arsinoé, qui s'était fait reconnaître reine par les troupes de Ptolémée XIII ? Souhaite-t-il garder en otage les deux souverains d'un État dont les ressources en blé sont vitales à Rome[25] ? Difficile de trancher pour une hypothèse plutôt qu'une autre. Toujours est-il que l'Égypte est administrée pendant ce temps par les officiers de ses troupes restés à Alexandrie.

On connaît peu de choses sur ce séjour de deux ans à Rome, sinon qu'il y eut en fait deux séjours : un premier dans la villa du Trastevere de César, puis, après un bref retour en Égypte, un second, probablement dans les anciens jardins appartenant à son amie Claudia, la femme de Catulle[26]. Le seul geste officiel de César en sa faveur est de faire placer une statue dorée de la reine dans le sanctuaire de Vénus Genetrix[27], ancêtre mythique de la gens Iulia dont il est issu. Nous savons cependant qu'elle rencontre de nombreux hommes politiques romains dont Cicéron qui n'hésite pas à écrire à Atticus : Je déteste la reine ![28].

Aux yeux de la morale romaine, Cléopâtre reste la prostituée de César. Même si elle est reine ou déesse en sa demeure, elle incarne une conquête romaine ou une esclave qui ne doit pas offrir de descendance à César. Pline la surnommera même la « regina meretrix », la reine putain. De nombreuses lampes à huile sont illustrées de scènes la caricaturant. On la voit ainsi s’accoupler avec un crocodile en tenant une palme de victoire[29].

Cléopâtre seule souveraine[modifier]

Un drachme de Cléopatre VII, Syrie

Imaginer que la présence de Cléopâtre à Rome s'explique par le rôle actif qu'elle y aurait joué et prêter à César l'intention de transporter à Alexandrie sa capitale (selon Suétone) est très excessif. Il parait difficile d'imaginer César gouvernant l'Italie depuis l'Égypte alors que la situation politique demeure trouble. Dans son testament, il ne fait aucune allusion à Césarion (dont la date précise de naissance reste sujette à caution, sans doute est-il né après la mort de César[30]), né de Cléopâtre, mais fait d'Octave son héritier. Il est donc certain que César vivant est plus un obstacle au projet de restauration de la puissance lagide que nourrit Cléopâtre. Aussi sa mort est-elle une surprise mais aussi une chance que la reine va exploiter.

Au début de l'année -44 César est assassiné. Profitant de la situation confuse qui s'ensuit, Cléopâtre quitte alors Rome à la mi-avril, fait escale en Grèce, puis fait voile vers Alexandrie où elle arrive en juillet -44. Elle entreprend de rétablir l'autorité de l'Égypte sur Chypre, qui avait été cédée à Rome par Ptolémée XII en -59.

À peine de retour dans son pays elle fait assassiner Ptolémée XIV, à la fois monarque inutile et rival potentiel. La naissance de son fils lui assure un successeur éventuel et elle prend donc seule le titre de reine.

Des années difficiles[modifier]

Cléopâtre, enfin seule souveraine d'Égypte, même si c'est au nom de son fils, est confrontée à des années difficiles. En -43 une famine s'abat sur son pays, puis la crue du Nil fait défaut deux années consécutives (-42/-41). Il semble que la reine se soit préoccupée essentiellement de l'approvisionnement de sa capitale, vrai centre de son pouvoir mais prompte à se rebeller. De plus, il lui faut compter avec les trois légions romaines installées par son défunt amant, qui se livrent à des exactions jusqu'à leur départ en -43.

La guerre que se livrent les assassins de César, Cassius et Brutus et ses héritiers, Octave et Marc Antoine, oblige la reine à des contorsions diplomatiques. En effet, Brutus tient la Grèce ainsi que l'Asie Mineure, tandis que Cassius s'installe en Syrie. Le gouverneur de Cléopâtre à Chypre, Sérapion, aide donc Cassius avec sans aucun doute l'assentiment de la reine quels que soient les sentiments que lui inspire l'un des assassins de César. Sérapion est officiellement désavoué plus tard.

Dans le même temps, Cléopâtre envoie une flotte aux partisans de César, qui reconnaissent Césarion pour roi. Cette flotte est victime d'une tempête au large de la Libye mais le geste place la reine dans le camp des vainqueurs quand en -42 les républicains sont écrasés à Philippes. De plus, elle renvoie les légions (vers -43)[31] qui stationnent en Égypte contre Cassius. Elle espère que celles-ci vont s'opposer à ce dernier mais en fait elles se rallient à sa cause. Cassius, semble-t-il, envisage de s'emparer d'Alexandrie quand le débarquement en Grèce d'Antoine et d'Octave l'oblige à renoncer à ses projets[32].

Marc Antoine[modifier]

Article détaillé : Marc Antoine.

La rencontre avec Marc Antoine[modifier]

Le banquet de Cléopâtrepar Giambattista Tiepolo, 1744.

