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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 08:58

Chaos (mythologie)

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Le chaos initial par Wenceslas Hollar.

Dans la mythologie grecque, Chaos (en grec ancien Χαος / Khaos, littéralement « Faille, Béance », du verbe χαινω / kainô, « béer, être grand ouvert ») est l'élément primordial de la théogonie hésiodique.

Théogonie[modifier]

Selon Hésiode, il précède non seulement l'origine du monde, mais celle des dieux. Chaos précède ainsi Gaïa (la Terre), Éros (l'Amour), le Tartare (les Enfers), l'Érèbe (les ténèbres des Enfers) et Nyx (la Nuit).

« Donc, au commencement, fut Chaos, et puis la Terre au vaste sein, siège inébranlable de tous les immortels qui habitent les sommets du neigeux Olympe, et le Tartare sombre dans les profondeurs de la vaste terre, et puis Amour, le plus beau des immortels, qui baigne de sa langueur et les dieux et les hommes, dompte les cœurs et triomphe des plus sages vouloirs. De Chaos naquirent l'Érèbe et la sombre Nuit. De la Nuit, l'Éther et le Jour naquirent, fruits des amours avec l'Érèbe. À son tour, Gaïa engendra d'abord son égal en grandeur, le Ciel étoilé qui devait la couvrir de sa voûte étoilée et servir de demeure éternelle aux Dieux bienheureux. Puis elle engendra les hautes Montagnes, retraites des divines nymphes cachées dans leurs vallées heureuses. Sans l'aide d'Amour, elle produisit la Mer au sein stérile, aux flots furieux qui s'agitent. » (Hésiode)

Dès le début de son récit, Hésiode énumère des divinités correspondant à chaque élément que l'homme rencontre. Il commence par les éléments primordiaux : la Terre, le Ciel étoilé, les hautes Montagnes, la Mer.

Caractéristiques[modifier]

Mais ce fut Ovide dans ses Métamorphoses qui donna au Chaos la signification en usage jusqu'à ce jour, en le décrivant comme une masse grossière inorganisée et informe.

Le Chaos se caractérise dès lors par deux éléments principaux :

  • le gouffre sans fond où l'on fait une chute sans fin : la Terre apparaît ensuite, offrant une assise stable, qui s'oppose radicalement au Chaos ;
  • le milieu sans orientation possible où l'on chute dans tous les sens.

Selon Ovide, Janus disait de lui-même : « les anciens m'ont appelé Chaos »[1].

Sommaire

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:28

Culte[modifier]

Achille fait l'objet d'un culte héroïque dans plusieurs régions de la Méditerranée. Il est difficile de savoir comment le culte a pris son essor, car les cultes héroïques se focalisent généralement sur la tombe du héros. En l'espèce, les restes d'Achille sont supposés se trouver sur les rives de l'Hellespont, non loin de Troie : dans l'Iliade (XXIII), Patrocle est enterré à cet endroit, et son fantôme demande à Achille que leurs cendres soient ensevelies au même endroit ; l'Odyssée précise qu'un grand tumulus, visible depuis la mer, est élevé par les Achéens[92]. Un culte y est attesté dès le Ve siècle av. J.-C.[93] et une ville, Achilléion, est fondée sur le site[94]. Les Thessaliens y effectuent un pèlerinage annuel[95], et les textes mentionnent que l'armée perse vient y vénérer Achille pendant les guerres médiques[96], suivie par Alexandre le Grand[97] ou encore Caracalla[98].

Le culte d'Achille n'est pas cantonné à sa tombe : il est également vénéré à Érythrées (Anatolie), à Crotone, à Sparte et à Élis (Péloponnèse) ou encore à Astypalaia, une île des Cyclades[99]. Le culte pour lequel nous disposons du plus grande nombre de traces est celui de la région d'Olbia, en mer Noire, qui a cours du VIe siècle av. J.-C. à la période romaine. Une série de stèles inscrites des IIe et IIIe siècles montre qu'Achille y est vénéré sous l'épiclèse de « Pontarque » (en grec, roi du Pont). Il est même l'une des principales divinités de la région à l'époque romaine[100]. Un fragment d'Alcée, reprenant la phraséologie de ces inscriptions, évoque Achille régnant sur la Scythie[101]. Dans la même région, l'étroite péninsule de Tendra est appelée dans l'Antiquité la « piste de course d'Achille[102] ». Le nom s'explique probablement par des jeux athlétiques organisés en l'honneur du héros, attestés au Ier siècle apr. J.-C.[103]. Enfin, l'île de Leukè (actuelle île des Serpents), littéralement l'« île blanche »), au nord-ouest du Pont-Euxin, est le site de culte d'Achille le plus connu sous l'Antiquité. Elle abrite un temple et une statue de culte[104]. Le héros est réputé y habiter : il apparaît en vision aux marins qui approchent de l'île[105].

Le culte d'Achille est souvent lié à la mer, association qui ne s'explique pas par les éléments de son mythe, mais seulement par sa filiation avec une néréide ; il est ainsi vénéré conjointement avec Thétis à Érythrées[106]. Il est particulièrement populaire auprès des marins, qui sont à l'origine de la plupart des offrandes votives à Achille découvertes dans le Pont-Euxin[106].

Achille comme modèle[modifier]

Tiepolo, La Colère d'Achille, 1757, fresque de la Villa Valmarana (Vicence). Athéna retient Achille prêt à tuer Agamemnon

Indépendamment de son culte, Achille s'impose aux Grecs comme un personnage héros exemplaire. Ainsi Alexandre le Grand s'y compare-t-il, regrettant de ne pas avoir trouvé un Homère pour chanter ses propres exploits. En compagnie de son ami Héphaestion, le conquérant sacrifie même sur la tombe d'Achille et de Patrocle.

On le retrouve dans les arts mais aussi en philosophie. Ainsi par exemple, Socrate s'attache-t-il à relativiser la droiture morale (faute d'une envergure intellectuelle suffisante, Achille n'aurait pas été capable de tromper autrui) à l'aide d'une comparaison entre Ulysse et Achille, en s'attachant à démontrer que si Ulysse était trompeur, Achille ne l'était pas moins, mais seulement moins habilement. L'un des arguments de Zénon d'Élée parle de la course d'une tortue contre Achille. Au contraire, Pindare loue sa droiture dans l'une de ses Néméennes. Par ailleurs, dans Le Prince ch.XVIII, Machiavel utilise Achille comme image d'un homme ayant eu du succès grâce à la maitrise des lois, propres à l'homme, mais aussi de la force, propre à la bête[réf. souhaitée] .

Représentations artistiques[modifier]

Littérature[modifier]

Achille est le héros de l'Iliade, mais aussi d'autres épopées du Cycle. On peut citer la Memnonide et l'Éthiopide d'Arctinos de Milet, la première ayant influencé la seconde, parlant d'Achille tuant le héros Memnon pour venger son ami Antiloque, thème très comparable au combat contre Hector pour venger Patrocle. Ces deux épopées sont probablement antérieures à Homère.

Il est aussi le héros de l'Achilléide, un poème en latin inachevé de Stace, contant son enfance.

Musique[modifier]

Cinéma[modifier]

Achille a notamment été incarné au cinéma par :

"Achilles" est également le nom d'un court métrage d'animation de Barry Purves qui raconte la vie du héros, en mettant en avant son homosexualité.

Architecture[modifier]

L’Achilleion de Corfou est un palais de l'impératrice Élisabeth d’Autriche-Hongrie (plus connue sous le nom de Sissi) construit en l'honneur du héros mythologique en 1890 et situé dans le dème d'Achilleio.

Étymologie[modifier]

Achille et Ajax jouant, amphore attique à figures noires, v. 510 av. J.-C., Villa Getty (86.AE.81)

Achille est fréquemment appelé « Péléide, Éacide ou encore Pyruus », épithètes qui rappellent son ascendance. Le nom d'Achille à proprement parler est d'étymologie inconnue[107]. La question s'est en effet posée dès l’Antiquité : le pseudo-Apollodore explique ainsi que son nom signifie « qui n'a pas de lèvres » (d’un α- privatif et de χεῖλος / kheĩlos, « lèvre »), « parce que jamais il n’avait approché ses lèvres d’un sein »[108]. Toutefois, cette étymologie populaire ne repose sur rien.

