Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 10:25

Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe

L'écrivain en novembre 1848, daguerréotype de W.S. Hartshorn, Providence, Rhode Island

Œuvres principales

Signature

modifier

Edgar Allan Poe (Boston, 19 janvier 1809Baltimore, 7 octobre 1849) est un poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge1 et éditeur américain, ainsi que l'une des principales figures du romantisme américain. Connu surtout pour ses contes — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l'effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d'un effet unique — il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique.

Né à Boston, Edgar Allan Poe perd ses parents, David Poe Jr. et Elizabeth Arnold, dans sa petite enfance ; il est recueilli par John et Frances Allan de Richmond, en Virginie, où il passe l’essentiel de ses jeunes années, si l’on excepte un séjour en Angleterre et en Écosse, dans une aisance relative. Après un bref passage à l’Université de Virginie et des tentatives de carrière militaire, Poe quitte les Allan. Sa carrière littéraire débute humblement par la publication anonyme d’un recueil de poèmes intitulés Tamerlan et autres poèmes (1827), signés seulement « par un Bostonien ». Poe s’installe à Baltimore, où il vit auprès de sa famille paternelle et abandonne quelque peu la poésie pour la prose. En juillet 1835, il devient rédacteur-assistant au Southern Literary Messenger de Richmond, où il contribue à augmenter les abonnements et commence à développer son propre style de critique littéraire. La même année, à vingt-sept ans, il épouse sa cousine germaine Virginia Clemm, alors âgée de 13 ans.

Après l’échec de son roman Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, Poe réalise son premier recueil d’histoires, les Contes du Grotesque et de l’Arabesque, en 1839. La même année, il devient rédacteur au Burton's Gentleman's Magazine, puis au Graham's Magazine à Philadelphie. C'est à Philadelphie que nombre de ses œuvres parmi les plus connues ont été publiées. Dans cette ville, Poe a également projeté la création de son propre journal, The Penn (plus tard rebaptisé The Stylus), qui ne verra jamais le jour. En février 1844, il déménage à New York, où il travaille au Broadway Journal, un magazine dont il devient finalement l’unique propriétaire.

En janvier 1845, Poe publie Le Corbeau, qui connaît un succès immédiat. Mais, deux ans plus tard, son épouse Virginia meurt de la tuberculose le 30 janvier 1847. Poe envisage de se remarier, mais aucun projet ne se réalisera. Le 7 octobre 1849, Poe meurt à l’âge de 40 ans à Baltimore. Les causes de sa mort n’ont pas pu être déterminées et ont été attribuées diversement à l’alcool, à une drogue, au choléra, à la rage, à une maladie du cœur, à une congestion cérébrale, etc.

L'influence de Poe a été et demeure importante, aux États-Unis comme dans l'ensemble du monde, non seulement sur la littérature, mais également sur d'autres domaines artistiques tels le cinéma2 et la musique, ou encore dans des domaines scientifiques3. Bien qu'auteur américain, il a d’abord été reconnu et défendu par des auteurs français, Baudelaire et Mallarmé en tête. La critique contemporaine le situe parmi les plus remarquables écrivains de la littérature américaine du XIXe siècle.

Sommaire

Biographie

Une famille de comédiens

Il naît le 19 janvier 1809 dans une modeste pension de famille du 62, Carver Street, à Boston, dans le Massachusetts4. Sa mère, Elizabeth Arnold (1787-1811) est la fille de deux acteurs londoniens, Henry (ou William Henry) Arnold et Elizabeth Smith. À la mort de son père, en 1796, elle suit sa mère en Amérique. Arrivée le 3 janvier à Boston à bord de l’Oustram, elle monte sur les planches trois mois plus tard, âgée d'à peine neuf ans. Elle rejoint ensuite avec sa mère, qui meurt quelque temps après, une petite troupe de théâtre, les Charleston Players5.

Durant l'été 1802, elle se marie avec le comédien Charles Hopkins, à Alexandria, en Virginie, qui meurt trois ans plus tard, le 26 octobre 1805. À 18 ans, déjà veuve, elle épouse un garçon tuberculeux et alcoolique de 21 ans, David Poe Jr., dont le père, le général David Poe Sr., un commerçant patriote de Baltimore originaire d'Irlande6, s'était illustré durant la guerre d'indépendance. David Poe Jr. avait abandonné ses études de droit pour s'engager, en juin 1805, dans les Charleston Players7. C'est là qu'il a rencontré Elizabeth Arnold Hopkins, qu'il épouse le 14 mars 18068. À l'époque, ils jouent au Federal Street Theater de Boston. Elizabeth est danseuse et chanteuse, mais David est alcoolique, tuberculeux et piètre acteur5,7.

Edgar est le deuxième des trois enfants du couple. Son frère, William Henry Léonard, né le 30 janvier 1807, mourra le 1er août 1831, à l'âge de 24 ans, alcoolique et tuberculeux, tandis que sa sœur, Rosalie, née le 20 décembre 1810, contractera à douze ans une maladie inconnue, peut-être une méningite, qui la laissera handicapée mentale et nécessitera une mise sous tutelle durant toute sa vie5.

En septembre 1809, la famille quitte Boston pour le New York Park Theater. Le 18 octobre, David Poe, qui a sombré dans l'alcoolisme, joue son dernier rôle ; il fugue quelques mois plus tard, en juillet 1810. Il meurt sans doute peu après, en décembre 1810. La même année, Elizabeth donne naissance à une fille, Rosalie7. Elle fait une tournée dans le Sud, accompagnée d'Edgar (William Henry a été confié à son grand-père paternel). Mais malade, elle ne joue que par intermittence5,7.

Le 9 octobre 1811, à Richmond (Virginie), malade, elle doit s'aliter. Le 25 novembre, un journal local lance un appel à la générosité des citoyens de Richmond, sous le titre « Au cœur humain » : « Mrs Poe, allongée sur son lit de douleur et entourée de ses enfants, demande votre aide et la demande peut-être pour la dernière fois ! ». Le 8 décembre 18118, Elizabeth est emportée par le mal qui la ronge, peut-être la pneumonie, à l'âge de 24 ans, après avoir joué près de deux cents rôles, laissant ses enfants orphelins. Deux semaines après ses obsèques, le théâtre de Richmond brûle pendant une représentation, et la troupe, privée de théâtre, quitte la ville après avoir laissé Edgar et Rosalie à la charité de la bourgeoisie de la ville5.

Tandis que William Henry demeure avec son grand-père David Poe et sa tante Maria Clemm, Edgar est recueilli par un couple de riches négociants de tabac et de denrées coloniales de Richmond, John et Frances Allan, et Rosalie (1810-1874) par les Mackenzie. Le 7 janvier 1812, Edgar est baptisé par le révérend John Buchanan, vraisemblablement sous le nom d'« Edgar Allan Poe » et avec les Allan pour parrain et marraine5.

Une éducation d'aristocrate virginien

Edgar passe son enfance à Richmond, chez ses parents adoptifs, qui l'élèvent avec tendresse. En 1814, à peine âgé de 5 ans, il commence ses études primaires sous la conduite de Clotilda ou Elizabeth Fisher. L'année suivante, il passe brièvement, à l'école de William Ewing. En 1815, en effet, John Allan (1780-1834), qui est d'origine écossaise, décide de partir en Grande-Bretagne pour y étudier le marché et, si possible, ouvrir à Londres une succursale. La Bible occupe une grande place dans la vie d'Edgar, et ce malgré le rationaliste John Allan10. Edgar, qui a six ans, quitte l'école de Richmond et embarque avec ses parents et la jeune sœur de Mme Allan, Ann Moore Valentine (appelée Nancy) à Norfolk (Virginie) à bord du Lothair5.

Débarqués à Liverpool le 29 juillet, les Alan gagnent d'abord l'Écosse. Mais le marché écossais se révèle mauvais, et la famille s'installe bientôt à Londres. Edgar suit, de 1816 à 1818, des études primaires à l'école des demoiselles Dubourg (146 Sloan Street, Chelsea, Londres), où il est connu sous le nom de « Master Allan »5 et étudie notamment la géographie, l'orthographe et le catéchisme anglican11, puis à la Manor House School de Londres, à Stoke Newington, dirigée par le révérend John Bransby5 (elle pourrait avoir servi de modèle au collège de William Wilson12), sous le nom d'« Edgar Allan »5. Il suit des études classiques et littéraires solides13, apprenant le grec, le latin, le français et la danse. Il fait preuve d'un caractère irritable et parfois tyrannique envers ses camarades, mais obtient de brillants résultats scolaires, en latin et français notamment13. L'école mettant également l'accent sur la condition physique des élèves, Edgar devient un athlète accompli11,10. En août 1818, les Allan visitent l'île de Wight, probablement à l'occasion de vacances, et peut-être le site de Stonehenge14. Mais la situation se dégrade. D'abord, sa mère adoptive, dont la santé a toujours été fragile, tombe sérieusement malade, ce qui a pour effet de la rendre nerveuse, irritable. Par ailleurs, en 1819, John Allan connaît de graves ennuis financiers : la bourse de tabac s'effondre, puis un employé l'escroque. Le jeune Edgar, qui est séparé de sa famille, fait une première fugue10.

Le 8 juin 1820, la famille Allan est à Liverpool, où elle embarque sur le Martha. Arrivée à New York le 22 juillet après 31 jours de trajet, elle prend le 28 un steamboat à destination de Norfolk et se réinstalle à Richmond, le 2 août. Edgar reprend le chemin de l'école, où il obtient, là aussi, d'excellents résultats, mais commence à manifester un certain penchant pour la solitude et la rêverie10. En 1823, les affaires de John Allan sont moribondes et la vie à la maison des Allan s'en ressent10. Edgar continue à rédiger des poèmes qu'il adresse aux élèves de l'école où se trouve sa sœur5.

Les relations avec ses parents adoptifs sont ambivalentes. Il est encouragé par sa mère dans ses travaux d'écritures, mais les tours qu'il joue à certains habitants de Richmond causent le désespoir de son père10. Ce dernier prend ombrage du caractère assez fier de l'adolescent, et s'éloigne progressivement de son épouse, toujours malade. Edgar, très attaché à Frances Allan (1784-1829), réprouve l'adultère de son père adoptif10. John Allan voudrait voir Edgar devenir marchand, mais le jeune homme ne rêve que de poésie et envisage, à la rigueur, une carrière dans l'armée. Il trouve souvent refuge chez la mère d'un camarade, Jane Stith Stanard, qui est l'inspiratrice du poème À Hélène10 (1831). Son décès, en 1824, affectera grandement Edgar5.

À la suite du décès de son oncle William Galt, en mars 1825, John Allan hérite de plusieurs centaines de milliers de dollars14. Cette somme lui permet de payer ses dettes et d'acheter un manoir en briques appelé « Moldavia » (pour 14 950 dollars). Entre 1821 et 1825, Edgar fréquente les meilleures écoles privées de Richmond, où il reçoit l'éducation traditionnelle des gentlemen virginiens. Il est inscrit à l'English Classical School de John H. Clarke (1821-1822)5, qui lui fait lire Ovide, Virgile et César, puis Homère, Horace et le De Officiis de Cicéron14, puis il fréquente le collège William Burke (1823-mars 1825) et l'école du Dr Ray Thomas et de son épouse5.

À cette époque, il écrit ses premiers vers satiriques, tous perdus aujourd'hui, excepté O Tempora! O Mores! Par ailleurs, il est très influencé par l'œuvre et le personnage de Lord Byron. Bon élève, il se montre excellent nageur et passionné de saut en longueur. En juin ou juillet 1824, il nage six ou sept miles le long de la James River, tandis que son maître suit sur un bateau. Du 26 au 28 octobre 1824, lors de son voyage aux États-Unis, le général La Fayette visite Richmond. Les volontaires juniors de la ville participent aux cérémonies organisées pour lui souhaiter la bienvenue ; Edgar est lieutenant des volontaires5.

Le 14 février 1826, il entre à la nouvelle université de Virginie, à Charlottesville15, que vient de fonder Jefferson (elle a ouvert ses portes le 7 mars 1825), où il suit avec brio des cours de langues ancienne et moderne5. Mais M. Allan lui a donné juste assez d'argent pour s'inscrire. Excédé par les dettes de jeu et les frais courants d'Edgar, qui s'élèvent à 2 000 dollars, alors qu'il vient de passer avec succès ses premiers examens, John Allan refuse de le réinscrire et le ramène à Richmond en décembre 1826 pour l'employer dans sa maison de commerce. Par ailleurs, il ruine ses fiançailles avec Elmira Royster (1810-1888) ; le père de la jeune fille s'empresse de la marier à un riche négociant, Alexander Shelton5.

Rêves de gloire et pérégrinations

Comme son beau-père refuse de le renvoyer à l'université, il quitte sa famille adoptive, probablement le 24 mars 182716, et s'embarque sous le nom d'Henri Le Rennet sur un bateau qui descend la James River jusqu'à Norfolk17. Arrivé à Boston en avril, il espère survivre en publiant ses poèmes. Il y passe deux mois, comme acteur ou soldat, on l'ignore. Le 26 mai, sous le nom d'Edgar A. Perry (pseudonyme qu'il réutilisera pour signer certains contes), après s'être vieilli de quatre ans, il s'engage pour cinq ans comme artilleur de seconde classe dans l'armée fédérale. À la même époque, il fait paraître à ses frais, chez Calvin F.S. Thomas à Boston, une mince plaquette anonyme Tamerlan et autres poèmes sur laquelle est inscrit « A Bostonian » et dont 50 exemplaires à peine sont vendus. Il n'en existe aujourd'hui que 12 exemplaires5.

En novembre, sa batterie est transférée à Fort Moultrie, sur l'île Sullivan (en), face à Charleston (cette île servira de décor au très populaire Scarabée d'or). Malgré sa rapide promotion au grade d'artificier, puis de sergent-major (le 1er janvier 1829) et l'amitié de ses supérieurs, Edgar s'ennuie. John Allan lui refuse la lettre d'autorisation sans laquelle il ne peut démissionner. Le 15 décembre 1828, la batterie d'artillerie où il sert est transférée au Fort Monroe en Virginie5.

Le 28 février 1829, Frances Keeling Allan meurt. Elle est inhumée le 2 mars au cimetière de Shockoe Hill. Prévenu tardivement, Edgar n'arrive que le soir du jour des funérailles de cette mère tant aimée. Durant ce séjour, Edgar se réconcilie provisoirement avec son père adoptif, qui accepte de l'aider à démissionner de l'armée et d'appuyer (sèchement) sa candidature à West Point, école des officiers de l'armée américaine. Le 4 avril, Edgar est libéré de l'armée5.

Une nouvelle histoire de dettes entraîne une nouvelle brouille entre les deux hommes. Libéré de l'armée en avril 1829, sans le sou, Edgar va attendre son admission à West Point à Baltimore. Il séjourne auprès de sa tante Maria Clemm (1790-1871), sœur cadette de son père, qui a perdu son mari en 1826 et vit dans un extrême dénuement, entourée de sa mère impotente, Elizabeth Cairnes Poe, d'un fils tuberculeux, Henry (1818-après 1836), et de deux filles, Elizabeth Rebecca (1815-1889) et Virginia (1822-1847), qui est éperdue d'admiration devant son cousin, ainsi que du frère d'Edgar, William Henry. Dans cette ville, il fait paraître un second recueil de poèmes, Al Aaraaf, Tamerlan et poèmes mineurs chez Hatch and Dunning en décembre 18295.

Muni de chaleureuses lettres de recommandation de ses anciens officiers et d'une froide supplique de John Allan, il se rend à pied à Washington, pour solliciter son admission dans la prestigieuse académie de John Eaton, Secrétaire à la guerre. Ses démarches n'ayant obtenu aucun succès, il retourne à Baltimore5.

Edgar est admis à West Point en juin 1830. Il y fait de brillantes études, meilleures dans les disciplines académiques que dans les exercices militaires. John Allan, cependant, se remarie avec Louisa Patterson, qui lui donnera trois fils. Excédé par l'avarice de John Allan, qui lui refuse à nouveau l'argent nécessaire à ses études, et réfractaire à la discipline, Edgar se fait volontairement renvoyer de West Point15 (en refusant de se rendre en classe ou à l'église) après jugement de la cour martiale, le 8 février 1831. Le 6 mars, il quitte l'école avec des lettres de recommandation de ses supérieurs5.

Des débuts littéraires difficiles

De retour à Baltimore, chez Maria Clemm, il recherche vainement un emploi. Ses articles et ses contes sont tous refusés. Enfin, il envoie cinq nouvelles au concours du Philadelphia Saturday Courrier, qui promet au gagnant un prix de 100 dollars. Il n'obtient pas le prix, mais ses contes (notamment Metzengerstein) sont publiés, sans son nom, en 1832 par le Saturday Courrier (qui les paie très mal)5.

Ainsi commence sa carrière de journaliste. Dans l'indigence, il pratique aussi le métier de pigiste nègre et continue son travail d'écrivain, consacrant ses loisirs et ses maigres revenus à l'éducation de sa petite cousine Virginia. En 1831, il fait paraître chez Elam Bliss à New York Poèmes, seconde édition, dédié au « corps des cadets des États-Unis » et précédé du premier manifeste critique d'Edgar, la Lettre à M… (reprise par la suite sous le titre Lettre à B…), qui bénéficie d'un accueil peu favorable5.

En 1833, le New England refuse de publier son premier recueil : Contes du club de l'In-Folio. En revanche, en octobre, il enlève le 1er prix du concours du Baltimore Saturday Visiter avec le Manuscrit trouvé dans une bouteille, qui lui apporte une certaine notoriété et l'amitié de John P. Kennedy, membre du jury et célèbre romancier. Grâce à ses recommandations, il peut publier ses premiers comptes rendus de critique littéraire au Southern Literary Messenger5.

En août 1835, il est enfin engagé par Thomas W. White comme directeur de la section littéraire du journal. Toutefois, il n'est pas libre : il doit se conformer au programme de la revue, qui soutient la littérature sudiste, et satisfaire l'admiration infantile de T. W. White pour les discours des gentlemen virginiens. La griffe d'Edgar apparaît dans ses nombreux pamphlets contre les romanciers populaires (du Nord) de l'époque. Il s'attaque notamment au best-seller de Theodore Fay, Norman Leslie, coqueluche de New York et des journaux nordistes tels le Knickerbocker, le Commercial Intelligencer ou la North American Review. Son talent de polémiste éclate, et il rénove l'esprit du Southern. Ses opérations médiatiques, comme la série : « Autobiographies pastiches de lettres d'écrivains », font monter le nombre d'abonnés au journal5.

Il épouse clandestinement Virginia le 22 septembre 1835. Le 16 mai 1836, il l'épouse publiquement, et la jeune fille, qui n'a que 13 ans15, le rejoint à Richmond avec sa mère5,18.

Toutefois, il s'estime, à juste titre, mal payé et ne supporte plus les reproches (sur son supposé alcoolisme, notamment) dont l'accable, en public, T. W. White, pour empêcher son brillant rédacteur de prendre trop d'ascendant et garder le contrôle de son journal. Aussi décide-t-il de quitter le Southern5.

En février 1837, il s'installe à New York, où la New York Review lui a fait une proposition. Mais le journal a cessé de paraître quand il arrive. Mrs Clemm ouvre une pension à Manhattan, où Edgar s'installe avec Virginia. Il y achève Les Aventures d'Arthur Gordon Pym et y révise Les Contes de l'In-Folio5.

Un écrivain reconnu

En 1838, il se fixe à Philadelphie pour reprendre ses activités régulières de journaliste appointé. Il tente d'y vivre de sa plume, mais ses quelques piges ne le sortent pas de la misère. La même année paraissent Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, qui n'ont aucun succès5.

En juin 1839, William Burton offre à Edgar la place de rédacteur en chef adjoint au Burton's Gentleman's Magazine. Il y est encore moins libre qu'au Southern, car il doit servir l'opportunisme de Burton, qui lui a recommandé de faire preuve d'indulgence dans ses comptes rendus critiques. Toutefois, il s'entend bien avec Burton, et leur collaboration permet au Gent's Mag, qui publie La Chute de la maison Usher, Le Diable dans le beffroi et William Wilson, de devenir le mensuel le plus en vue de Philadelphie. En revanche, la publication en volume des Contes du grotesque et de l'arabesque, en 1840, n'obtient qu'un succès d'estime. La même année, Edgar se livre à une critique de Longfellow, auquel il reproche le manque d'unité de ses textes, et inaugure une série de dénonciations de plagiats5.

En janvier 1840, il entreprend la publication en livraisons successives d'un roman de l'Ouest, Le Journal de Julius Rodman, médiocre fiction restée inachevée et pleine d'emprunts aux journaux de voyage contemporains. En juin, il quitte Burton pour fonder le Pen Magazine, revue littéraire dont il serait le seul maître. Il fait circuler des tracts aux plus grandes célébrités littéraires américaines, mais le projet échoue lorsque le commanditaire, George Graham, se retire. En octobre, Graham, qui possède le Saturday Evening Post et le mensuel Casket achète pour 3 500 dollars le Burton's Gentleman's Magazine (qui compte alors 3 500 abonnés) et le rebaptise Graham's Gentleman's Magazine. Dans le premier numéro paraît le conte L'homme des foules5.

En juin 1841, Edgar est engagé comme rédacteur associé par son ami George Graham. Il touche un salaire annuel de 800 dollars. Pour la première fois, il jouit d'une réelle indépendance. La plupart de ses grands articles et l'essentiel de son œuvre critique ont paru dans les pages du Graham's Magazine. C'est également la période la plus heureuse de sa vie. Il poursuit ses attaques contre les « cliques » et les « coteries » de New York et de Boston, qui dictent leur loi aux éditeurs et aux journalistes des grands centres urbains. Le tirage de la revue passe à 25 000 exemplaires, chiffre exceptionnel pour l'époque5.

Un malheur vient cependant frapper sa famille. Un soir de janvier 1842, alors qu'elle chante pour des amis, Virginia est victime d'une hémorragie causée par la rupture d'un vaisseau de la gorge. Elle reste plusieurs mois entre la vie et la mort5.

Peu après, le 6 mars, Edgar rencontre Charles Dickens, en tournée aux États-Unis, avec lequel il discute de l'instauration d'un copyright international. Dickens lui promet de lui trouver un éditeur en Angleterre. En mai, Edgar quitte le Graham's Magazine, repris par le projet de fonder sa propre revue, baptisée cette fois The Stylus5.

Espérances et errances

En mars 1843, il se porte candidat à un poste de l'administration qui lui laisserait le temps d'écrire, grâce aux contacts de son ami F. W. Thomas. Toutefois, malgré le soutien de Robert Tyler, le fils du président des États-Unis, il ne peut obtenir aucun poste. Pendant la campagne présidentielle de 1840, il avait rédigé plusieurs pamphlets politiques opportunistes contre le candidat démocrate Martin Van Buren (Le Diable dans le beffroi) et son colistier Richard Mentor Johnson (L'Homme qui était refait), pour obtenir les bonnes grâces du parti whig. De retour à Philadelphie le 13 mars, il vit à nouveau de maigres piges5.

En 1844, Edgar s'installe dans le nord de Manhattan, à la ferme Brennan, où il travaille avec acharnement à une Histoire critique de la littérature américaine qui ne verra jamais le jour. Par ailleurs, il écrit des Marginalia, brèves notes journalistiques souvent tirées de ses articles antérieurs. Enfin, il accepte un emploi subalterne au New York Mirror de son ami Nathaniel Parker Willis et remet à plus tard son projet du Stylus5.

Le 28 janvier 1845, il publie Le Corbeau, qui a un succès extraordinaire. Paru dans l'Evening Mirror, le poème est repris dans de nombreux journaux. Sa renommée grandit. Une sélection de ses contes paraît chez les prestigieux éditeurs Wiley et Putnam à New York, puis un recueil de poèmes, Le Corbeau et autres poèmes en novembre 18455.

Plusieurs de ses comptes rendus critiques sont publiés dans le Broadway Journal de Charles Frederick Briggs et John Brisco, hebdomadaire d'information artistique et culturelle. Le 22 janvier 1845, il devient collaborateur permanent du journal et lance une campagne célèbre à New York sous le nom de « Guerre Longfellow » : Edgar et « Outis », un correspondant anonyme (Edgar lui-même selon certaines hypothèses), échangent de violentes diatribes, l'une ridiculisant Longfellow, l'autre accusant Le Corbeau de plagiat. En juillet, Edgar parvient à éliminer Briggs, l'un des deux actionnaires du journal. En octobre, Brisco cède ses parts à Edgar, qui concrétise alors son rêve, en devenant l'unique propriétaire de l'hebdomadaire. Toutefois, il s'aliène les journalistes et le public bostonien lors d'une conférence, volontairement obscure, sur son poème Al Aaraaf. Le 3 janvier 1846, Edgar dépose le bilan du Broadway Journal pour cause de dettes5.

En mai, Virginia étant de plus en plus malade, la famille s'installe à Fordham, quartier du Bronx, dans la grande banlieue de New York. Il apprécie les jésuites de l'université de Fordham et flâne fréquemment dans son campus, conversant avec les étudiants et les professeurs. La tour du clocher de l'université de Fordham lui inspire le poème « Bells. » À cette époque, Edgar tombe gravement malade et, ne pouvant plus écrire, sombre dans la misère. Le foyer est soutenu par une amie, Marie Louis Shew, mais leur pauvreté est telle qu'un entrefilet dans le New York Express du 5 décembre appelle les amis du poète à l'aide5.

Le 30 janvier 1847, Virginia décède à Fordham, à l'âge de 24 ans. Edgar, gravement malade, est soigné par Mrs Shew et Maria Clemm. À cette époque, il est très occupé par son projet de poème en prose, Eureka ou Essai sur l'univers matériel et spirituel. Il s'engage dans une quête frénétique d'amitiés féminines avec Mrs Lewis, dont il corrige les poèmes sentimentaux contre rétribution, avec Mrs Nancy Locke-Richmond (qui habite à Lowell, dans le Massachusetts), dont il s'éprend et qui sera l'Annie des derniers poèmes, enfin, avec Mrs Sarah Whitman (qui vit à Providence, dans le Rhode Island), poétesse spiritualiste à qui il adresse le second poème À Hélène et qu'il demande en mariage. En novembre 1848, dans des circonstances assez obscures, il absorbe une forte dose de laudanum qui manque de l'empoisonner. De plus, il s'est mis à boire, lors de la maladie de Virginia, entre 1842 et 1847, et il est victime de crises d'éthylisme. Il souffre même un moment d'une attaque de paralysie faciale5.

Le 13 novembre, Mrs Whitman accepte de l'épouser s'il renonce à l'alcool. Le 23 décembre, à Providence, il donne devant deux mille personnes sa célèbre conférence sur Le Principe poétique (qui ne sera publiée qu'après sa mort). Deux jours plus tard, 25 décembre, doivent être célébrées les noces avec Mrs Whitman. Toutefois, le lendemain, celle-ci reçoit une lettre anonyme lui apprenant de prétendues « relations immorales » entre Edgar et une de ses amies. De plus, on lui apprend que son fiancé a passé la nuit à boire avec des jeunes gens dans une taverne de la ville. Aussitôt, elle décide de rompre avec lui5.

De retour à Fordham, Edgar reprend son projet de revue littéraire avec E.H.N. Patterson. Après une visite à Mrs Richmond, il entreprend un voyage dans le Sud pour rassembler des fonds en faveur de sa revue. Parti de New York le 30 juin 1849, il séjourne tout l'été à Richmond, où il retrouve Elmira Royster Shelton, veuve depuis la mort de son mari en 1844, avec laquelle il songe à se marier, et redonne sa conférence sur Le Principe poétique, qui rencontre un très grand succès. Il la refait également à Norfolk (Virginie)5.

Une mort mystérieuse

Le 27 septembre, Edgar quitte Richmond en bateau pour Baltimore, où il débarque le lendemain. On perd alors sa trace pendant quatre jours5.

Le 3 octobre 1849, Joseph W. Walker envoie un message au Dr James E. Snodgrass : « Cher Monsieur, — Il y a un monsieur, plutôt dans un mauvais état, au 4e bureau de scrutins de Ryan, qui répond au nom d'Edgar A. Poe, et qui paraît dans une grande détresse et qui dit être connu de vous, et je vous assure qu'il a besoin de votre aide immédiate. Vôtre, en toute hâte, Jos. W. Walker. » L'endroit où Edgar réapparaît, plus connu sous le nom de « Gunner's Hall », était une taverne, qui (comme souvent à l'époque) servait de lieu de vote pendant les élections5.