Nous ignorons depuis quand Cléopâtre, âgée de 29 ans en -41, et le général romain, qui a une petite quarantaine d'années, se connaissent. Nous savons que Marc Antoine était l'un des officiers qui avaient participé au rétablissement de Ptolémée XII en -55 mais il est peu probable qu'ils se soient fréquentés, Cléopâtre n'ayant à l'époque qu'une quinzaine d'années, même si Appien indique qu'Antoine avait remarqué la future reine[33]. Nous ne possédons aucun témoignage certain sur cette possible rencontre. Il est plus vraisemblable qu'ils se soient fréquentés lors du séjour à Rome de Cléopâtre. Pourtant lors de leur rencontre en -41 ils semblent assez mal se connaître.

Dans le partage du monde romain intervenu après l'écrasement des républicains, l'orient est dévolu à Antoine. Il reprend alors le projet de César avant sa mort, c'est-à-dire une grande expédition contre les Parthes. Pour cela il convoque[34] les souverains des royaumes clients à Tarse, en Cilicie, y compris la reine d'Égypte[35]. Celle-ci connaît au moins un des défauts de l'officier, sa vanité et son amour du faste, aussi arrive-t-elle dans un navire à la poupe dorée et aux voiles pourpres, siégeant sous un dais d'or entourée d'un équipage déguisé en Nymphes, Néréides et Amours. Puis elle invite Marc Antoine à son bord pour un somptueux banquet. Commence alors une liaison de dix ans, sans doute l'une des plus célèbres de l'Histoire même s'il est difficile de savoir quelle est la part de calcul dans l'attitude d'Antoine, lequel a besoin de l'Égypte pour ses projets.

La reconstitution d'un grand royaume lagide[modifier]

Dans un premier temps, Marc Antoine suit Cléopâtre à Alexandrie, où il passe l'hiver -41/-40, laissant son armée[36]. C'est à ce moment qu'une vaste offensive des Parthes leur permet de s'emparer de la Syrie, du sud de l'Asie Mineure, et de la Cilicie. Antigone Mattathias, un prince de la famille des Hasmonéens, hostile aux Romains, est installé sur le trône de Jérusalem. Marc Antoine mène une courte contre-offensive depuis Tyr puis est obligé de rentrer à Rome (été -40) où s'affrontent ses partisans et ceux d'Octave[37]. Il conclut avec ce dernier la paix de Brindes en octobre -40 et épouse sa sœur, Octavie[38]. Pendant ce temps à Alexandrie Cléopâtre accouche de jumeaux : un garçon Alexandre Hélios, et une fille Cléopâtre Séléné.

La séparation dure trois ans, du printemps -40 à l'automne -37, et nous ne savons rien ou presque de l'action de la reine durant cette période. Au retour d'Antoine, les deux amants se retrouvent à Antioche à l'automne -37 ; celui-ci entame une politique nouvelle. Alors que ses officiers et ses alliés ont chassé les Parthes, il substitue là où c'est possible des États clients, qui lui sont fidèles, à une administration directe de Rome. C'est ainsi qu'Hérode devient roi de Judée avec l'appui direct d'Antoine. C'est un phénomène identique qui se déroule en Galatie, dans le Pont et en Cappadoce. Cléopâtre en tire un bénéfice immédiat puisqu'elle se voit confirmer la possession de Chypre, qui est en fait effective depuis -44, mais aussi de villes de la côte syrienne, du royaume de Chalcis, au Liban actuel, et de la côte cilicienne. Elle reconstitue ainsi une partie de la thalassocratie des premiers rois lagides.

La guerre contre les Parthes[modifier]

En -37/-36 Marc Antoine entame une campagne contre les Parthes qui tourne au désastre, en grande partie causé par un hiver rigoureux dans les montagnes d'Arménie et du nord-ouest de l'Iran actuel. Antoine lui-même en réchappe de peu. Cléopâtre est restée à Alexandrie pour accoucher d'un troisième enfant du couple, Ptolémée Philadelphe[39]. Après -37, on commence à voir à Rome dans l'alliance entre Antoine et Cléopâtre une menace contre l'Empire et contre Octave. Celui-ci envoie sa sœur Octavie, la femme légitime d'Antoine et la mère de ses deux filles, Antonia Major l'Aînée (la future grand-mère de Néron), et Antonia Minor la jeune (future mère de Germanicus et de Claude) au début du printemps -35 rejoindre son mari. Antoine ordonne à sa femme, lorsque celle-ci parvient à Athènes, de rebrousser chemin. Octavie, sans montrer extérieurement le moindre signe de contrariété, ordonne aux troupes qui l'accompagnent, des renforts de son frère pour son époux, de poursuivre leur chemin vers Alexandrie.

Antoine projette en effet de faire oublier son échec militaire de -36 et lance en -35 une seconde expédition plus chanceuse. L'Arménie et la Médie font acte d'allégeance et Antoine célèbre un triomphe, non à Rome, mais à Alexandrie où Cléopâtre et ses enfants sont associés. Un peu plus tard Césarion est proclamé roi des rois, Alexandre Hélios reçoit en partage l'Arménie et les terres au-delà de l'Euphrate, Ptolémée Philadelphe quant à lui se voit confier, nominativement bien sûr car il a environ deux ans, la Syrie et l'Asie Mineure. Enfin Cléopâtre Séléné se retrouve à la tête de la Cyrénaïque. Il semble que le caractère hasardeux et chimérique de ces projets grandioses et irréalistes, une partie non négligeable de ces royaumes ne sont pas réellement sous le contrôle de Marc Antoine, n'échappe pas à Cléopâtre qui se contente plus prosaïquement de réclamer à son amant, en vain, la Judée.