L’une des hypothèses les plus convaincantes donne au nom du héros le sens de « celui dont l’armée est affligée », de ἀχός / akhós, « le chagrin, l’affliction », et de λαός / laós, « l’armée, la foule des guerriers »[109]. En effet, la figure d’Achille est étroitement liée au chagrin : celui éprouvé par les Achéens quand Achille se retire de la bataille, puis quand il meurt.

Sources[modifier]

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:27

Achille

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Thétis donne à son fils Achille ses armes nouvellement forgées par Héphaïstos, détail d'une hydrie attique à figures noires, v. 575-550 av. J.-C., musée du Louvre

Achille (en grec ancien Ἀχιλλεύς / Akhilleús) est un héros légendaire de la guerre de Troie, fils de Pélée, roi de Phthie en Thessalie, et de Thétis, une Néréide (nymphe marine). Il est fréquemment appelé « Péléide[1] » ou « Éacide », épithètes qui rappellent son ascendance.

Sa mère le plonge dans le Styx, l'un des fleuves des Enfers, pour que son corps devienne invulnérable ; son talon, par lequel le tient Thétis, n'est pas trempé dans le fleuve et reste celui d'un mortel. Il est éduqué par le centaure Chiron qui lui apprend les arts de la guerre, la musique et la médecine. Alors qu'il est encore adolescent, il choisit une vie courte, mais glorieuse, plutôt qu'une existence longue mais sans éclat. Caché par sa mère, qui veut l'empêcher de participer à la guerre de Troie, à la cour du roi Lycomède, le jeune homme est découvert par Ulysse et rejoint, avec son ami Patrocle, l'expédition grecque. Lors de la dixième année du conflit, une querelle avec Agamemnon le pousse à quitter le combat : c'est la « colère d'Achille » chantée par l'Iliade. La mort de Patrocle le pousse à reprendre les armes pour affronter Hector, le meilleur des Troyens. Achille trouve la mort peu après l'avoir tué, atteint à la cheville par une flèche de Pâris guidée par le dieu Apollon.

Achille est honoré comme un héros, voire comme un dieu par le monde grec. Beau, valeureux, champion d'une morale orgueilleuse de l'honneur, il incarne « l'idéal moral du parfait chevalier homérique[2]. »

Mythe[modifier]

Naissance[modifier]

Péléeconfiant Achille à Chiron, lécythe à fond blanc, v. 500 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes

L'un des faits les plus marquants de son mythe vient du désir de sa mère, Thétis, de le rendre invulnérable. Ensuite, les récits divergent. Selon une tradition ancienne, Thétis place tous ses enfants dans un chaudron d'eau bouillante ou dans le feu, pour vérifier s'ils ne sont pas immortels ; Pélée l'arrête avant qu'elle ne puisse faire subir le même sort à Achille[3]. Selon d'autres, elle les frotte d'ambroisie et les place dans le feu pour que celui-ci consume la part mortelle des enfants[4] — une légende semblable est attachée à Démophon d'Éleusis[5] ou encore, dans la mythologie égyptienne, à Isis.

Enfin, la variante la plus populaire la montre trempant son fils dans les eaux du Styx, le fleuve des Enfers, en le tenant par le talon[6]. Il devient ainsi invulnérable, à l'exception du talon par lequel sa mère l'avait tenu, ce qui a donné lieu à l'expression « talon d'Achille », qui signifie « endroit vulnérable, point sensible ». Néanmoins, l'Iliade ne mentionne aucune de ces traditions liées à la naissance d'Achille[7], et rien dans l'épopée ne permet d'affirmer qu'il est insensible aux coups. Dans la Suite d'Homère de Quintus de Smyrne, il est blessé par le prince éthiopien Memnon[8]. Au reste, Achille n'est pas le seul héros grec réputé (presque) invulnérable : les traditions tardives accordent aussi ce privilège à Ajax le Grand[9].

Éducation[modifier]

La tradition dominante veut qu'à l'instar d'autres héros comme Jason et Actéon, Achille ait été confié par son père au centaure Chiron, habitant le mont Pélion en Thessalie[10]. Là, il apprend la médecine[11], le maniement des armes, l'art de monter à cheval et de chasser, ainsi que la musique[12]. La littérature ne rapporte pas d'exploit particulier de la part du jeune garçon, si ce n'est ses prouesses à la chasse[13].

L'Iliade se montre peu diserte sur Chiron, et met plutôt en avant le personnage de Phénix qui apprend au jeune garçon l'art de l'éloquence et le maniement des armes[14]. Dans une scène touchante du chant IX, le vieil homme se souvient d'avoir tenu le héros sur ses genoux, découpant sa viande et l'aidant à boire son vin[15]. Enfin, ailleurs dans le poème, Thétis clame également avoir élevé son fils elle-même[16].

La première mobilisation à Aulis[modifier]

Achille chez Lycomède, bas-reliefd'un sarcophageathénien, v. 240, musée du Louvre

Les événements de la guerre de Troie qui précèdent ceux de L'Iliade sont particulièrement confus. Dans L'Iliade, Achille est envoyé directement par Pélée, avec Patrocle et les Myrmidons[17], lorsque les chefs grecs se rassemblent à Aulis. Les Chants cypriens, une épopée du Cycle troyen, racontent ensuite comment, poussée par les vents, la flotte grecque débarque par erreur en Mysie. Croyant avoir atteint Troie, les Achéens passent à l'attaque et se heurtent au roi local, Télèphe, fils d'Héraclès. Achille l'affronte et le blesse. L'expédition grecque repart, mais une tempête l'emporte jusqu'à l'île de Skyros, où Achille épouse Déidamie, fille du roi Lycomède[18]. Les Chants cypriens racontent ensuite comment Télèphe, blessé, se rend à Argos pour être soigné par Achille en échange d'informations sur la route vers Troie[19].

L'Iliade ne fait pas allusion à ces événements, mais ne les contredit pas non plus. Au Ve siècle, la geste d'Achille et de Télèphe est connue de Pindare, qui y fait allusion dans l'une de ses Isthmiques[20], ainsi que d'Eschyle, Sophocle et Euripide. Les premiers lui consacrent chacun un cycle tragique (aujourd'hui perdus) couvrant probablement l'ensemble du récit, de l'arrivée en Mysie à la guérison à Argos. Le Télèphe d'Euripide, lui aussi perdu, est connu par les nombreuses allusions qu'y fait Aristophane : il se concentre sur l'arrivée de Télèphe et sa guérison par Achille. Des sources plus tardives[21] précisent que Télèphe, après avoir tué bon nombre de Grecs, s'enfuit lorsqu'il rencontre Achille. Pris dans des vignes déployées par Dionysos, il est blessé par la lance d'Achille. Suivant un schéma magique fréquent, seule cette même lance pourra ensuite le soigner.

La manière dont Achille rejoint l'expédition grecque fait l'objet d'une variante plus tardive qui s'impose ensuite comme dominante. Un oracle a appris aux Achéens que le jeune homme est indispensable à la prise de Troie[22]. Thétis ou Pélée, craignant pour sa vie, le déguise en femme et le cache parmi les filles de Lycomède, afin de le soustraire à la pression des guerriers[23].

Chez Lycomède, qui selon les versions est au courant ou non de la supercherie, Achille porte le nom de Pyrrha, « la rousse »[24]. Sous son déguisement, il séduit ou viole Déidamie, qui lui donnera Néoptolème, également appelé Pyrrhus[25] lequel se révèlera indispensable à la prise de Troie.

Ayant eu vent de la ruse, Diomède et Ulysse arrivent ensuite à Skyros et identifient Achille, qui rejoint alors l'armée grecque. L'épisode est le sujet d'une tragédie d'Euripide, les Skyriens. Ovide précise comment s'y prennent les deux héros : déguisé en marchand, le roi d'Ithaque propose aux filles de Lycomède des tissus précieux et des armes ; Achille se dévoile en étant le seul à saisir une épée et un bouclier[26]. Chez Apollodore, c'est une sonnerie de trompette qui réveille l'héroïsme du jeune homme, qui se dévoile ainsi[27]. Stace combine ces deux variantes. Chez Hygin, le héros se montre un peu moins naïf : entendant des trompettes, Achille croit la cité attaquée, et saisit les armes pour la défendre[24]

Le second voyage vers Troie[modifier]

Alors que l'armée grecque s'apprête à partir pour Troie, la colère d'Artémis contre Agamemnon bloque la flotte à Aulis. Un oracle dévoile qu'il faut sacrifier Iphigénie, fille de ce dernier ; c'est par la promesse d'un mariage avec Achille que les chefs achéens attirent alors la jeune fille à Aulis[28].