Le Dr Snodgrass et Henry Herring, l'oncle d'Edgar, viennent chercher l'écrivain, qu'ils présument ivre. D'après les différents témoignages, au lieu de son costume de laine noir, il portait un manteau et un pantalon d'alpaga de coupe médiocre, vieillis et salis, et dont les coutures avaient lâché en plusieurs points, ainsi qu'une paire de chaussures usées aux talons et un vieux chapeau tout déchiré, presque en lambeaux, en feuilles de palmier. La chemise était toute chiffonnée et souillée, et il n'avait ni gilet ni faux-col5.

Conduit au Washington College Hospital, il alterne entre des phases de conscience et d'inconscience. Aux questions qu'on lui pose, il répond par des phrases incohérentes. Son cousin, Neilson Poe, venu lui rendre visite, ne peut le voir. Edgar meurt, officiellement d'une « congestion cérébrale », le dimanche 7 octobre, à 3 h ou 5 h du matin. Il est inhumé dans le cimetière presbytérien de la ville, le Westminster Hall, maintenant intégré à l'école de droit de l'université du Maryland5.

Plusieurs théories ont été émises pour expliquer la mort d'Edgar. On a prétendu, ainsi, qu'il serait mort des suites d'une trop grande consommation d'alcool. D'autres mettent en avant des ennuis de santé. En 1847, il avait été victime d'une longue maladie qui lui aurait causé une lésion au cerveau. De même, en 1848, le Dr John W. Francis aurait diagnostiqué une maladie du cœur, diagnostic qu'Edgar Poe aurait d'ailleurs rejeté. Enfin, dans ses lettres à Maria Clemm, les 7 et 14 juillet, il indique qu'il est malade, parlant d'une amélioration de son état le 19. Parmi les maladies qui auraient pu causer sa mort, on a parlé de la tuberculose, de l'épilepsie, du diabète ou de la rage5.

Autre hypothèse mise en avant : il aurait retrouvé des anciens de West Point, qui l'auraient invité à boire. Rentrant seul, dans un état d'ivresse, il aurait été volé et battu par des brutes et aurait erré dans les rues pendant la nuit, avant de sombrer inconscient5.

Cependant, la théorie la plus largement admise est qu'il aurait été victime de la corruption et de la violence, qui sévissaient de manière notoire lors des élections. De fait, la ville était alors en pleine campagne électorale (pour la désignation du shérif, le 4 octobre) et des agents des deux camps parcouraient les rues, d’un bureau de vote à l’autre, pour faire boire aux naïfs un cocktail d’alcool et de narcotiques afin de les traîner ainsi abasourdis au bureau de vote. Pour parfaire le stratagème, on changeait la tenue de la victime, qui pouvait être battue. Le faible cœur d'Edgar Poe n'aurait pas résisté à un tel traitement5.

La tombe d'Edgar Poe

Poe est enterré lors d'une cérémonie réduite à sa plus simple expression et placé dans une tombe non marquée qui progressivement sera recouverte d'herbes.

En 1860, sa famille se mobilise pour offrir une pierre tombale de marbre blanc au poète négligé de Baltimore portant l'épitaphe : « Hic Tandem Felicis Conduntur Reliquae. Edgar Allan Poe, Obiit Oct. VII 1849 » et sur l'autre face l'inscription : « Jam parce sepulto », mais la pierre est détruite accidentellement avant même sa mise en place.

Grâce à une souscription initiée en 1865 et relayée par les élèves de l'université du Maryland, Poe est réinhumé le 1er octobre 1875 sur un nouvel emplacement, et une véritable cérémonie est organisée sur sa nouvelle tombe le 17 novembre qui mentionne cette fois une date de naissance erronée (20 janvier au lieu du 19). Le nouveau monument n'a aucune épitaphe, même si plusieurs suggestions ont été faites en particulier par Oliver Wendell Holmes. La pierre tombale mentionne seulement les noms et les dates de ses occupants. En 1885, les restes de Virginia Poe, enterrés en 1847 à New York, ont été apportés à Baltimore et inhumés avec ceux de Poe et de Maria Clemm, désormais réunis. Ce monument sera dégradé par le temps, remplacé par un monument en bronze, lui-même volé et remplacé5.

Ce n'est finalement qu'en 1913 qu'une autre pierre commémorative est repositionnée, d'abord au mauvais endroit, puis finalement à l'emplacement originel de la tombe d'Edgar Poe, dans le cimetière presbytérien de Baltimore avec l'épitaphe suivante tirée du poème Le Corbeau : « Quoth the Raven, "Nevermore." » (Le corbeau dit : « Jamais plus ! »)19,20.

Depuis 1949, les admirateurs de Poe se réunissent chaque année sur sa tombe, à l'anniversaire de sa naissance, le 19 janvier.

À l'occasion du bicentenaire de sa naissance, des funérailles solennelles, présidées par John Astin ont été organisées par le Poe House and Museum de Baltimore le 11 octobre 2009, son enterrement n'ayant pas été annoncé publiquement en 1849 et l'assistance autour de son cercueil s'étant alors résumée à dix personnes21.

Chaque 19 janvier de 1949 à 2009, une mystérieuse personne a déposé sur sa tombe trois roses et une bouteille de cognac22.

Sa personnalité

Doté d'une vaste intelligence, Edgar Allan Poe était un homme très courtois mais d'une férocité sans égale, qui le brouilla avec de nombreuses personnes. Ses amis étaient toujours frappés par sa tenue soignée à l'excès et la clarté de son élocution. De même, ses manuscrits se distinguent par la fermeté, la régularité et l'élégance de son écriture et ne comportent que peu de ratures. Très souvent, il écrivait sur des feuilles de bloc-notes qu'il collait les uns aux autres de manière à former des rouleaux très stricts. Une analyse graphologique de ces manuscrits a été réalisée, et elle révélerait une intelligence « ne dormant jamais », d'une indépendance extrême à l'égard des conventions, et qui contrôle, ou cherche toujours à contrôler, une extraordinaire sensibilité, somme toute, un « cérébral »23.

Dans son travail, il se méfiait du premier jet, du spontané. Pressé par le besoin d'argent, il livrait le plus souvent des contes non revus aux journaux ou revues auxquels ils étaient destinés. Toutefois, lors des republications, il apportait à ceux-ci d'importants changements, toujours dans le sens d'un meilleur resserrement du texte. Durant les derniers mois de son existence, il révisa de près ses fictions et ses écrits théoriques ou critiques en vue de la première grande édition de ses œuvres, qui parut à New York en 1850.

Très conscient de son intelligence, logicien, il aimait faire montre de ses capacités analytiques. Ainsi, lors de la publication en feuilleton de Barnabé Rudge (1841), roman de Dickens, il aurait deviné la fin de l'intrigue avant la parution des dernières livraisons. De même, Le Mystère de Marie Roget est inspiré d'un fait réel, l'assassinat de Mary Cecil Rogers à New York en 1841, dont le corps avait été retrouvé dans l'Hudson, près de la rive du New Jersey. Dans une lettre datée du 4 juin 1842, il explique que, dans son conte, en faisant faire à Dupin « une analyse très longue et rigoureuse de la tragédie » et en reprenant « les opinions et les arguments de la presse », il démontre « le caractère fallacieux de l'opinion reçue » et a « indiqué l'assassin d'une manière qui donnera un nouvel élan à l'enquête », expliquant que la jeune femme n'a pas été assassinée, comme on le pensait, par une bande de voyous24.

Sa supériorité dans l'art d'écrire fut aussi marquée par quelques canulars, où il appliqua sa théorie de l'effet. Le 13 avril 1844, il fit paraître dans un numéro spécial du New York Sun un conte, Le Canard au ballon, présenté comme un fait réel. Par cette adroite mystification, il marquait son retour sur la scène littéraire new-yorkaise25. Quant à La Vérité sur le cas de M. Valdemar, conte paru en 1845, l'éditeur, qui le publia comme un pamphlet, et les journaux qui le reprirent dans les éditions anglaises le présentèrent comme un rapport scientifique (parce qu'ils avaient été dupés). Elizabeth Barrett Browning lui écrivit pour louer « la puissance de l'écrivain et cette faculté qu'il a de transformer d'improbables horreurs en choses qui paraissent si proches et si familières »26.

Idéaliste, il était aussi très ambitieux, ce qu'il ne cachait pas. Il confia un jour à John Henry Ingram : « J'aime la gloire, j'en raffole ; je l'idolâtre ; je boirais jusqu'à la lie cette glorieuse ivresse ; je voudrais que l'encens monte en mon honneur de chaque colline et de chaque hameau et de chaque ville et de chaque cité sur terre »27.

Dès l'enfance, il lisait Byron, dont l'influence devait marquer ses premiers poèmes, Coleridge et la plupart des romantiques de son époque. Par la suite, il devait se démarquer de ces auteurs et se signala par des critiques assez féroces contre Coleridge. Il connaissait aussi parfaitement la littérature classique et goûtait particulièrement Pope. Il professa une grande admiration pour Ondine, conte de Friedrich de La Motte-Fouqué, pour Shelley28, pour le génie de Dickens (notamment pour Le Magasin d'antiquités), pour Hawthorne. En revanche, il exprimait de sévères critiques à l'égard de Carlyle, d'Emerson (qu'il considérait comme la « respectueuse réplique » du premier), de Montaigne, dont l'emploi de la digression dans ses Essais était en contradiction avec ses idées sur la nécessaire unité d'un texte. De même, s'il pouvait dire de John Neal que « son art est grand, il est d'une nature élevée », il mettait en avant ses « échecs répétés (…) dans le domaine de la construction de ses œuvres », due, selon lui, soit à une « déficience du sens de la totalité », soit à une « instabilité de tempérament »29.

Malgré ses efforts, il ne vécut jamais dans une réelle aisance, mais connut souvent la misère, même s'il bénéficia de son vivant d'une réelle célébrité, surtout par ses activités de journaliste et son poème Le Corbeau.

L'alcoolisme de Poe a été démesurément exagéré, pour suggérer que sa vie aurait été une longue suite de beuveries et le disqualifier en tant qu'auteur. D'abord, il paraît déraisonnable de considérer qu'il ait pu écrire ou concevoir ses poèmes ou ses contes sous l'influence de l'alcool, ne serait-ce qu'en raison de la longueur, de l'arrondi et de la construction soignée de ses phrases. Ensuite, son flirt avec l'alcool était intermittent - s'il lui arrivait de boire plusieurs jours de suite, il pouvait ne pas toucher une goutte d'alcool pendant des mois ou des années30.

Avant 1841, il n'existe aucun document témoignant de ses rapports à l'alcool. En avril 1841, il écrivit au docteur J. Evans Snodgrass : « Je suis tempérant jusqu'à la rigueur... À aucune période de ma vie je n'ai été ce que les hommes peuvent appeler intempérant... Mon tempérament sensible ne pouvait supporter une excitation qui était de chaque jour chez mes compagnons. Pour faire court, il est parfois arrivé que je sois complètement ivre. Pendant quelques jours, après chaque excès, j'étais invariablement cloué au lit. Mais cela fait maintenant quatre années entières que j'ai abandonné toute espèce de boisson alcoolisée - quatre ans, à l'exception d'un seul écart... quand j'ai été incité à recourir occasionnellement au cidre, dans l'espoir de soulager une attaque nerveuse ». Il est possible qu'il ait découvert l'alcool à l'université en 1826, comme nombre d'autres jeunes gens, mais l'un de ses camarades a témoigné du fait qu'il était réputé, parmi les professeurs, pour sa sobriété, son calme et sa discipline. Par la suite, il est demeuré de longues années sans boire — il obtint trois lettres de recommandation lors de son départ de l'armée en 1829. Sa consommation aurait repris à West Point, mais les témoignages à ce sujet sont douteux. Plus tard, l'un de ses amis a fait état d'une consommation modérée de liqueur, durant son séjour à Baltimore, en 183230.

C'est à Richmond, en 1835, qu'on trouve les premières traces avérées d'une consommation d'alcool excessive, mais occasionnelle. Dans sa lettre à Snodgrass, Poe explique : « Pendant une brève période, quand j'habitais à Richmond et publiais le Messenger, j'ai certainement cédé à la tentation, avec de longs intervalles, suscitée de tous côtés par l'esprit de convivialité du Sud ». Après plusieurs années de sobriété, à la suite de son départ dans le Nord, il semble qu'il se soit remis à boire, en diverses occasions, à l'époque de la maladie de son épouse, la succession des améliorations intermittentes et des rechutes l'ayant fait sombrer dans la dépression. Vers la fin d'août 1849, Poe rejoignit la division Shockoe Hill des Sons of Temperance, à Richmond. Quant aux rumeurs d'alcoolisme, elles sont fondées sur le fait que, d'une part, il ne supportait pas l'alcool, et que, d'autre part, plusieurs personnes, soit qu'elles fussent fâchées avec lui (comme Thomas Dunn English), soit qu'elles pussent se compter comme ses ennemis, ont profité de ces quelques occurrences où il est apparu ivre pour généraliser et prétendre qu'il était alcoolique, cela afin de le blesser et de salir son honneur, puis sa mémoire30,31. De même, si le vin est un thème fréquent, dans les contes de Poe, il apparaît toujours sur un mode satirique ; les personnages décrits comme des connaisseurs sont généralement ivres ou sots ; le plus noble des vins n'apparaît pas comme un moyen de rendre la vie plus agréable ou plus riche, mais comme un piège pour l'imprudent et le faible. Le vin servait à Poe de métaphore — à travers lui, il se moquait des prétentions de l'Homme et dénonçait ses tares32.

Ses écrits

L'ambition d'Edgar Poe était de créer une véritable littérature nationale. En effet, à cette époque, l'influence européenne était prépondérante et la production du vieux continent affluait aux États-Unis dont la littérature — hormis Washington Irving et James Fenimore Cooper — ne brillait guère que par ses histoires d'horreur — l'auteur le plus connu étant alors Charles Brockden Brown — et ses romans sentimentaux. À ce titre, son œuvre de critique littéraire fut marquée par une véritable exigence de qualité, ainsi que la dénonciation des facilités et des plagiats. Longfellow fut la plus illustre de ses victimes ; il ne répondit jamais à ses accusations, encore que ses amis se fissent un plaisir, en réponse, de calomnier Edgar Poe dans les milieux littéraires new-yorkais31.

Edgar Poe a laissé d'importants écrits théoriques, influencés par August Wilhelm Schlegel et Coleridge, qui permet de donner sens à son œuvre. Ses réflexions littéraires renvoient à ses conceptions cosmogoniques. Dans Eureka, il explique que l'univers, à l'origine, était marqué par l'unicité. Il a éclaté par la suite en quelque chose que l'on pourrait rapprocher de la théorie du Big Bang, mais il aspire à retrouver son unité. De même, en littérature, l'unité doit l'emporter sur toute autre considération. D'où la théorie de l'effet unique qu'il développe dans Philosophie de la composition (traduit par Baudelaire sous le titre de Genèse d'un poème): le but de l'art est esthétique, c'est-à-dire l'effet qu'il crée chez le lecteur. Or, cet effet ne peut être maintenu que durant une brève période (le temps nécessaire à la lecture d'un poème lyrique, à l'exécution d'un drame, à l'observation d'un tableau, etc.). Pour lui, si l'épopée a quelque valeur, c'est qu'elle est composée d'une série de petits morceaux, chacun tourné vers un effet unique ou un sentiment, qui « élève l'âme ». Il associe l'aspect esthétique de l'art à l'idéalité pure, affirmant que l'humeur ou le sentiment créé par une œuvre d'art élève l'âme et constitue, de ce fait, une expérience spirituelle. Le poème, le conte, le roman ne doit tendre que vers sa réalisation, et toute digression doit être rejetée. De même, le roman à thèse, où l'intrigue est entrecoupée de dissertations sur tel ou tel sujet, est à proscrire. Adversaire du didactisme, Poe soutient, dans ses critiques littéraires, que l'instruction morale ou éthique appartient à un univers différent du monde de la poésie et de l'art, qui devrait seulement se concentrer sur la production d'une belle œuvre d'art31.

L'univers, dit-il, est un poème de Dieu, c'est-à-dire qu'il est parfait. Mais l'Homme, aveugle aux œuvres de Dieu, ne voit pas cette perfection. C'est au poète, qui a l'intuition de cette perfection, grâce à son imagination créatrice, de la faire connaître à l'humanité. Mais certains poètes mégalomanes, guidés par ce que les Grecs anciens appelaient hubris, au lieu d'admettre l'impossibilité de l'imitation parfaite de l'intrigue de Dieu par l'Homme, prétendent se livrer à une concurrence sacrilège. Marqués non par l'imagination créatrice, mais par la fancy — une fantaisie délirante créant l'erreur, l'illusion —, ils ne voient pas la perfection de la création divine ; leur esprit aveuglé interprète le monde en fonction de leur cœur, de leur propre tourment intérieur ; ils sont voués au néant par leur ambition prométhéenne. Dans la première catégorie, on peut citer le chevalier Auguste Dupin (Double assassinat dans la Rue Morgue, Le Mystère de Marie Roget et La Lettre volée), William Legrand (Le Scarabée d'or) ou le baron Ritzner von Jung (Mystification). De même, dans certains contes, l'illusion est révélée par un parent au narrateur fiévreux qui a fui une épidémie de choléra dans Le Sphinx, par des lunettes qu'on offre au narrateur myope dans Les Lunettes, par la révélation des causes psychosomatiques de la sorte de catalepsie dont souffre le narrateur dans L'Enterrement prématuré. Dans la seconde catégorie, la figure la plus marquante est Roderick Usher, dont l'influence néfaste « contamine » le regard du narrateur et lui fait voir comme surnaturels des phénomènes qui ont, en fait, une explication rationnelle (Poe disséminant adroitement les indices de cette explication dans le texte)31.

Dans La Lettre volée (en anglais, The Purloined Letter), Edgar Poe imagine une intrigue où un certain « D. » (peut-être un frère du héros, le chevalier Auguste Dupin, comme semble l'indiquer la citation de la tragédie Atrée et Thyeste de Crébillon père : « Un destin si funeste, / S'il n'est digne d'Atrée, est digne de Thyeste. ») vole à une dame de qualité une lettre compromettante. Pour la cacher aux policiers, qui surveillent ses allers-retours et fouillent son hôtel pendant son absence, il la met bien en évidence dans un tableau accroché au mur. L'aveuglement des policiers, à l'esprit médiocre, renvoie à l'aveuglement des hommes, incapables de saisir la perfection de l'intrigue de Dieu. Quant à « D. », Poe le décrit comme dominé par la fancy, au contraire du chevalier Dupin, qui finit par l'emporter, grâce à son imagination créatrice31.

La narration, chez Poe, est marquée par la polysémie, dont témoignent les nombreux jeux de mot, dans les textes tragiques comme dans les textes comiques. Le narrateur, qui se signale le plus souvent par des lectures néfastes (littérature fantastique à l'allemande, romans gothiques, ésotérisme, métaphysique), décrit une histoire déformée par sa fancy, il ne maîtrise pas son écriture, dans laquelle plusieurs indices permettent d'appréhender la réalité sous-jacente31.

Nombre d'histoires d'Edgar Poe, principalement celles qui devaient figurer dans les Contes de l'In-Folio, qu'elles relèvent du tragique ou du comique, appartiennent au registre de la parodie. Son but est de démontrer l'inconsistance des fausses gloires de son temps, dont seuls quelques-uns ont échappé à l'oubli. Ainsi, Metzengerstein imite les horreurs inventées dans les romans gothiques, comme Le Château d'Otrante d'Horace Walpole ou Les Élixirs du diable d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann. L'histoire repose sur la croyance en la métempsycose, pour laquelle Edgar Poe a toujours manifesté un profond mépris et qui relevait pour lui de l'aliénation mentale. Dans Le Duc de l'Omelette, il se moque des maniérismes et du style affecté de Nathaniel Parker Willis. Dans Un événement à Jérusalem, qui reprend un roman de Horace Smith, Zilhah, a Tale of the Holy City (1829), il ridiculise l'orientalisme des romantiques. Quant à Manuscrit trouvé dans une bouteille, il représente un pastiche des récits de voyage. De même, des contes comme Bérénice raillent les outrances auxquelles se livraient les revues de l'époque. Le Roi Peste, de son côté, démonte les mécanismes du roman Vivian Grey (1826), récit plein de fantaisie débridée à travers lequel, non sans incongruité, Benjamin Disraeli entendait dénoncer l'ivrognerie. De même, dans Comment écrire un article à la « Blackwood » et A Predicament, la satire dénonce l'absurdité des contes à sensation, qui faisaient la fortune du Blackwood's Magazine, très célèbre revue d'Édimbourg. Quant à l'héroïne, Psyché Zenobia, c'est une femme de lettres américaine, un « bas-bleu », Margaret Fuller, dont les sympathies pour les transcendantalistes suffisaient à énerver Poe31.

Plus largement, quand l'actualité ne venait pas lui fournir un sujet, il puisait assez souvent dans ses nombreuses lectures (que favorisait son travail de critique littéraire) pour concevoir et construire ses œuvres de fiction. Ainsi, Hop Frog est inspiré de l'accident advenu à Charles VI lors du bal des ardents, tel que l'a décrit Jean Froissart dans ses Chroniques. De même, William Wilson est directement inspiré de la trame d'un poème dramatique que Byron aurait eu l'intention d'écrire, dont Washington Irving avait révélé le contenu dans The Gift en 1836. Nathaniel Hawthorne s'était lui-même servi de ce matériau pour rédiger Howe's Masquerade31. Il s'est également inspiré, pour sa nouvelle La Barrique d'amontillado, de La Grande Bretèche d'Honoré de Balzac33.

Il pouvait aussi faire appel, comme tout écrivain, à son expérience personnelle. Ainsi, Un matin sur le Wissahicon relate au départ une promenade qu'il avait faite à Mom Rinker's Rock et la rencontre d'un daim apprivoisé, même s'il s'éloigne vite de la simple transcription de souvenirs pour se livrer à une contemplation émerveillée de la nature et à une réflexion sur l'altération des paysages créée par la présence humaine, et plus largement sur les rapports entre l'industrie humaine et la beauté (sa description perdant tout réalisme pour basculer dans l'onirisme et offrir un coup d'œil éphémère sur une vision céleste)31.

Postérité

Edgar Poe est un auteur prolifique, qui laisse deux romans, de nombreux contes et poèmes, outre ses essais, ses critiques littéraires et son abondante correspondance. Une partie importante de ses contes et poèmes ont été traduits en français34 par Charles Baudelaire et Stéphane Mallarmé. D'une très grande qualité littéraire, ces traductions comportent cependant quelques erreurs et libertés par rapport à l'original, parfois graves pour la compréhension de la pensée de Poe35,36,37. Si les poèmes ont pu faire l'objet de retraductions, le rôle joué par Baudelaire dans la célébrité de Poe en Europe empêche tout travail en ce sens, et seuls les textes qu'il a laissé de côté ont fait l'objet de traductions plus récentes. On trouve plusieurs contes et poèmes de Poe en accès libre sur le web.

Pendant longtemps, l'image d'Edgar Poe fut tronquée ; elle l'est encore dans une partie importante du public38. Poe fut victime d'un pasteur baptiste bien-pensant, par ailleurs littérateur jaloux, Rufus Griswold (1815-1857) — le « pédagogue vampire », selon le mot de Baudelaire —, qui s'acharna à détruire son image39. Le 9 octobre 1849, déjà, il écrivait dans le New York Tribune : « Edgar Poe est mort. Il est mort à Baltimore avant-hier. Ce faire-part étonnera beaucoup de personnes, mais peu en seront attristées. (…) L'art littéraire a perdu une de ses plus brillantes et de ses plus bizarres célébrités31. » Par la suite, chargé avec James Russell Lowell et Nathaniel Parker Willis d'assurer l'édition des Œuvres posthumes de Poe40, il rédigea une notice biographique parue en tête du troisième tome, « chef d'œuvre d'ambiguïtés suggestives, de faux vraisemblables, de mensonges masqués, d'imaginations superbement jouées » selon Claude Richard. Il prétendit ainsi qu'il était alcoolique, mélancolique, c'est-à-dire victime d'un déséquilibre mental, et que c'était un personnage sinistre qui avait des « éclairs de génie ». Les légendes qu'il forgea eurent longtemps seules droit de cité, malgré les protestations des amis de Poe (Sarah Helen Whitman, John Neal, George Rex Graham, George W. Peck, Mrs Nichols ou Mrs Weiss)41. C'est grâce aux travaux de John Henry Ingram (1880)42, James A. Harrison (1902)43 et Arthur Hobson Quinn (1941)44 que la vérité sur le travail de l'écrivain fut rétablie, avec l'édition, en 1902, des œuvres complètes de Poe, dite Virginia Édition, qui comporte dix-sept volumes31,45.

En France même, où ses œuvres ont connu très tôt un large écho, grâce essentiellement aux efforts de Charles Baudelaire, nombre d'études témoignent d'une méconnaissance assez large du poète américain. Une part des légendes qui se colportent ont d'ailleurs été transmises par Baudelaire, lui-même, qui s'est reconnu dans cette image de l'écrivain hanté et misérable et l'a présenté avec trop d'insistance comme le parangon des poètes maudits46 et sulfureux. Même s'il dénonce largement les légendes colportées par Rufus Griswold (parmi lesquelles celle de l'alcoolisme de Poe), rappelant que, selon plusieurs témoins, il ne buvait généralement que fort peu, il décrit ce supposé alcoolisme comme « un moyen mnémonique, une méthode de travail »47. De même, il lui attribue ses propres penchants pour la drogue31.

Plus tard, en 1933, Marie Bonaparte se livra à une importante étude psychanalytique, qui est fréquemment citée parmi les grandes critiques de Poe et de son œuvre, et qui a eu une grande influence sur la réception de l'œuvre de Poe, ne serait-ce qu'en raison de son analyse des textes de Poe suivant le prisme de la psychanalyse freudienne. Cela dit, plusieurs critiques considèrent son ouvrage comme assez contestable dans sa manière de reproduire et d'amplifier certaines légendes véhiculées par Griswold. Par exemple, elle affirme qu'Edgar Poe aurait aperçu, dans sa petite enfance, ses parents faisant l'amour, déduisant de cet événement des complexes dont témoigneraient, selon elle, ses textes. Influencée par les légendes répétées à l'envi depuis Griswold, qui présentent Poe comme un être neurasthénique, alcoolique, drogué, marqué par la fatalité48, elle fait partie des analystes qui considèrent que Poe a écrit une œuvre largement autobiographique, transcrivant sur le papier ses propres terreurs49. Pour ce faire, si elle corrige certaines erreurs de la traduction de Baudelaire50, elle se livre elle-même à certaines déformations, pour justifier son propos. Ainsi, la phrase : « Si dans maintes de mes productions, la terreur a été le thème, je soutiens que cette terreur n'est pas d'Allemagne, mais de l'âme — que j'ai déduit cette terreur de ses seules sources légitimes et ne l'ai poussée qu'à ses seuls résultats légitimes.», tirée de la préface des Contes du grotesque et de l'arabesque, devient, sous sa plume : « Si dans maintes de mes productions, la terreur a été le thème, je soutiens que cette terreur n'est pas d'Allemagne, mais de mon âme ». Pour ces critiques, cette lecture ignore pour une part le travail de l'écrivain et méconnaît la pensée de Poe, que l'auteur prétend qualifier de « nécrophile en partie refoulé en partie sublimé »51,52,53. Ainsi, selon le psychanalyste Édouard Pichon, « les études des psychanalystes sur les artistes, représentées surtout, en France, par celles de Laforgue sur Baudelaire et de Marie Bonaparte sur Edgard Poë, contiennent maints éléments intéressants, mais Freud a le bon sens d'écrire que la psychanalyse "ne peut rien nous dire de relatif à l'élucidation artistique"54 ». Par ailleurs, et dans une perspective très différente de celle d'une Marie Bonaparte ou d'un René Laforgue, Jacques Lacan a également livré un commentaire psychanalytique de la nouvelle intitulée La Lettre volée50.

Hommages

Depuis 1917, une statue d'Edgar Allan Poe réalisée par Moses Ezekiel est installée dans le campus de la faculté de droit de l'université de Baltimore, à l'initiative de l'Edgar Allan Poe Memorial Association of Baltimore, fondée en avril 1907 par le Women's Literary Club of Baltimore55.

Une statue en bronze de l'auteur, œuvre de Charles Rudy, a été offerte à la ville de Richmond par le Dr George Edward Barksdale. Installée avec un socle de granit rose sur le square près du Capitole de l'État de Virginie le 30 janvier 1959, elle a été inaugurée le 7 octobre suivant56.