L'échec final[modifier]

Actium[modifier]

Les relations avec Octave s'enveniment de nouveau en -32 et l'affrontement devient inévitable. Nul doute qu'Octave craint Marc Antoine et sa popularité, encore forte au Sénat, mais le triomphe d'Antoine en -35[40] et la désignation de Ptolémée XV Césarion comme roi des rois lui font envisager un danger plus vaste encore. Après tout, ce jeune homme est le seul fils de César, et il pourrait un jour lui venir l'idée, si les circonstances s'y prêtent, de venir réclamer son héritage paternel. Aussi Octave va s'employer à dénigrer Marc Antoine par tous les moyens et surtout Cléopâtre, l'Égyptienne, celle qui le tient sous ses charmes et qui l'oblige à des abandons qu'Octave estime désastreux pour Rome. La plupart de ces accusations sont de mauvaise foi et de la propagande auprès de l'opinion publique romaine mais sont aussi pour beaucoup à l'origine de la « légende noire » de Cléopâtre chez nombre d'auteurs antiques comme Sénèque[41] et Pline l'Ancien[42]. Cléopâtre est rendue responsable de la guerre et la propagande d'Octave n'hésite pas à affirmer qu'elle souhaite régner sur Rome[43].

La guerre voit l'Égypte fournir une part importante de l'effort de guerre (plus de 200 trières) ainsi que les royaumes alliés, à l'exception notable de l'habile Hérode qui visiblement fait le pari d'une victoire d'Octave, la reine d'Égypte lorgnant sur son royaume depuis fort longtemps. Mais Marc Antoine, alors qu'il dispose des troupes les plus aguerries et de la supériorité numérique[44], mène la guerre en dépit du bon sens, sans énergie et alors qu'Octave peine à constituer son armée, il lui laisse le temps de s'organiser. De plus, l'implication de Cléopâtre dans le conflit est mal perçue par les officiers qui entourent Antoine, en particulier les anciens républicains, assassins de César, et qui se sont ralliés à lui. Ainsi Domitius Ahenobarbus refuse absolument de saluer Cléopâtre de son titre de reine et finit par faire défection[45]. Cette hostilité viscérale de certains Romains à la monarchie éloigne d'Antoine de nombreux hommes de valeur ; elle ne sera pas comprise par les historiens de culture grecque des siècles suivants, qui ne font guère de différence entre la dictature de César, le triumvirat et le principe monarchique des autres peuples[46]. Cléopâtre connaît d'ailleurs cette hostilité et ne quitte pas Marc-Antoine de toute la préparation du conflit. Elle est présente à Éphèse, à Athènes puis à Patras. Plus lucide que les officiers d'Antoine, elle comprend fort bien qu'Octave ne la dénonce que pour mieux miner le prestige d'Antoine encore important au Sénat[47].

Octave n'est pas un grand chef de guerre, mais il compte avec Agrippa, un officier compétent qui lui donne rapidement l'avantage. Lorsqu’éclate la bataille navale d’Actium (septembre -31), Cléopâtre anticipe rapidement l'issue finale de la guerre et rompt le combat avec sa flotte. Cette fuite, seul moyen de sauver ce qui peut l'être, est évidemment exploitée par Octave auprès des officiers et des hommes d'Antoine dont beaucoup changent d'allégeance.

La fin[modifier]

La Mort de Cléopâtre, de Reginald Arthur(1892)

Les derniers mois sont assez mal connus. Antoine retourne en Égypte et ne prend pratiquement aucune mesure pour lutter contre l'avancée de plus en plus triomphale d'Octave. Il consume ses forces en banquets, beuveries et fêtes somptueuses sans se soucier de la situation. Que fait Cléopâtre ? Les sources manquent. Certaines affirment qu'elle cherche à séduire Octave. L'anecdote est-elle crédible ? Difficile à dire. Il semble qu'elle ait surtout cherché à mettre Césarion à l'abri en l'expédiant à Méroé, au Soudan.

Vers août -30 Octave arrive à Alexandrie. À la fausse annonce du suicide de Cléopâtre, Marc Antoine met fin à ses jours en se jetant sur son épée. Mourant, il est transporté par Cléopâtre dans son propre tombeau. Celle-ci est conduite devant Octave, qui la laisse se retirer avec ses servantes. Cette attitude est curieuse de la part du futur Auguste car il semble ne prendre aucune précaution pour prévenir un suicide de la reine ; il a pourtant besoin d'elle pour figurer à son triomphe. Craint-il qu'à l'instar de sa sœur Arsinoé, figurant au triomphe de Jules César en -46, elle n'inspire aux Romains que compassion plutôt que haine[48] ? Il n'est pas impossible qu'Octave ait espéré le suicide de Cléopâtre, qui pouvait passer pour une lâcheté supplémentaire, accréditant la thèse défendue par sa propre propagande. Suétone affirme au contraire qu'Octave souhaitait maintenir la reine en vie et qu'il aurait tenté de la faire sauver[49]. Il est difficile de connaître la vérité entre les différentes versions :

Plutarque dresse un récit saisissant et mélodramatique[50] du suicide de la reine, inspiré d'Olympios, le médecin personnel de Cléopâtre, « qui avait publié un récit des évènements » : avec ses deux plus fidèles servantes, Iras et Charmiane, Cléopâtre se donne la mort, le 12 août -30[51], en se faisant porter un panier de figues contenant deux aspics venimeux. Cette version est la plus courante[52]. Pour E. Will, ce serait une nouvelle preuve de l'attachement de la reine aux traditions égyptiennes car la morsure de l’uræus passait pour conférer l'immortalité.