La flotte part peu après et s'arrête en cours de route sur l'île de Ténédos, où un festin est organisé. Achille, invité tardivement, se met alors en colère[29]. Nous connaissons une autre occasion au cours de laquelle Achille se met en colère au cours d'un dîner : dans l'Odyssée, l'aède Démodocos propose à la cour d'Alcinoos de chanter la dispute entre Achille et Ulysse, dispute dont un oracle d'Apollon Delphien aurait prédit qu'elle serait le signe précurseur de la chute de Troie[30]. Une allusion de Plutarque à une pièce perdue de Sophocle rapporte de même qu'Ulysse se moque, pendant un banquet, de la colère d'Achille : il accuse ce dernier d'avoir pris peur en voyant Troie et Hector, et de chercher un prétexte pour fuir[31]. Il n'est pas facile de déterminer s'il s'agit d'un seul et même épisode ou de deux colères distinctes[32].

Un second incident prend place à Ténédos : l'île est gouvernée par Ténès, fils d'Apollon, qui repousse les Achéens. Achille le tue[33], malgré la recommandation de sa mère de ne pas le tuer sous peine de périr lui-même des mains d'Apollon[34]. Plutarque raconte de son côté que Thétis envoie aux côtés d'Achille un serviteur chargé de lui rappeler l'avertissement ; Achille s'y tient jusqu'à ce qu'il rencontre la sœur de Ténès, qui le frappe par sa beauté. Ténès s'interpose pour protéger sa sœur et Achille, oubliant l'avertissement, le tue[35].

Premières années de la guerre[modifier]

Achille pansant Patrocle, kylix d'Étrurieà figures rouges du peintre de Sôsias, v. 500 av. J.-C., Staatliche Museen de Berlin

Quand la flotte grecque arrive devant Troie, Achille doit affronter Cycnos, fils de Poséidon et roi de Colone, qui les empêche de débarquer[36]. Celui-ci a la particularité d'être albinos[37] et invulnérable : aucune arme ne peut le blesser[38]. Achille parvient finalement à le tuer en l'étranglant avec la jugulaire de son casque[39] ou, selon une autre version, d'un jet de pierre[40].

Les Grecs installent leur camp sur la plage qui s'étend devant Troie ; une ambassade achéenne pour réclamer Hélène échoue. Achille éprouve alors le désir de voir la jeune femme. Les Chants cypriens indiquent seulement que la rencontre est arrangée par Aphrodite et Thétis, sans davantage de détail[41]. Cependant, une variante hellénistique évoque une prédiction de Cassandre selon laquelle Hélène aurait cinq maris — Thésée, Ménélas, Pâris, Déiphobe et Achille[42]. Il ne s'agit visiblement pas d'une allusion au règne d'Achille après sa mort aux Champs Élysées, puisque la même source fait de Médée son épouse post mortem. Peut-être faut-il en conclure que le rendez-vous entre Achille et Hélène s'est terminé par l'union des deux protagonistes[41].

Une fois les Troyens retranchés derrière leurs murailles, Achille s'emploie à couper l'approvisionnement de la ville. À la tête de ses nefs, il attaque et réduit ainsi onze cités d'Anatolie, tributaires de Troie. C'est dans Lyrnessos, l'une de ces villes, lors de la dixième année de siège, qu'il reçoit pour part d'honneur Briséis[43], tandis qu'Agamemnon reçoit Chryséis lors du sac de Thébé[44].

La colère d'Achille[modifier]

C'est à ce moment que commence le récit de l'Iliade. Une peste frappe le camp grec[45] et Calchas, encouragé par Achille, révèle qu'Apollon a puni Agamemnon pour avoir refusé à son prêtre, Chrysès, de lui rendre sa fille Chryséis[46]. Obligé de céder, Agamemnon furieux réclame une autre part d'honneur. Achille se récrie et Agamemnon, pour l'humilier, décide de prendre Briséis, sa captive[47]. En colère, ce dernier décide de se retirer sous sa tente et jure sur le sceptre d'Agamemnon, don de Zeus, de ne pas retourner au combat[48]. Il implore sa mère de demander à Zeus l'avantage aux Troyens, tant qu'il sera absent du champ de bataille[49]. Zeus le lui accorde. C'est ce que résument les premiers vers de l'Iliade :

« Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille,
Courroux fatal qui causa mille maux aux Achéens
Et fit descendre chez Hadès tant d'âmes valeureuses
De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens
Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Zeus l'avait-il voulu[50]. »

Privés de son appui, les Grecs essuient défaites sur défaites, et alors que les Grecs sont acculés et que les Troyens menacent de brûler leurs nefs, le vieux sage Nestor, Phénix et Ulysse viennent en ambassade plaider la cause achéenne[51]. Achille reste ferme mais Patrocle, ému par les malheurs de ses compatriotes, obtient l'autorisation d'Achille de sauver les Grecs en portant ses armes[52]. La manœuvre réussit mais Patrocle, malgré sa promesse à Achille, engage la poursuite[53]. Il est tué par Hector, qui prend les armes d'Achille comme butin[54]. Furieux et humilié — trompé par Patrocle, qui en est mort et donc hors de punition, et symboliquement vaincu par Hector —, Achille décide de se venger, malgré les avertissements de sa mère : s'il affronte Hector, il mourra peu de temps après[55]. Héphaïstos lui forge de nouvelles armes, avec lesquelles il sort à la recherche d'Hector[56].

Achille traînant le corps d'Hectorderrière son char, peigneen ostrouvé à Oria, deuxième moitié du Ier siècle av. J.-C., musée national archéologique de Tarente

Revêtu de son armure divine, il s'engage à nouveau dans le combat et abat un grand nombre de Troyens sur son passage[57], tellement que les eaux du Scamandre sont souillées de cadavres[58]. Offensé[59], le Scamandre manque de noyer Achille[60]. Sauvé par l'intervention d'Héphaïstos[61], celui-ci rencontre enfin Hector, le défie et le tue avec l'aide d'Athéna[62]. Il traîne sa dépouille trois fois autour de la ville avec son char[63] avant de la ramener dans le camp achéen.

Rentré dans sa tente, le héros pleure son ami mort[64]. Au moment de brûler la dépouille, il coupe sa chevelure en signe de deuil[65] et sacrifie quatre chevaux, neuf chiens et douze jeunes Troyens dont les corps sont jetés sur le bûcher[66]. Le lendemain, il traîne de nouveau derrière son char le corps d'Hector, cette fois autour du tombeau de Patrocle[67].

Achille fait pourtant preuve d'humanité en laissant le roi Priam, venu dans sa tente en suppliant, emporter le corps de son fils pour lui accorder des dignes funérailles[68]. Il obéit ainsi à sa mère[69], envoyée par les dieux mécontents du traitement infligé à la dépouille du héros[70].

Achille tue plus de guerriers que quiconque dans l’Iliade (72), et se place ainsi devant Patrocle (54), Teucros fils de Télamon (30), Ajax fils de Télamon (28), Léitos (20), Diomède (18), Agamemnon (16), Ajax fils d'Oïlée (14), Idoménée (13) et Ulysse (12), ou encore Ménélas[71].

Memnon et Penthésilée[modifier]

Combat d'Achille et de Penthésilée, cratère en cloche lucaniende la fin du Ve siècle av. J.-C., Musée national archéologique de Madrid

L'Éthiopide, l'une des épopées du Cycle troyen, reprend le récit de la guerre de Troie là où l'Iliade s'arrête. Elle raconte comment, après la mort d'Hector, la ville de Priam voit arriver de nouveaux champions. C'est d'abord l'Amazone Penthésilée, fille d'Arès. Achille l'affronte en duel et s'éprend d'elle au moment où il la tue, ce qui excite les moqueries de Thersite. Excédé, le héros le tue et doit ensuite se purifier sur l'île de Lesbos.

Peu après arrive Memnon, fils d'Éos (l'Aurore) et de Tithon, et prince des Éthiopiens. Là encore, il rencontre Achille en combat singulier et est tué par lui.