Une plaque commémorative a été apposée le 19 janvier 1989, pour le 180e anniversaire de sa naissance, sur la façade d'un immeuble pres de Carver Street (actuellement, Charles Street South)9,57,58, dans le quartier de Bay Village, à Boston, où il a vu le jour. Puis, le 27 avril 2009, lors du bicentenaire de sa naissance, le maire de Boston, Thomas Menino, a inauguré avec Paul Lewis, professeur à Boston College, le square Poe, situé dans le même quartier, à l'angle de Boylston Street et de Charles Street, en face du Boston Common59,60.

L'université de Virginie, à Charlottesville, conserve la mémoire d'Edgar Allan Poe et de la chambre où il a vécu de février 1826 à mars 1827. On a donné son nom à l'allée (Poe Alley) qui borde le bâtiment.

La West 84th Street, à New York, a été baptisée « Edgar Allen Poe Street ». Elle est située dans l'Upper West Side, au nord-ouest de Manhattan, entre Riverside Park et Central Park, et coupée par Broadway. C'est là que se trouvait la ferme des Brennan, où les Poe ont vécu quelque temps entre 1844 et 184561. On trouve également une place à son nom dans le Bronx, à proximité du cottage où les Poe ont habité entre 1846 et 184962.

En 1927, une voie a été ouverte dans la zone de la butte Bergeyre, située dans le quartier du Combat, au sud-ouest du 19e arrondissement de Paris, à proximité du parc des Buttes-Chaumont ; elle a été baptisée « rue Edgar-Poe » l'année suivante63.

Plusieurs autres rues portent son nom dans le monde, notamment à Berkeley, Bologne, Carhaix-Plouguer, Fontaine-le-Comte, Hartsdale (État de New York), Le Havre, Laredo (Texas), Mérignac, Nîmes, Niort, Palerme, Palo Alto, Portland, Providence, Reggio d'Émilie, Richmond, São José dos Pinhais, San Diego, Staten Island, Tours, Woodmere (État de New York), Xàbia ; des avenues à Ames, Cleveland, Dayton, East Meadow, Lithopolis (Ohio), Mount Pleasant (Caroline du Sud), Newark, Northridge (Ohio), Somerset (New Jersey), Stafford (Virginie), Urbana, Vandalia (Ohio), Westfield, Worthington (Ohio) ; des places à Baldwin (État de New York), Fairfield, Piscataway, Shelton, South Plainfield (New Jersey), Westerville (Ohio) ; des cours à Annandale (Virginie), Kendall Park (New Jersey) et Morganville (New Jersey), à Norfolk, New Windsor (État de New York), North Wales (Pennsylvanie), Roxbury (New Jersey), Staten Island, Williamstown (New Jersey).

Plusieurs écoles ont adopté son nom, notamment les écoles élémentaires d’Arlington Heights (Illinois), de Suitland, dans le comté de Prince George (Maryland) (Maryland), ou de Girard Estate, au sud de Philadelphie, inscrite dans le NRHP depuis le 4 décembre 1986, ainsi que l’école élémentaire et secondaire (Junior High School) de San Antonio. À Paris, un lycée privé sous contrat, le « lycée Edgar-Poe », porte son nom depuis sa création en 1965 dans le 10e arrondissement de Paris64.

Demeures conservées

La plus ancienne des maisons existant encore où ait vécu Poe se trouve à Baltimore. Elle est conservée sous la forme d’un Musée Edgar Allan Poe. Poe est censé avoir vécu dans cette maison à 23 ans, quand il s’installa une première fois avec Maria Clemm et Virginia ainsi que sa grand-mère et, peut-être, son frère William Henry Leonard Poe. Elle est ouverte au public, de même que le siège de la Société Edgar Allan Poe65.

Poe, son épouse Virginia et sa belle-mère Maria ont, par la suite, loué plusieurs maisons à Philadelphie, mais seule la dernière de ces maisons est encore debout. La maison de Spring Garden, où vécut l’auteur en 1843-1844, est aujourd’hui conservée par le Service des parcs nationaux en tant que Site historique national Edgar Allan Poe. Elle se situe entre la 7e rue et la rue Spring Garden et est ouverte du mercredi au dimanche de 9 heures à 17 heures66.

La dernière maison de Poe, un cottage dans le Bronx, à New York, est également conservée67.

La plus ancienne maison de Richmond, baptisée « Virginia », où Poe n’a jamais vécu, est aujourd’hui le siège d’un Musée Edgar Allan Poe, centré sur les premières années de l’écrivain auprès de la famille Allan68.

Adaptation de ses œuvres

The Fall of the House of Usher (1839)

Au cinéma la première adaptation est le film français muet en 1928 La Chute de la maison Usher réalisé par Jean Epstein. Suit un court métrage muet d'horreur américain la même année : The Fall of the House of Usher69 réalisé par James Sibley Watson and Melville Webber. Il faut attendre 1960 pour voir La Chute de la maison Usher70, film fantastique américain réalisé par Roger Corman. Dans les années 2000 plusieurs film ont été réalisés. The Fall of the Louse of Usher71 film d'horreur anglais de Ken Russell interprété par lui-même et Mediæval Bæbes. L'année suivante : Descendant72 film hollandais en anglais avec Katherine Heigl et Jeremy London. En 2004 : Usher écrit et réalisé par Roger Leatherwood. Et en 2006, The House of Usher73 film policier réalisé par Hayley Cloake.

Trois opéras ont également été écrit : La Chute de la maison Usher opéra inachevé (il travailla à sa partition de 1908 à 1917, mais ne l'acheva jamais) en un acte et deux scènes que Claude Debussy composa sur son propre livret. Une première version de The Fall of the House of Usher par Glass et une seconde The Fall of the House of Usher un opéra rock de Peter Hammill.

The Tell-Tale Heart (1843)

La première adaptation eu lieu en 1914 :La Conscience vengeresse (The Avenging Conscience ou Thou Shalt Not Kill en anglais)74 film américain réalisé par D. W. Griffith. Puis Le Cœur révélateur (The Tell-Tale Heart) en anglais)75 court-métrage américain réalisé par Jules Dassin, sorti en 1941. Un nouveau court métrage américain de moins de dix minutes portant le même titre The Tell-Tale Heart76 sort en 1953. Un troisième film portant le même titre original sort en 1960, il s'agit d'un long métrage d'horreur de 78 minutes réalisé par Ernest Morris77. En 2009 sort le long métrage anglo-américain Tell tale78 réalisé par Michael Cuesta avec Josh Lucas, Lena Headey et Brian Cox. En 2012, Ryan Connolly sort un court-métrage d'horreur psychologique Tell.

Le jeu vidéo The Dark Eye dans ses énigmes fait référence à Poe et à The Tell-Tale Heart.

The Raven (1845)

The Raven a été adapté six fois au cinéma à commencer en 1915 par un film muet79 sur la biographie d'Edgar Allan Poe réalisé par Charles Brabin avec Charles Brabin dans le rôle d'Edgar Poe. Puis en 1935 sort le film horreur américain Le Corbeau (The Raven)80 de Lew Landers avec Boris Karloff et Béla Lugosi. En 1963 sort le film fantastique américain Le Corbeau81 de Roger Corman avec à nouveau Boris Karloff, Jack Nicholson et Vincent Price. La quatrième adaptation The Raven82 sort en 2006 dirigée par le réalisateur allemand Ulli Lommel. En 2011 le réalisateur britannique Richard Driscoll sort Evil Calls: The Raven83. En 2012 la sixième adaptation se nomme L'Ombre du mal (ou Le Corbeau au Québec) (The Raven)84, qui est un thriller américain réalisé par James McTeigue.

Œuvres

Théâtre
  • Politien (Politian, Richmond, Southern Literary Messenger, deux livraisons, décembre 1835janvier 1836, inachevé)
  • "Edgar Poe, le fantôme de Baudelaire", adaptation libre de la correspondance de Baudelaire et de Barbey d'Aurevilly par Gérald Stehr, TriArtis éditions, mai 2013, ISBN : 978-2- 916724-46-1.
Romans
  • Les Aventures d'Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, deux livraisons, Southern Literary Messenger, janvier-février 1837 ; en volume, juillet 1838)
  • Le Journal de Julius Rodman (The Journal of Julius Rodman, six livraisons, Philadelphie, Burton's Gentleman's Magazine, janvier-juin 1840), inachevé
Essais
  • Lettre à B… (Letter to M., Poems, New York, Elam Eliss, 1831 ; Letter to B —, Richmond, Southern Literary Messenger, juillet 1836)
  • Le Joueur d'échecs de Maelzel (Maelzel's Chess Player, Richmond, Southern Literary Messenger, avril 1836)
  • Philosophie de l'ameublement (The Philosophy of Furniture, Philadelphie, Burton's Gentleman's Magazine, mai 1840)
  • Quelques mots sur l'écriture secrète (A Few Words on Secret Writing, Philadelphie, Graham's Magazine, juillet 1841)
  • Exorde (Exordium, Philadelphie, Graham 's Magazine, janvier 1842)
  • La Philosophie de la composition (The Philosophy of Composition, Philadelphie, Graham's Magazine, avril 1846), titre exact de La Genèse d'un poème
  • L'Art du conte Nathaniel Hawthorne (Tale-Writing-Nathaniel Hawthorne, Godey's Ladys Book, novembre 1847)
  • Eureka (Eureka: A Prose Poem, New York, Wiley & Putnam, mars 1848)
  • Le Fondement de la métrique (The Rationale of Verse, Richmond, Southern Literary Messenger, octobre 1848)
  • Marginalia (New York, J. S. Redfield décembre 1850), recueil posthume de brefs textes parus dans divers journaux entre 1844 et 1849
  • Le Principe poétique (The Poetic Principle, Southern Literary Messenger, 31 août 1850), posthume
Contes et nouvelles

Voir la catégorie dédiée : Catégorie:Nouvelle d'Edgar Allan Poe

  • Metzengerstein (Philadelphie, Philadelphia Saturday Courier, 14 janvier 1832)
  • Le Duc de l'Omelette (The Duc De L'Omelette, Philadelphie, Philadelphia Saturday Courier, 3 mars 1832)
  • Un événement à Jérusalem (A Tale of Jerusalem, Philadelphie, Philadelphia Saturday Courier, 9 juin 1832)
  • Perte d'haleine (Loss of Breath, Philadelphie, Philadelphia Saturday Courier, 10 novembre 1832)
  • Bon-Bon (Philadelphie, Philadelphia Saturday Courier, 1er décembre 1832)
  • Manuscrit trouvé dans une bouteille (MS. Found in a Bottle, Baltimore, Baltimore Saturday Visiter, 19 octobre 1833)
  • Le Rendez-vous (The Assignation, Richmond, Godey's Lady's Book, janvier 1834)
  • Bérénice (Berenice, Richmond, Southern Literary Messenger, mars 1835)
  • Morella (Richmond, Southern Literary Messenger, avril 1835)
  • Lionnerie (Lionizing, Richmond, Southern Literary Messenger, mai 1835)
  • Aventure sans pareille d'un certain Hans Pfaall (The Unparalleled Adventure of One Hans Pfaall, Richmond, Southern Literary Messenger, juin 1835)
  • Le Roi Peste (King Pest, Richmond, Southern Literary Messenger, septembre 1835)
  • Ombre (Shadow - A Parable, Richmond, Southern Literary Messenger, septembre 1835)
  • Quatre bêtes en une (Four Beasts in One - The Homo-Cameleopard, Richmond, Southern Literary Messenger, mars 1836)
  • Mystification (American Monthly Magazine, juin 1837)
  • Silence (Silence - A Fable, Baltimore, Baltimore Book, automne 1837)
  • Ligeia (Baltimore American Museum, septembre 1838)
  • Comment écrire un article à la « Blackwood » (How to Write A Blackwood Article, Baltimore, Baltimore American Museum, novembre 1838)
  • Une position scabreuse (A Predicament, Baltimore, Baltimore American Museum, novembre 1838)
  • Le Diable dans le beffroi (The Devil in the Belfry, Philadelphie, Saturday Chronicle and Mirror of the Times, 18 mai 1839)
  • L'Homme qui était refait (The Man That Was Used Up, Philadelphie, Burton's Gentleman's Magazine, août 1839)
  • La Chute de la maison Usher (The Fall of the House of Usher, Philadelphie, Burton's Gentleman's Magazine, septembre 1839)
  • William Wilson (Philadelphie, The Gift: A Christmas and New Year's Present for 1840, octobre 1839)
  • Conversation d'Eiros avec Charmion (The Conversation of Eiros and Charmion, Philadelphie, Burton's Gentleman's Magazine, décembre 1839)
  • L'Homme d'affaires (The Business Man, Philadelphie, Burton's Gentleman's Magazine, février 1840)
  • Philosophie de l'ameublement (Philadelphie, mai 1840)
  • Pourquoi le petit Français porte-t-il le bras en écharpe? (Why the Little Frenchman Wears His Hand in a Sling, Philadelphie, Tales of the Grotesque and Arabesque, 1840)
  • Préface des Contes du Grotesque et de l'Arabesque (Philadelphie, 1840)
  • L'Homme des foules (The Man of the Crowd, Philadelphie, Graham's Magazine, décembre 1840)
  • Double Assassinat dans la rue Morgue (The Murders in the Rue Morgue, Philadelphie, Graham's Magazine, avril 1841)
  • Une descente dans le Maelstrom (A Descent into the Maelström, Philadelphie, Graham's Magazine, mai 1841)
  • L'Île de la fée (The Island of the Fay, Philadelphie, Graham's Magazine, juin 1841)
  • Colloque entre Monos et Una (The Colloquy of Monos and Una, Philadelphie, Graham's Magazine, août 1841)
  • Ne pariez jamais votre tête au diable (Never Bet the Devil Your Head, Philadelphie, Graham's Magazine, septembre 1841)
  • Éléonora (Eleonora, Philadelphie, The Gift for 1842, 4 septembre 1841)
  • La Semaine des trois dimanches (Three Sundays in a Week, Saturday Evening Post, 27 novembre 1841)
  • Le Portrait ovale (The Oval Portrait, Philadelphie, Graham's Magazine, avril 1842)
  • Le Masque de la Mort Rouge (The Masque of the Red Death, Philadelphie, Graham's Magazine, mai 1842)
  • Le Jardin paysage (The Landscape Garden, Snowden's Ladies' Companion, octobre 1842), texte fondu plus tard dans Le Domaine d'Arnheim
  • Le Mystère de Marie Roget (The Mystery of Marie Roget, Snowden's Ladies' Companion, novembre et décembre 1842, février 1843)
  • Le Puits et le Pendule (The Pit and the Pendulum, The Gift: A Christmas and New Year's Present, 1843)
  • Le Cœur révélateur (The Tell-Tale Heart, The Pioneer, janvier 1843)
  • Le Scarabée d'or (The Gold-Bug, Philadelphie, Dollar Newspaper, 21 et 28 juin 1843)
  • Le Chat noir (The Black Cat, Philadelphie, United States Saturday Post, 19 août 1843)
  • De l'escroquerie considérée comme l'une des sciences exactes (Diddling, intitulé à l'origine : Raising the Wind; or, Diddling Considered as One of the Exact Sciences, Philadelphie, Philadelphia Saturday Courier, 14 octobre 1843)
  • Un matin sur le Wissahicon (Morning on the Wissahiccon, The Opal, automne 1843)
  • Les Lunettes (The Spectacles, Dollar Newspaper, 27 mars 1844)
  • Le Canard au ballon (New York, 13 avril 1844)
  • Souvenirs de M. Auguste Bedloe (A Tale of the Ragged Mountains, Godey's Lady's Book, avril 1844)
  • L'Enterrement prématuré (The Premature Burial, Dollar Newspaper, 31 juillet 1844)
  • Révélation magnétique (Mesmeric Revelation, Columbian Magazine, août 1844)
  • La Caisse oblongue (The Oblong Box, Godey's Lady's Book, septembre 1844)
  • L'Ange du bizarre (The Angel of the Odd, Columbian Magazine, octobre 1844)
  • La Lettre volée (The Purloined Letter, The Gift: A Christmas and New Year's Present, automne 1844)
  • C'est toi l'homme !, d'abord traduit sous le titre: Ecce homo (Thou Art the Man, Godey's Lady's Book, novembre 1844)
  • La Vie littéraire de Monsieur Thingum bob, ancien rédacteur en chef de « L'Oie soiffarde » (The Literary Life of Thingum Bob, Esq., Richmond, Southern Literary Messenger, décembre 1844)
  • Le Mille Deuxième Conte de Schéhérazade (The Thousand-and-Second Tale of Scheherazade, Godey's Lady's Book, février 1845)
  • Petite Discussion avec une momie (Some Words with a Mummy, The American Review, avril 1845)
  • Puissance de la parole (The Power of Words, Democratic Review, juin 1845)
  • Le Démon de la perversité (The Imp of the Perverse, Philadelphie, Graham's Magazine, juillet 1845)
  • Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume (The System of Doctor Tarr and Professor Fether, Philadelphie, Graham's Magazine, novembre 1845)
  • La Vérité sur le cas de M. Valdemar (The Facts in the Case of M. Valdemar, The American Review, décembre 1845)
  • Le Sphinx (The Sphinx, Arthur's Ladies Magazine, janvier 1846)
  • La Barrique d'amontillado (The Cask of Amontillado, Godey's Lady's Book, novembre 1846)
  • Le Domaine d'Arnheim (The Domain of Arnheim, Columbian Lady's and Gentleman's Magazine, mars 1847)
  • Mellonta Tauta (Flag of Our Union, février 1849)
  • Hop-Frog (Flag of Our Union, 17 mars 1849)
  • Von Kempelen et sa découverte (Von Kempelen and His Discovery, Flag of Our Union, 14 avril 1849)
  • Un Entrefilet aux X (X-ing a Paragrab, Flag of Our Union, 12 mai 1849)
  • Le Cottage Landor (Landor's Cottage, Flag of Our Union, 9 juin 1849)
  • Introduction du recueil Le Club de l'In-Folio (1850, posthume)
  • Le Phare (The Light-House, Londres, Notes and Queries 25 avril 1942, manuscrit incomplet)
Poèmes
  • Poésie (Poetry, écrit en 1824, édition posthume)
  • Ô, temps! Ô, mœurs! (O, Tempora! O, Mores!, écrit en 1825, édition posthume, non authentifié par Poe)
  • Tamerlan (Tamerlane, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Chanson (Song, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Imitation (Imitation, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Un rêve (A Dream, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Le Lac (The Lake, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Les Esprits des morts (Spirits of the Dead, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • L'Étoile du soir (Evening Star, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Rêves (Dreams, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Stances (Stanzas, juillet 1827, Tamerlane and Other Poems)
  • Le Jour le plus heureux (The Happiest Day, 15 septembre 1827, The North American)
  • À Margaret (To Margaret, vers 1827, édition posthume)
  • Seul (Alone, écrit en 1829, édition posthume)
  • À Isaac Lea (To Isaac Lea, écrit vers 1829, édition posthume)
  • À la rivière —— (To The River ——, 1829, Al Aaraaf, Tamerlane, and Minor Poems)
  • À —— (To ——, 1829, Al Aaraaf, Tamerlane, and Minor Poems)
  • La Romance (Romance, 1829, Al Aaraaf, Tamerlane, and Minor Poems)
  • Le Pays des fées (Fairy-Land, 1829, Al Aaraaf, Tamerlane, and Minor Poems)
  • À la science (Sonnet - To Science, 1829, Al Aaraaf, Tamerlane, and Minor Poems)
  • Al Aaraaf (Al Aaraaf, 1829, Tamerlane, and Minor Poems)
  • Un acrostiche (An Acrostic , écrit en 1829, édition posthume)
  • Elizabeth (Elizabeth, écrit en 1829, édition posthume)
  • À Hélène (To Helen, 1831, Poems)
  • Un péan (A Pæan, 1831, Poems)
  • La Dormeuse (The Sleeper, 1831, Poems)
  • La Cité dans la mer (The City in the Sea , 1831, Poems)
  • La Vallée de l'angoisse (The Valley of Unrest, 1831, Poems)
  • Israfel (Israfel, 1831, Poems)
  • Énigme (Enigma, 2 février 1833, Baltimore Saturday Visiter)
  • Fanny (Fanny, 18 mai 1833, Baltimore Saturday Visiter)
  • Le Colisée (The Coliseum, 26 octobre 1833, Baltimore Saturday Visiter)
  • Sérénade (Serenade, 20 avril 1833, Baltimore Saturday Visiter)
  • À quelqu'un au paradis (To One in Paradise, janvier 1834, Godey's Lady's Book)
  • Hymne (Hymn, avril 1835, Southern Literary Messenger)
  • À Elizabeth (To Elizabeth, septembre 1835, Southern Literary Messenger, réédité sous le titre : To F——s S. O——d en 1845)
  • Ode à la reine de mai (May Queen Ode , écrit vers 1836, édition posthume)
  • Chanson spirituelle (Spiritual Song, écrit en 1836, édition posthume)
  • Hymne latin (Latin Hymn, mars 1836, Southern Literary Messenger)
  • Ballade de noces (Bridal Ballad, janvier 1837, Southern Literary Messenger, publié d'abord sous le titre : Ballad)
  • À Zante (Sonnet - To Zante, janvier 1837, Southern Literary Messenger)
  • Le Palais hanté (The Haunted Palace, avril 1839, American Museum)
  • Un sonnet - Le silence (Silence–A Sonnet, 4 janvier 1840, Saturday Courier)
  • Lignes sur Joe Locke (Lines on Joe Locke, 28 février 1843, Saturday Museum)
  • Le Ver vainqueur (The Conqueror Worm, janvier 1843, Graham's Magazine)
  • Lénore (Lenore, février 1843, The Pioneer)
  • Une chanson de campagne (A Campaign Song, écrit en 1844, fragment - édition posthume)
  • Terre de songe (Dream-Land, juin 1844, Graham's Magazine)
  • Impromptu. À Kate Carol (Impromptu. To Kate Carol, 26 avril 1845, Broadway Journal)
  • À F—— (To F——, avril 1845, Broadway Journal, réédité sous le titre :To Frances le 6 septembre 1845 dans le Broadway Journal)
  • Eulalie (Eulalie, juillet 1845, American Review: A Whig Journal)
  • Épigramme pour Wall Street (Epigram for Wall Street, 23 janvier 1845, Evening Mirror)
  • Le Corbeau (The Raven, 29 janvier 1845, Evening Mirror)
  • Le Droit divin des rois (The Divine Right of Kings, octobre 1845, Graham's Magazine)
  • Une valentine (A Valentine, 21 février 1846, Evening Mirror, publié originellement sous le titre : To Her Whose Name Is Written Below)
  • Le Médecin bien-aimé (Beloved Physician, écrit en 1847, inachevé, édition posthume)
  • Profondément en terre (Deep in Earth, écrit en 1847, inachevé, édition posthume)
  • À M. L. S—— (1847) (To M. L. S——, 13 mars 1847, The Home Journal)
  • Ulalume (Ulalume, décembre 1847, American Whig Review)
  • Lignes sur la bière (Lines on Ale, écrit en 1848, édition posthume)
  • À Marie Louise (To Marie-Louise, mars 1848, Columbian Magazine)
  • Une énigme (An Enigma, mars 1848, Union Magazine of Literature and Art)
  • À Hélène (To Helen, novembre 1848, Sartain's Union Magazine)
  • Un rêve dans un rêve (A Dream Within A Dream, 31 mars 1849, The Flag of Our Union)
  • Eldorado (Eldorado, 21 avril 1849, Flag of Our Union)
  • Pour Annie (For Annie, 28 avril 1849, Flag of Our Union)
  • À ma mère (To My Mother, 7 juillet 1849, Flag of Our Union)
  • Annabel Lee (Annabel Lee, 9 octobre 1849, New York Daily Tribune, édition posthume)
  • Les Cloches (The Bells, novembre 1849, Sartain's Union Magazine, édition posthume)

Bibliographie

: ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article

Publications en volume du vivant d'Edgar Poe
  • (en) Tamerlan and Other Poems, Boston, Calvin F. S. Thomas, 1827.
  • (en) Al Aaraaf, Tamerlane and Minor Poems, Baltimore, Hatch and Dunning, 1829.
  • (en) The Narrative of Arthur Gordon Pym from Nantucket, Londres, Wiley & Putnam, 1838.
  • (en) Tales of the Grotesque and Arabesque, Philadelphie, Lea & Blanchard, 1840, 2 volumes - publiés à 750 exemplaires.
  • (en) The Prose Romances of Edgar A. Poe (contenant : The Murders in the Rue Morgue et The Man that was used up), Philadelphie, William H. Graham, 1843, publié probablement à 250 exemplaires.
  • (en) The Raven and other Poems, New York, Wiley & Putnam, 1845.
Éditions posthumes des œuvres d'Edgar Poe
  • (en) The Works of the Late Edgar Allan Poe (édition de Rufus Griswold), volumes 1-2, New York, J. S. Redfield, 1850 ; vol. 3, 1850 ; vol. 4, 1856 (édition posthume préparée par Edgar Poe, réimprimé par Redfield jusqu'en 1859 puis par W. J. Widdleton jusqu'en 1871).
  • (en) The Works of Edgar Allan Poe (édition de John Henry Ingram), 4 volumes, Édimbourg, Black, 1874-1875 (plusieurs rééditions avec d'importantes corrections et révisions).
  • (en) The Works of Edgar Allan Poe (avec un mémoire de Richard Henry Stoddard) 6 volumes, New York, A. C. Armstrong & Son, 1884 ; Londres, Kegan Paul, Trench, 1884 (8 volumes, New York, George P. Putnam's Sons, A. C. Armstrong & Son, 1884).
  • (en) The Works of Edgar Allan Poe (édition d'Edmund Clarence Stedman et George Edward Woodberry), 10 volumes, Chicago, Stone & Kimball, 1894-1895.
  • (en) The Complete Works of Edgar Allan Poe (édition de James Albert Harrison, avec des notes de Robert Armistead Stewart), 17 volumes, New York, Thomas Y. Crowell and Company, 1902 (édition baptisée : The Virginia Edition et The Monticello Edition, cette dernière version ayant un papier d'un plus grand format).
  • (en) The Complete Poems of Edgar Allan Poe (préface et mémoire de James Howard Whitty), Boston & New York, Houghton Mifflin Co., 1911.
  • (en) Politian, an unfinished tragedy by Edgar A. Poe: edited from the original sources, including the autograph manuscripts in the Pierpont Morgan Library (édition de Thomas Ollive Mabbott), Richmond, The Edgar Allan Poe shrine, 1923.
  • (en) The Collected Works of Edgar Allan Poe (édition de Thomas Ollive Mabbott) :
    • Volume 1 : Poems, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, 1969 (réimpression, 1979 puis, sous la forme de livres brochés, sans un certain nombre d'annexes, Harvard, 1980 ; rémpression avec le texte complet, University of Southern Illinois, 2000) ;
    • Volumes 2-3 : Tales and Sketches, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, 1978 (réimpression, 1979 ; University of Southern Illinois, 2000).
  • (en) The Collected Writings of Edgar Allan Poe (édition de Burton Ralph Pollin) :
    • Volume 1 : The Imaginary Voyages (comprenant : The Narrative of Arthur Gordon Pym, The Unparalleled Adventure of one Hans Pfaall et The Journal of Julius Rodman), Boston, Twayne Publishers, 1981 ;
    • Volume 2 : The Brevities: Pinakidia, Marginalia and Other Works, New York, Gordian Press, 1985 ;
    • Volumes 3 & 4 : Writings in The Broadway Journal: Nonfictional Prose, New York, Gordian Press, 1986 ;
    • Volume 5 : Writings in the Southern Literary Messenger: Nonfictional Prose, New York, Gordian Press, 1997.
Traductions classiques en français

Dès son vivant, Edgar Allan Poe a été traduit en de nombreuses langues, et par d'innombrables auteurs ou rédacteurs, célèbres ou inconnus du public, et avec des résultats littéraires comme commerciaux plus ou moins heureux. En langue française nous connaissons essentiellement les traductions faites par Charles Baudelaire, mais contrairement à l'idée répandue une recherche approfondie dans les archives historiques des journaux, gazettes et quotidiens de l'époque, et dans la presse nationale mais aussi régionale, montre que Baudelaire fut loin d'être le premier à tenter de faire connaître Edgar Poe au public français (avant lui il y eut Gustave Brunet dès 1844, Alphonse Borghers dès 1845, Emile Forgues en 1846, et Isabelle Meunier en 1847). Il existe notamment sur le site web officiel de l’Edgar Allan Poe Society of Baltimore une excellente étude très complète sur les nombreuses traductions et tentatives de traductions de l’œuvre d'Edgar Allan Poe de son vivant... et jusqu'au centenaire de sa mort en 1949 et jusque dans la presse régionale française85. Une page d'une importance considérable pour les bibliographes tant elle donne de sources inattendues mais précises et vérifiables, objets potentiels de visites à des archives historiques de la presse ou à des bibliothèques de nos villes de province. Nous nous contenterons de citer ici les deux principaux traducteurs connus du public français : Baudelaire et Mallarmé, ainsi qu'un traducteur plus tardif mais important, Félix Rabbe, qui a publié en 1887 un livre de 355 pages contenant une traduction en français de plusieurs contes et poèmes parmi ceux restés jusque là non traduits, un ouvrage réédité récemment en eBook gratuit.