Certains historiens, comme M. Le Glay, ont souligné les invraisemblances de ce récit qui serait un nouvel avatar de la propagande octavienne, car d'après eux un serpent lâche tout son venin à la première morsure, donc deux cobras ne peuvent tuer trois personnes (cette hypothèse se heurte au fait que les serpents contrôlent l'injection de leur venin, un seul cobra peut parfaitement tuer trois personnes)[réf. nécessaire]. Ils pensent qu'Octave a fait exécuter Cléopâtre. En effet, E. Will néglige l'âge de Cléopâtre (39 ans) et le fait qu'elle avait alors quatre enfants. Si Césarion est exécuté sur ordre d'Octave, les trois autres enfants d'Antoine et Cléopâtre sont emmenés à Rome et élevés par Octavie, restée fidèle à la mémoire de son mari.

Cléopâtre Séléné épouse plus tard le roi et savant berbère Juba II de Maurétanie[53], orphelin de guerre élevé à Rome, comme elle, ce à quoi nous devons le beau buste de Cherchell qui représente sa mère. On ne sait pas ce que devint Alexandre Hélios, qui survécut peut-être dans l'obscurité.

D'autres historiens, comme Christoph Schäfer avancent la thèse du poison, déjà évoquée par Strabon[54]. Le poison le plus connu à l'époque était un mélange d’opium, de ciguë et d’aconitum, peut-être placé dans une épingle à cheveux maintenant le diadème souvent orné d'un double uræus, d'où la quiétude décrite sur le visage cadavérique de la reine et la confusion avec les cobras[55].

La découverte du tombeau de Cléopâtre constituerait un événement archéologique sans précédent - hormis l'exhumation de la tombe de Toutânkhamon par Howard Carter, en 1922.

Son œuvre[modifier]

Son principal mérite est de s'être rendu compte que l'Égypte ne pouvait plus se suffire à elle-même malgré son passé glorieux et ses traditions séculaires. C'est ainsi qu'il faut comprendre son implication dans les aléas de la politique de Rome, dont elle cherche à utiliser la puissance pour affermir son pouvoir et sortir son pays de la décadence, tout en maintenant son indépendance. Elle connaît les pesanteurs qui paralysent son royaume, l'instabilité qui le caractérise mais estime que, de sa précarité, l'Égypte, dont Rome a besoin, peut faire une force et tente de persuader César (sans grand succès semble-t-il) puis Antoine (avec plus de réussite au départ) qu'une alliance est préférable à une colonisation. Jamais Cléopâtre ne perd de vue qu'elle représente l'Égypte et son peuple. Elle est d'ailleurs la seule qui tente véritablement de rallier les gens de la chôra (la province par opposition à Alexandrie). Elle protège la population juive[56] pour qui le règne de Cléopâtre est une période particulièrement heureuse[57]. Elle assume aussi des rituels pharaoniques que ses prédécesseurs ont négligés et elle adopte le rituel traditionnel pour la naissance de Ptolémée-Césarion-Horus, fils de César-Amon et de Cléopâtre-Isis. Le trône pour elle est moins un patrimoine que l'on dilapide qu'une patrie que l'on dirige, ce simple fait la distingue des derniers souverains de la dynastie.

 

Cléopâtre VII Théa Philopator
Buste de Cléopâtre VII, Altes Museum, Berlin
Buste de Cléopâtre VII, Altes Museum, Berlin
Titre
Reine d'Égypte
51 av. J.-C.30 av. J.-C.
Prédécesseur Ptolémée XII
Successeur Ptolémée XV
Biographie
Titre complet Reine d'Égypte
Dynastie Dynastie ptolémaïque
Date de naissance v. 69 av. J.-C.
Lieu de naissance Alexandrie[1]
PtolemyCoinWithAlexanderWearingElephantScalp.jpg Royaume ptolémaïque
Date de décès 12 août 30 av. J.-C.
Lieu de décès Alexandrie
PtolemyCoinWithAlexanderWearingElephantScalp.jpg Royaume ptolémaïque
Père Ptolémée XII
Mère Cléopâtre VI Tryphène
Conjoint (1) Ptolémée XIII
(2) Ptolémée XIV
(3) Jules César (amant)
(4) Marc Antoine
Enfants Ptolémée XV (3)?
Alexandre Hélios (4)
Cléopâtre Séléné (4)
Ptolémée Philadelphe (4)