Mort[modifier]

Les jours d'Achille sont désormais comptés. Xanthos, l'un des chevaux d'Achille, l'a prédit au héros, attribuant sa mort à un « dieu fort »[72]. De même, Thétis l'a averti à plusieurs reprises[73] qu'il mourrait jeune, précisant même qu'« Apollon [l]e tuerait de ses flèches rapides / lorsqu'[il] serai[t] sous les murs des Troyens belliqueux[74]. » Enfin, Hector expirant a prédit la mort de son adversaire, tué par Pâris et Apollon, près des Portes Scées[75].

Thétis et les Néréides pleurant la mort d'Achille, hydriecorinthienneà figures noires, 560-550 av. J.-C., musée du Louvre

Plusieurs versions existent quant à sa mort. L'Éthiopide précise qu'il meurt de la main de Pâris et d'Apollon alors qu'il poursuit les Troyens sous les murailles de la ville[76]. Pindare laisse entendre que le dieu prend la forme du fils de Priam et tue Achille pour retarder la prise de Troie[77], comme il le fait déjà dans l'Iliade pour arrêter Patrocle dans son assaut[78]. L’Énéide est la première à indiquer explicitement que Pâris tire la flèche meurtrière, qui est guidée par Apollon[79].

À ce stade, aucun texte n'évoque le fameux « talon d'Achille ». Le motif de l'endroit vulnérable apparaît pour la première fois chez Stace[80], un poète de la deuxième moitié du Ier siècle ; peu après, Hygin mentionne expressément la cheville, qu'Apollon transperce de sa flèche, comme son seul point vulnérable[81]. Toutefois, quatre vases de la période archaïque et du début de la période classique représentent soit Pâris décochant une flèche vers le bas du corps d'Achille (la cuisse, le tibia ou le pied), soit Achille mort, une flèche à travers le pied, ce qui tend à prouver que la tradition du « talon d'Achille » est ancienne[82]. Enfin, tous les auteurs[83] parlent bien de la cheville (talus en latin, σφυρόν / sphurón en grec ancien), mais le mot talus change ensuite de sens pour donner le « talon » français[84].

Une autre tradition lie la mort d'Achille à son amour pour Polyxène, fille de Priam : le héros est tué alors qu'il négocie avec le roi troyen la main de sa fille dans le temple d'Apollon Thymbrien[85]. Dans une autre version, Achille s'éprend de Polyxène alors qu'elle accompagne son père venu réclamer la dépouille d'Hector ; Priam lui promet alors sa main sous réserve qu'il mette fin à la guerre — il s'agit en réalité d'une embuscade[86], puisque Pâris l'attend, l'arc à la main, tapi derrière une colonne du temple[87].

Ses funérailles sont contées dans le chant XXIV de l'Odyssée par l'âme d'Agamemnon, ainsi que dans le livre III de La Suite d'Homère de Quintus de Smyrne. Ses cendres sont mêlées à celles de Patrocle et d'Antiloque dans une urne d'or. Il est enseveli, au milieu des pleurs et de gémissements, sur le rivage de l'Hellespont et ne connaît donc pas la victoire finale des Grecs.

Après sa mort[modifier]

Ajaxportant le corps d'Achille, lécytheattiqueà figures noires, v. 510 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen de Munich

Homère, dans l'Odyssée, le représente régnant sur le pré de l'Asphodèle dans les Enfers grecs, et bien désabusé. À Ulysse qui le félicite de régner parmi les morts, il répond :

« Ne cherche pas à m'adoucir la mort, ô noble Ulysse !
J'aimerais mieux être sur terre domestique d'un paysan,
Fût-il sans patrimoine et presque sans ressources,
Que de régner ici parmi ces ombres consumées[88]. »

Dans l'Éthiopide, Thétis le représente après la mort comme vivant la vie idéale du guerrier, sur l'Île Blanche, au milieu de combats sans nombre et de festins éternels, marié à Médée, à Hélène, à Iphigénie ou encore à Polyxène. Pindare, dans ses Néméennes[89], évoque pour sa part une île « brillante » située dans le Pont-Euxin. Euripide reprend également cette version dans son Andromaque[90].

Interprétation[modifier]

Bien que descendant de Pélée et de Thétis, Achille est soumis à une condition mortelle. Cependant Homère le marque d’une empreinte divine : sa mênis, c’est-à-dire sa colère. Elle n’a rien de commun avec la rage et la rancœur qui caractérisent les humains, c’est une passion divine. Les autres héros de l’Iliade sont dominés eux par la mania, la folie guerrière qui les aveugle tous (à l’exception du seul Ulysse).

Quand Agamemnon lui arrache Briséis, il est profondément blessé, il lui semble qu’il perd son honneur héroïque, grâce que Zeus accorde à ses préférés. Dès lors peu importent à Achille les présents expiatoires qu’envoie Agamemnon, pire, ils ne font qu’attiser sa colère car Agamemnon croit pouvoir dominer sa mênis divine par de simples objets. En effet, aussi précieux soient ils, ils sont humains et donc sans valeur vis-à-vis de ce qui constitue pour Achille la preuve de sa divinité.

Achille est donc un personnage ambigu, car libre de respecter tour à tour les codes et rites des héros et les mœurs humaines. Cette liberté l'oblige à n'appartenir à aucune des factions, ce qui lui donne une place à part dans l'œuvre d'Homère[91].

Sommaire

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:25

Héraclès prend également part à plusieurs expéditions qui constituent autant de cycles et d'exploits. La première prend sa source dans une aventure survenue après la quête de la ceinture d'Hippolyte : Héraclès a tué un monstre marin qui ravageait la ville de Troie, sauvant au passage la princesse Hésione qui allait lui être sacrifiée. Le roi Laomédon, revenant sur la promesse initiale de lui offrir quelques-uns de ses chevaux[44], refuse de lui verser son salaire. Une fois les Douze Travaux terminés, Héraclès monte une expédition de six nefs chargées d'un petit nombre d'hommes pour châtier le mauvais payeur[45] : après avoir pris Troie, il fait la guerre au roi Laomédon et ses fils, qu'il tue. A l'exception de Priam, personne n'est épargné. Au cours de son deuxième séjour dans la cité, il s'unit à Augé, qui lui donnera Télèphe.

Pendant son trajet de retour, Héra demande au dieu Hypnos d'endormir Zeus, puis profite du sommeil de son mari pour déclencher une tempête qui jette le vaisseau sur la côte de Cos[46]. Les habitants de l'île, croyant à un débarquement de pirates, attaquent Héraclès et son équipage à coups de pierre ; le héros tue alors Eurypyle, roi de l'île, et s'unit à sa fille, Chalciope, qui lui donnera Thessalos.

Le second cycle est celui de la guerre contre Augias, qui a refusé de payer son dû après que le héros a nettoyé ses écuries. Là encore, Héraclès monte une expédition, mais son armée est massacrée par les Molionides, qui profitent d'une maladie du héros pour attaquer son camp par surprise. À son tour, Héraclès les surprend dans une embuscade, puis attaque de nouveau Augias et le tue. C'est au terme de ces aventures qu'Héraclès fonde les Jeux olympiques, après avoir délimité par des palissades l'enceinte sacrée de l'Altis, le sanctuaire de Zeus[47].

Le troisième cycle est celui de l'expédition contre Pylos où, pour se venger du refus de Nélée de le purifier après le meurtre d'Iphitos, Héraclès assiégea la ville et tua son roi ainsi que tous ses enfants hormis Nestor qui se trouva être absent.

À ce propos, Dioné raconte dans l’Iliade comment Héraclès blesse Hadès d'une flèche à l'entrée des Enfers et « le laisse au milieu des morts » ; Hadès doit monter dans l'Olympe pour se faire soigner par Péan. Les commentateurs antiques ont fourni plusieurs explications à ce passage curieux : l'épisode peut prendre place lors de la descente aux Enfers du héros pour capturer Cerbère. Ce pourrait également être une allusion à l'attaque d'Héraclès contre les Pyliens, qui ont apporté leur soutien à Orchomène contre Thèbes, ou encore au massacre des fils de Nélée à Pylos par le héros. Dans ce même chant de l'Iliade (chant V, vers 390), Homère fait mention, toujours par la bouche de Dioné, d'un tir de flèche à trois pointes décochée par Héraclès blessant Héra au sein droit.