Charles Baudelaire :

Stéphane Mallarmé :

Félix Rabbe :

  • Derniers Contes, Paris, Savine, 1887. 355 pages87.
Éditions modernes d'Edgar Poe
  • Œuvres en prose, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1932, 1184 p., édition de la traduction de Charles Baudelaire, en annexe à ses œuvres, établie par Yves-Gérard Le Dantec.
  • Contes, Essais, Poèmes, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1989 , une édition de référence avec un appareil critique étendu. Introduction générale (« Le mythe de Poe »), chronologie, introduction aux contes (« Les contes de Poe ou les modes de la contamination »), introduction aux essais (« Poe critique »), notes et bibliographie de Claude Richard, professeur de littérature anglaise à l'université Paul-Valéry Montpellier III, introduction aux poèmes (« Poète irrévocablement? ») de Robert Kopp, professeur à l'université de Bâle.
  • Ne pariez jamais votre tête au diable et autres contes non traduits par Baudelaire, Gallimard, coll. « Folio », 1989, traduction et appareil critique d'Alain Jaubert.
  • Histoires, essais et poèmes, Lgf, coll. « La Pochothèque Classiques Moderne », 2006 , édition établie par Jean-Pierre Naugrette, avec la collaboration de Michael Edwards, François Gallix (Autres Histoires non traduites par Baudelaire), France Jaigu et James Lawler, avec une nouvelle traduction de l'ensemble des poèmes de Poe.
  • Les Lettres d'amour à Helen, Éditions Dilecta, 2006, 110 p., traduction de Cécil Georges-Bazile et Laurence Piccinin.
  • Marginalia et autres fragments, Éditions Allia, 2007, 157 p., traduction de Lionel Menasché.
Études en langue française
  • Charles Baudelaire, « Edgar Allan Poe : sa vie et ses ouvrages (préface) », Histoires extraordinaires, Paris, Michel Lévy, 1856, p. VII-XXXI (première édition dans la Revue de Paris en mars-avril 1852 ; édition moderne établie par Claude Richard : Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe : sa vie et ses ouvrages, Paris, L'Herne, coll. « Confidences », 1994).
  • Charles Baudelaire, « Notes nouvelles sur Edgar Poe (préface) », Nouvelles Histoires extraordinaires, Paris, Michel Lévy frères, 1857, p. V-XXIV.
  • Nicole Biagioli, « POEtique et traduction : traducteurs et traductions de Poe dans le domaine français », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Nicolas Isidore Boussoulas, La Peur et l'univers dans l'œuvre d'Edgar Poe : une métaphysique de la peur, Paris, Presses universitaires de France, 1952.
  • Jacques Cabau, Edgar Poe par lui-même, Paris, Seuil, coll. « Microcosme », 1960 .
  • Jean-François Chassay (dir.), Jean-François Côté (dir.) et Bertrand Gervais (dir.), Edgar Allan Poe. Une pensée de la fin, Montréal, Liber. Actes du colloque tenu à l'université du Québec les 15 et 16 octobre 199988.
  • Marius Conceatu, « Baudelaire et Proust traducteurs : les limites de l’étrangeté », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Jean-Louis Cornille, « Poe-pourri : le sommeil du traducteur », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Maryse Ducreu-Petit, Edgar Allan Poe, ou Le livre des bords, Presses universitaires de Lille, 1995, 262 p..
  • François Gallix, « Les traducteurs des histoires d’Edgar Allan Poe », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Anne Garrait-Bourrier, « Poe/Baudelaire : de la traduction au portrait littéraire ? », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Jean Hautepierre, Edgar Poe, Grez-sur-Loing, Pardès, coll. « Qui suis-je? », 2012.
  • Odile Joguin, Itinéraire initiatique d'Edgar Poe, Paris, E-dite, 2002.
  • Henri Justin, Poe dans le champ du vertige : des Contes à Eureka : l'élaboration des figures de l'espace, Paris, Klincksieck, 1991.
  • Henri Justin, Avec Poe jusqu'au bout de la prose, Paris, Gallimard, 2009, 414 p..
  • Henri Justin, « Baudelaire, traducteur des « contes » de Poe ou auteur d’« histoires extraordinaires » ? », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Éric Lysøe, Histoires extraordinaires, grotesques et sérieuses d'Edgar Allan Poe, Paris, Gallimard, 1999.
  • Éric Lysøe, Les voies du silence, E. A. Poe et la perspective du lecteur, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2000, 190 p..
  • Jean-François Mattéi, Le regard vide. Essai sur L'Homme des foules d'Edgar Poe, Paris, Manucius, 2011.
  • Claude Richard, Edgar Allan Poe journaliste et critique, Klincksieck, 1974, XXXVI-962 p.89.
  • Claude Richard (éd.), Cahier n° 26 : Edgar Allan Poe, Cahiers de L'Herne, 1974, 478 p. (ISBN 9782851970206) [lire en ligne]
  • Claude Richard, E. A. Poe écrivain, Montpellier, Delta, 1990 (posthume).
  • Jeanne-Marie Santraud (dir.), Edgar Allan Poe, Robert Lowell, Sam Shepard, Presses de l'université Paris-Sorbonne, 1993, 114 p. [lire en ligne]
  • Jules Verne, « Edgard Poe et ses œuvres », Musée des familles, lectures du soir, avril 186490.
  • Georges Walter, Enquête sur Edgar Allan Poe, poète américain, Flammarion, 1991, 560 p. (rééd. sous le titre : Enquête sur Edgar Allan Poe, Paris, Phébus, coll. « d'aujourd'hui », 1998 , et Enquête sur Edgar Allan Poe, Phébus, coll. « Libretto », 2009, 624 p.).
Études en langue anglaise
  • Peter Ackroyd, Poe, a life cut short, Londres, Chatto & Windus, 2008 (ISBN 978-0-7011-6988-6).
  • William Bittner, Poe: A Biography, Boston, Little, Brown and Company, 1962.
  • Harold Bloom, Edgar Allan Poe, Infobase Publishing, 2002, 99 p. [lire en ligne].
  • Eric W.Carlson, Critical essays on Edgar Allan Poe, Boston, G.K. Hall, 1987.
  • Graham Clarke, Edgar Allan Poe : critical assessments, Mountfield (Sussex de l'Est), Helm Information, 1991.
  • Joan Dayan, Fables of mind : an inquiry into Poe's fiction, New York, Oxford University Press, 1987.
  • Michael J. Deas, The Portraits and Daguerreotypes of Edgar Allan Poe, Charlottesville, University Press of Virginia, 1989 (ISBN 978-0-8139-1180-9) [lire en ligne]
  • Tim Farrant, « Baudelaire’s Poe: an influential (mis?) reading? », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Raymond Foye, The Unknown Poe, San Francisco, City Lights, 1980 (ISBN 0-87286-110-4).
  • Frederick S. Franck et Anthony Magistral, The Poe Encyclopedia, Westport, Greenwood Press, 1997 (ISBN 0-313-27768-0).
  • David Halliburton, Edgar Allan Poe; a phenomenological view, Princeton, Princeton University Press, 1973.
  • Daniel Hoffman, Poe Poe Poe Poe Poe Poe Poe, Bâton Rouge, Louisiana State University Press, 1998 (ISBN 0-8071-2321-8).
  • James M. Hutchisson, Poe, Jackson, University Press of Mississippi, 2005 (ISBN 1-57806-721-9).
  • Sonya Isaak, « Tracing the origin of hybrid text across cultures: The influence of Edgar Allan Poe’s genre experimentation on Baudelaire’s invention of the prose poem », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • J. Gerald Kennedy, Poe, death, and the life of writing, New Haven, Yale University Press, 1987.
  • Joseph Wood Krutch, Edgar Allan Poe: A Study in Genius, New York, Alfred A. Knopf, 1926.
  • A. Robert Lee, Edgar Allan Poe : the design of order, Londres, Vision, Totowa, NJ, Barnes & Noble, 1987.
  • Jeffrey Meyers, Edgar Allan Poe: His Life and Legacy, New York, Cooper Square Press, 1992 (ISBN 0-8154-1038-7).
  • Harry Lee Poe, Edgar Allan Poe: An Illustrated Companion to His Tell-Tale Stories, New York, Metro Books, 2008 (ISBN 978-1-4351-0469-3).
  • Burton Ralph Pollin, Poe, creator of words, N. T. Smith, 1980, 95 p..
  • Burton Ralph Pollin, Poe's Seductive Influence on Great Writers, iUniverse, 2004, 262 p. [lire en ligne].
  • Arthur Hobson Quinn, Edgar Allan Poe: A Critical Biography, New York, Appleton-Century-Crofts, Inc., 1941 (ISBN 0-8018-5730-9) [lire en ligne] .
  • Stephen Rachman, « Lost in Translation: Poe, Baudelaire and “The Purloined Letter” », Loxias, no 28 : « Edgar Poe et la traduction », 15 mars 2010 [texte intégral].
  • Shawn James Rosenheim, The Cryptographic Imagination: Secret Writing from Edgar Poe to the Internet, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1997 (ISBN 978-0-8018-5332-6).
  • Kenneth Silverman, Edgar A. Poe: Mournful and Never-Ending Remembrance, New York, Harper Perennial, 1991 (ISBN 0-06-092331-8).
  • Dawn B. Sova, Edgar Allan Poe: A to Z, New York, Checkmark Books, 2001 (ISBN 0-8160-4161-X).
  • Daw B. Sova, Critical companion to Edgar Allan Poe: a literary reference to his life and work, Infobase Publishing, 2007, 458 p. [lire en ligne] .
  • Dwight Thomas et David K. Jackson, The Poe Log: A Documentary Life of Edgar Allan Poe, 1809-1849, Boston, G. K. Hall & Co., 1987 (ISBN 978-0-8161-8734-8) [lire en ligne].
  • Terence Whalen et J. Gerald Kennedy (dir.), A Historical Guide to Edgar Allan Poe, Oxford University Press, 2001 (ISBN 0-19-512150-3), « Poe and the American Publishing Industry ».
  • George Edward Woodberry, The Life of Edgar Allan Poe by, Boston & New York, Houghton Mifflin Co., 1909, vol. 1 et 2.

Repost 0
3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:27

Le Héros aux mille et un visages

Aller à : Navigation, rechercher

Le Héros aux mille et un visages (The Hero with a Thousand Faces) est un essai de mythologies comparées publié en 1949 par le spécialiste des mythes Joseph Campbell. Campbell y propose un schéma narratif archétypique, celui du voyage du héros, qu'il dégage de l'étude de différentes mythologies. C'est la première publication dans laquelle Campbell élabore sa théorie du monomythe, qu'il développe dans ses ouvrages suivants.

Depuis la publication du Héros aux mille et un visages, la théorie de Campbell a été appliquée délibérément par de nombreux artistes et écrivains dans le monde. L'un des plus fameux est George Lucas, qui a reconnu s'être inspiré de Campbell pour concevoir l'intrigue des films de Star Wars.

En avril 2010, les éditions OXUS ont publié une nouvelle édition en français du Héros aux mille et un visages. Cette édition a suivi la nouvelle édition américaine réalisée en 2008.

Résumé

Contexte d'écriture

Pour développer son modèle du héros Campbell s'est appuyé sur les travaux de théoriciens du début du XXe siècle (les structuralistes), y compris Freud (en particulier le complexe d'Œdipe), Carl Jung (figures archétypales et inconscient collectif), et Arnold Van Gennep (les trois étapes de ses « rites de passage » sont baptisées par Campbell « Départ », « Initiation » et « Retour »). Il connaissait également les travaux du psychologue Otto Rank et des ethnographes James Frazer et Franz Boas. Campbell appela donc le voyage du héros le monomythe1 en référence au romancier James Joyce. Campbell était un spécialiste reconnu de James Joyce (en 1944, il a co-écrit Skeleton Key to Finnegans Wake avec Henry Morton Robinson), et il a emprunté le terme de « monomythe » au Finnegans Wake de Joyce. En outre, l'Ulysse de Joyce a influencé la structure du Héros aux mille visages.

Publication

Le livre a été publié en 1949 par Pantheon Press pour le compte de la Bollingen Foundation, (fondation dédiée à la publication universitaire). C'est le dix-septième titre de la collection Bollingen Series. Cette collection a été reprise par la Princeton University Press, qui a conservé les droits d'édition jusqu'en 2006. Révisé par Campbell en 1968, Le Héros aux mille et un visages a été réimprimé plusieurs fois. Après la sortie de Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir en 1977 l'image de Luke Skywalker (Mark Hamill) a été utilisée comme illustration de couverture. [1]. Princeton University Press a effectué un tirage commémoratif de la deuxième édition en 2004, à l'occasion du centenaire, la même année, de la naissance de Campbell et de la fondation de cette maison d'édition. Une troisième édition, établie par la Joseph Campbell Foundation et publiée par New World Library, a vu le jour en juillet 2008 dans le cadre de la publication des œuvres complètes de Joseph Campbell (Collected Works of Joseph Campbell) dont The Hero with a Thousand Faces est le douzième titre.

Le Héros aux mille et un visages a été traduit en plus de vingt langues (espagnol, portugais, français, allemand, italien, japonais, coréen, chinois simplifié et traditionnel, turc, néerlandais, grec, danois, persan, polonais, tchèque, croate, serbe, slovène, russe...) et il s'en est vendu plus d'un million d'exemplaires dans le monde entier2.

Des héros et des héroïnes

On a fait la remarque que Campbell semblait concevoir le monomythe du voyage du héros dans Le Héros aux mille et un visages comme très masculin. Or, il y a des exceptions comme la princesse des frères Grimm dans le conte Le Roi-Grenouille et l'épopée de la déesse-héroïne Inanna dans sa descente aux enfers qui figurent en bonne place dans le schéma de Campbell. Le héros est aussi bien l'héroïne. D'ailleurs, dans son dernier ouvrage Puissance du mythe (transcription de ses célèbres conversations télévisées avec Bill Moyers) en 1988, Campbell valorise nettement les anciennes mythologies, notamment agricoles et hindous, mettant une déesse au cœur des grands récits.

Campbell préfaça également à la fin de sa vie un ouvrage-clef de l'archéologue Marija Gimbutas, Le Langage de la Déesse paru en 1989, qui étudie plus de 25 000 statuettes dédiées à des figures divines féminines et montre leur prédominance au Néolithique avant l'établissement des grandes religions dominées par un dieu masculin. Pour Campbell, ces mythologies féminines nous enseignent notamment le respect de la Terre-mère et de notre environnement. Il regretta publiquement de n'avoir pas connu les travaux de Marija Gimbutas lorsqu'il écrivait Le Héros aux mille et un visages car il aurait alors pu donner une place plus grande aux héroïnes divines :

« Les grandes mythologies et une grande partie des contes prennent le point de vue masculin. Quand j'écrivais Le Héros aux mille visages et que je voulais parler d'héroïnes, je suis allé vers des contes de fées. Ils ont été racontés par des femmes pour les enfants, vous le savez, et vous obtenez une perspective différente. Ce sont les hommes qui se sont impliqués dans la plupart de filature des grands mythes. Les femmes étaient bien trop occupées pour trouver le temps de s'asseoir et de réfléchir à des histoires [...] »
« Dans L'Odyssée cependant, vous verrez trois voyages. Le premier est celui de Télémaque, le fils, qui va à la recherche de son père. Le second est celui du père, Ulysse, qui est lié au principe féminin dans le sens de la relation épanouie homme-femme, plutôt que de la maîtrise masculine de la femme qui a été au centre de L'Iliade. Et le troisième est celui de Pénélope elle-même, dont le voyage est l'endurance [...]. »

— Joseph Campbell, Pathways to Bliss: Mythology and Personal Transformation, édité par David Kudler, Novato (Californie), New World Library, 2004, p. 145, 159.

Influence de l'œuvre

Dans Pathways to Bliss Mythology and Personal Transformation (Des chemins vers la félicité : mythologie et la transformation personnelle), un livre tiré des dernières conférences et formations données par Campbell, il dit à propos des artistes et du monomythe :

« Les artistes sont des passeurs de magie. Évoquant des symboles et des motifs qui nous relient à notre moi profond, ils peuvent nous aider le long du parcours héroïque de nos propres vies. [...] L'artiste est destiné à placer les objets de ce monde dans une perspective telle qu'à travers eux l'on fera l'expérience de cette lumière, de ce rayonnement qui sont ceux de notre conscience et qui à la fois cachent toutes choses mais les révèlent lorsqu'elles sont regardées sous le bon angle. Le voyage du héros est l'un de ces schémas universels à travers lesquels ce rayonnement éclate. Ce que je pense, c'est qu'une bonne vie est une succession de voyages héroïques. Maintes et maintes fois, vous êtes appelé à l'aventure, vers de nouveaux horizons. Chaque fois se pose la même question : vais-je oser ? Et si vous osez, arrivent les dangers, mais l'aide aussi, et enfin le triomphe ou l'échec. L'échec est toujours possible. Mais il y a aussi la possibilité du bonheur. »

Le Héros aux mille et un visages a influencé de nombreux artistes, musiciens, poètes et cinéastes, dont Bob Dylan, Jim Morrison et George Lucas. Mickey Hart, Bob Weir et Jerry Garcia du Grateful Dead avaient pris conscience depuis longtemps de l'influence de Campbell, et ont accepté de participer à un séminaire avec lui en 1986 intitulé From Ritual to Rapture (du rituel au ravissement).

Stanley Kubrick a fait connaître le livre à Arthur C. Clarke pendant la rédaction du scénario de 2001, l'Odyssée de l'espace.

L'usage délibéré fait par George Lucas de la théorie du monomythe de Campbell dans la création des films Star Wars est bien documenté. Campbell et Bill Moyers ont examiné l'utilisation faite par Lucas du Héros aux mille et un visages lors d'un célèbre entretien filmé chez Lucas Skywalker Ranch et diffusé en 1988 sur PBS puis sorti en DVD sous le titre La Puissance du mythe. Lucas a lui-même expliqué comment les travaux de Campbell ont affecté son approche de la narration et de la réalisation cinématographique.

Christopher Vogler, un producteur de films d'Hollywood et écrivain, a écrit un mémorandum pour les studios Disney sur l'utilisation du Héros aux mille et un visages comme guide pour les scénaristes. Ce document a été utilisé dans la conception de films comme Aladdin, Le Roi Lion et La Belle et la Bête. Par la suite, Vogler a développé ce texte et l'a publié sous le titre de The Writer's Journey: Mythic Structure For Writers (Le voyage de l'écrivain : structure mythique pour les écrivains), qui est devenu la source d'inspiration d'un certain nombre de films hollywoodiens à succès, et que l'on croit avoir été utilisé dans le développement de la série Matrix ou dans Avatar.

Le romancier Richard Adams reconnaît une dette envers le travail de Campbell, et plus particulièrement sa notion de monomythe. Dans son œuvre la plus connue, Les Garennes de Watership Down, Adams cite en débuts de chapitres des extraits du Héros aux mille et un visages.

L'auteur Neil Gaiman, dont le travail est souvent perçu comme exemplaire de la structure du monomythe, dit qu'il avait commencé à lire Héros aux mille et un visages, mais s'est refusé à aller plus loin. « Au milieu du Héros aux mille et un visages je me surpris à penser "si cela est juste - je ne veux pas en savoir davantage". Je préfère ne pas connaître ce genre de théorie. Je préfère faire ce qui me paraît authentique et coïncider accidentellement avec ce modèle plutôt que d'être guidé par ce modèle. »

Beaucoup de chercheurs et de commentateurs ont remarqué combien les romans de la populaire série Harry Potter de J. K. Rowling correspondent au schéma du monomythe. À ce jour, cependant, Rowling n'a ni confirmé qu'elle ait utilisé les travaux de Campbell comme source d'inspiration, ni nié qu'elle ait jamais lu Le Héros aux mille et un visages.

Damon Lindelof et Carlton Cuse, les showrunners de la série Lost, se réclament également des théories de Joseph Campbell. Dans un bonus DVD de la saison 6, ils évoquent les trajectoires des différents personnages de la série et la façon dont chacune d'entre elles illustre une citation de Campbell et constitue à sa manière un "voyage du héros".

En France, l'auteur d'essais Laureline Amanieux a présenté Le Héros aux mille et un visages dans son ouvrage Ce héros qui est en chacun de nous, ainsi que l'ensemble des travaux de Joseph Campbell, tout en prolongeant ses analyses dans la Littérature et la société contemporaine.

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « The Hero with a Thousand Faces » (voir la liste des auteurs).

Sommaire

Repost 0
3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:26

Voyage du héros

Aller à : Navigation, rechercher

Le Voyage du héros, tel qu'établi par Joseph Campbell dans son livre Le Héros aux mille et un visages, est une base narratologique destinée à construire des voyages initiatiques, en particulier pour l'industrie cinematographique.

Il peut être résumé dans un scénario comportant 12 étapes. Ce dernier a été appliqué dans plusieurs films américains : Star Wars, Willow, Pirates des Caraïbes ainsi que dans la série télévisée Lost

Les douze étapes simplifiées

Le voyage du héros peut être résumé en cinq grandes étapes :

  1. L'appel à l'aventure, que le héros accepte ou bien refuse dans un premier temps
  2. Une série d'épreuves
  3. L'atteinte de l'objectif, qui donne au héros un savoir important
  4. Le retour dans le monde ordinaire
  5. L'utilisation du savoir acquis pour améliorer le monde

Les étapes dans Le Héros aux mille visages

(Ces douze étapes sont reprises de l'article en anglais A Practical guide to the hero with a thousand faces).

  1. Le héros dans son monde ordinaire : il s'agit d'une introduction qui fera mieux ressortir le caractère extraordinaire des aventures qui suivront
  2. L'appel à l'aventure, qui se présente comme un problème ou un défi à relever
  3. Le héros est d'abord réticent, il a peur de l'inconnu
  4. Le héros est encouragé par un mentor, vieil homme sage ou autre. Quelquefois le mentor donnera aussi une arme magique, mais il n'accompagnera pas le héros qui doit affronter seul les épreuves.
  5. Le héros passe le « seuil » de l'aventure, il entre dans un monde extraordinaire, il ne peut plus faire demi-tour
  6. Le héros subit des épreuves, rencontre des alliés et des ennemis
  7. Le héros atteint l'endroit le plus dangereux, souvent en profondeur, où l'objet de sa quête est caché
  8. Le héros subit l'épreuve suprême, il affronte la mort
  9. Le héros s'empare de l'objet de sa quête : l'élixir
  10. Le chemin du retour, où parfois il s'agit encore d'échapper à la vengeance de ceux à qui l'objet a été volé
  11. Le héros revient du monde extraordinaire où il s'était aventuré, transformé par l'expérience
  12. Le retour dans le monde ordinaire et l'utilisation de l'objet de la quête pour améliorer le monde (donnant ainsi un sens à l'aventure)

En France, l'écrivain d'essais Laureline Amanieux présente ce voyage du héros selon Joseph Campbell dans son ouvrage Ce héros qui est en chacun de nous. Elle analyse notamment les épisodes I, II, III de La guerre des étoiles ou comment la figure de Anakin dérive de la quête du héros à son envers, celle du tyran. Elle cite Avatar de James Cameron comme un film questionnant le lien contemporain entre l'homme et la Nature à partir du scénario de Campbell. L'influence de la quête du héros dans le film Black Swan de Darren Aronofsky est évoquée.

Sommaire

Repost 0
29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 18:00

Mythologiques

Une influence majeure de Tolkien est la littérature, la poésie et la mythologie germaniques, notamment anglo-saxonnes, son domaine d’expertise. Parmi ces sources d’inspiration, le poème anglo-saxon Beowulf, les sagas norroises comme la Völsunga saga ou la Hervarar saga, l’Edda en prose et l’Edda poétique, le Nibelungenlied et bien d’autres œuvres liées en sont les principales93.

Malgré les ressemblances de son œuvre avec la Völsunga saga et le Nibelungenlied, qui servirent de base à la tétralogie de Richard Wagner, Tolkien refuse toute comparaison directe avec le compositeur allemand94, affirmant que « Ces deux anneaux [l’Anneau Unique et l’Anneau des Nibelungen] sont ronds, et c’est là leur seule ressemblance95 ». Toutefois, certains critiques estiment que Tolkien doit en fait à Wagner des éléments comme le mal inhérent à l’Anneau et son pouvoir corrupteur, deux éléments absents des légendes originales, mais centraux dans l’opéra de Wagner96. D’autres vont plus loin et estiment que Le Seigneur des anneaux « se trouve dans l’ombre du plus monumental encore Anneau du Nibelung de Wagner97 ».

Tolkien est « formidablement attiré98 » par le Kalevala finnois lorsqu’il le découvre, vers 191099. Quelques années plus tard, l’un de ses premiers écrits est une tentative de réécrire l’histoire de Kullervo88, dont plusieurs caractéristiques se retrouvent par la suite dans le personnage de Túrin, héros malheureux des Enfants de Húrin. Plus généralement, le rôle important de la musique et ses liens avec la magie sont un élément du Kalevala également présent dans l’œuvre de Tolkien100.

Tolkien connaît bien le mythe arthurien, notamment le poème moyen anglais du XIVe siècle Sire Gauvain et le Chevalier vert, qu’il a édité, traduit et commenté. Toutefois, il n’apprécie pas ce corps de légendes outre mesure : « trop extravagant, fantastique, incohérent, répétitif » à son goût pour pouvoir constituer une véritable « mythologie de l’Angleterre99 ». Cela n’empêche pas des motifs et échos arthuriens d’apparaître de manière diffuse dans Le Seigneur des anneaux, le plus évident étant la ressemblance entre les tandems Gandalf-Aragorn et Merlin-Arthur101. Plus généralement, des parallèles apparaissent entre les mythes celtes et gallois et l’œuvre de Tolkien, par exemple entre l’histoire de Beren et Lúthien et Culhwch ac Olwen, un récit du Mabinogion gallois102.

Catholiques

La théologie et l’imagerie catholiques ont participé à l’élaboration des mondes de Tolkien, comme il le reconnaît lui-même :

« Le Seigneur des anneaux est bien entendu une œuvre fondamentalement religieuse et catholique ; de manière inconsciente dans un premier temps, puis de manière consciente lorsque je l’ai retravaillée. C’est pour cette raison que je n’ai pratiquement pas ajouté, ou que j’ai supprimé les références à ce qui s’approcherait d’une « religion », à des cultes et à des coutumes, dans ce monde imaginaire. Car l’élément religieux est absorbé dans l’histoire et dans le symbolisme103. »

En particulier, Paul H. Kocher affirme que Tolkien décrit le mal de la façon orthodoxe pour un catholique : comme l’absence de bien. Il cite de nombreux exemples dans Le Seigneur des anneaux, comme « l’œil sans paupière » de Sauron : « la fente noire de la pupille ouvrait sur un puits, fenêtre ne donnant sur rien104 ». Selon Kocher, la source de Tolkien est Thomas d’Aquin, « dont il est raisonnable de supposer que Tolkien, médiéviste et catholique, connaissait bien l’œuvre105 ». Tom Shippey défend la même idée, mais, plutôt que Thomas d’Aquin, il estime que Tolkien était familier avec la traduction de la Consolation de la philosophie de Boèce réalisée par Alfred le Grand, également appelée Mètres de Boèce. Shippey soutient que la formulation la plus claire du point de vue chrétien sur le mal est celle de Boèce : « le mal n’est rien ». Le corollaire selon lequel le mal ne peut créer est à la base de la remarque de Frodon : « l’Ombre qui les a produits peut seulement imiter, elle ne peut fabriquer : pas de choses vraiment nouvelles, qui lui soient propres106 » ; Shippey pointe des remarques similaires faites par Sylvebarbe et Elrond et poursuit en affirmant que dans Le Seigneur des anneaux, le mal apparaît parfois comme une force indépendante, non comme la simple absence de bien, et suggère que les ajouts d’Alfred à sa traduction de Boèce sont peut-être à l’origine de ce point de vue107.