Sommaire

 [masquer
Cléopâtre VII Théa Philopator
Naissance v. -69 Décès 12 août -30
Père Ptolémée XII Aulète Grands-parents paternels
Ptolémée IX Sôter II
Grand-mère paternelle inconnue
Mère une concubine égyptienne ? Grands-parents maternels
Grand-père maternel inconnu
Grand-mère maternelle inconnue
Fratrie Bérénice IV
Arsinoé IV
Ptolémée XIII Dionysos
Ptolémée XIV Philopator II
1re épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
2e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
3e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
4e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
5e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
6e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari Ptolémée XIII Dionysos
Son 1er frère
Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari Ptolémée XIV Philopator II
Son 2e frère
Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari Jules César (amant) Enfant(s) Ptolémée XV Philopator Caesar
dit Césarion
4e mari Marc Antoine Enfant(s) Alexandre Hélios
Cléopâtre Séléné
Ptolémée Philadelphe
Cléopâtre VII
Période Période lagide
Dynastie Dynastie des Ptolémées
Fonction Pharaonne
Prédécesseur Ptolémée XII Aulète
Prise du pouvoir Mort de son père
Dates de règne -51 à -30 associée à Ptolémée XIII puis Ptolémée XIV et Ptolémée XV
Durée du règne
Successeur
Passation du pouvoir
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 09:20

Alexandre le Grand

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Alexandre le Grand (en grec ancien : Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας / Aléxandros ho Mégas ou Μέγας Ἀλέξανδρος / Mégas Aléxandros) ou Alexandre III de Macédoine ( Ἀλέξανδρος Γ' ὁ Μακεδών / Aléxandros III ho Makedốn, Ἀλέξανδρος signifiant en grec « l'homme protecteur[1] »), né le 21 juillet -356 à Pella, mort le 13 juin -323 à Babylone, est un roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.

Fils de Philippe II, élève d’Aristote et roi de Macédoine depuis -336, il devient l’un des plus grands conquérants de l’histoire. Il fait de son petit royaume le maître de l’immense empire perse achéménide, s’avance jusqu’aux rives de l’Indus et fonde près de soixante-dix cités, dont la majorité porte le nom d’Alexandrie.

La notoriété d’Alexandre s’explique principalement par sa volonté de conquête de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu’il ne meure subitement à l’âge de trente-deux ans, a pour conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l’Occident et l’Orient. Il est aussi à ce jour considéré comme l'un des meilleurs stratèges de l'histoire.

L’héritage d’Alexandre, marqué par une tentative de fusion des cultures grecque et orientale, est partagé entre ses généraux pour former les différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.

Biographie

Naissance et filiation

Détail d’une mosaïque qui montrerait Alexandre combattant un lion avec son ami Cratère.

Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 20 (?) ou le 21 juillet -356[2]. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympias, princesse d’Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d’Alexandre le Molosse, roi d’Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d’Épire et le sud de l’actuelle Albanie. Sa mère donne naissance, en -355 à une fille Cléopâtre.

Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu’Olympias n’a pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d’elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu’à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d’origine égyptienne celle-là et faussement attribuée à Callisthène, le Roman d’Alexandre, veut qu’Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie, Nectanébo II[3].

Par son père Philippe II, Alexandre prétend descendre de Téménos d’Argos, lui-même descendant d’Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s’appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d’Achille[4].

Selon une affirmation rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit même où Érostrate incendie le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique[5]. Alexandre utilise plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusé par les Éphésiens[6].

Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos, celui-ci détermina qu'Olympias était enceinte et que l’enfant aurait le caractère d’un lion[7]. Quant à son physique, il semblerait qu'il eût les boucles de cheveux châtain clair aux reflets cuivrés, les yeux vairons (bleu et marron) et, à cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionné un nerf, la tête toujours penchée du côté droit[8].

Enfance et éducation

Alexandre possède, aux yeux des Grecs, une double appartenance. Il est d'une part un barbare (les Grecs appellent les Macédoniens des mixo- barbaroi, « demi-barbares »), car c’est un Macédonien qui possède un tempérament passionné et se laisse emporter par des colères d’une terrible violence, héritage attribué à sa mère, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable d’élans généreux qui lui allient des fidélités sans failles. Ses convictions religieuses sont entachées de superstitions[9]. Cependant le trait de caractère dominant du personnage est sans aucune contestation sa volonté de fer, qui peut aller jusqu’à l'obstination et l’entêtement.

Alexandre et Aristote.

Parallèlement, Alexandre est profondément influencé par la culture grecque. Il est vrai que, située dans le nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l’une des régions pélagiques antiques. La langue parlée est alors l’un des nombreux dialectes grecs et, dès l’époque du roi Archélaos (fin du Ve siècle avant notre ère), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l’ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes dans la maison d’Épaminondas comme otage (entre -369 et -367)[10], le parle pour sa part couramment ainsi que son fils. Alexandre, selon Plutarque ne parle macédonien que sous le coup d'une forte émotion[11].

Portrait d'Aristote (copie romaine d'un bronze perdu réalisé par Lysippe), précepteur d'Alexandre - Musée du Louvre.