Le dernier cycle est celui d'Œchalie. Voulant se venger de n'avoir pas obtenu la main d' Iole, la fille d'Eurytos, qu'il avait gagnée dans le concours de tir à l'arc, Héraclès mena une expédition contre le roi. Laissant Déjanire, sa dernière épouse, à Trachis, il partit vers Œchalie (Thessalie ou Eubée) à la tête d'une armée d'alliés. Un violent combat s'engagea, dans lequel deux des fils de Céyx furent tués. Héraclès remporta la victoire et tua Eurytos ainsi que tous ses fils. Iole, qui tenta de s'enfuir en se précipitant du haut des remparts, fut soutenue dans l'air par le vent qui enfla sa robe, et redescendit sans se blesser. Elle devint la concubine du héros qui l'envoya à Trachis avec d'autres prisonniers.

Amours

Mosaïque du Ier siècle av. J.-C. représentant Hercule et Iolaus, Musée national romain, Rome.

Héraclès s'est marié quatre fois au cours de sa vie. Sa première épouse fut Mégara. Plus tard, devenu esclave, il fut affranchi par Omphale, reine de Lydie, et l'épousa. Il se battit ensuite contre le dieu-fleuve Achéloos pour l'amour de Déjanire. Après sa mort, il se maria sur l'Olympe avec la déesse de la jeunesse Hébé.

Héraclès a connu plusieurs relations pédérastiques : il est l'éraste d'Hylas et de son neveu Iolaos.

Mort et apothéose

Entrée d'Héraclès dans l'Olympe, entouré par Poséidon et Athéna, olpè d'Amasis et du Peintre d'Amasis, 550-530 av. J.-C., musée du Louvre.

Héraclès épousa ensuite Déjanire, fille d’Œnée. Sophocle, dans Les Trachiniennes[48], relate la façon dont Déjanire obtient une tunique empoisonnée qui est ensuite fatale à Héraclès. Au cours d'un voyage, face au grand fleuve Événos en proie à une crue exceptionnelle, Héraclès vit que, s’il pouvait facilement le franchir, il ne pouvait le faire en portant Déjanire. Se présenta alors à eux un centaure nommé Nessos qui gagnait son salaire en faisant franchir le fleuve aux voyageurs ; il offrit de porter Déjanire, tandis qu’Héraclès nagerait de son côté. Lorsqu’Héraclès arriva, il vit que Nessos tentait d’abuser de Déjanire. Il prit alors une flèche enduite du poison de l’Hydre de Lerne et la décocha entre les omoplates de Nessos. À l’agonie, ce dernier dit à Déjanire de recueillir son sang puis de l’offrir à Héraclès afin de s’assurer ainsi pour l’éternité de sa fidélité. Déjanire obéit et enduit de ce sang une tunique.

Bien plus tard Déjanire, craignant de perdre son époux qui s’était épris d’Iole la fille du roi Eurytos, remit la tunique à Lichas qui insista pour qu’il la revêtît. Héraclès sentit cependant que le vêtement le brûlait ; tentant de s’en défaire, il constata que sa peau partait avec, en lambeaux. Il comprit alors le piège dans lequel Déjanire s’était laissé prendre : le sang du centaure était souillé par le poison de l’Hydre de Lerne, qui avait tué Nessos et qui maintenant tuait le fils de Zeus. Pour mettre fin à sa souffrance, il s'érigea un bûcher sur le mont Œta, il l'alluma et s’y jeta tandis que Déjanire se pendait. Zeus (Athéna ou Hermès selon les versions) le fit monter sur l´Olympe parmi les dieux.

Sur l´Olympe, Héraclès put se réconcilier avec Héra, devint immortel et fut consacré dieu des éphèbes. Il y épousa en outre la déesse de la jeunesse, Hébé, et ils eurent ensemble deux enfants. Selon d'autres versions, sa « mort » n'aurait été qu'un passage nécessaire pour se séparer des éléments hérités de sa mère mortelle, Héraclès ayant gagné son immortalité dans son enfance après avoir tété le lait d'Héra[49].

Culte

En Grèce

Intaille magique avec Héraclès portant l'inscription : « Va-t’en, bile, le dieu te poursuit », Cabinet des médailles.

Le culte d'Héraclès est répandu dans toute la Grèce, à l'exception de la Crète[50] ; il s'adresse tantôt au dieu, tantôt au héros. Il arrive que les deux cultes coexistent, comme à Thasos[51] ou à Sicyone[52]. Il est plus particulièrement rattaché aux éphèbes et au gymnase[53] et se caractérise par de grands banquets de viande — la comédie se fonde sur ce trait particulier pour dépeindre Héraclès comme un glouton. Des fêtes consacrées à Héraclès, les Héracléennes (Hérakleia), sont célébrées dans plusieurs régions de Grèce.

Dans la sphère privée, Héraclès est avant tout Alexikakos, celui qui protège du mal[54]. Par conséquent, on retrouve son image sur des amulettes. Herakleis, « par Héraclès », est une exclamation courante, comme l'est ensuite mehercle en latin.

Héraclès est également célébré en tant qu'ancêtre des Doriens par le biais du mythe des Héraclides.

Hors de Grèce

Les auteurs anciens mentionnent plusieurs cultes rendus hors de Grèce à Héraclès ou à des dieux qu'ils identifient à Héraclès. Hérodote, dans l’Enquête[55], évoque un Héraclès homonyme de l'Héraclès fils d'Alcmène et plus ancien que lui, honoré en Égypte.

En Étrurie, Héraklès s'est très tôt acclimaté sous le nom de Hercle. Il y est non pas un héros, mais une divinité, et certains aspects de son mythe y semblent proprement étrusques[56].

En Gaule, Héraclès a connu une très grande popularité chez les Celtes romanisés. Plus de trois cents sculptures le représentent, un grand nombre de statuettes en bronze, plus de cent inscriptions lui sont consacrés. Cet engouement est favorisé par le mythe des Hespérides. Selon Parthénios de Nicée, de l'union d'Héraclès et de Celtinée naît un fils, Celtos, de qui les Celtes ont pris leur nom[57]. Lucien de Samosate, dans une prolalia (un avant-propos) intitulée Héraclès, évoque un dieu de l'éloquence honoré par les Gaulois qu'il présente sous le nom d'Héraclès Ogmios et rapproche du dieu gaulois Ogmios.

Héraclès dans les arts pendant l'Antiquité

Littérature

Aucune œuvre littéraire retraçant l'ensemble des aventures d'Héraclès ne nous est parvenue. Cependant, nous savons que de telles œuvres ont existé : pendant l'époque archaïque, le poète Pisandre avait composé une Héraclide aujourd'hui perdue[58] qui, selon, une épigramme de Théocrite, relatait pour la première fois les exploits du héros en détail[59] ; au tout début de l'époque classique, Panyasis d'Halicarnasse compose à son tour une Héraclée (Heracleia) qui, selon la Souda, comportait 14 livres pour un ensemble de 9000 vers[60]. Seuls quelques fragments nous en sont parvenus. Quelques évocations d'ensemble résumant les exploits d'Héraclès se trouvent dans les tragédies, au moment de présenter le personnage (au début de La Folie d'Héraclès d'Euripide) ou bien au moment de sa mort (dans Les Trachiniennes de Sophocle). Un passage de l’Énéide de Virgile décrivant un sacrifice à Hercule comprend un rappel de ses nombreux exploits[61]. Beaucoup d'autres œuvres contiennent des allusions à plusieurs épisodes, comme l’Iliade et l’Odyssée[62]. Cependant, la plupart des œuvres de la littérature grecque ancienne ayant trait à Héraclès se concentrent sur un épisode qu'elles développent en détail, de manière très variable selon le genre littéraire auquel elles appartiennent et la perspective particulière adoptée par l'auteur.

À l'époque archaïque, le poète Créophylos de Samos compose une épopée, la Prise d'Œchalie, évoquant un conflit entre Héraclès et Eurytos, roi d'Œchalie ; seuls quelques vers et plusieurs témoignages indirects nous renseignent sur cette œuvre perdue. L'un des Hymnes homériques évoque les exploits puis l'apothéose d'Héraclès[63]. Au VIe siècle av. J.-C., le poète lyrique Pindare cite Héraclès dans plusieurs de ses poèmes ; au début de l’Olympique 2 et dans l’Olympique 3, il l'évoque comme le fondateur des jeux olympiques[64].