Certains commentateurs ont également rapproché Tolkien de G. K. Chesterton, autre écrivain anglais catholique utilisant le merveilleux et le monde des fées comme allégories ou symboles de valeurs et de croyances religieuses. Tolkien connaît bien l’œuvre de Chesterton, mais il est difficile de dire s’il a vraiment constitué une de ses influences108.

Dans l’essai Du conte de fées, Tolkien explique que les contes de fées ont cette particularité d’être à la fois cohérents en eux-mêmes et avec quelques vérités du monde réel. Le christianisme lui-même suit ce modèle de cohérence interne et de vérité externe. Son amour des mythes et sa foi profonde se rejoignent dans son affirmation selon laquelle les mythologies sont un écho de la « Vérité » divine, point de vue développé dans le poème Mythopoeia109.

Œuvres

Poèmes

Tolkien commence à rédiger des poèmes dans les années 1910. Il s’agit alors de sa principale forme d’expression, loin devant la prose. Ses vers sont le plus souvent inspirés par la nature, ou bien par des ouvrages qu’il étudie et apprécie, comme les Contes de Cantorbéry de Chaucer ou Piers Plowman de Langland110. Un trait caractéristique de ses poèmes de jeunesse est leur représentation des fées, d’inspiration victorienne : de petits êtres ailés vivant dans les prés et les bois. Par la suite, Tolkien renie cette image traditionnelle de la fée, et ses Elfes s’en détachent111. Néanmoins, le poème Goblin Feet (publié en 1915) connaît un succès honorable et est réédité dans plusieurs anthologies, au grand désespoir de son auteur pour qui il symbolise tout ce qu’il en est venu à détester au sujet des elfes112. Encouragé par ses amis du T.C.B.S., notamment par le « concile de Londres » de 1914, Tolkien envoie en 1916 un recueil de poèmes intitulé The Trumpets of Faery à la maison d’édition londonienne Sidgwick & Jackson, mais il est refusé110.

Après son retour de la guerre, Tolkien délaisse quelque peu les vers pour se consacrer à la rédaction des Contes perdus, en prose. Il continue toutefois à publier des poèmes dans diverses revues au cours des années 1920 et 1930110. Durant son séjour à Leeds, il entreprend de relater en vers allitératifs l’histoire de Túrin Turambar. Cet effort reste inachevé : Tolkien l’abandonne en 1925, après avoir rédigé un peu plus de 800 vers, pour se consacrer au Lai de Leithian, qui relate l’histoire d’amour de Beren et Lúthien en distiques octosyllabiques. Tolkien travaille sur le Lai pendant sept ans avant de l’abandonner à son tour en 1931, au vers 4 175, malgré les commentaires approbateurs de son ami C. S. Lewis113. Les années 1930 le voient s’essayer à de longs poèmes sur la mythologie nordique (les deux lais publiés en 2009 sous le titre La Légende de Sigurd et Gudrún) ou la légende arthurienne (l’inédit The Fall of Arthur, abandonné au vers 954114).

Les œuvres les plus connues de Tolkien, Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux, contiennent de nombreux poèmes, décrits par Tolkien comme « partie intégrante du récit (et de la représentation des personnages115) », mais qui laissent souvent les critiques circonspects. Le recueil de poèmes Les Aventures de Tom Bombadil (1962), composé en grande partie de versions remaniées de poèmes écrits et publiés dans les années 1920-1930, n’attire guère l’attention, mais il est dans l’ensemble bien accueilli par la presse et par le public116.

Livres pour enfants

Dans les années 1920, Tolkien commence à inventer des histoires pour distraire ses enfants. Bon nombre d’entre elles, comme celles du bandit Bill Stickers (littéralement « colleurs d’affiches ») et son ennemi juré, le Major Road Ahead (littéralement « croisement avec une grande route »), dont les noms s’inspirent de panneaux croisés dans la rue, ne sont cependant jamais couchées sur le papier117. D’autres le sont, notamment Roverandom, écrit pour consoler le petit Michael qui avait perdu son jouet préféré, Monsieur Merveille, qui relate les mésaventures du héros éponyme avec son automobile, ou Le Fermier Gilles de Ham, qui acquiert toutefois un ton plus adulte au fil des relectures118. En outre, Tolkien écrit chaque année entre 1920 et 1942 une lettre illustrée censée venir du père Noël à ses enfants ; un recueil de ces Lettres du Père Noël a été édité en 1976.

Le plus célèbre des livres pour la jeunesse de Tolkien, Le Hobbit, est également issu d’un conte imaginé par Tolkien pour ses enfants. À sa publication, en 1937, il reçoit un excellent accueil de la critique comme du public, est nommé pour la Carnegie Medal et remporte un prix décerné par le New York Herald Tribune. Il est toujours considéré comme un classique de la littérature enfantine119. Toutefois, quelques années plus tard, Tolkien pose un regard critique sur son livre, regrettant de s’être parfois laissé aller à un ton trop puéril. « Les enfants intelligents possédant un goût sûr (il semble y en avoir un certain nombre) ont toujours distingué comme des faiblesses, je suis heureux de le dire, les moments où le récit s’adresse directement aux enfants120. »

Le Seigneur des anneaux et Le Silmarillion

Page de garde du Silmarillion.
Articles détaillés : Le Seigneur des anneaux et Le Silmarillion.

Après le succès du Hobbit, l’éditeur de Tolkien, Stanley Unwin, le presse d’écrire une suite. Incertain, Tolkien commence par lui proposer un ouvrage très différent : Le Silmarillion, un recueil de légendes mythologiques imaginaires sur lequel il travaille depuis près de vingt ans121.

En effet, c’est vers 1916-1917 que débute la rédaction de la première mouture des légendes du Silmarillion, Le Livre des contes perdus. Il s’agit alors d’un ensemble d’histoires racontées à Eriol, un marin danois du Ve siècle de notre ère, par les elfes de l’île de Tol Eressëa, située loin à l’Ouest. L’idée de Tolkien est alors de créer « une mythologie pour l’Angleterre » : la fin des Contes perdus, jamais rédigée, devait voir l’île de Tol Eressëa, brisée en deux, devenir la Grande-Bretagne et l’Irlande. Les elfes auraient progressivement disparu de leur ancien pays, et les chefs semi-légendaires Hengist et Horsa se seraient avérés être les fils d’Eriol. Tolkien abandonne assez tôt ce projet ambitieux de « mythologie anglaise », mais il retient l’idée du marin humain servant de moyen de transmission des légendes elfiques : ce rôle est par la suite attribué à Ælfwine, un marin anglo-saxon du XIe siècle122.

Dans les années 1920, les légendes du Silmarillion sont délaissées au profit du Lai des Enfants de Húrin, puis du Lai de Leithian. Tolkien retourne à la prose dans les années 1930 et rédige plusieurs textes liés : le mythe cosmogonique de l’Ainulindalë, deux ensembles d’annales, des précis sur l’histoire des langues (Lhammas) et la géographie du monde (Ambarkanta). Au cœur de l’ensemble se trouve la Quenta Noldorinwa ou « Histoire des Noldoli », qui prend ensuite le nom de Quenta Silmarillion123.

Cet ensemble de textes reçoit un accueil pour le moins circonspect de la part d’Allen & Unwin, et dès décembre 1937, Tolkien entreprend la rédaction d’une suite au Hobbit. Il lui faut près de douze années pour terminer Le Seigneur des anneaux, un roman qui a presque totalement perdu le ton enfantin de son prédécesseur en se rapprochant davantage du monde ancien et noble du Silmarillion. À sa publication, en 1954-1955, le roman reçoit un accueil varié de la part de la critique124, mais le public le plébiscite, notamment aux États-Unis après sa parution au format poche dans les années 1960. Sa popularité n’a jamais failli depuis : traduit dans une quarantaine de langues, il a été le sujet d’innombrables articles et ouvrages d’analyse et est sorti vainqueur de nombreux sondages réalisés auprès du public125.

Le succès du Seigneur des anneaux assure à Tolkien que son Silmarillion, désormais très attendu, sera publié ; mais reste encore à l’achever. L’auteur passe les vingt dernières années de sa vie à travailler en ce sens, mais la tâche se révèle ardue et il ne parvient pas à l’accomplir, victime de ses hésitations et de la simple quantité de travail de réécriture et de correction à fournir pour le rendre cohérent avec les profondes modifications apportées par Le Seigneur des anneaux126. Qui plus est, il se laisse fréquemment distraire en rédigeant des textes sur des points de détail en négligeant la trame principale : « La sous-création en elle-même était devenue un passe-temps qui apportait sa propre récompense, indépendamment du désir d’être édité127. »

Publications posthumes

Le Silmarillion est toujours inachevé à la mort de Tolkien, en 1973. Il a fait de son troisième fils, Christopher, son exécuteur littéraire : il lui revient de procéder à l’édition de cet ouvrage. Il y travaille pendant près de quatre ans, avec l’aide de Guy Gavriel Kay, et réorganise les écrits hétéroclites et parfois divergents de son père sous la forme d’un texte continu, sans narrateur externe. Le Silmarillion paraît en 1977 et reçoit des critiques très variées : beaucoup jugent négativement son style archaïsant, son absence d’intrigue continue et son grand nombre de personnages128.

Christopher Tolkien a poursuivi sa tâche éditoriale dans les années qui suivent, tout d’abord avec Contes et légendes inachevés (1980), une compilation de divers textes postérieurs au Seigneur des anneaux, de nature essentiellement narrative, puis avec les douze volumes de l’Histoire de la Terre du Milieu (1983-1996), une étude « longitudinale » des textes de son père ayant servi à l’élaboration du Silmarillion, ainsi que des brouillons du Seigneur des anneaux et d’autres écrits inédits. Les brouillons du Hobbit, laissés volontairement de côté par Christopher Tolkien durant l’élaboration de l’Histoire de la Terre du Milieu, ont été publiés à leur tour en 2007 par John D. Rateliff dans les deux volumes de The History of The Hobbit.

Dans les années 2000, Christopher Tolkien a édité deux ouvrages supplémentaires de son père : Les Enfants de Húrin (2007), une version « indépendante, à part entière129 » de l’histoire de Túrin, déjà relatée dans Le Silmarillion et Contes et légendes inachevés, puis La Légende de Sigurd et Gudrún (2009), deux longs poèmes inspirés de la mythologie nordique130.

Illustrations

Tolkien commence à dessiner et à peindre des aquarelles dans son enfance, une activité qu’il ne délaisse jamais totalement, bien que ses autres obligations ne lui laissent guère le loisir de s’y consacrer et qu’il se considère lui-même comme un artiste médiocre. Dessiner des personnages n’est pas son point fort, et la plupart de ses œuvres représentent donc des paysages, réels ou (à partir des années 1920) imaginaires, inspirés par ses lectures (le Kalevala, Beowulf) ou la mythologie naissante du Silmarillion. En vieillissant, il délaisse en partie l’art figuratif au profit de motifs ornementaux, où l’on retrouve fréquemment la figure de l’arbre, qu’il griffonne sur des enveloppes ou des journaux131.

Les récits qu’il imagine pour ses enfants sont également abondamment illustrés, qu’il s’agisse des Lettres du Père Noël, de Roverandom ou du Hobbit. Lorsque ce dernier est publié, il inclut quinze illustrations en noir et blanc de Tolkien (dont deux cartes), qui réalise également la jaquette du livre. L’édition américaine comprend cinq illustrations supplémentaires en couleur. En revanche, Le Seigneur des anneaux, livre coûteux à produire, n’inclut aucune illustration de Tolkien. Trois recueils d’illustrations de Tolkien ont été publiés après sa mort : Peintures et aquarelles de J. R. R. Tolkien (1979), édité par Christopher Tolkien ; J. R. R. Tolkien : artiste et illustrateur (1995), plus complet, édité par Wayne G. Hammond et Christina Scull132 ; et enfin The Art of the Hobbit (2011), reprenant des illustrations relatives au Hobbit déjà publiées dans les deux ouvrages précédents, ainsi que plusieurs dessins et esquisses inédits133.

Postérité

« Tolkien a redonné vie à la fantasy ; il l’a rendue respectable ; il a fait naître un goût pour elle chez les lecteurs comme chez les éditeurs ; il a ramené les contes de fées et les mythes des marges de la littérature ; il a « élevé le niveau » pour les auteurs de fantasy. Son influence est si puissante et omniprésente que pour bien des auteurs, la difficulté n’a pas été de le suivre, mais de s’en dégager, de trouver leur propre voix […] Le monde de la Terre du Milieu, comme celui des contes de fées des frères Grimm au siècle précédent, est entré dans le mobilier mental du monde occidental134. »

— Tom Shippey

Tom Shippey résume l’influence de Tolkien sur la littérature en disant qu’« il a fondé le genre de l’heroic fantasy sérieuse » : s’il n’est pas le premier auteur moderne du genre, il a marqué de son empreinte l’histoire de la fantasy grâce au succès commercial du Seigneur des anneaux, inégalé à l’époque. Ce succès donne lieu à l’émergence d’un nouveau marché dans lequel les éditeurs ne tardent pas à s’engouffrer, notamment l’Américain Ballantine Books (qui édite également Tolkien en poche aux États-Unis). Plusieurs cycles de fantasy publiés dans les années 1970 témoignent d’une forte influence de Tolkien, par exemple L’Épée de Shannara de Terry Brooks (1977), dont l’histoire est très proche de celle du Seigneur des anneaux, ou Les Chroniques de Thomas Covenant de Stephen R. Donaldson, dont l’univers de fiction rappelle la Terre du Milieu. D’autres auteurs se définissent par opposition à Tolkien et aux idées qu’il leur semble véhiculer, comme Michael Moorcock (qui le fustige dans son article Epic Pooh (en)) ou Philip Pullman, mais comme le souligne Shippey, ils doivent eux aussi leur succès à celui rencontré par Tolkien135.

En 2008, le Times classe Tolkien en sixième position d’une liste des « 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945136 ».

En 2012, les archives de l'Académie suédoise révèlent que Tolkien faisait partie de la cinquantaine d'auteurs en lice pour le Prix Nobel de littérature en 1961. La candidature de Tolkien, proposée par son ami C. S. Lewis, est rejetée par le comité des Nobel : l'académicien Anders Österling écrit que Le Seigneur des anneaux « n'est en aucun cas de la grande littérature ». Le prix revient au Yougoslave Ivo Andrić137.

Le philologue

Carrière académique

Pembroke College, où Tolkien enseigne de 1926 à 1945.
Merton College, où Tolkien enseigne de 1945 à 1959.

La carrière académique de Tolkien, de même que sa production littéraire, sont inséparables de son amour des langues et de la philologie. À l’université, il se spécialise dans ce domaine et obtient son diplôme en 1915 avec le vieux norrois comme spécialité. Entre 1918 et 1920, il travaille pour l’Oxford English Dictionary et contribue à plusieurs entrées commençant par la lettre « W » ; par la suite, il déclare avoir « appris davantage au cours de ces deux années que durant aucune autre période équivalente de [s]on existence138 ». En 1920, il devient professeur assistant (reader) de langue anglaise à l’université de Leeds, et se félicite d’y avoir fait passer le nombre d’étudiants en linguistique de cinq à vingt, soit davantage proportionnellement qu’à Oxford à la même date139, soulignant que « la philologie semble avoir perdu pour ces étudiants sa connotation de terreur, sinon celle de mystère ». Il y donne des cours sur les poèmes héroïques en vieil-anglais, sur l’histoire de l’anglais, et sur divers textes en vieil et moyen anglais, ainsi que des introductions à la philologie germanique, au gotique, au vieux norrois et au gallois médiéval140.

Après son arrivée à Oxford, Tolkien s’implique dans la querelle séculaire opposant, au sein de la faculté d’anglais, linguistes (« Lang ») et littéraires (« Lit »). Il se désole de la situation qu’elle entraîne concernant les programmes : en effet, les règles phonologiques que doivent apprendre les étudiants en linguistique ne s’appuient pas sur l’étude même des textes en vieil et moyen anglais, dont la lecture n’est pas au programme, ce que Tolkien juge absurde. Il propose une refonte des programmes rendant optionnelle l’étude des écrivains du XIXe siècle, afin de laisser la place aux textes médiévaux141. Cette réforme des programmes fait l’objet de violentes oppositions, dont celle de C. S. Lewis lui-même au début, mais est finalement adoptée en 1931142,143. Malgré une opposition croissante après 1945, les programmes conçus par Tolkien restent en vigueur jusqu’à sa retraite144.

Parmi ses travaux académiques, la conférence de 1936 Beowulf : Les Monstres et les Critiques a une influence déterminante sur l’étude du poème Beowulf145. Tolkien est parmi les premiers à considérer le texte comme une œuvre d’art en soi, digne d’être lue et étudiée en tant que telle, et non comme une simple mine d’informations historiques ou linguistiques à exploiter. Le consensus de l’époque rabaisse Beowulf en raison des combats contre des monstres qu’il met en scène et regrette que le poète ne parle pas des véritables conflits tribaux de l’époque ; pour Tolkien, l’auteur de Beowulf cherche à évoquer le destin de l’humanité tout entière, au-delà des luttes tribales, ce qui rend les monstres essentiels146.

En privé, Tolkien est attiré par « les faits possédant une signification raciale ou linguistique147 », et dans sa conférence de 1955 L’Anglais et le Gallois, qui illustre sa vision des concepts de langue et de race, il développe des notions de « préférences linguistiques inhérentes », opposant « la première langue apprise, la langue de la coutume » à « la langue natale »148. Dans son cas, il considère le dialecte moyen anglais des West Midlands comme sa « langue natale », et comme il l’écrit à W. H. Auden : « Je suis des West Midlands par mon sang (et j’ai pris goût au haut moyen anglais des West Midlands comme langue connue dès que je l’ai vu)149 ».

Tolkien apprend dans son enfance le latin, le français et l’allemand, que lui enseigne sa mère. Durant sa scolarité, il apprend le latin et le grec, le vieil et le moyen anglais, et se passionne pour le gotique, le vieux norrois, le gallois, qu’il découvre dans son enfance à travers des noms inscrits à la craie sur les trains qui passent non loin de sa maison à Birmingham, ainsi que le finnois. Ses contributions à l’Oxford English Dictionary et les instructions laissées aux traducteurs du Seigneur des anneaux témoignent de connaissances plus ou moins étendues en danois, en lituanien, en moyen néerlandais et en néerlandais moderne, en norvégien, en vieux-slave, en russe, en proto-germanique, en vieux saxon, en vieux haut-allemand et en moyen bas allemand150.

Tolkien s’intéresse également à l’espéranto, alors jeune langue internationale, née peu avant lui. Il déclare en 1932 : « J’ai de la sympathie en particulier pour les revendications de l’espéranto […] mais la principale raison de le soutenir me semble reposer sur le fait qu’il a déjà acquis la première place, qu’il a reçu le plus large accueil151 ». Cependant, il nuance ultérieurement son propos dans une lettre de 1956 ; selon lui, « le volapük, l’espéranto, le novial, etc., sont des langues mortes, bien plus mortes que des langues anciennes que l’on ne parle plus, parce que leurs auteurs n’ont jamais inventé aucune légende espéranto152 ».

Langues construites

A Elbereth Gilthoniel, un poème sindarin écrit en tengwar publié dans Le Seigneur des anneaux et The Road Goes Ever On.

En parallèle à ses travaux professionnels, et parfois même à leur détriment (au point que ses publications académiques restent assez peu nombreuses), Tolkien se passionne pour les langues construites. Amoureux des mots au-delà de son métier, il a une passion qu’il appelle son « vice secret » : la construction pure et simple de tout un vocabulaire imaginaire, avec son lot de notes étymologiques et de grammaires fictives. Pas moins d’une dizaine de langues construites figurent dans Le Seigneur des anneaux, au travers des toponymes ou des noms des personnages, de brèves allusions discursives ou de chants et de poèmes. L’ensemble participe à la vraisemblance du récit, chacun des peuples de la Terre du Milieu ayant ses traditions, son histoire et ses langues153.

Tolkien aborde sa conception personnelle des langues construites dans son essai Un vice secret, issu d’une conférence donnée en 1931154. La composition d’une langue, pour lui, relève d’un désir esthétique et euphonique, participant d’une satisfaction intellectuelle et d’une « symphonie intime ». Il dit avoir commencé à inventer ses propres langues vers l’âge de 15 ans, et son métier de philologue n’est qu’un des reflets de sa passion profonde pour les langues. S’il considère avant tout l’invention d’une langue comme une forme d’art à part entière, il ne conçoit pas qu’elle puisse exister sans avoir une « mythologie » propre, à savoir un ensemble d’histoires et de légendes accompagnant son évolution, comme le montre sa remarque sur l’espéranto. Il commence à concevoir ses langues avant la rédaction des premières légendes98. Considérant qu’il existe un lien fondamental entre une langue et la tradition qu’elle exprime, il est naturellement amené à concevoir son propre legendarium dans lequel s’inscrivent ses langues152 : il affirme ironiquement n’avoir écrit Le Seigneur des anneaux que dans le but d’avoir un cadre rendant naturelle une formule de salutation elfique de sa composition155.

Tolkien travaille durant toute sa vie sur ses langues construites sans jamais véritablement les achever. Son plaisir se trouve davantage dans la création linguistique que dans le but d’en faire des langues utilisables156. Si deux d’entre elles (le quenya et le sindarin) sont relativement développées, avec un vocabulaire de plus de 2 000 mots et une grammaire plus ou moins définie, beaucoup d’autres auxquelles il fait allusion dans ses écrits sont tout juste esquissées. Ces diverses langues sont néanmoins construites sur des bases linguistiques sérieuses, avec une volonté de respecter le modèle des langues naturelles. Par exemple, le khuzdul, langue des Nains, et l’adûnaic, langue des hommes de Númenor, ressemblent par certains aspects aux langues sémitiques157, en particulier dans leur structure trilitère ou dans la présence de procédés comme la mimation. Si le quenya des Hauts-Elfes est une langue à flexions (comme le grec et le latin), son vocabulaire et sa phonologie sont conçus sur un modèle proche du finnois. Quant à la langue sindarine des Elfes Gris, elle s’inspire très librement du gallois158 dans certains de ses aspects phonologiques, comme les mutations de consonnes initiales ou « lénitions ». Les langues de Tolkien ne sont pas pour autant de simples « copies » des langues naturelles et elles ont leurs propres spécificités.

Tolkien imagine aussi plusieurs systèmes d’écriture pour ses langues : une écriture cursive (les Tengwar de Fëanor) et un alphabet de type runique (les Cirth de Daeron) sont illustrés dans le corps du Seigneur des anneaux. Un troisième système, les sarati de Rúmil, apparaît dans le cadre de la Terre du Milieu, mais Tolkien l’utilise également, à la fin des années 1910, pour écrire son journal159.

Liste simplifiée des œuvres

À titre posthume, ouvrages édités par Christopher Tolkien et d’autres :

En complément de l’Histoire de la Terre du Milieu et sous l’égide de Christopher Tolkien et du Tolkien Estate, les fanzines américains Vinyar Tengwar et Parma Eldalamberon et la revue universitaire Tolkien Studies publient régulièrement des textes inédits de J. R. R. Tolkien.

Repost 0
29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 17:57

J. R. R. Tolkien

(Redirigé depuis JRR Tolkien)
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « Tolkien » redirige ici. Pour les autres significations, voir Tolkien (homonymie).

J. R. R. Tolkien

Description de cette image, également commentée ci-après

Tolkien en uniforme de l’armée britannique durant la Première Guerre mondiale (1916).

Œuvres principales

Compléments

John Ronald Reuel Tolkien ([dʒɒn ˈɹʷɒnld ˈɹʷuːəl ˈtʰɒlkiːn]N 1) est un écrivain, poète, philologue et professeur d’université anglais, né le 3 janvier 1892 à Bloemfontein et mort le 2 septembre 1973 à Bornemouth. Il est principalement connu pour ses romans Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux.

Après des études à Birmingham et à Oxford et l’expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale, Tolkien devient professeur assistant (reader) de langue anglaise à l’université de Leeds en 1920, puis professeur de vieil anglais à l’université d’Oxford en 1925 et professeur de langue et de littérature anglaises en 1945, toujours à Oxford. Il prend sa retraite en 1959. Durant sa carrière universitaire, il défend l’apprentissage des langues, surtout germaniques, et bouleverse l’étude du poème anglo-saxon Beowulf avec sa conférence Beowulf : Les Monstres et les Critiques (1936). Son essai Du conte de fées (1939) est également considéré comme un texte crucial dans l’étude de ce genre littéraire.

Tolkien commence à écrire pour son plaisir dans les années 1910, élaborant toute une mythologie autour de langues qu’il invente. L’univers ainsi créé, la Terre du Milieu, prend forme au fil des réécritures et compositions. Son ami C. S. Lewis l’encourage dans cette voie, de même que les autres membres de leur cercle littéraire informel, les Inklings. En 1937, la publication du Hobbit fait de Tolkien un auteur pour enfants estimé. Sa suite longtemps attendue, Le Seigneur des anneaux, est d’une tonalité plus sombre. Elle paraît en 1954-1955 et devient un véritable phénomène de société dans les années 1960, notamment sur les campus américains. Tolkien travaille sur sa mythologie jusqu’à sa mort, mais ne parvient pas à donner une forme achevée au Silmarillion. Ce recueil de légendes des premiers âges de la Terre du Milieu est finalement mis en forme et publié à titre posthume en 1977 par son fils et exécuteur littéraire Christopher, en collaboration avec Guy Gavriel Kay. Depuis, Christopher Tolkien publie régulièrement des textes inédits de son père.

De nombreux auteurs ont publié des romans de fantasy avant Tolkien, mais le succès majeur remporté par Le Seigneur des anneaux au moment de sa publication en poche aux États-Unis est à l’origine d’une renaissance populaire du genre. Tolkien est ainsi considéré, pour certains, comme le « père » de la fantasy moderne. Son œuvre a eu une influence majeure sur les auteurs ultérieurs de ce genre, en particulier par la rigueur avec laquelle il a construit son monde secondaire.

Biographie

Origines familiales

Article détaillé : Famille Tolkien.

La plupart des aïeux de J. R. R. Tolkien du côté de son père sont des artisans. La famille Tolkien, originaire de Saxe, est établie en Angleterre depuis le XVIIIe siècle, et les Tolkien y sont devenus « profondément anglais1 ». Leur patronyme est une forme anglicisée de « Tollkiehn », un nom dérivé de l’allemand « tollkühn » signifiant « téméraire ».

Les ancêtres maternels de Tolkien, les Suffield, sont une famille originaire d’Evesham, dans le Worcestershire. À la fin du XIXe siècle, ils vivent principalement à Birmingham, où les grands-parents maternels de Tolkien, John et Edith Jane Suffield, possèdent une mercerie dans un bâtiment appelé « Lamb House », située dans le centre-ville2.

Enfance

Le moulin de Sarehole. Une plaque bleue y a été dévoilée en août 20023.

John Ronald Reuel Tolkien naît le 3 janvier 1892 à Bloemfontein, dans l’État libre d’Orange, en Afrique du Sud. Il est le premier enfant d’Arthur Reuel Tolkien (1857-1896) et de sa femme Mabel, née Suffield (1870-1904). Tous deux ont quitté l’Angleterre quelques années plus tôt, au moment de la promotion d’Arthur à la tête de l’agence de la Banque d’Afrique à Bloemfontein4.

L’enfant porte le prénom « John » par tradition familiale : chez les Tolkien, le fils aîné du fils aîné s’appelle toujours John. « Ronald » est le choix de Mabel, qui avait à l’origine choisi « Rosalind », s’attendant à avoir une fille. Quant à « Reuel », il s’agit, d’après les souvenirs de Tolkien, du « nom d’un ami de [sa] grand-mère », et que l’on croit « d’origine française » dans la famille, mais qui semble plutôt issu de la Bible (Reuel est un autre nom de Jethro, le beau-père de Moïse)5. Tolkien donne à son tour ce prénom à ses quatre enfants, y compris à sa fille Priscilla6.

Le climat de l’Afrique du Sud ne convient pas à Mabel, ni à son fils. En avril 1895, Mabel retourne en Angleterre avec ses enfants (un deuxième fils, Hilary Arthur Reuel, est né le 17 février 1894), mais son mari meurt d’un rhumatisme infectieux le 15 février 1896, avant d’avoir pu les rejoindre7. Privée de revenus, Mabel s’installe chez ses parents, à Birmingham, puis à Sarehole, un hameau au sud de la ville. Le jeune Tolkien explore les alentours, notamment le moulin de Sarehole, ce qui lui inspirera des scènes de ses futurs ouvrages et un amour profond pour la campagne anglaise du Warwickshire8.