Après avoir été éduqué par Léonidas[12], un parent de sa mère Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteurs les philosophes Aristote (de -343 à -340) et Ménechme. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III, le grand-père d’Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève, récit guerrier de l'éloignement par excellence, que ce dernier emporte avec lui dans ses conquêtes et dont il tire sa ligne de conduite. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu’il sait exploiter plus tard lors de ses conquêtes. Alexandre se révèle un étudiant doué. Il connaît par cœur de nombreuses citations de l’Iliade

En -339, intervient une intrigue concernant Pixodaros, satrape de Carie. Celui-ci tente en effet de marier sa fille à Arrhidée, le deuxième fils de Philippe II mais son projet est contrecarré par Alexandre et ses amis proches, Ptolémée, Néarque, Harpale et Laomédon de Mytilène. En représailles, ces derniers sont condamnés à l'exil et n'en reviennent qu'à la mort de Philippe. Plusieurs amis d’enfance d’Alexandre, dont Héphaestion, Philotas et Eumène de Cardia se trouvent à ses côtés lors de la conquête de l’empire perse et comptent parmi ses plus fidèles compagnons. Cette cohésion, extrêmement forte, trouve ses sources dans la tradition macédonienne, qui voulait que les fils de rois et les fils de nobles soient élevés ensemble, formant un clan, celui des hetairoi[13].

Caractère d'Alexandre

La séduction du personnage tient sans doute à ce mélange contradictoire : barbare et grec, mystique et réaliste, violent et généreux, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. Sa volonté inflexible se double d’un réel opportunisme et d’un sens inné de la mise en scène. Athénée parle ainsi d'Alexandre[14]« Théophraste dit aussi qu'Alexandre était peu propre aux ébats amoureux. Sa mère Olympias (du consentement de Philippe) fit coucher auprès de lui une courtisane thessalienne, nommée Callixine, femme d'une rare beauté, car ils craignaient qu'Alexandre ne fût impuissant ; mais elle fut obligée de lui faire les plus pressantes sollicitations pour l'engager à passer dans ses bras ».

Le roi de Macédoine

Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)

« Hermès Azara » : pilier hermaïque romain reprenant le portrait d’Alexandre le Grand par Lysippe, musée du Louvre

Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en -352, intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d’une coalition d’Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en -338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le Bataillon sacré des Thébains[15].

Philippe est également l’initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l’exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l’Empire perse[16]. En -340, en l’absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à seize ans, devint régent de Macédoine.

En -337 cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d’un général de Philippe, Attale[17], comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné, Alexandre sauve la vie de son père lors d’une confrontation avec les Triballes[18].

L’élimination de tout rival potentiel (été -336)

Au cours de l’été -336, Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire, Alexandre le Molosse, le frère d’Olympias. L’assassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestis, un ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, ce dernier ayant ignoré une requête qu’il lui aurait faite. Les historiens de l’Antiquité ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier[19]. Peu d'historiens contemporains[20] considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.

Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d’Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se débarrasse rapidement peu après), pour le meurtre de son père, soutenant que c’est Darius qui s’était vanté auprès des différentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe[21].

Après la mort de Philippe, l’armée proclame Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l’exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers -360 / -359 que Philippe II avait renversé alors qu’il n’était qu’un enfant[22]. Quant à Olympias, profitant d’une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre[réf. nécessaire]. L’oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l’assentiment d’Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n’a plus de rival capable de lui contester le trône.

Le royaume de Macédoine à la mort de Philippe II

La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)

Alexandre n’est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (ἡγεμών, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournée diplomatique en Grèce afin que le réseau diplomatique constitué patiemment par son père ne se délite pas. L’allégeance thessalienne est renouvelée et la ligue de Corinthe (donc les Athéniens) prête serment au nouvel hègémôn.

Vue grecque du monde à la naissance d’Alexandre. Hécatée de Milet, Ve siècle av. J.-C. avant notre ère

Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l’une jusqu’au Danube, l’autre en Illyrie révoltée (fin de l’année -336 et début de l’année -335 jusqu’en été). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du -IIIe siècle — rencontrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en -335. L’anecdote suivante est rapportée :

« Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu’ils craignaient le plus au monde, en s’attendant à ce que ces gens disent qu’ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s’estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu’ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu’ils ne craignaient rien. »

C'est alors, tandis que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, que les cités grecques se révoltent. C'est le résultat de la politique de Darius III Codoman qui, à la fois par l'intermédiaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par Parménion à la fin du règne de Philippe, et tente en même temps de susciter une révolte en Grèce sur les arrières macédoniens. Une fausse rumeur de la mort d'Alexandre déclenche la rébellion de Thèbes que promettent d'aider Athènes et Sparte.

La riposte d’Alexandre est foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (automne -335) à l’exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare (par égard pour sa réputation, sa gloire et ses relations avec les rois de Macédoine) et des temples des dieux, sa population réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs[23]. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l’influence de son ancien maître Aristote qui s’installe cette même année -335 à Athènes et y fonde le Lycée. Il semble aussi vraisemblable que les talents de négociateurs de Phocion et surtout de Démade aient convaincu le roi de ne pas détruire la ville[24]. Alexandre réclame que lui soient livrés Démosthène, Lycurgue et Hypéride[25]. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d’Athènes ne sont que les premiers d’une longue liste.