Dans le théâtre grec antique de l'époque classique, Héraclès fait l'objet (ou apparaît dans) de nombreuses tragédies. Chez Eschyle, il intervient dans Prométhée enchaîné pour délivrer Prométhée de son supplice. Sophocle consacre sa tragédie Les Trachiniennes à l'épisode de la mort d'Héraclès, et le fait apparaître plus ponctuellement comme deus ex machina pour le dénouement de son Philoctète. Euripide consacre une tragédie à La Folie d'Héraclès. Euripide fait aussi apparaître Héraclès dans son Alceste, où il le décrit d'une façon ambiguë, de la même façon que toute la pièce oscille entre tragédie et comédie[65] : Héraclès est un glouton et il donne à Admète des conseils philosophiques d'ivrogne, mais il se comporte en véritable héros et assure le dénouement heureux de la pièce. Héraclès est aussi évoqué dans la comédie, mais aucune comédie grecque parmi celles qui nous sont parvenues ne lui est spécifiquement consacrée. Dans la comédie Les Oiseaux d'Aristophane, Héraclès apparaît comme un agent au service des dieux, mais sa gloutonnerie le rend aisément corruptible. Dans une autre comédie d'Aristophane, Les Grenouilles, le dieu Dionysos décide de se rendre aux Enfers, mais, comme il a peur de ne pas en revenir vivant, il se déguise en Héraclès pour se donner confiance et va demander conseil au héros au début de la pièce.

Le papyrus d'Oxyrhynchos n°2331, daté du IIIe siècle av. J.-C., contient des fragments d'un poème relatant le combat d'Héraclès contre le lion de Némée.

Les philosophes grecs anciens s'approprient eux aussi le personnage d'Héraclès. Le philosophe présocratique et sophiste Prodicos de Céos écrit ainsi un apologue où il met en scène Héraclès jeune confronté aux discours séducteurs de deux femmes qui ne sont autres que des allégories du vice et de la vertu. Nous connaissons ce texte de manière indirecte, par l'évocation qu'en fait Xénophon dans les Mémorables[66]. Cet épisode allégorique, souvent appelé « Héraclès à la croisée des chemins », connaît une postérité abondante après l'Antiquité, notamment dans la peinture de la Renaissance.

À l'époque hellénistique, Héraclès apparaît dans la poésie épique et dans la pastorale. Apollonios de Rhodes, dans ses Argonautiques, lui fait prendre part à l'expédition des Argonautes, qu'il quitte après la disparition de son éromène Hylas. Théocrite consacre une idylle à « Héraclès enfant » où il relate son tout premier exploit au berceau contre les serpents envoyés par Héra ; dans « Hylas », il évoque lui aussi la disparition de l'aimé du héros[67].

L'un des papyri d'Oxyrhynchos[68], daté du IIIe siècle av. J.-C., contient des fragments d'un poème consacré aux travaux d'Héraclès, en l'occurrence le combat contre le lion de Némée. Plusieurs dessins illustrent le texte.

Études et interprétations mythologiques

Anthropologie historique

Dans la continuité des analyses de Jean-Pierre Vernant sur la notion de personne dans la religion grecque[69] et des développements de Marie Delcourt, qui consacre quelques pages à Héraclès dans son étude sur les héros[70], Nicole Loraux[71] insiste sur le fait que la figure d'Héraclès tend à se réduire aux exploits qu'il accumule : Héraclès n'a pas vraiment d'intériorité. « Héraclès n'est pas tragique, parce qu'il n'est pas ambigu, et, pour en faire un héros tragique, il faudra qu'Euripide lui invente quelque chose comme une intériorité[71] » (Nicole Loraux se réfère à la tragédie d'Euripide La Folie d'Héraclès). En contrepartie, la « force muette » d'Héraclès[72] devient le moyen d'expression de toutes sortes de discours, en particulier philosophiques, qui en font une figure édifiante de vertu et de sagesse[72]. À l'inverse, la comédie tire Héraclès vers l'extrême inverse en le mettant en scène sous les traits d'une brute stupide et gloutonne[72].

Mythologie comparée

Dans une approche relevant de la mythologie comparée, il est intéressant de rapprocher d'Héraclès l’épopée babylonienne nommée Épopée de Gilgamesh : certains auteurs[réf. nécessaire] établissent ainsi une filiation entre l’épopée de Gilgamesh, La Gloire d’Uruk, rédigée dans la Mésopotamie du XVIIIe siècle av. J.-C., et le mythe d'Héraclès, La Gloire de Héra, évoqué par les épopées attribuées à Homère au VIIIe siècle av. J.-C. avant Jésus-Christ. En effet, la similitude est frappante entre un Gilgamesh[73], roi de Uruk, deux tiers dieu et un tiers humain, effectuant une série d’œuvres devant le mener à l’immortalité, et Héraclès, « Gloire d'Héra », moitié dieu et moitié homme, effectuant douze travaux qui le mèneront à son tour à l’immortalité.

Héraclès correspond au dieu germanique Thor/Donar, avec qui il possède des fonctions et attributs similaires. Ils sont tous deux tueurs de monstres et de géants, défenseurs des dieux et des hommes face aux forces du chaos. Thor possède lui aussi une arme puissante, son marteau Mjöllnir. L'interpretatio romana associait déjà Thor à Hercule. Dans La Germanie, Tacite nomme les dieux des germains, et évoque les sacrifices faits en l'honneur d'Hercule, qui serait alors le dieu Thor. En Germanie romaine, de nombreuses inscriptions sur des monuments ou pièces portent le nom d'Hercule et désignent véritablement l'Hercule germanique ; Thor[74].

Psychologie analytique

Carole Sédillot, dans La Quête du soi : les douze travaux d'Hercule, a réalisé une étude mythologique de la figure d'Hercule dans une perspective de psychologie analytique, en la rapprochant de la notion d'homme primitif. En psychologie analytique, la dénomination d'homme primitif est employée pour désigner des processus psychiques inconscients, ayant une importance dans la vie psychique du sujet. Ces processus se nomment des archétypes[75]. Dans cette perspective, les épreuves d'Héraclès peuvent être interprétées comme une allégorie des épreuves rencontrées par le patient au cours du travail qu'il accomplit sur lui-même[76]. Dans la théorie jungienne, l'homme primitif est présent dans l'animus principalement de la masculinité de la femme : il est ce que l'on nomme un archétype. Mais cela concerne aussi l'homme. Les images et pensées psychiques associées et à laquelle s'identifie la femme, entièrement ou en partie, le sont au travers des positions intellectuelles, psychiques, d'émotions, d'actions qui renvoient inconsciemment à un modèle auquel il faudrait se tenir — un homme primitif — ou en rapport à un homme primitif. Cet « homme » est proche de modèles culturels tels que Tarzan, l'athlète, Dionysos ou en l'occurrence Héraclès.

Dans les arts après l'Antiquité

Littérature

Les auteurs chrétiens des premiers siècles de notre ère, comme Tertullien, Lactance et saint Augustin, font d'Héraclès un modèle de courage (fortitudo) ; mais ce n'est qu'au XIVe siècle que la figure d'Héraclès est pleinement intégrée à la symbolique chrétienne, avec L'Ovide moralisé, qui fait d'Héraclès un symbole de Jésus ou de Dieu[77]. Au XVe siècle, le Recueil des histoires de Troie de Raoul le Fèvre met en scène un Hercule chevaleresque et courtois semblable aux personnages des romans médiévaux.

Au XVIe siècle, Pierre de Ronsard reprend la symbolique chrétienne associée à Héraclès pour composer, parmi ses Hymnes publiés en 1555, un « Hercule chrétien », qui dénombre les parallèles possibles entre Hercule et Jésus[77]. À la même époque se développent d'autres symboliques associées à Hercule. Un Hercule égyptien, homonyme de l'Héraclès fils d'Alcmène et plus ancien que lui, était évoqué par Hérodote dans son Enquête[55]. Au XVIe siècle, on commence à faire de cet Hercule, dit « Hercule libyen », l'ancêtre des Gaulois, par l'intermédiaire d'un fils, Galatès, qu'il aurait eu avec la fille d'un chef gaulois et qui serait devenu l'éponyme de la Gaule ; cette généalogie s'élabore dans le cadre d'une rivalité politique et culturelle entre pays d'Europe, où elle vise à avantager la France en lui prêtant des origines plus anciennes encore que les Latins et les Grecs[78].