Mabel éduque elle-même ses deux fils. Elle enseigne à Ronald la botanique, des rudiments de latin, d’allemand et de français, une langue dont il n’apprécie guère les sonorités9. Il lit également beaucoup : il n’aime pas L’Île au trésor de Stevenson ou Le Joueur de flûte de Hamelin de Browning, mais se prend de passion pour les histoires de Peaux-Rouges et du roi Arthur, ainsi que pour les ouvrages de George MacDonald et les recueils de contes édités par Andrew Lang10.

La King Edward’s School de Birmingham, où Tolkien étudie de 1900 à 1911.

Tolkien entre à la King Edward’s School de Birmingham, où son père avait lui-même étudié, en 1900. La même année, sa mère se convertit au catholicisme, malgré de violentes protestations de sa famille anglicane, qui lui coupe les vivres11. Elle déménage en 1902 pour s’installer à Edgbaston, non loin de l’oratoire de Birmingham, et envoie ses fils à la St. Philip's School (en), l’école rattachée à l’oratoire. Ils n’y restent que brièvement : Ronald obtient une bourse et peut retourner à la King Edward’s School dès 1903. Il y apprend le grec ancien, étudie Shakespeare et Chaucer et s’initie en autodidacte au vieil anglais12.

Mabel Tolkien meurt de complications dues au diabète en novembre 1904 — le traitement à l’insuline n’existe pas encore. Durant le reste de sa vie, son fils aîné la considère comme une « martyre », sentiment qui influence profondément ses propres croyances. Avant sa mort, elle confie la garde de ses deux fils au père Francis Morgan, de l’oratoire de Birmingham13.

Études et mariage

Comme le père Morgan ne peut les héberger, Ronald et Hilary s’installent au début de l’année 1905 chez une tante par alliance, Beatrice Suffield, qui habite non loin de l’oratoire. Tolkien poursuit ses études à la King Edward’s School et se lie d’amitié avec d’autres élèves, notamment Christopher Wiseman (1893-1987) et Robert Gilson (1893-1916). Il s’intéresse de plus en plus à la philologie, apprend le vieux norrois pour pouvoir lire dans le texte l’histoire de Sigurd et découvre la langue gotique et le Kalevala. Il joue également au rugby à XV dans l’équipe de son école, avec une telle ardeur qu’il en devient le capitaine14.

En 1908, Tolkien rencontre une jeune fille nommée Edith Bratt lorsqu’il s’installe avec son frère dans le même immeuble qu’elle. Malgré leur différence d’âge (elle a trois ans de plus que lui), ils ne tardent pas à tomber amoureux, d’autant plus vite que tous deux sont orphelins. Toutefois, le père Morgan s’oppose à cette relation et interdit à Tolkien de continuer à la voir : il craint que son pupille ne néglige ses études. Le protestantisme d’Edith constitue un obstacle supplémentaire. Le jeune garçon obéit à la lettre à cet ordre, sinon à l’esprit, mais lorsque le père Morgan est mis au courant des rencontres accidentelles entre les deux jeunes gens, il menace de mettre un terme aux études de Tolkien si elles ne cessent pas. Son pupille obtempère15.

Après un échec fin 1909, Tolkien obtient en décembre 1910 une bourse pour entrer à l’université d’Oxford16. Durant ses derniers mois à la King Edward’s School, il fait partie des élèves qui « bordent l’itinéraire » durant la parade de couronnement du roi George V, aux portes de Buckingham Palace17. Plus important, il fonde, avec ses amis Rob Gilson et Christopher Wiseman, la Tea Club Barrovian Society ou T. C. B. S., une société officieuse dont les membres, bientôt rejoints par Geoffrey Smith (1894-1916) et quelques autres, partagent l’habitude de prendre le thé aux Barrow’s Stores, non loin de l’école et dans la bibliothèque même de l’école, ce qui est normalement interdit par le règlement. Les quatre amis au cœur du T. C. B. S. restent en contact après leur départ de l’école18.

Durant l’été 1911, Tolkien part en vacances en Suisse, un voyage qu’il se remémore de façon vivante dans une lettre de 1968 dans laquelle il revient sur la façon dont ce voyage a pu l’inspirer pour l’écriture du Hobbit (« la dégringolade le long des pierres glissantes jusque dans le bois de pins ») et du Seigneur des anneaux, appelant le Silberhorn « la « Corne d’Argent (Celebdil) » de mes rêves19 ».

Exeter College, où Tolkien étudie de 1911 à 1915. Il en devient fellow honoraire en 195820.

En octobre 1911, Tolkien entame ses études classiques à Oxford, à Exeter College ; l’un de ses principaux professeurs est le philologue Joseph Wright, qui a une grande influence sur lui. Il s’intéresse au finnois afin de lire le Kalevala dans le texte, approfondit sa connaissance du gallois et s’implique dans la vie sociale de son collège en continuant à jouer au rugby et en devenant membre de plusieurs clubs étudiants21. Cependant, les auteurs grecs et latins l’ennuient, ce qui se ressent dans ses notes : la seule matière où il excelle est son sujet libre, la philologie comparée. En 1913, avec la bénédiction de son tutor, le vice-recteur Farnell, Tolkien change de cursus au profit de la littérature anglaise, et choisit comme spécialité la philologie scandinave. Dès lors, Kenneth Sisam devient son nouveau tutor22.

Le jour de sa majorité, en 1913, Tolkien écrit à Edith pour la demander en mariage. La jeune femme s’est entre-temps promise à un autre, mais elle rompt ses fiançailles et se convertit au catholicisme sur l’insistance de Tolkien. Ils célèbrent leurs fiançailles à Warwick en janvier 191423.

Première Guerre mondiale

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, en août 1914, Tolkien est en vacances en Cornouailles ; il rédige peu après le poème « Le Voyage d'Éarendel », première graine de la future mythologie du Silmarillion. En rentrant à Oxford, il s’arrange pour s’entraîner dans les Officers' Training Corps (en), ce qui lui permet de poursuivre en parallèle ses études afin d’obtenir son diplôme avant de devoir partir au front24.

En décembre, Tolkien, Gilson, Smith et Wiseman se réunissent à Londres. Malgré l’ombre que la guerre fait peser sur le pays, ils ont foi dans leur potentiel : tous ont des ambitions artistiques et sont persuadés que le T. C. B. S. peut et va changer le monde. De cette rencontre, de ce « concile de Londres », découle la vocation poétique de Tolkien25. Il rédige de nombreux poèmes en 1915 et réussit brillamment ses examens finaux à Oxford, obtenant les First-class honours26.

Tolkien devient sous-lieutenant dans les fusiliers du Lancashire et s’entraîne avec le 13e bataillon de réserve pendant onze mois à Cannock Chase, dans le Staffordshire. Durant cette période, il écrit à Edith : « les gentlemen sont rares parmi les officiers, et les êtres humains même sont rares27 ». Sachant son départ pour le front proche, il épouse Edith le 22 mars 1916 à Warwick28. Transféré dans le 11e bataillon de services avec le corps expéditionnaire britannique, il arrive en France le 4 juin 191629. Par la suite, il écrit : « les officiers subalternes étaient abattus par douzaines. Se séparer de ma femme à ce moment-là […] c’était comme mourir30. »

Tolkien sert comme officier de transmissions pendant la bataille de la Somme, participe à la bataille de la crête de Thiepval et aux attaques subséquentes sur la redoute de Schwaben (en). Victime de la fièvre des tranchées, une maladie transmise par les poux qui pullulent dans les tranchées, il est renvoyé en Angleterre le 8 novembre 1916. Ses amis Rob Gilson et G. B. Smith n’ont pas autant de chance : le premier est tué au combat le 1er juillet, et le second, grièvement blessé par un obus, meurt le 3 décembre31.

Affaibli, Tolkien passe le reste de la guerre entre des hôpitaux et des postes à l’arrière, étant jugé médicalement inapte au service général32. Son premier fils, John Francis Reuel, naît le 16 novembre 1917 à Cheltenham. Durant sa convalescence à Great Haywood, dans le Staffordshire, Tolkien entame la rédaction de La Chute de Gondolin, premier des Contes perdus33.

Leeds

Lorsque la guerre s’achève, la famille Tolkien s’installe à Oxford. Le premier emploi civil de Tolkien après l’armistice est pour l’Oxford English Dictionary, de janvier 1919 à mai 1920. Il travaille sur l’histoire et l’étymologie des termes d’origine germanique commençant par la lettre « W », sous la direction de Henry Bradley, qui loue à plusieurs reprises son travail par la suite34,N 2. Durant cette période, Tolkien arrondit ses fins de mois en servant de tutor à plusieurs élèves de l’université, principalement des jeunes filles de Lady Margaret Hall, de St Hilda’s, de St Hugh’s et de Somerville35.

En 1920, alors que naît son deuxième fils, Michael Hilary Reuel (22 octobre 1920 – 27 février 1984), Tolkien quitte Oxford pour le Nord de l’Angleterre où il devient professeur assistant (reader) de littérature anglaise à l’université de Leeds, puis professeur en 1924. Durant son séjour à Leeds, il produit le glossaire A Middle English Vocabulary, ainsi qu’une édition définitive du poème moyen anglais Sire Gauvain et le Chevalier vert avec E. V. Gordon, deux livres considérés comme des références académiques pendant les décennies qui suivent. Tolkien continue également à développer son univers de fiction : les Contes perdus sont laissés inachevés, mais il entreprend la rédaction d’une version en vers allitératifs de l’histoire des Enfants de Húrin. C’est également à Leeds que naît son troisième fils, Christopher John Reuel, le 21 novembre 192436.

Oxford

Le 20 Northmoor Road à Oxford, résidence de Tolkien de 1930 à 1947. Une plaque bleue y a été dévoilée en décembre 200237.

« Après cela, pourriez-vous dire, il ne se passa vraiment plus rien. Tolkien rentra à Oxford, fut professeur d’anglo-saxon aux collèges de Rawlinson et de Bosworth (sic) pendant vingt ans ; fut ensuite élu professeur de langue et de littérature anglaise à Merton ; s’installa dans une banlieue d’Oxford très conventionnelle où il passa le début de sa retraite : déménagea dans une ville quelconque du bord de mer ; retourna à Oxford après la mort de sa femme ; et mourut paisiblement à l’âge de quatre-vingt-un ans38. »

En 1925, Tolkien retourne à Oxford en tant que professeur de vieil anglais et fellow de Pembroke College, poste qu’il occupe jusqu’en 1945. Durant son passage à Pembroke, il écrit Le Hobbit et les deux premiers volumes du Seigneur des anneaux, principalement au numéro 20 de Northmoor Road, dans le nord d’Oxford. C’est là que naît le dernier enfant du couple Tolkien, leur seule fille, Priscilla Mary Anne Reuel (née le 18 juin 1929). Très attaché à ses enfants, Tolkien invente pour eux de nombreux contes, parmi lesquels Roverandom et Le Hobbit. Il leur écrit également chaque année des lettres censées provenir du père Noël39.

Le pub The Eagle and Child, où se réunissent les Inklings.

Tolkien, « Tollers » pour ses amis40, rencontre pour la première fois C. S. Lewis en 1926, à Oxford. Entre eux ne tarde pas à naître une amitié profonde et durable. Ils partagent un goût pour le dialogue et la bière, et Tolkien invite bientôt Lewis aux réunions des Coalbiters, un club dédié à la lecture de sagas islandaises en vieux norrois. Le retour au christianisme de Lewis est en partie le fait de Tolkien, même si ce dernier regrette que son ami ait choisi de revenir à l’anglicanisme, et non de le rejoindre au sein de la congrégation catholique. Lewis ne cesse d’encourager Tolkien lorsque celui-ci lit des passages de ses livres aux réunions des Inklings, club littéraire informel qui s’assemble dans les années 1930 autour de Tolkien, Lewis, Owen Barfield, Hugo Dyson et d’autres enseignants d’Oxford41.

Le Hobbit est publié en septembre 1937, presque par hasard : c’est une ancienne étudiante de Tolkien, Susan Dagnall, enthousiasmée par le manuscrit, qui le met en contact avec la maison d’édition londonienne George Allen & Unwin et le convainc de le faire publier42. Le livre rencontre un franc succès, tant critique que commercial, des deux côtés de l’Atlantique43, et l’éditeur Stanley Unwin presse Tolkien d’écrire une suite. Ce dernier entreprend alors la rédaction du Seigneur des anneaux, sans se douter qu’il lui faudra plus de dix ans pour l’achever44.

En mars 1939, le gouvernement britannique contacte Tolkien et lui propose de rejoindre une équipe de spécialistes consacrée au déchiffrement des codes nazis, située à Bletchley Park. Il refuse l’offre d’un emploi à plein temps (payé 500 livres, 50 000 livres de 2009 par an), mais d’après un historien des services secrets britanniques, des documents non encore publiés attesteraient d’une participation suivie et importante de sa part à l’effort de décodage45.

Outre une charge de travail supplémentaire qui empêche Tolkien d’avancer aussi vite qu’il l’aimerait dans la rédaction du Seigneur des anneaux, l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale a une conséquence inattendue : l’arrivée de l’écrivain londonien Charles Williams, très admiré par Lewis, à Oxford, où il ne tarde pas à se faire une place parmi les Inklings. S’il entretient des relations tout à fait cordiales avec l’homme, Tolkien n’apprécie guère l’écrivain, dont les romans sont pétris de mysticisme et frôlent parfois la magie noire, ce qui ne peut que faire horreur à un catholique aussi persuadé de l’importance du mal que Tolkien. Celui-ci juge défavorablement l’influence de Williams sur l’œuvre de Lewis46. L’amitié de Tolkien et Lewis est également refroidie par le succès grandissant rencontré par Lewis en sa qualité d’apologiste chrétien, notamment grâce à ses émissions pour la BBC, qui font dire à Tolkien vers le milieu des années 1940 que Lewis est devenu « trop célèbre pour son goût ou les nôtres47. ».

Le 76 Sandfield Road à Headington, résidence de Tolkien de 1953 à 1968.

En 1945, Tolkien devient professeur de langue et de littérature anglaises à Merton, poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite. À Pembroke, c’est un autre Inkling qui lui succède comme professeur de vieil anglais : Charles Wrenn. Les réunions du jeudi des Inklings se font de plus en plus rares après la mort de Williams et la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour cesser définitivement en 194948. Les relations entre Tolkien et Lewis sont de plus en plus distantes, et le départ de ce dernier pour Cambridge en 1954, et son mariage avec Joy Davidman, une Américaine divorcée, en 1957, n’arrangent pas les choses49. Tolkien est toutefois très choqué par la mort de C. S. Lewis en 1963, qu’il compare à « un coup de hache porté aux racines50. »

Tolkien achève Le Seigneur des anneaux en 1948, après une décennie de travail. Le livre est publié en trois volumes en 1954-1955 et rencontre un grand succès dès sa publication, faisant l’objet d’une adaptation radiophonique dès 195551. Si le succès de son œuvre le met définitivement à l’abri du besoin, Tolkien reste un homme économe et généreux, ne s’autorisant guère d’excentricités52.

Retraite et mort

La tombe des Tolkien au cimetière de Wolvercote.

Tolkien prend sa retraite universitaire en 1959. Dans les années qui suivent, il acquiert une célébrité croissante en tant qu’écrivain. Il écrit tout d’abord des réponses enthousiastes à ses lecteurs, mais devient de plus en plus méfiant devant l’émergence de communautés de fans, notamment au sein du mouvement hippie aux États-Unis, où le livre devient un best-seller après la parution chez Ace Books d’une édition au format poche non autorisée en 1965 ; la querelle judiciaire qui s’ensuit offre encore une publicité supplémentaire au nom de Tolkien53. Dans une lettre de 1972, il déplore être devenu un objet de culte, mais admet que « même le nez d’une idole très modeste […] ne peut demeurer totalement insensible aux chatouillements de la douce odeur de l’encens54 ! » Toutefois, les lecteurs enthousiastes se font de plus en plus pressants, et en 1968, lui et sa femme déménagent pour plus de tranquillité à Bornemouth, une ville balnéaire de la côte sud de l’Angleterre.

Le travail sur Le Silmarillion occupe en pointillés les deux dernières décennies de la vie de Tolkien, sans qu’il parvienne à l'achever. Les lecteurs du Seigneur des anneaux attendent avec impatience cette suite promise, mais ils doivent se contenter du recueil de poèmes Les Aventures de Tom Bombadil (1962) et du conte Smith de Grand Wootton (1967). Durant la même période, Tolkien participe également à la traduction de la Bible de Jérusalem, publiée en 1966 : outre un travail de relecture, il en traduit le Livre de Jonas55.

Edith Tolkien meurt le 29 novembre 1971 à l’âge de 82 ans et est enterrée au cimetière de Wolvercote, dans la banlieue nord d’Oxford. Son mari fait graver sur sa tombe le nom « Lúthien », en référence à une histoire de son légendaire qui lui avait été en partie inspirée par la vision d’Edith dansant dans les bois, en 191756.

Après le décès de sa femme, Tolkien revient passer les dernières années de sa vie à Oxford : il est logé gracieusement par son ancien college de Merton dans un appartement sur Merton Street. Le 28 mars 1972, il est fait commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine Élisabeth II57. Lors d’une visite chez des amis à Bornemouth, fin août 1973, il se sent mal : il meurt à l’hôpital le 2 septembre 1973, à l’âge de 81 ans. « Beren » est inscrit sous son nom sur la tombe qu’il partage avec Edith58.

Opinions

Religion

L’oratoire de Birmingham, où Tolkien a été enfant de chœur dans les années 1900.

Après avoir été baptisé au sein de l’Église d’Angleterre, Tolkien est éduqué dans la foi catholique par sa mère après sa conversion en 1900. Sa mort prématurée a une profonde influence sur son fils. Humphrey Carpenter suggère ainsi qu’il a pu trouver dans la religion une sorte de réconfort moral et spirituel59. Il reste fidèle à sa foi sa vie durant, et celle-ci joue un rôle important dans la conversion de son ami C. S. Lewis, alors athée, au christianisme — bien qu’il ait choisi de retourner à la foi anglicane, au grand désarroi de Tolkien60.

Les réformes du concile Vatican II suscitent en lui des avis partagés. Dans l’absolu, il approuve les évolutions œcuméniques que cette réforme apporte, mais regrette l’abandon du latin dans la messe. Son petit-fils Simon se souvient être allé à l’église avec lui. Il rapporte qu’au milieu des fidèles qui répondaient en anglais, son grand-père mit un point d’honneur à faire quant à lui ses réponses en latin, et très bruyamment61.

Politique

Pensée politique

Tolkien est essentiellement conservateur dans ses opinions politiques, au sens où il favorise les conventions établies et l’orthodoxie et non l’innovation et la modernisation. En 1943, il écrit à son fils Christopher : « Mes opinions politiques penchent de plus en plus vers l’Anarchie (au sens philosophique, désignant l’abolition du contrôle, non pas des hommes moustachus avec des bombes) — ou vers la Monarchie « non constitutionnelle »62. » En 1956, il explique ne pas être démocrate « uniquement parce que « l’humilité » et l’égalité sont des principes spirituels corrompus par la tentative de les mécaniser et de les formaliser, ce qui a pour conséquence de nous donner, non modestie et humilité universelles, mais grandeur et orgueil universels63. »

S’il aime l’Angleterre — « non la Grande-Bretagne et certainement pas le Commonwealth (grr !)64 » —, Tolkien n’est cependant pas un patriote aveugle. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fustige la propagande britannique relayée par les journaux, notamment un article « appelant solennellement à l’extermination systématique du peuple allemand tout entier comme la seule mesure adéquate après la victoire militaire65 ». Après la fin de la guerre en Europe, il s’inquiète de « l’impérialisme britannique ou américain en Extrême-Orient », affirmant : « j’ai peur de ne pas être animé par la moindre étincelle de patriotisme dans cette guerre qui se poursuit. Pour elle je ne donnerais pas un penny, encore moins un fils, si j’étais un homme libre66. »

Durant la guerre d’Espagne, Tolkien exprime en privé son soutien au camp nationaliste en apprenant de Roy Campbell que les escadrons de la mort soviétiques se livrent à des destructions d’églises et au massacre de prêtres et de religieuses67. À une époque où de nombreux intellectuels occidentaux admirent Joseph Staline, Tolkien ne cache pas son mépris pour « ce vieux meurtrier sanguinaire », ainsi qu’il l’appelle dans une lettre à son fils Christopher en 194468. Il s’oppose néanmoins avec virulence à une interprétation du Seigneur des anneaux comme une parabole anticommuniste, et dans laquelle Sauron correspondrait à Staline : « une allégorie de ce genre est totalement étrangère à ma façon de penser », écrit-il69.

Réaction face au nazisme

Dès avant la Seconde Guerre mondiale, Tolkien exprime son opposition à Adolf Hitler et au régime nazi. Dans son roman inachevé La Route perdue, écrit vers 1936-1937, la situation de l’île de Númenor sous le joug de Sauron peu avant sa submersion présente des ressemblances avec la situation en Allemagne à la même époque, comme le souligne Christopher Tolkien : « la disparition inexpliquée de gens impopulaires auprès du « gouvernement », les informateurs, les prisons, la torture, le secret, la crainte de la nuit ; la propagande sous forme de « révisionnisme historique », la prolifération des armes de guerre, à des fins indéterminées mais entrevues70. »

En 1938, la maison d’édition Rütten & Loening, qui prépare une traduction du Hobbit en allemand, écrit à Tolkien pour lui demander s’il est d’origine aryenne. Outré, celui-ci écrit à son éditeur Stanley Unwin une lettre où il condamne les « lois démentes » du régime nazi et l’antisémitisme comme une chose « totalement pernicieuse et non scientifique » ; il se déclare par la suite disposé à « laisser en plan toute traduction allemande »71. Tolkien envoie à Unwin deux réponses possibles à transmettre à Rütten & Loening. Dans celle qui n’a pas été envoyée, il pointe le mauvais usage fait par les nazis du terme « aryen » (linguistique à l’origine) et ajoute :

« Mais si je suis supposé comprendre que vous voulez savoir si je suis d’origine juive, je ne peux que répondre que je regrette de ne pouvoir apparemment compter parmi mes ancêtres personne de ce peuple si doué. Mon arrière-arrière-grand-père quitta l’Allemagne pour l’Angleterre au XVIIIe siècle : la majeure partie de mon ascendance est donc de souche anglaise, et je suis un sujet anglais — ce qui devrait vous suffire. J’ai été néanmoins habitué à regarder mon nom allemand avec fierté, même tout au long de la dernière et regrettable guerre, au cours de laquelle j’ai servi dans l’armée anglaise. Je ne peux cependant m’empêcher de faire remarquer que si des requêtes de cette sorte, impertinentes et déplacées, doivent devenir la règle en matière de littérature, alors il n’y a pas loin à ce qu’un nom allemand cesse d’être une source de fierté72. »

En 1941, dans une lettre à son fils Michael, il exprime son ressentiment à l’égard d’Hitler, « ce petit ignorant rougeaud […] [r]uinant, pervertissant, détournant et rendant à jamais maudit ce noble esprit du Nord, contribution suprême à l’Europe, que j’ai toujours aimé et essayé de présenter sous son vrai jour73 ». Après la guerre, en 1968, il s’oppose à une description de la Terre du Milieu comme un monde « nordique », expliquant qu’il n’aime pas ce mot en raison de son association à des théories racistes74.

Accusations de racisme

La question du racisme ou du racialisme supposé de Tolkien lui-même ou de certains éléments de ses œuvres a donné lieu à un débat universitaire75. Christine Chism distingue trois catégories d’accusations de racisme portées à l’encontre de Tolkien ou de son œuvre : un racisme conscient, une tendance eurocentrique inconsciente, et un racisme latent dans ses premiers écrits ayant évolué vers un rejet conscient de la chose dans ses œuvres ultérieures76.

La plupart des accusations de racisme portent sur Le Seigneur des anneaux et peuvent se résumer par cette phrase de John Yatt : « Les hommes blancs sont bons, les hommes « noirs » sont mauvais, les orques sont pires que tout77 ». Chris Henning affirme même que « tout l’attrait du Seigneur des anneaux réside dans le fait que c’est un ouvrage fondamentalement raciste ». Cette idée a été reprise par des auteurs comme Isabelle Smadja dans Le Seigneur des anneaux ou la tentation du mal (2002), un ouvrage critiqué pour son manque de rigueur scientifique et pour n’avoir pas tenu compte du reste de l’œuvre de Tolkien78. Plusieurs accusations de racisme à l’encontre du Seigneur des anneaux portent également sur les adaptations de Peter Jackson, où les Suderons sont présentés coiffés de turbans et avec une apparence orientale, ce qui a parfois été considéré tendancieux dans un contexte post-11 Septembre79.

En 1944, Tolkien écrit à son fils Christopher, alors en Afrique du Sud avec la Royal Air Force : « Quant à ce que tu dis ou laisses entendre de la situation « locale », j’en avais entendu parler. Je ne pense pas qu’elle ait beaucoup changé (même en pire). J’en entendais régulièrement parler par ma mère, et ai pris depuis ce temps un intérêt particulier pour cette partie du monde. La façon dont sont traités les gens de couleur horrifie pratiquement toujours ceux qui quittent la Grande-Bretagne, et pas seulement en Afrique du Sud. Malheureusement, peu retiennent très longtemps ce sentiment généreux80. » Il condamne publiquement la politique d’'apartheid en Afrique du Sud dans son discours d’adieu à l’université d’Oxford, en 195981.

Nature

Le pin noir (Pinus nigra) du jardin botanique de l’université d’Oxford au pied duquel a été prise la dernière photographie de Tolkien.

Tolkien aime beaucoup la nature : sa correspondance et ses illustrations témoignent du plaisir qu’il tire à contempler les fleurs ou les oiseaux, et surtout les arbres. Sa dernière photographie, prise en août 1973, le montre appuyé au tronc d’un pin noir du jardin botanique de l’université d'Oxford qu’il aime particulièrement82. Cet amour de la nature se reflète dans son œuvre, notamment avec les Ents du Seigneur des anneaux, les « bergers des arbres » qui partent en guerre contre Saroumane, « un ennemi aimant la machine »83, ou les Deux Arbres qui éclairent le Valinor dans Le Silmarillion. Le symbolisme de l’arbre est également au cœur de l’histoire courte Feuille, de Niggle, inspirée par les efforts véhéments (et couronnés de succès) d’une voisine de Tolkien pour que le vieux peuplier poussant devant chez elle soit abattu84,85.

Les effets de l’industrialisation déplaisent fortement à Tolkien, notamment dans leur invasion des paysages ruraux de l’Angleterre : en 1933, il est bouleversé de ne presque rien reconnaître des lieux de son enfance lorsqu’il passe par l’ancien hameau de Sarehole, rattrapé par la croissance de la zone urbaine de Birmingham. Les brouillons de son essai Du conte de fées contiennent plusieurs passages désapprobateurs à l’égard des aéroplanes et des automobiles. Il ne se coupe pas pour autant du monde moderne : il possède même une voiture dans les années 1930, et s’il finit par l’abandonner, ce n’est que lorsque la Seconde Guerre mondiale entraîne un rationnement de l’essence. Toutefois, dans les années 1950, il s’oppose violemment à un projet de contournement routier d’Oxford qui entraînerait la destruction de nombreux monuments86.

L'auteur

Influences

Modernes

L’une des principales influences de Tolkien est l’auteur anglais William Morris, membre du mouvement Arts & Crafts. Dès 1914, Tolkien émet le désir d’imiter ses romances au style archaïsant, entrecoupées de poèmes87, et entame la rédaction d’une histoire de Kullervo que son biographe Humphrey Carpenter décrit comme « guère plus qu’un pastiche de Morris88 ». Le roman de Morris The House of the Wolfings, paru en 1888, prend place dans la forêt de Mirkwood, nom d’origine médiévale également repris dans Le Hobbit89, et Tolkien avoue la « grande dette » qu’ont les paysages des marais des Morts dans Le Seigneur des anneaux envers The House of the Wolfings et The Roots of the Mountains, paru en 188990.

De nombreux critiques se sont penchés sur les ressemblances entre l’œuvre de Tolkien et les romans d’aventures de H. Rider Haggard, principalement Les Mines du roi Salomon (1885) et Elle (1887). Ce dernier présente une cité en ruine nommée Kôr, un nom repris tel quel par Tolkien dans les premières versions du Silmarillion, et la reine Ayesha, qui donne son titre au roman, évoque plusieurs aspects de Galadriel. Dans Les Mines du roi Salomon, la bataille finale et le personnage de Gagool rappellent la bataille des Cinq Armées et le personnage de Gollum dans Le Hobbit91.