Finalement, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l’Europe au printemps -334 pour son expédition en Asie, c’est pour ne jamais y revenir.

Le Conquérant

 

L’armée d’Alexandre

Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipater, nommé régent en l’absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1 500 hommes et 12 000 fantassins. Les effectifs au départ de l’expédition d’Asie sont d’environ 1 800 cavaliers, auxquels s’ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la ligue de Corinthe.

Phalange macédonienne

Alexandre, dans le prolongement de son père, révolutionne l'art de la guerre. Les fantassins, sans doute 32 000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutés dans la classe paysanne macédonienne. Au total un effectif assez faible, 4 400 cavaliers environ et à peine plus de 30 000 fantassins[26]. Mais tout au long de l’expédition des renforts arrivent de Macédoine et de Grèce, sans compter les troupes indigènes qui sont intégrés à l’armée du roi de Macédoine au fur et à mesure qu’Alexandre avance en Asie comme les 30 000 jeunes Perses intégrés à la phalange. D’autre part la faiblesse des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. La cuirasse de 15 kg, le bouclier de 1 m de diamètre, le hoplon, qui alourdissaient les hoplites sont abandonnés. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses (longues piques de 5,5 mètres dont la base peut être fichée dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergies cinétiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu’il peut renverser plusieurs rangs d’infanterie adverse[27]. Cet allègement permet également d'équiper un plus grand nombre d'hommes. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant ses flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l’ennemi pour désorganiser les formations ennemies et les rendre vulnérables à l’impact des phalanges: ceci est la technique dite « du marteau et de l'enclume ».

La bataille du Granique (mai -334)

Article détaillé : Bataille du Granique.
Dispositif de la bataille du Granique

Le jeune roi de Macédoine[28] part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l’armée à Abydos, tête de pont créée par Philippe II sur l’Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros Protésilas, tombé lors de la guerre de Troie. Ce geste[29] est le premier d’une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir s’il est sincèrement pénétré de la fierté d’appartenir à la race du héros ou s’il s’agit d’une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d’Asie Mineure et de Grèce.

C’est ainsi qu’il débarque en Asie près de l’emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d’Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d’Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle[30] (Élien le Sophiste explique dans son Histoire variée (XII, 7) qu’il « laissait ainsi entendre qu’il était le mignon d’Alexandre, comme Patrocle avait été celui d’Achille[31] ». Son livre est une collection d'anecdotes, écrit plus de cinq siècles après la mort d'Alexandre et il est le seul historien connu à évoquer une telle relation. Hephaestion passe chez les autres historiens comme « l'ami le plus cher d'Alexandre »). Ce n’est qu’après, qu’Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose que l’armée entraîne vers l’intérieur du pays, sans combattre, les troupes d’Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu’en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s’appuyant sur l’or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d’un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu’il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie[32].

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand dans la partie occidentale de l’Asie Mineure au cours de l’année -334.

La prise de Milet (mai / juillet -334)

Article détaillé : Siège de Milet.

La victoire d’Alexandre a une conséquence importante : jusqu’à la bataille d'Issos, il n’a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s’opposer à lui[33]. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s’empare de Dascylion. La ville d’Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s’est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d’Artémis le tribut que la ville payait jusqu’alors à Darius et en rappelant les bannis.

Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les envies de trahison de la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet -334 par Alexandre, après qu’il eut interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.

Le siège d’Halicarnasse (été / automne -334)

Article détaillé : Siège d'Halicarnasse.

Cependant Memnon s’est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s’est rangé du côté des Perses. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialte, qui a juré la mort du Macédonien depuis la destruction de sa ville d’origine.

Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et fait de Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversée, le satrape de Carie. Celle-ci adopte alors Alexandre comme son fils et en fait son héritier. La plupart des satrapies orientales seront organisées selon ce modèle. Les pouvoirs civils sont donnés à un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires à un Macédonien.

Reste cependant à s’emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l’une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre l’erreur de licencier sa flotte[34],[35]. Aussi ne peut-il s’emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3 000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège[36].

Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Asie mineure au cours de l’année -333.

Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s’en empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l’année -334 et au début de -333, il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n’appartiennent que très nominalement à l’empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d’Aspendos (à l’est de la ville actuelle d’Antalya), de Sidé (aujourd’hui Side ou Selimiye à environ 60 kilomètres à l’est d’Antalya). Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d’Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s’empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d’hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.

La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)

La première partie de la campagne d’Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l’objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate[37] à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l’influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu’il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l’anéantissement de l’empire perse.

C’est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d’ailleurs pourquoi, bien qu’il proclame sa volonté d’agir en qualité de chef des Hellènes, il s’appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C’est pourquoi il ne reste qu’assez peu de temps à Gordion, où l’épisode du nœud gordien, s’il est authentique, lui promet l’empire d’Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l’empire de l’Asie. Alexandre, d’un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n’est pas totalement sans risque sur ses arrières.