Un autre Hercule encore, dit « Hercule Gaulois », s'inspire d'un Héraclès homonyme qui apparaît notamment dans l'Antiquité chez Lucien de Samosate[79] sous le nom d'Héraclès Ogmios et est présenté comme un dieu de l'éloquence honoré par les Gaulois : au XVIe siècle, cet Hercule est alors représenté doté à la fois des attributs traditionnels d'Héraclès (la peau du lion de Némée et la massue) et d'une série de chaînes partant de sa langue pour s'accrocher aux oreilles d'une foule qui le suit, symbole de son éloquence captivante[80]. Pierre de Ronsard, dans son poème « Hylas » édité dans le septième livre des Poèmes en 1569, prête à Hercule l'ensemble de ces caractéristiques d'Hercule « libyen » et d'Hercule « Gaulois »[80]. Joachim du Bellay évoque l'Hercule Gaulois dans la conclusion de la Défense et illustration de la langue française en 1549[81].

Au XVIIe siècle, le dramaturge Jean de Rotrou évoque la mort et l'apothéose d'Héraclès dans la tragédie Hercule mourant[82], créée en 1634 et publiée en 1636[83].

Dans la seconde moitié du XIXe siècle en France, Héraclès est évoqué par les poètes du Parnasse. José-Maria de Heredia compose, dans Les Trophées (publiés en 1893)[84], une série de six sonnets intitulée « Hercule et les Centaures ». Les deux premiers sonnets, « Némée » et « Stymphale », sont consacrés à deux des travaux d'Héraclès, le lion de Némée et les oiseaux du lac Stymphale. Le troisième, « Nessus », évoque l'amour du centaure Nessos pour Déjanire. « La Centauresse », où Héraclès n'apparaît pas, décrit le déclin du peuple des centaures, qu'Héraclès pourchasse et massacre dans les deux derniers sonnets, « Centaures et Lapithes » et « Fuite de Centaures ». Dans ces poèmes, Héraclès est souvent décrit comme terrifiant, ce qui lui confère une affinité inattendue avec les monstres qu'il est chargé de détruire[85]. Leconte de Lisle, dans les Poèmes antiques, évoque Héraclès dans plusieurs poèmes[86] : « Hylas », « L’Enfance d’Hèraklès », « Hèraklès au Taureau », « Hèraklès solaire » (il l'y nomme parfois Héraclès, parfois Hèraklès selon une orthographe archaïsante, et parfois Hercule).

Au XXe siècle, Héraclès prend toutes sortes de visages selon les auteurs. L'écrivain français André Dubois La Chartre réécrit ses exploits dans Le Journal intime d'Hercule en 1957[87]. Le dramaturge allemand Heiner Müller en fait un personnage comique dans Herakles 5[87]. L'écrivain français Guy Rachet lui consacre un roman, Les Douze Travaux d’Hercule[87].

Peinture

Pompeo Batoni, Hercule à la croisée des chemins, v.1753, l'un des nombreux tableaux inspirés du texte allégorique de Prodicos de Céos.

Héraclès est représenté par de nombreux peintres. Au XVe siècle, Albrecht Dürer représente plusieurs épisodes de ses aventures sur ses gravures et esquisses, dont Hercule à la croisée des chemins (vers 1498)[88] inspiré du texte allégorique de Prodicos de Céos. Le peintre allemand Lucas Cranach l'Ancien peint en 1537 un Hercule et Omphale dont les personnages portent des vêtements contemporains[89]. Pierre Paul Rubens représente plusieurs de ses exploits, dont Hercule aux prises avec le lion de Némée (après 1608, conservé à Bucarest)[90] et Hercule dans le jardin des Hespérides, vers 1638 (conservé dans la galerie Sabauda à Turin)[91]. Le peintre et sculpteur Antonio Pollaiuolo peint Hercule combattant l'hydre de Lerne (conservé à la Galerie des Offices de Florence). En Italie, au début du XVIIe siècle, le Guide peint une série de tableaux formant le cycle des Travaux d'Hercule. Le Dominiquin peint un Paysage avec Hercule tirant Cacus de sa caverne[92] et un Paysage avec Hercule combattant Achelaüs changé en taureau vers 1621-1622[93].

Au début du XVIIIe siècle, le peintre rococo François Lemoyne réalise pour le château de Versailles, entre 1733 et 1736, une Apothéose d'Hercule qui donne son nom au salon dit « salon d'Hercule ». Dans les années 1740-1750, en Italie, Pompeo Batoni réalise plusieurs versions d’Hercule à la croisée des chemins.

Au XIXe siècle, Héraclès est présent dans la peinture symboliste. Gustave Moreau peint un Hercule et l'hydre de Lerne entre 1869 et 1876[94]. Arnold Böcklin peint Nessus et Déjanire puis Le Sanctuaire d'Hercule en 1888[95]. Les peintres préraphaélites le représentent également : John William Waterhouse s'inspire de l’Alceste d'Euripide pour son Hercule se bat contre la Mort pour sauver Alceste, peint entre 1869 et 1871[96].

Au début du XXe siècle, entre 1921 et 1925, le peintre américain John Singer Sargent réalise pour le Musée des beaux-arts de Boston une série de peintures mythologiques[97] parmi lesquelles figure un Hercule et l'hydre[98].

En 1989, le peintre Jean-Marie Pierret recouvre le tablier du barrage hydro-électrique du Chevril (appelé aussi barrage de Tignes; département de la Savoie) d'une fresque de 18 000 m² représentant Hercule[99].

Sculpture

Canova, Hercule et Lichas, 1815, Galerie d'art moderne, Rome.

Comme de nombreux autres mythes grecs, Héraclès fait l'objet de nombreuses œuvres sculptées, en particulier pendant la Renaissance. Au XVe siècle, Antonio Pollaiuolo réalise un groupe en bronze Hercule et Antée, conservé au Musée national du Bargello à Florence. Au XVIe siècle, le sculpteur italien Baccio Bandinelli sculpte un groupe colossal Hercule et Cacus, placé devant le Palazzo Vecchio à Florence. À la même époque, le sculpteur italien Giambologna réalise un ensemble représentant Hercule luttant contre le centaure Nessos (Ercole con il centauro Nesso), exposée par la suite à la Loggia dei Lanzi, de même que son Enlèvement des Sabines. Durant la même période, avant 1560, le sculpteur italien Guglielmo della Porta réalise un Hercule tue les serpents représentant Héraclès enfant tuant l'un des serpents d'Héra, tandis que des saynettes sur le socle de la sculpture représentent ses futurs douze travaux[100]. En France, en 1660, Pierre Puget sculpte un Hercule terrassant l'hydre de Lerne (dit Hercule de Vaudreuil) ; la sculpture, brisée pendant la Révolution, est ensuite reconstituée et conservée au musée de Rouen. Puget sculpte aussi, en 1663, un Hercule au repos (également appelé Hercule Gaulois) conservé au Musée du Louvre[101].

Au XVIIIe siècle, Laurent Delvaux réalise un Hercule et le sanglier d'Erymanthe exposé à la Bibliothèque royale de Belgique[102]. Au XIXe siècle, en 1815, Antonio Canova réalise un spectaculaire Hercule et Lichas inspiré de l'épisode de la mort de Lichas et conservé à la Galerie d'art moderne de Rome. En 1823, Antoine-Louis Barye sculpte un Hercule et le sanglier d'Erymanthe en bronze, conservé au Louvre. Durant la même période, François Joseph Bosio conçoit un ensemble représentant Hercule combattant Acheloüs transformé en serpent dont le modèle en plâtre est exposé au Salon de 1814 et dont la sculpture en bronze, achevée en 1822, est conservée au Louvre)[103]. Au tout début du XXe siècle, en 1909, le sculpteur français Antoine Bourdelle réalise un Héraklès archer d'après l'épisode des oiseaux du lac Stymphale.

Gravure

Augustin Dupré a gravé les pièces de monnaie représentant Hercule (Union et Force) émises pendant la Révolution. Ce type à l'Hercule a été repris sous les deuxième, troisième et cinquième républiques. De nouvelles pièces à l'Hercule, en euros, ont été gravées en 2011 par Joaquin Jimenez.

Musique

Plusieurs opéras sont consacrés à Héraclès (en général sous son nom latin) à la fin du XVIIe siècle et dans le courant du XVIIIe siècle[104]. Reinhard Keiser compose un Hercule et Hébé (Die Verbindung des großen Herkules mit der schönen Hebe) créé à Hambourg vers 1700[104]. Christoph Graupner compose un Hercule et Thésée créé à Hambourg en 1708[104].