Les Hobbits, l’une des créations les plus fameuses de Tolkien, ont été en partie inspirés par les Snergs du roman d’Edward Wyke-Smith The Marvellous Land of the Snergs, paru en 1924. Ce sont des créatures humanoïdes de petite taille, aimant particulièrement la nourriture et les fêtes. Concernant le nom « hobbit », Tolkien suggère également une possible influence inconsciente du roman satirique de Sinclair Lewis Babbitt, paru en 1922, dont le héros éponyme possède « la même suffisance bourgeoise que les hobbits92 ».

Mythologiques

Sommaire

Nom de naissance John Ronald Reuel Tolkien
Activités écrivain, traducteur, professeur universitaire, philologue
Naissance le 3 janvier 1892
à Bloemfontein (État libre d’Orange)
Décès le 2 septembre 1973 (à 81 ans)
à Bornemouth (Royaume-Uni)
Langue d'écriture anglais britannique
Genres littérature d’enfance et de jeunesse, fantasy, traduction, critique, poésie
Distinctions commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique (1972)
Repost 0
29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 17:53

C. S. Lewis

Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lewis.

C. S. Lewis

Description de cette image, également commentée ci-après

Statue de C. S. Lewis à Belfast. Il est représenté ouvrant une armoire, allusion au Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique

Œuvres principales

Compléments

Clive Staples Lewis, plus connu sous le nom de C. S. Lewis, né à Belfast le 29 novembre 1898 et mort à Oxford le 22 novembre 1963, est un écrivain et universitaire irlandais. Il est connu pour ses travaux sur la littérature médiévale, ses ouvrages de critique littéraire et d'apologétique du christianisme, ainsi que pour la série des Chroniques de Narnia parues entre 1950 et 1957.

Il était un ami très proche de J. R. R. Tolkien, l'auteur du Seigneur des anneaux, aux côtés duquel il a enseigné à la faculté de littérature anglaise de l'université d'Oxford ; ils faisaient tous deux partie du cercle littéraire des Inklings. Partiellement en raison de l'influence de Tolkien et de la lecture de G. K. Chesterton, Lewis s'est reconverti au christianisme, devenant, selon ses propres termes, « un très ordinaire laïc de l'Église d'Angleterre1 » ; cette reconversion a eu de profondes conséquences sur son œuvre. Il a acquis une grande popularité par les chroniques radiophoniques sur le christianisme qu'il a données au cours de la Seconde Guerre mondiale et obtenu un énorme succès avec ses livres de fantasy pour enfants.

Les œuvres de C. S. Lewis ont été traduites en plus de 40 langues et le recueil des Chroniques de Narnia s'est vendu à plus de 120 millions d'exemplaires dans le monde et continue à se vendre au rythme de plus d'un million d'exemplaires par an. Le Monde de Narnia a également été adapté à plusieurs reprises au théâtre et au cinéma.

Biographie

Enfance

Venu au monde le 29 novembre 1898, au sein d'une famille protestante aisée d'origine galloise, dans une maison de campagne à quelques kilomètres de Belfast en Irlande, Clive Staple Lewis est le deuxième enfant d'Albert James Lewis (1863–1929) et de Flora Augusta Hamilton Lewis (1862-1908) ; son frère Warren Hamilton Lewis est son aîné de trois ans. La famille déménage en 1905 dans une grande maison appelée Little Lea, à Strandtown, toujours en Irlande du Nord. En 1908, sa mère décède à la suite d'un cancer ; c'est un véritable drame pour Lewis2.

Ce décès marque la famille Lewis et resserre les liens qui les unissent. Warren part en pension, ce qui contribue à la passion précoce pour la lecture et l'écriture de Clive Staples. Ils se retrouvent néanmoins régulièrement, et écrivent ensemble les Chroniques de Boxen, qui se déroulent dans un monde peuplé d'animaux. Un troisième grand malheur vient frapper Lewis : son propre départ en pension, moins d'un mois après la disparition de sa mère. C. S. Lewis part rejoindre son frère à l'école de Wynyard, à Watford en Angleterre.

Études

Il décrit cette expérience comme celle d'un « camp de concentration3 ». En effet, le directeur de cette école est sadique et autoritaire, autant envers ses élèves qu'avec ses collaborateurs. C. S. Lewis reste longtemps marqué par les sévices subis et observés à Wynyard. Deux ans plus tard, l'école fait faillite et ferme. À la rentrée de 1910, Albert Lewis l'inscrit dans une école à Belfast même. Entré en septembre, Clive Staples en sort en novembre pour des raisons de santé. Un an plus tard, il rentre à la Cherbourg School, où il vit tranquillement sa vie d'écolier pendant deux ans. Ce changement de vie contribue à lui faire perdre la foi.

Il entre en septembre 1913 au Malvern College, qu'il décrit sous le nom de « Wyvern » dans son autobiographie. Lewis porte un regard extrêmement critique sur la pression considérable qui pèse sur les élèves, plus soucieux de leur réputation et de leur place au sein de la hiérarchie non officielle de l'établissement que de leur réussite scolaire ; à tel point qu'il considère la pédérastie qui y est pratiquée comme « la seule oasis au milieu du désert brûlant des ambitions rivales4 ». Quant à lui, n'appréciant guère le sport et n'étant pas intéressé par les amours homosexuelles, il se consacre tout entier à son intérêt grandissant pour les mythologies celtiques et nordiques.

En 1914, il part suivre des cours privés au domicile de W. T. Kirpatrick, un ami de son père, ancien proviseur du Lurgan College. Chez lui, il découvre la littérature classique, pour laquelle il se prend de passion. Le nom de ce professeur a peut-être inspiré Lewis pour le nom du héros du livre Le Neveu du magicien dans Le Monde de Narnia. D'après son autobiographie, les deux années passées chez M. Kirpatrick furent pour lui idylliques ; Lewis appréciait tout particulièrement les longues conversations durant lesquelles son précepteur le contraignait à s'assurer de la pertinence de ce qu'il disait et à approfondir ses raisonnements. Il pallie son relatif isolement en entretenant une correspondance régulière avec son ami d'enfance Arthur Greeves, qui partage sa passion pour les récits mythologiques.

Après avoir passé une partie des examens d'entrée à l'University College d'Oxford, il est appelé sous les drapeaux, au régiment d'infanterie légère du Somerset. Il prend donc part à la Première Guerre mondiale, et combat dans les tranchées, en France, où il est blessé par des éclats d'obus le 15 avril 1917, au cours de la bataille d'Arras. Rapatrié en Angleterre, il est libéré de ses obligations militaires en décembre 1918. Il reprend les études à Oxford, et mène de front plusieurs brillants cursus en philosophie, lettres classiques et littérature anglaise.

Conversion et premières œuvres

Magdalen College (Oxford)
Le coin du pub ou les membres des Inklings se réunissaient.

À la suite d'un long cheminement, qui avait commencé à la fin de ses études universitaires, Lewis se reconvertit au christianisme en 1931, sous l'influence, entre autres, de la lecture de George MacDonald et G. K. Chesterton, et de conversations avec J. R. R. Tolkien et Hugo Dyson. Il devient par la suite membre de l'Église anglicane, même s'il garde toute sa vie des idées assez éclectiques sur le plan théologique, et reste toute sa vie déçu par la piètre qualité des chants religieux et des sermons entendus à l'église. Sa conversion est décrite dans son autobiographie, Surpris par la joie - qui permet par ailleurs de connaître assez bien les premières années de sa vie. Son itinéraire spirituel est également relaté dans Le Retour du pèlerin (The Pilgrim's Regress), une parodie du Voyage du pèlerin de John Bunyan.

Ami intime de J. R. R. Tolkien (auteur du Hobbit et du Seigneur des Anneaux, pour lesquels Lewis écrit d'élogieuses critiques sous couvert d'anonymat), ils fréquentent ensemble une société littéraire qui s'appelait les « Inklings », où l'on retrouve également Owen Barfield. On y lit pour la première fois les romans de Lewis, Tolkien et de Charles Williams. Généralement, ils se rencontraient au pub Eagle and Child à Oxford et les discussions avaient lieu autour d'une bière.

Dès 1925, il enseigne à l'université d'Oxford, et préside l'Oxford Socratic Club où croyants et incroyants débattent de la validité du christianisme. Lewis intervient souvent dans ces débats. Des personnages connus y participent, comme le biologiste Konrad Lorenz, mais aussi J. B. S. Haldane et Jacob Bronowski. En 1936, il publie l'Allégorie de l'amour, une étude sur la littérature médiévale qui lui vaut immédiatement une grande réputation.

Œuvres de fiction, essais et dernières années

Plus tard, il devient professeur de littérature anglaise de la Renaissance et du Moyen Âge à l'Université de Cambridge. Ses travaux sur la littérature anglaise du XVIe siècle sont toujours considérés comme des références sur le sujet. Les Miracles, en 1947, rassemble quelques unes de ses réflexions apologétiques. Il écrit plusieurs livres de fiction principalement destinés à la jeunesse, dont les Chroniques de Narnia, en sept tomes. Il a également écrit le roman Un Visage pour l'éternité en 1956.

Le film Les Ombres du cœur (Shadowlands), de Richard Attenborough, avec Anthony Hopkins et Debra Winger, décrit sa rencontre avec Joy Gresham, sa future femme, qui intervient à cette période. Juive, communiste, celle-ci s'est convertie au christianisme, et, séparée de son mari, vit à Londres avec ses deux fils, David et Douglas. C. S. Lewis l'épouse religieusement en 1956, alors qu'elle est déjà atteinte d'un cancer des os dont elle meurt en 1960. Une brève rémission, au début de l'année 1960, avait été l'occasion d'un voyage en Grèce – c'était alors la première fois que l'écrivain quittait les îles Britanniques depuis 1918. Il en tire A Grief Observed, qu'il fait paraître sous le pseudonyme de N. W. Clerk. Mais à force d'entendre ses amis lui recommander ce livre pour mieux comprendre les sentiments qu'il éprouvait après le décès de sa femme, Lewis finit par reconnaître avoir écrit l'ouvrage.

Atteint de néphrite, puis de septicémie, il doit démissionner de son poste à Cambridge à l'été 1963. Sa mort, le 22 novembre 1963, passe complètement inaperçue, se produisant le jour de l'assassinat de John F. Kennedy et de la mort d'Aldous Huxley. Cette coïncidence inspirera, vingt ans plus tard, l'ouvrage de Peter Kreeft Between Heaven and Hell, un dialogue fictif entre les trois personnages à leur arrivée au Purgatoire. Il est enterré à Oxford, dans le cimetière de Holy Trinity Church ; dans l'Église anglicane, il est fait mémoire de C. S. Lewis le 22 novembre.

L’apologétique de C. S. Lewis

Notion de « simple christianisme »

Si l'on met à part les Chroniques de Narnia, c'est sans doute pour son travail apologétique que C. S. Lewis est le plus connu aujourd'hui — il est probablement l’apologète chrétien ayant remporté le plus de succès durant le XXe siècle. Plus de quarante ans après sa mort, on ne doute toujours pas de son influence. Ses travaux sont lus par des protestants et des catholiques avec le même attrait. On a assez écrit sur Lewis pour remplir plusieurs étagères d’une bibliothèque.

Bien que les réalisations de Lewis en tant qu’apologète soient généralement acclamées, il ne manque pas de critiques. Durant sa vie il a dû faire face aux objections de son coreligionnaire anglican W. Norman Pittinger et de la philosophe catholique Elizabeth Anscombe. En 1985, vingt-deux années après sa mort, un livre entier visait à réfuter toute l’entreprise apologétique de Lewis, publié par le philosophe John Beversluis. Les diverses critiques, néanmoins, reflètent les présupposés de leurs auteurs, qui ne sont pas des vérités d’évidence… L’un des problèmes tire son origine de la notion de « simple christianisme » (« mere Christianity »), le concept qui a donné le titre original de l’ouvrage qui s’intitule en français Les Fondements du christianisme, que Lewis avait choisi comme point de vue à défendre. Il est facile d’objecter qu’il n’existe pas de chose telle qu’un « simple christianisme » et que des différences majeures, telles que celles existant entre protestants et catholiques, ne peuvent pas être évacuées. Conscient de cette objection, Lewis comparait le simple christianisme à une pièce au travers de laquelle on trouve son chemin pour se rendre dans les chambres d’une maison. La pièce n’est pas l’endroit où le premier venu souhaite rester, mais c’est un endroit à partir duquel on trouve un accès à l’une ou l’autre des autres pièces, en reconnaissant que ceux qui sont dans les chambres d’à côté sont des membres de la même maison. Par « simple christianisme », Lewis voulait parler du fonds commun de doctrines et de pratiques enracinées dans l’Écriture chrétienne (la Bible) et les premiers credo, qui sont fondateurs pour la plupart des églises chrétiennes.

Une apologétique méthodique du christianisme

Lewis développait son apologétique du christianisme en trois étapes. D’abord, il commençait par établir l’existence de Dieu sur des fondements qui étaient éminemment philosophiques. Ensuite, il cherchait à démontrer que Dieu s’est révélé de manière prééminente en Christ et dans la religion chrétienne. Enfin, il défendait le théisme et le christianisme contre des objections courantes, comme le problème du mal.

Contre l’agnosticisme qui prévalait en son temps et toujours aujourd’hui, Lewis croyait qu’il était possible de démontrer l’existence de Dieu, du moins dans le sens de rendre l’existence de Dieu de loin plus vraisemblable que sa non-existence. Il était conscient de l’argument ontologique qu’on rapproche souvent de Descartes ou d’Anselme de Cantorbéry, et des arguments d’ordre cosmologique présentés classiquement par Thomas d’Aquin. Pour ce qui est de l’argument ontologique qui déduit l’existence de Dieu du concept même de l’Être Nécessaire, il disait dans une lettre à son frère Warren que l’argument ne serait pas valide à moins qu’on établisse d’abord que l’idée de l’Être Nécessaire, de laquelle cet argument part, est objectivement fondée et n’est pas une vague fabrication de nos esprits. Il ne rejetait pas les arguments cosmologiques partant des faits que sont le changement, la causalité, et la contingence, mais il confessait dans une lettre à son ami Bede Griffiths qu’ils n’étaient pas efficaces pour lui, personnellement. Mais ses preuves favorites à lui sont celles découlant de la moralité, de la raison, et du désir.

Lewis était convaincu que ses arguments, surtout lorsqu’ils étaient pris ensemble en convergence, établissaient l’existence d’un Dieu personnel qui est la source de la moralité, de la rationalité, et la source d’une joie spirituelle. Dieu se tient au-dessus et au-delà de l’ensemble de la création en tant que son éternel fondement. Cette idée de Dieu, affirme-t-il, est de loin plus plausible que le panthéisme (ou plus exactement en français, panenthéisme), qui mélange tellement Dieu et le monde que Dieu ne pourrait pas exister à moins que le monde n’existe. Après avoir effleuré quelque temps une sorte de panenthéisme hégélien, Lewis en est venu à réaliser qu’un Dieu indistinct du monde ne pourrait pas être inconditionnellement vrai et bon. Les preuves qui sont ici résumées établissent l’existence d’un Dieu qui ne peut être touché par le mal.

La moralité

L’argument découlant de la moralité (argument from morality), que Lewis avait assez amplement avancé dans ses causeries à la radio, « The Case for Christianity » (comprenez « les arguments en faveur du christianisme »), commence avec l’affirmation que nous sommes inconditionnellement forcés de faire du bien et à éviter le mal. Tous les êtres humains normaux jugent spontanément que certaines actions sont mauvaises et devraient ne pas être menées. Ils savent qu’ils devraient être honnêtes, sincères, tempérants, justes, et aimants envers les autres – et qu’il leur est interdit de commettre le vol, le parjure, l’adultère, le meurtre, et tout ce genre de choses. Il peut y avoir des désaccords sur les détails du code moral, mais pas sur son caractère obligatoire. La question est de savoir d’où provient cette obligation. D’après la tradition classique de théologie chrétienne, qui remonte à saint Paul, cette obligation vient de Dieu qui, pour ainsi dire, écrit Sa loi sur le cœur humain, afin que même les gens auxquels une loi morale positive n’a pas été proclamée aient un sens inné de ce qui est commandé ou prohibé. Lorsqu’ils font du mal, ils souffrent d’une mauvaise conscience et réalisent qu’ils méritent d’être punis.

Lewis prend en charge et réfute les objections les plus courantes à cet argument. Il donne des raisons solides pour refuser que le sens de l’obligation morale pourrait émaner d’un instinct de masse (ou instinct grégaire), d’une convention sociale, ou développer un surmoi au sens freudien. S’adressant à une audience populaire, Lewis n’entre pas dans chaque détail technique ni ne réfute chaque difficulté, mais il met en avant les essentiels dans un langage simple et persuasif.

La raison

La seconde preuve favorite de Lewis, l’argument découlant de la raison, apparaît dans son livre Miracles. Un certain type de naturalisme, observe-t-il, caractérise la pensée rationnelle comme simple produit de réflexes nerveux, d’instincts, et d’habitudes. Lewis réplique que le conditionnement physique ou psychologique ne peut pas expliquer notre pouvoir d’émettre des jugements sur la vérité ou sur l’erreur. Nous sommes conscients que nos jugements sont déterminés non par des forces sub-rationnelles mais par la réalité telle qu’elle affecte nos esprits. Le pouvoir d’arriver à la compréhension au travers d’explications rationnelles est une preuve de l’affinité entre l’esprit et la réalité. Cela n’est explicable que s’il y a un esprit tel quel authentique qui rend compte à la fois d’une intelligence et d’intelligibilité.

La présentation dépouillée par Lewis de ses arguments laisse du travail à faire encore. Elle connaît des ancêtres qui remontent loin de Platon à Anaxagore, et ressemble ainsi à l’argument pour l’existence de Dieu proposé dans des termes très techniques par Bernard Lonergan et popularisé dans divers travaux apologétiques de Hugo Meynell. Pour tous ces auteurs, la merveilleuse correspondance entre la raison et la réalité implique que la réalité est imprégnée d’un ordre qui remonte à un Esprit créateur. L’attention de Lewis ne s’attache point tellement à l’intelligibilité du monde qu’à la capacité de l’esprit pour la vérité, qui selon son avis ne peut pas être expliquée par une sélection naturelle mais uniquement par un Créateur intelligent.

Le désir

Le troisième argument de Lewis part du désir naturel d’une union avec Dieu. L’idée que l’âme humaine est naturellement attirée vers une union tellement bénie est omniprésente dans la tradition chrétienne. Augustin d'Hippone l’exprimait dans une forme classique lorsqu’il s’exclamait dans les Confessions : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (Confessions, I:1) Ce désir pour Dieu ne fut pas proposé dans la forme d’une preuve, il semble, jusqu’au XXe siècle. Influencés par le jésuite belge Joseph Maréchal, le jésuite français Henri de Lubac et le jésuite allemand Karl Rahner en ont fait leur preuve première pour l’existence de Dieu. Lewis n’était apparemment pas familier de ces auteurs du Continent, mais il pourrait bien avoir trouvé des ingrédients pour son propre argument chez le théologien anglican Richard Hooker.

L’argument se développe en plusieurs étapes. D’abord, on doit établir que tous les êtres humains ont par nature un désir pour quelque chose qui transcende l’ensemble de la création. D’après Lewis, c’est un désir secret qu’on a besoin de découvrir, mais un besoin que chaque être humain peut discerner par une mûre introspection. Aucune joie terrestre ne peut satisfaire pleinement nos cœurs. Le nœud de l’argument est la prémisse selon laquelle aucun désir naturel ne peut être vain. Cette proposition était acceptée comme l’évidence même par Aristote et par la tradition scolastique dans son entièreté, qui souscrivait à une conception téléologique de la nature, mais elle est rejetée par les empiristes, qui rétorquent que nous manquons de sources suffisantes pour induire tout cela. Sans reporter cette objection, Lewis tire la conclusion que Dieu doit exister, car autrement le désir serait vain et n’aurait aucun objet atteignable. (L’existence d’un désir pour Dieu suppose donc que Dieu existe, s’il est admis qu’un désir ne peut être vain.)

Dans son autobiographie, Surpris par la Joie, Lewis désigne cet ardent désir par le nom allemand Sehnsucht et l’analyse avec des termes très expérimentaux. Ce désir non satisfait, remarque-t-il, est plus désirable qu’une satisfaction terrestre. Pendant un temps, confesse-t-il, il ressentait ce désir à un tel point qu’il en perdit presque la vue de l’Objet divin, mais il vainquit ce subjectivisme avec l’aide du philosophe idéaliste Samuel Alexander. En fin de compte il en est venu à réaliser qu’il s’agissait moins de sa poursuite de l’Objet que de l’Objet qui le poursuivait.

Apologétique en religions comparées

Son approche des autres religions

Lewis ne traite pas de manière extensive les religions non chrétiennes. Une fois que l’option de la religion est faite, les seules alternatives sérieuses sont le panenthéisme et le monothéisme. L’hindouisme, qui représente au mieux le panenthéisme, ne satisfait pas Lewis. Il mésestime le bouddhisme en tant qu’hérésie hindoue et l’islam en tant qu'hérésie chrétienne. Il faut donc choisir parmi les religions théistes – le judaïsme, et le christianisme – et si l’on peut montrer que le christianisme est divinement révélé, alors ce doit être le choix. D’autres religions ne peuvent être vraies uniquement dans la mesure où elles sont compatibles avec lui. Les chrétiens ne sont pas contraints de regarder les autres fois comme fausses excepté sur les points où elles entrent en conflit avec la simple foi chrétienne. [Voyez à ce propos l’article Wikipédia consacré à l’œcuménisme.]

Origine divine de la révélation chrétienne

Afin d’établir le fait de la révélation chrétienne, Lewis emprunte deux lignes de raisonnement. Sa première approche est tirée des affirmations du Christ. Dans un trilemme emprunté à G. K. Chesterton, il avance que quiconque se réclame être Dieu doit être soit un fou (lunatic en anglais), soit un menteur, ou, effectivement Dieu ; puisque Jésus, qui a revendiqué sa divinité, n’était ni un menteur ni un fou, il était donc Dieu. Lewis, bien sûr, sait que cet argument n’est pas si simple. Quasiment tout le monde concèdera que Jésus n’était ni un fou ni un trompeur, mais Lewis veut pousser ses contradicteurs à expliquer pourquoi, après avoir avancé que Jésus était sensé et bon, ils nient sa divinité. Richard Dawkins, dans son livre Pour en finir avec Dieu, souligne une quatrième possibilité que Lewis à négligé, à savoir que Jésus pouvait être de bonne foi mais se tromper.

La principale difficulté, bien sûr, est d’établir que Jésus a effectivement prétendu être Dieu. Il peut ne pas avoir dit brusquement « Je suis Dieu », mais d’après les Évangiles il a parlé de lui-même comme d’un Fils dans un sens unique et transcendant. Un nombre certain des dires de Jésus impliquent clairement que le Fils préexistait avec le Père, qu’il est égal au Père, et qu’il reviendra en gloire à la fin des temps pour juger toutes les nations. Jésus a aussi prétendu pouvoir pardonner les péchés en son nom propre, un acte qu’on admet être réservé à Dieu seul.

Le second argument pour la divinité de Christ est ses miracles, un sujet sur lequel il a écrit l’un de ses livres apologétiques les plus importants. Le livre est une réponse très réussie à des auteurs tels que Hume, qui niaient le fait que les comptes rendus historiques de miracles physiques pussent être crédibles. Lewis, lui, dans une longue dissertation sur les lois de la nature, montre que de telles lois, loin d’exclure la possibilité des miracles, sont des conditions nécessaires pour leur existence. S’il n’y avait pas de lois régulières de la nature, les miracles ne pourraient pas être reconnus comme des exceptions et perdraient leur fonction de signes divins. Les miracles sont possibles, du moment que de telles lois existent, et du moment que Dieu n’est pas absolument lié aux lois qu’Il a établies. C’est vrai, il serait déraisonnable que Dieu suspende les lois de la nature de manière arbitraire, mais ce serait sensé pour Lui de les suspendre ponctuellement pour des raisons telles que la manifestation du salut.

Si les miracles se produisaient au petit bonheur la chance, les récits à leur sujet ne pourraient pas être crédibles. Mais les miracles bibliques, en général, rentrent dans un modèle très évocateur, qui manifeste les desseins bienveillants de Dieu. Tous les miracles bibliques conduisent à ou attestent de l’Incarnation que Lewis décrit comme étant « le grand miracle ». La maîtrise de Jésus sur la vie et la mort et sur les puissances de la nature est une preuve convaincante de sa divinité.

Après un examen des miracles plus communs, Lewis consacre un chapitre à la résurrection. Comme signe de l’anticipation du Royaume final, la résurrection est éminemment pertinente. Tous les efforts pour l’expliquer comme hallucination ou fabrication tombent à terre.

Lewis est bien conscient du fait que ses arguments partant des affirmations de Jésus et des miracles présupposent la fiabilité générale des récits des Évangiles. Bien que Lewis ne prétende pas être un spécialiste de la critique néotestamentaire, il maintient qu’il est bien qualifié en tant que critique littéraire pour faire la distinction entre l’histoire, la légende et le mythe. Selon lui, les Évangiles appartiendraient clairement au genre historique. Le scepticisme des critiques radicaux comme Bultmann, affirme-t-il, prend racine dans leurs engagements philosophiques, non dans le caractère des textes.

Œuvres

Essais

Fiction

Autobiographie

Notes et références

  1. C. S. Lewis, Mere Christianity, Londres, Collins, 1952 (« a very ordinary layman of the Church of England »).
  2. « Avec la mort de ma mère, tout bonheur stable, tout ce qui était tranquille et sûr disparut de ma vie » (Surpris par la joie, Le Mont-Pèlerin, Raphaël, 1998, p. 31)
  3. Dans son autobiographie, Surpris par la joie, il intitule le chapitre décrivant sa scolarité à Wynyard « Camp de concentration » (Surpris par la joie, p.33).
  4. Surpris par la joie, p.146
Nom de naissance Clive Staples Lewis
Activités Romancier, essayiste, universitaire
Naissance 29 novembre 1898
Belfast, Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Décès 22 novembre 1963 (à 64 ans)
Oxford, Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Langue d'écriture Anglais britannique
Genres Fantasy, science-fiction, apologétique, livres pour enfants

Sommaire

Repost 0
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 16:31

J. M. Barrie

(Redirigé depuis James Matthew Barrie)
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Barrie (homonymie).

J. M. Barrie

Description de l'image James Matthew Barrie.jpg.

Sir James Matthew Barrie, plus connu sous la signature de J. M. Barrie (Kirriemuir, 9 mai 1860 – Londres, 19 juin 1937), 1er baronnet, est un écrivain et dramaturge écossais, célèbre pour avoir créé le personnage de Peter Pan. Il était également un ami de Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes.

Biographie

Né le 9 mai 1860, à Kirriemuir, en Angus, il était le neuvième enfant, et le troisième garçon, du couple formé par David et Margaret Barrie, née Ogilvy.

Son père était un ouvrier tisserand. Sa mère était une femme forte et intelligente, qui eut une importance capitale dans sa vie. Elle lui donna tout d'abord le goût de la fiction en lui lisant des histoires, surtout celles de Stevenson (Écossais également), qu'elle vénérait.

Le fils préféré de sa mère, David, mourut lorsqu'il avait treize ans. Le petit Jimmy (diminutif de James) essaya de le remplacer dans le cœur de sa mère, allant jusqu'à s'habiller avec les vêtements du défunt pour s'identifier au fils disparu. L'enfance de J. M. Barrie ne fut pas heureuse. Il grandit sur une fêlure. Toute sa vie, il essaya d'emporter l'amour de sa mère, mais n'y parvint jamais tout à fait. Il s'était donné la mission de consoler sa mère de cette perte et affirma, par la suite, que son envie d'écrire avait cette origine. On retrouve d'ailleurs toujours un personnage nommé David dans plusieurs de ses œuvres et un certain nombre de fantômes… J. M. Barrie fut élève d'écoles à Glasgow, Forfar et Dumfries. En 1887, il entra à l'Université d'Édimbourg, d'où il ressortit, quatre ans après, muni d'une maîtrise. Il travailla comme journaliste pour le "Journal de Nottingham" avant de s'installer à Londres, à son compte, en 1885.

Il épousa en 1894 l'actrice Mary Ansell, mais le mariage ne fut pas heureux. Sans enfant, l'union fut rompue par un divorce (en 1909) demandé par l'épouse (qui avait pris un amant), et auquel ne put s'opposer Barrie, malgré toutes ses tentatives. J. M. Barrie était un homme menu, mince et de petite taille. On soulignait parfois sa démarche quasi enfantine (tel son héros Peter qui ne voulait pas grandir). On suppose que ce personnage atypique était asexuel et que cela fut une des raisons du divorce (Cf. syndrome de Peter Pan).