Alexandre tranchant le nœud gordien par Jean Simon Berthélemy, Paris, École des Beaux-Arts

En effet lors de l’hiver -334 Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l’Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L’idée d’une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l’hégémonie macédonienne. N’oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C’est alors que Memnon meurt (fin de l’été -333) et que son plan est abandonné par Darius III. Le souverain perse décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l’armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l’armée que Darius rassemble.

Alexandre estime cependant, à juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C’est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d’en reconstituer une[réf. nécessaire]. Il s’en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d’intervention de la flotte d’Athènes et relâche les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d’une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce[réf. nécessaire]. C’est pourquoi, quand il apprend au début de l’été -333 que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.

D’Issos à Arbèles

Article détaillé : Bataille d'Issos.
Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples

En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu’à l’Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites d’une hydrocution après une baignade dans le fleuve Kydnos[38]). Cependant Parménion, véritable second du roi lors du début de l’expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en sept jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s’empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d’Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après (-333), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigée et s’entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l’argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d’autant que l’arrivée imminente de Darius III se précise.

Le souverain achéménide s’est installé dans la plaine d’Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d’une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s’aventure lentement dans la plaine d’Issos et y organise sa ligne de bataille devant l’armée perse.

La conquête de la Phénicie (hiver -333)

La déroute des Perses après la défaite d’Issos (1er novembre -333) est totale. Darius avec quelques milliers d’hommes à peine s’enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l’Euphrate) tandis que d’autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d’Alexandre. De nombreux fugitifs se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l’Égypte ou Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c’est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré ?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d’Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les tentatives d’indépendance des cités grecques.

Pourtant la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute de nouvelles troupes (fin -333/début -332). Il y a donc un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus il apparait clairement que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C’est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s’empare des bagages de Darius. Dans le même temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus énergiques, Antigone, au commandement de toutes les forces macédoniennes présentes en Asie mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de -332.

La période de l’empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales[réf. nécessaire] face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple[réf. nécessaire]. Mais divisées entre elles, ces cités n’adoptent pas une attitude commune face à l’arrivée des Macédoniens. Le roi d’Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n’a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.

Le siège de Tyr (janvier / août -332)

Le siège de Tyr vu par un illustrateur du XIXe. La ville en sort ruinée.

À la fin de l’année -333, alors qu’Alexandre est à Sidon, des négociations s’engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d’Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c’est lui donner pouvoir sur la cité. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C’est pourquoi commence en janvier -332 le long siège de Tyr (en) (jusqu’en août -332). La ville neuve est sur une île (voir Ancharadus) qu’Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville (la ville continentale), d’environ 60 m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires[réf. nécessaire].

Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début -332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d’attache. Les rois de Sidon, d’Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d’une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l’arrivée de Cléandre de Macédoine (en) avec un corps de 4 000 mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.

Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu’en août -332.

La flotte de Tyr est détruite par les navires d’Alexandre lors d’une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d’engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots[réf. nécessaire]. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l’assaut (selon l’historien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu à des actes d’une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d’hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants[39]. Ces derniers n’ont pas oublié les scènes de prisonniers de l’armée d’Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7 000 à 8 000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20 000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d’enfants s’est enfuie vers Carthage). Seul le temple est épargné dans la ville.

La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisés lorsqu’ils assiégèrent Tyr. Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l’ensemble de la Phénicie.

Quels objectifs ?

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand au cours des années -332 et -331, de la bataille d’Issos à celle de Gaugamèles et jusqu’à la prise de Babylone.

Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l’Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l’avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu’avantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la région entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure[40]. Ce que semble désirer Alexandre ce n’est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l’Asie, idée déjà défendue par Isocrate[41] le rhéteur athénien[42], mais l’Asie tout entière, du moins la connaissance qu’en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kurios) plein et entier des territoires déjà conquis. Il ne fait d'ailleurs qu'appliquer le droit grec de la guerre, ainsi défini par Xénophon :

« C'est une loi universelle et éternelle que, dans une ville prise sur des ennemis en état de guerre, tout, et les personnes et les biens, appartient au vainqueur[43]. »

Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes, dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquête de la Lydie et la Cilicie[44], ce qui était grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide[45]. Certes il faut se montrer prudent avec les diverses sources. S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit après coup afin de donner l'impression chez le conquérant d'une vision à long terme et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des évènements. La réponse à cette question est problématique mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre étaient achéménides illustre bien qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique fort et cohérent.

Alexandre le Grand
Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας
Buste d’Alexandre IIe-Ier siècle avant notre ère - British Museum.
Buste d’Alexandre
IIe-Ier siècle avant notre ère - British Museum.
Titre
Roi de Macédoine
-33613 juin -323
Prédécesseur Philippe II
Successeur Philippe III et Alexandre IV
Pharaon d’Égypte
-33113 juin -323
Prédécesseur Darius III
Successeur Ptolémée Ier
Biographie
Dynastie Argéades
Date de naissance 21 juillet -356
Lieu de naissance Pella
Royaume de Macédoine
Date de décès 13 juin -323 (à 32 ans)
Lieu de décès Babylone
Père Philippe II de Macédoine
Mère Olympias
Conjoint Roxane
Stateira
Enfants avec Roxane :
Un fils qui n'a pas vécu
Alexandre IV

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 16:18

igori Raspoutine

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