Il n'eut pas d'enfants, mais s'occupa, après qu'ils furent devenus orphelins, des garçons de la famille Llewelyn Davies (Cf. infra).

Il reçut un certain nombre d'honneurs : un titre de baronnet en 1913, l'Ordre du Mérite en 1922, le rectorat de l'Université de Saint Andrews, où il fit une émouvante allocution (Courage, 1922), puis les fonctions de chancelier de l'Université d'Édimbourg.

Barrie est mort de pneumonie le 19 juin 1937. Il est enterré dans le cimetière de Kirriemuir, son lieu de naissance, aux côtés de ses parents et de sa fratrie. Sa maison natale, au 4 Brechin Road, est entretenue et transformée en musée par le National Trust for Scotland.

Tuteur des garçons Llewelyn Davies

Il fut un ami très intime de la famille Llewelyn Davies — surtout des enfants, qui lui inspirèrent les personnages de Peter Pan, et pour qui il était « l'oncle Jim » —. Il cultivait une amitié ambiguë, mais respectueuse avec Sylvia Llewelyn Davies, la mère des enfants.

Lorsque Arthur Llewelyn Davies mourut en 1907, Barrie était proche des Davies, en leur fournissant un soutien financier, les revenus de sa pièce Peter Pan et d'autres travaux, pourvoyant largement aux besoins de subsistance et d'éducation des enfants. Il proposa à Sylvia de l'épouser, ce qu'elle refusa.

Cette période de la vie de J. M. Barrie est retracée dans le film Neverland (avec quelques adaptations par rapport à la vraie histoire).

Sylvia mourut en 1910, en demandant que James Matthew Barrie soit l'administrateur et le tuteur de ses garçons, avec sa mère Emma, son frère Guy Du Maurier et le frère d'Arthur, Compton. Cela montre aussi sa confiance en Barrie comme protecteur de ses fils et son désir qu'ils le traitent avec une confiance absolue et sincérité. Il s'occupa donc des garçons pendant leur enfance et leur adolescence, devint leur tuteur et traita ses pupilles George, Jack, Peter, Michael et Nicholas comme ses fils.

Deux des enfants connurent un destin tragique qui affecta Barrie très profondément. George fut tué en 1915 pendant la Première Guerre mondiale ; Michael, avec qui Barrie avait tenu une correspondance tous les jours jusqu'à l'université, se noya en 1921 avec son ami Rupert Buxton, à Sandford Lock près d'Oxford, environ un mois avant son 21e anniversaire.

Peter devint éditeur (Peter Davies Publishing). Mais, suite à une grave dépression nerveuse, il se suicida en se jetant sous une rame de métro à la station « Sloane Square » à Londres, le 5 avril 1960. Il était âgé de 63 ans.

Citations

  • "Chaque fois qu'un enfant dit :"Je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt."
  • source:link

 

Nom de naissance James Matthew Barrie
Activités romancier et dramaturge
Naissance 9 mai 1860
Kirriemuir, Écosse
Décès 19 juin 1937 (à 77 ans)
Londres, Angleterre
Langue d'écriture anglais
Genres roman fantastique

Sommaire

Repost 0
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 16:23

Capitaine Crochet est un personnage de fiction du roman Peter Pan de J. M. Barrie.

Analyse du personnage

Le Capitaine James Crochet (« Hook ») est certainement l’un des personnages à la psychologie la plus développée de l'œuvre de Barrie.

Physiquement tout d’abord, ce chef pirate est la parfaite incarnation du Mal : il porte un fume-cigare (fume-cigarette dans le dessin animé de Disney) bifide (évoquant facilement une langue de serpent), un épais chapeau à plume et son célèbre crochet, symbole parfait de sa personnalité froide, dure et tranchante, et peut-être même déjà une image de la mort. Il s’habille en outre à la mode Charles II, anachronisme qui accroît encore sa prestance superbe et terrible. Il est en outre précédé par sa réputation, forgée à coups de crochet sur les carcasses des plus grands pirates à avoir écumé les sept mers. Sa cruauté, même à l’égard de ses alliés, est également légendaire, et il n’hésite pas à exécuter lui-même ses hommes à la moindre « faute de bon ton ». Il a de longs cheveux noirs bouclés et des yeux d'un bleu myosotis1.

Le capitaine est ainsi un homme de goût, presque un dandy : outre ses habits extravagants mais stylés et choisis avec soin, il cultive une véritable religion du « bon ton » (ou « bonne et due forme » selon les traductions), tranchant net avec les extravagances des enfants perdus : il représente ainsi l’adulte par excellence, qui veut tout dominer, tout rationaliser et laisser le moins de place possible à l’imagination et à tout ce qui a trait à l’enfance ou à la nature.

D’un point de vue symbolique, Crochet est en effet l’adulte type, en opposition complète à Peter. Ayant accepté de vieillir (ce qui est pour Peter une perversion), il est mortel, se sait mortel et en est terrifié : la seule chose qui lui fasse peur est la vue de son propre sang, "d'une couleur insolite". Ainsi, il est sans cesse poursuivi par le crocodile géant au tic-tac inquiétant et obsédant, symbole même de la mort et du temps qui dévore tout : Crochet ayant atteint l’âge mûr, il a déjà été grignoté par le temps, fait figuré par son bras droit mangé par le crocodile. Son espérance de vie est chronométrée : il sait que le jour où le réveil providentiel s’arrêtera, il n’entendra plus le crocodile s’approcher et ne pourra donc plus lui échapper. La phobie des horloges du Hook de Spielberg est ici très fidèle à l’esprit de Barrie. D’ailleurs, c’est bien le jour de l’arrêt du réveil que le Capitaine va trouver la mort, mais dans des circonstances inattendues : Peter va en effet prendre le relais du crocodile, se mettant à imiter son tic-tac apparemment sans s’en rendre compte, et ce sera lui qui incarnera le temps qui tue le vieil homme, en tant que jeunesse œdipienne qui tue le père pour se forger sa place dans le monde, poussant le capitaine dans la gueule béante de la Mort.

Le Capitaine Crochet, comme la plupart des personnages principaux de l'œuvre, tire son nom d'un proche réel de l'auteur : en l'occurrence il partage son prénom avec l'auteur lui-même, J. M. Barrie, information ouvrant de belles pistes d'analyse. Remarquons que dans la version française de l'histoire, son prénom est Jacques.

Appendice : « Les Terribles Aventures du futur capitaine Crochet »

On nous apprend l'adolescence de ce méchant, James Matthew B., fils de Lord B. et d'une mère inconnue, neveu de Tante Émilie. Envoyé à Eton, école britannique prestigieuse, où il se fait son premier grand ennemi dès la première journée, qui se trouve être Arthur L. Sherry (Arthur Darling), et se fait punir. Mais il se fait aussi un ami, Roger Davies, surnommé Roger l'Enjoué (Jolly Roger), ce qui sera également le nom de son bateau plus tard. Il apprivoise une araignée venimeuse, qu'il nomme Electra, qui possède un crochet jaune sur le dos. On apprend aussi que son sang est jaune lors de sa première punition, où il se fait fouetter jusqu'au sang. Il ne crie pas, ne pleure pas, ne gémit pas grâce à une méthode efficace pour contrer cette douleur : penser à la façon dont chacun d'eux vont mourir.

Il a eu différents surnoms : Mutant, Bâtard, et Roi Jas (en référence au Roi Charles II)

On y apprend aussi qu'il rêve de découvrir une île où le temps est figé, où il y a des sirènes : le pays de Nulle Part, Neverland.

Un jour, lors d'un match du jeu du mur, célèbre jeu spécifique à Eton, il rencontre une sultane de l'empire Ottoman, Ananova, qu'il désire comme elle le désire. Il gagne également la partie, chose qui ne s'était pas produite depuis environ 100 ans.

Lors du départ de la sultane, il se cache avec Roger dans deux de ses valises et ils entreprennent d'attaquer le bateau pour en libérer Ananova, puis pour s'évader avec elle, mais ils se font arrêter au bord d'un quai beaucoup plus loin. Ils sont alors renvoyés d'Eton et Ananova est forcée de repartir dans son pays.

James est forcé de partir sur le Sorcière des mers (Sea Witch), bateau de son père. Mais la nuit précédant son départ il affrontera son ennemi Sherry, qu'il mettra dans une guillotine et torturera psychologiquement. Puis, afin d'effacer toute trace de son passage à Eton, il brûle le bâtiment contenant les registres et laisse croire qu'il est mort dans cet incendie. Il abandonne aussi son araignée Electra.

Arrivé sur le Sorcière des mers, il rencontre Mouche (Smee), puis le Capitaine Creech et M. Blood, second de ce dernier, qui possède un crochet à la place de la main, et découvre que son ami Roger l'Enjoué s'est embarqué aussi sur le bateau pour rester avec son roi. Plus tard, pendant son voyage, il découvre l'Afrique, le continent noir, et apprend que le bateau de son père est un négrier où l'on transporte des esclaves noirs jusqu'en Amérique. Répugné par cette découverte, il se révolte contre le capitaine et M. Blood. Il est enfermé avec les ennemis. Il s'y fait un ami, puis tous se révoltent. Roger libère son roi et d'autres prisonniers, puis un terrible combat s'engage entre James et M. Blood. Lee capitaine Creech est découvert mort d'une piqûre de la mortelle Electra, passagère clandestine, et tous les esclaves sont libérés. James tue M. Blood avec le crochet qui lui servait de main, lui arrache celui-ci et le garde pour lui, d'où son nouveau nom de Capitaine Jas Crochet.

source:link

 

Sommaire

Repost 0
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 16:20

Peter Pan


Peter Pan est un personnage fictif créé par l'auteur écossais J. M. Barrie, apparu pour la première fois dans le roman The Little White Bird (Le Petit Oiseau Blanc 1), puis dans la pièce du même nom et enfin dans le roman Peter and Wendy, plus connu sous le titre Peter Pan. Le personnage et l'œuvre ont ensuite été adaptés à de nombreuses reprises au théâtre, au cinéma, ou encore en bande dessinée.

L'œuvre

J. M. Barrie a créé Peter Pan en racontant des histoires aux fils de son amie Sylvia Llewelyn Davies, avec laquelle il avait une relation spéciale. Sylvia était la fille de George du Maurier, dessinateur satirique et compagnon de route de Henry James. « Peter » était le prénom de leur troisième fils, et le nom « Pan » rappelait le dieu grec de la Nature.

Pour certains commentateurs, le personnage a pu être inventé par Barrie dans le souvenir du deuil de son frère aîné David, mort à 13 ans. Sa mère ne s'en remit jamais vraiment. Pour Andrew Birkin, auteur de J. M. Barrie and the Lost Boys, « si Margaret Ogilvy2 trouvait du réconfort dans l'idée que David en mourant enfant, resterait un enfant à jamais, Barrie y trouva son inspiration. »

Peter Pan fait sa première apparition imprimée en 1902 dans le livre The Little White Bird (littéralement, le petit oiseau blanc)1 dont la traduction française a été réalisée par Céline-Albin Faivre3. Barrie développe le personnage de Peter pour créer la pièce de théâtre Peter Pan or The Boy Who Wouldn't Grow Up (Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir) dont la première eut lieu à Londres le 27 décembre 1904. En 1906, la partie de The Little White Bird concernant Peter Pan est publiée seule : Peter Pan in Kensington Gardens4, illustrée par Arthur Rackham. Enfin, Barrie adapta la pièce en un roman publié en 1911 et titré Peter and Wendy, connue actuellement sous le titre Peter Pan.

Pendant le milieu du XXe siècle, le prénom Wendy devint populaire en Angleterre grâce au personnage du roman.

Une statue de bronze de George Frampton a été érigée dans Kensington Gardens à Londres en 1912. Peter Pan y est représenté en train de jouer de la flûte. Une copie de cette statue se trouve dans le Parc d'Egmont à Bruxelles depuis 1924. Elle a été offerte à la ville par son auteur, Sir George Frampton, en témoignage de l'amitié qui liait les enfants anglais et belges pendant la Première Guerre mondiale.

Résumé

Ce vendredi soir, la voie est libre pour Peter Pan, le petit garçon qui refuse de grandir : M. et Mme Darling sont absents et la chienne Nana, qui tient lieu de nurse à leurs enfants Wendy, Jean et Michel, a été enchaînée dans le jardin.

Venu récupérer son ombre abandonnée lors d’une précédente visite, Peter se trouve face à Wendy. Avide des histoires qu’elle pourra lui raconter et du rôle de mère, fantasmé, qu'elle pourrait accomplir, il la persuade de le suivre jusqu’au Pays imaginaire (Neverland)

Wendy devra s’y défendre de la jalousie de la fée Clochette (Tinker Bell) et veiller sur la petite famille des Garçons perdus, jadis tombés de leur landau, dont elle devient la mère. Emmenés par Peter Pan, Wendy et ses frères vivront d’extraordinaires aventures auxquelles seront mêlées les Peaux-Rouges et Lily La Tigresse (Tiger Lily), mais surtout les Pirates et leur chef, le fameux Capitaine Crochet (Captain Hook, capitaine du Jolly Roger, traditionnellement joué dans les adaptations par le même acteur que M. Darling, le père des enfants), qui n’a jamais pardonné à Peter de lui avoir coupé la main avant de la jeter en pâture avec le réveil du capitaine au Crocodile qui le poursuit depuis sans trêve...

Crochet enlève au cours d'une embuscade Lily La Tigresse, afin de capturer Peter, dont il pense qu'il viendra la sauver. Peter Pan se rend à la Lagune aux Sirènes avec Wendy. Au cours d'une bataille, Lily La Tigresse est libérée et retourne chez les Indiens.

À cause de sa jalousie, Clochette révèle la cachette de Peter Pan, où Crochet le trouve endormi et décide de le tuer en empoisonnant la potion que Wendy avait donné à Peter. Entre-temps, les enfants perdus, Wendy et ses frères sont capturés. Quand Peter se réveille, Clochette est prise de remords et veut le prévenir que la potion qu'il est sur le point de boire est empoisonnée. Fâché contre elle, Peter Pan ne la croit pas et Clochette boit la potion elle-même. Pour la sauver de la mort, Peter fait appel à tous les enfants qui croient aux fées et Clochette revient à elle. Peter retourne au Jolly Roger et une bataille s'engage. Crochet est vaincu et, poussé par-dessus bord, disparaît dans la gueule du crocodile.

Peter devient capitaine du Jolly Roger et ramène Wendy, John et Michael et les Enfants perdus à Londres. Les parents Darling retrouvent leurs enfants et adoptent tous les Enfants perdus. Peter Pan rentre au Pays imaginaire en jurant à Wendy qu'il ne l'oubliera pas, et qu'il reviendra tous les ans pour la ramener au Pays imaginaire. Mais on apprend dans un épilogue écrit quelques années après la pièce qu'il oublie sa promesse et ne revient que bien longtemps après quand il retrouve Wendy grandie et maman. C'est au tour de sa fille Jane de partir avec Peter.

Thèmes

Le thème principal et le plus évident est le fait de grandir… ou non.

Peter veut rester un enfant pour toujours, et éviter les responsabilités de l'âge adulte, il s'enferme en quelque sorte dans le monde de l'enfance.

Par là, Peter Pan est aussi un livre sur la mort et la thanatophobie, raison de la volonté de Peter de ne pas grandir. La mort est très présente dans l'œuvre, sous différentes formes : elle est symbolisée par le crocodile-horloge, elle est la terreur du capitaine Crochet (qui la fait pourtant subir à bon nombre de personnages) et de Peter (en cela, ils se ressemblent), mais elle est aussi thématisée indirectement par certains motifs récurrents de l'œuvre, notamment par l'oubli.

Certains commentateurs y voient aussi le thème de l'éveil de la sexualité chez Wendy, et les sentiments freudiens de Peter envers une figure maternelle, et ses sentiments conflictuels pour Wendy et la fée Clochette. Elles représentent chacune une femme idéalisée différente. On peut en fait déterminer au moins quatre archétypes inaccessibles à partir des personnages féminins : Wendy, Clochette, les Sirènes, et Lily.

Le personnage de Peter Pan

Statue de Peter Pan à Kensington Gardens, Londres

Le personnage de Peter Pan est plus ambigu qu'il n'y paraît au premier abord. C'est pourquoi, malgré les apparences, Peter Pan n'est pas uniquement un conte pour enfants, mais bien un récit précurseur du syndrome de Peter Pan. Évidemment, c'est un enfant qui refuse de grandir, mais ce n'est pas seulement l'enfant joyeux qu'il paraît.

Peter est très lié au Pays imaginaire ; il est le Pays imaginaire et tous ses personnages, les bons comme les méchants. S'il le quitte, le monde s'endort, la nature se fane et les Enfants perdus ne se battent plus avec les pirates. Tout change constamment au Pays imaginaire ; les Enfants perdus ne sont jamais les mêmes (quand ils sont trop grands, ils partent ou sont directement exécutés par Peter car « grandir est contraire au règlement »), les méchants changent (une fois que Crochet est tué, d'autres apparaîtront), les fées ont aussi une vie très courte, et les aventures s'enchaînent. Seul Peter Pan est immuable dans ce monde ; il est l'éternel maître du jeu, il est le jeu lui-même.

Peter Pan est défini à plusieurs reprises, à l'instar de tous les enfants comme « joyeux, innocent et sans cœur » : totalement égocentrique, il n'accorde que peu d'importance aux autres personnages, qu'il ne considère que comme ses faire-valoir. À la fin de l'histoire, il finit par oublier ses anciens amis (et ennemis), et les anciennes aventures qu'il a vécues sont perpétuellement remplacées par de nouvelles. Tout, à part lui, est interchangeable ; il va chercher les enfants génération après génération et oublie à chaque fois les précédents. Le personnage n'est d'ailleurs pas sans rapports avec celui du trickster (dont Till l'Espiègle est un grand exemple) décrit et analysé par Carl Gustav Jung.

Le roman montre que Peter Pan n'est pas quelqu'un d'humain ou un héros : dans l'histoire il est incapable d'amour, de compassion ou de quelque sentiment profond que ce soit. Il reste éternellement bloqué dans le factice, ne faisant aucune différence entre le jeu et la réalité.

Mais l'œuvre de J. M. Barrie ne nous montre pas uniquement un gentil garçon rêveur en mal d'aventure. Au contraire, c'est un garçon qui s'obstine pleinement à ne pas vieillir ni se souvenir (il ne viendra plus chaque printemps rendre visite à Wendy, car pour lui, ce temps « infini » que lui procure le Pays imaginaire lui fait perdre de manière irrémédiable la notion du Temps. Wendy le sait très bien : « Et Wendy devait en être consciente, sinon pourquoi lui aurait-elle adressé un au revoir si plaintif ? »). Peter Pan est aussi cruel (sans s'en rendre compte). D'un certain côté, on peut dire que le personnage le plus représentatif de Peter dans ce Pays imaginaire est le capitaine Crochet. Le capitaine Crochet est, en beaucoup de points, semblable à Peter :

  • Ils se craignent mutuellement, mais ne peuvent pas vivre l'un sans l'autre (écroulement de l'équilibre du Bien et du Mal). Il faut toujours que quelqu'un craigne un autre personnage ; Crochet craint le Crocodile, les pirates craignent les Indiens, les Indiens craignent les animaux sauvages, les animaux sauvages craignent les enfants, les Garçons Perdus craignent les pirates. Tout tourne en rond au Pays imaginaire, et chaque clan court à travers l'île de manière ininterrompue sans jamais se rencontrer. Et quand bien même Peter tuerait Crochet, Il prendrait aussitôt son rôle pour ne pas rompre l'équilibre de l'île, en attendant qu'un nouvel ennemi survienne. C'est d'ailleurs ce qui se passe.
  • Ils sont tous les deux seuls et sans amour. Crochet le sait très bien et réussit difficilement à vivre avec, mais Peter ne sait tout simplement pas ce qu'est l'amour (qui est tout proche de lui, grâce à Wendy qui, elle, se refuse à rester une enfant et entame ses premiers sentiments amoureux envers Peter). Pourtant, si on se réfère au type d'histoire qu'adore écouter en cachette Peter Pan, le soir sur le balcon de Wendy, ce ne sont « que des histoires d'amour se terminant par un baiser et où le Bien triomphe du Mal ».

Mais ce qui sépare le Capitaine Crochet et Peter Pan est le vécu, le côté adulte. L'adulte est un pirate pour Peter. D'ailleurs, on peut voir sa réaction lorsque, pour la première fois, Peter est confronté à la cruauté et à la perfidie de l'homme : il est resté bouche bée pendant quelques instants, incapable de comprendre pourquoi Crochet a fait un tel coup bas. C'est à cause de tous ces « défauts » adultes, apportés par le temps impitoyable, que Peter Pan refuse de grandir : ce serait pour lui une dégénérescence.

Mais qu'est réellement Peter Pan ? Un pirate. Dans son livre, lorsque Peter Pan triomphe de Crochet, Barrie tient absolument à ce que l'on remarque que Peter Pan remplace aussitôt son ennemi, prenant ses vêtements et l'imitant jusqu'au crochet : « Par la suite, la rumeur courut que la première nuit où il porta ce costume, il resta longtemps assis dans la cabine, le porte-cigares de Crochet aux lèvres, et tous les doigts d'une main repliés, à l'exception de l'index qu'il tenait recourbé en l'air de façon menaçante, comme un crochet. »

On est bien loin de l'univers Disney ; derrière les apparences d'un petit conte pour enfants, se cache un texte d'une profondeur vertigineuse où chaque phrase importe, et où une analyse approfondie est nécessaire pour tout comprendre. Le dernier chapitre, considéré par certains comme une fin secondaire, est probablement le passage le plus important et le plus démonstratif de ce que veut nous faire parvenir l'auteur. Le Temps passe, irrémédiablement, pour tout être vivant ; personne ne peut rien changer à cela.

On le voit avec le personnage de Wendy, au dernier chapitre : Peter Pan en a peur, car elle a grandi. Il se rabat donc sur l'enfant de Wendy, Jane.

Peter Pan et le Pays Imaginaire ne sont rien de plus que le fantasme de tout enfant (une fontaine de jouvence où Peter Pan est le maître). Un monde parfait mélangé à l'esprit de communauté garçonnier, de conquête, d'histoires sans fin : un lieu où le temps n'a plus d'importance et où le matin se lève à chaque instant.

Adaptations

Maude Adamsdans son costume de Peter Pan.

Peter Pan a été adapté plusieurs fois au théâtre et au cinéma. Depuis la pièce originale de Barrie (Peter Pan, or The Boy Who Wouldn't Grow Up), Peter était joué par une femme. Un film de 2003 est le premier à voir le personnage joué par un acteur masculin.

Parmi les comédies musicales, les plus connues ont été celles de Jerome Kern (1924), Leonard Bernstein (1950) ; et celle de 1954 monté par Jerome Robbins et dont les chansons ont été écrites par deux équipes d'auteurs : Mark Charlap et Carolyn Leigh, Jule Styne avec Betty Comden et Adolph Green.

En 1925, Walter Lantz réalise Peter Pan Handled pour les J.R. Bray Studios, un court métrage d'animation plus proche de l'adaptation libre et mettant en scène Dinky Doodle5.

En 1953, Disney sort un film d'animation (Peter Pan) avec des musiques de Sammy Cahn, Frank Churchill, Sammy Fain et Ted Sears.

En 1989, la série animée Peter Pan no Bouken voit le jour au Japon. Elle débarque en France en janvier 1990.

Une série américaine de dessins animés intitulée Peter Pan et les pirates a été diffusée au cours des années 1990.

Publiée à partir de 1990, la série de bandes dessinées Peter Pan, créée par Régis Loisel, est une adaptation plus sombre et destinée à un public plus adulte. La série a été achevée en 2004.

En 2000, un film de la comédie musicale de Jerome Kern a été déclaré « culturellement important » par la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, et a été sélectionné pour être préservé par le National Film Registry.

En 2003, P.J. Hogan a réalisé un film, Peter Pan joué par un jeune acteur, Jeremy Sumpter et Crochet par Jason Isaacs.

Une adaptation contée, Le Secret de Peter Pan a été créée en 2008 par la conteuse Paule Latorre6.

Suites

Plusieurs artistes ont tenté de créer des suites aux aventures de Peter Pan inspirées de l'histoire de Barrie.

Gilbert Adair imagina dans Peter Pan and the Only Children en 1987 que Peter reforma un nouveau gang sous l'océan, à partir des enfants tombés des navires.

En 1991, dans Hook ou la Revanche du Capitaine Crochet, Steven Spielberg mit en scène un Peter Pan devenu adulte (Robin Williams) qui est ramené au Pays imaginaire par la fée Clochette (Julia Roberts) pour un ultime combat contre le Capitaine Crochet (joué par Dustin Hoffman).

En 1993 : Les Ailes de Peter Pan, par François Rivière, Françoise Balibar, éd. Seuil Jeunesse, illustré par René Follet.

En 2002, Disney a sorti le film d'animation Return to Neverland, suite de son précédent film de 1953. L'action se déroule pendant le Blitz allemand sur Londres pendant la Seconde Guerre mondiale et traite du problème des enfants forcés de grandir trop vite.

Une suite officielle, L'Habit Rouge de Peter Pan de Geraldine McCaughrean, sortie avec l'accord de l'hôpital de Great Ormond Street de Londres, est parue aux Éditions Pocket le 5 octobre 2006.

En 2009, Sébastien Perez et Martin Maniez publient Le journal de Peter aux éditions Milan. Sous forme d'un journal intime illustré, les auteurs racontent le long cheminement psychologique d'un jeune orphelin qui fuit la réalité jusqu'à devenir Peter Pan, l'enfant qui veut rester à jamais dans son monde de fantaisie...

Tinker Bell (la fée clochette)

La Fée Clochette (Tinker Bell) est un long-métrage d'animation des studios Disney sorti directement en vidéo à l'automne 2008 sauf dans certains pays (Argentine, Mexique, Russie, Japon) où il a été exploité dans les salles.

Ce nouveau film des studios Disney est un spin-off du Peter Pan de 1953, mais est sans aucun rapport avec le dessin animé Peter Pan 2 : Retour au Pays Imaginaire de Disney sorti en 2002.

Réalisé entièrement en images de synthèse, il est le premier film d'une grande saga Disney Fairies destinée essentiellement aux petites filles d'environ 6 à 10 ans, longue production qui contient de nombreux films, livres et autres produits dérivés, tous centrés sur le personnage de la fée Clochette accompagnée de nombreux nouveaux personnages dont la plupart sont des fées très diverses... et de personnalités très différentes afin que toutes les fillettes se reconnaissent à coup sûr au moins dans l'une d'elles. Peter Pan n'apparaît pas (du moins pas encore à ce jour) comme personnage dans cette production.

Droit d'auteur

Le gouvernement du Royaume-Uni a donné un droit d'auteur perpétuel (with a compulsory licence provision) sur les œuvres du cycle Peter Pan. La déclaration figure dans la section 301 du Copyright, Designs and Patents Act de 1988.

Cette loi ordonne de reverser les droits de la pièce Peter Pan de Sir J. M. Barrie à l'hôpital pour enfants malades de Great Ormond Street, à Londres — à qui J. M. Barrie avait donné tous les droits d'auteur de Peter Pan en 1929 — lorsqu'elle est jouée en public, publiée à des fins commerciales, diffusée ou incluse dans des programmes câblés7. Cela concerne également toutes les adaptations. Ce droit d'auteur dans le Royaume-Uni et dans la plupart des pays européens avait expiré le 31 décembre 1987, 50 ans après la mort de l'auteur, mais a été rétabli en 1995, quand l'Union Européenne a augmenté la durée du droit d'auteur à 70 ans après la mort de l'auteur. Le Great Ormond Street Hospital a rétabli son droit d'auteur, qui a expiré en Europe le 31 décembre 2007.

Cette loi ne concerne pas The Little White Bird. Ce droit d'auteur cessera à la disparition du Great Ormond Street Hospital, ou à l'abolition de cette section. Ceci n'est pas une extension répétitive du droit d'auteur comme le Congrès des États-Unis a l'habitude d'en voter.

source:link

Peter Pan
Couverture d'une édition de 1911
Couverture d'une édition de 1911

Auteur J. M. Barrie
Genre Roman
Pays d'origine Royaume-Uni
Éditeur Hodder & Stoughton
Date de parution 1911

Sommaire

Repost 0
9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 13:15

 

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de myll
  • Le blog de myll
  • : Je parle de mangas ,de mes lecture de la musique que j'écoute ,de jeux vidéo et des poème que j'écris
  • Contact

Profil

  • Yohann Lebredonchel

Texte Libre

Recherche

Archives

Liens