Haendel compose un drame musical, Hercules (dont le livret est en anglais, lire l'article anglais), qui prend pour sujet la mort d'Héraclès en s'inspirant principalement des Trachiniennes de Sophocle. Le drame est créé le 5 janvier 1745 au King's Theatre de Londres.

En France, Claude Terrasse compose un opéra-bouffe en trois actes, Les Travaux d'Hercule, créé en 1901 au théâtre des Bouffes-Parisiens, dans lequel c'est Augias qui accomplit les exploits d'Hercule, tandis que ce dernier s'en approprie toute la gloire sans rien faire[105]. Dans un tout autre genre, en 1953, Maurice Thiriet compose Héraklès, une partition chorégraphique pour ballet dramatique.

Bande dessinée

Héraclès apparaît dans les comics américains dans le n°8 de All Star Comics publié par DC Comics en 1941, qui l'intègre à l'univers DC sous son nom latin Hercule (article anglais sur le personnage des DC Comics). En 1965, un numéro de Journey into Mystery, de Marvel Comics, ajoute à son tour sa vision du personnage d'Hercule à l'univers Marvel. En 2008, l'éditeur Radical Comics lance une autre série consacrée à Hercule avec Hercules:The Thracian Wars[106] puis Hercules: The Knives of Kush[107].

Dans la bande dessinée européenne, Héraclès est le personnage principal de La Gloire d'Héra scénarisé par Serge Le Tendre et dessiné par Christian Rossi (Casterman, 1996)[108]. Héraclès apparaît aussi dans chaque tome de la série Socrate le demi chien scénarisée par Joann Sfar et dessinée par Christophe Blain (Dargaud, 2002).

Cinéma

Page de publicité d'un magazine américain pour le film Les Travaux d'Hercule de Pietro Francisci (1958).

Héraclès a fait l'objet de nombreux films, en particulier de péplums au XXe siècle. Il n'apparaît qu'assez tard au cinéma par rapport à d'autres héros mythologiques, car il n'est presque pas évoqué par le cinéma muet[109] : seul Febo Mari réalise un Hercule (Ercole) en 1918[110]. C'est dans les années 1950 que le péplum italien commence à mettre en scène le héros, avec les films de Pietro Francisci, comme Les Travaux d'Hercule (1958) ou Hercule et la Reine de Lydie (1959). Dans les films de Francisci, Héraclès, évoqué sous son nom romain, Hercule, est incarné par Steve Reeves et est décrit comme le héros par excellence, beau, noble et vertueux[111]. Viennent ensuite les films de Vittorio Cottafavi, La Vengeance d'Hercule (1960) et Hercule à la conquête de l'Atlantide (1961), le second s'orientant nettement vers la science-fiction ; Hercule y est dépeint comme un bon vivant étonnamment pacifique, Cottafavi jouant à subvertir les codes du genre[112].

Devant le succès du genre et du personnage, Hercule est par la suite utilisé dans les contextes les plus divers : le fantastique avec Hercule contre les vampires de Mario Bava et Franco Prosperi (1961), le film d'aventure pulp avec Hercule contre les fils du Soleil d'Osvaldo Givirami (1964) où Hercule affronte des Incas[113], la fantasy urbaine avec Hercule à New York (Arthur Allan Seidelman, 1970) où Arnold Schwarzenegger fait ses débuts, et de nombreux autres films. Hercule côtoie parfois l'autre héros musclé du péplum italien, Maciste, comme dans Le Géant de la vallée des rois (C. Campogalliani, 1960). Héraclès intervient également comme personnage secondaire dans les adaptations de la quête des Argonautes, dont la plus fameuse est Jason et les Argonautes de Don Chaffey (1963)[114]. En dehors du genre du péplum, le réalisateur allemand Werner Herzog réalise en 1962 un Herakles, l'un de ses tout premiers films, qui a pour sujet six des douze travaux du héros dans un contexte contemporain[115].

Le cinéma d'animation, de son côté, s'empare très tôt d'Héraclès : Émile Cohl, l'un des pionniers de l'animation française, réalise un dessin animé en papier découpé, Les Douze Travaux d'Hercule, en 1910[116]. Beaucoup plus tard, en 1997, c'est au tour des studios Disney de mettre en scène le héros, avec le long-métrage d'animation Hercule, qui adopte un ton humoristique et un graphisme cartoon.

Télévision

La première série télévisée consacrée à Héraclès est une série animée, Le Puissant Hercule (The Mighty Hercules), conçue par Adventure Cartoon Productions, diffusée sur la chaîne Syndication de 1963 à 1966. Vient ensuite une série en images réelles, Hercule, créée par Christian Williams et diffusée pour la première fois sur Syndication en 1994 ; conçu au départ comme une suite de cinq téléfilms[117], le concept est prolongé en une série télévisée qui donne lieu à son tour à plusieurs séries dérivées, dont Xena, la guerrière en 1995[118]. Le long-métrage d'animation de Disney de 1997 donne lieu à une adaptation en série animée à la télévision, Hercule, l'année suivante.

Héraclès fait aussi l'objet d'une télésuite, Hercule, réalisée par Roger Young en 2005 pour la télévision américaine.

Jeux vidéo

En 1984 paraît Hercules, un jeu vidéo américain de plate-forme développé par Interdisc pour le Commodore 64, dans lequel le joueur incarne Héraclès et doit parcourir douze niveaux parsemés de plates-formes piégées (lire l'article anglais). En 1987, Smart Egg Software réalise The Labours of Hercules, une aventure en mode texte programmée par Terry Taylor dans laquelle le joueur incarne Héraclès et doit accomplir les douze travaux[119]. En juin 1987, le studio japonais Data East réalise Tōjin Makyō-den Heracles no Eikō (La Légende du repaire du démon combattant : la gloire d'Héraclès), un jeu vidéo de rôle pour Famicom[120]. Le jeu connaît plusieurs suites sur différents supports, scénarisées par Kazushige Nojima[121]. En 1988, Gremlin Interactive édite Hercules: Slayer of the Damned, un jeu de beat them all[122]. En 1997, la sortie du long-métrage d'animation Disney donne lieu à un jeu vidéo dérivé, Hercule, édité par Disney Interactive[123]. En 2007, le studio français Neko Entertainment édite Heracles: Chariot Racing, un jeu vidéo de course sur console où le joueur incarne Héraclès participant à des courses de chars dans un univers inspiré de la mythologie grecque[124]. En 2010, le jeu d'action God of War 3, met aux prises le héros du jeu, Kratos, avec Héraclès lors d'une séquence de combat[réf. nécessaire].

Astronomie

En 1935, l'union astronomique internationale a donné le nom de Hercule à un cratère lunaire.

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Héraclès

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Héraclès portant un arc, sa massue et la peau du Lion de Némée, détail du Cratère des Niobides, v. 460-450 av. J.-C., musée du Louvre

Héraclès (en grec ancien Ἡρακλῆς / Hêraklễs, signifiant "Gloire d'Héra"), de son premier nom Alcide, fils de Zeus et d’Alcmène, est l'un des héros les plus vénérés de la Grèce antique. La mythologie grecque lui prête un très grand nombre d’aventures qui le voient voyager à travers le monde connu des Doriens puis dans toute la Méditerranée, à partir de l’expansion de la grande Grèce, jusqu’aux Enfers. Les plus célèbres de ses exploits sont les douze travaux. Il est mentionné dans la littérature grecque dès Homère.

Héraclès correspond à l’Hercule de la mythologie romaine. L’Hercule des Romains est parfois dépeint comme moins violent que son alter ego grec dans les récits où il intervient et connaît quelques aventures se déroulant spécifiquement en Italie.

Mythe

Conception et naissance

Héraclès naît à Thèbes de Zeus et d'Alcmène, descendante du héros Persée et femme du roi Amphitryon[1]. Le roi des dieux a en effet décidé d'avoir un fils capable de venir en aide aux hommes comme aux dieux[2]. Profitant de l'absence du mari, en guerre contre les Taphiens et les Téléboéens[3], Zeus descend de l'Olympe et, prenant l'aspect d'Amphitryon[4], passe sa nuit avec Alcmène après avoir persuadé Hélios, dieu du soleil, de ne pas se lever pendant trois jours, faisant ainsi durer sa nuit avec la femme d'Amphitryon[5]. Dans la même nuit, Alcmène va également avoir un rapport avec son mari de retour de campagne.

Alors qu'elle va accoucher, Zeus promet que l'enfant à naître ce jour-là régnera sur tous ses voisins[6]. Pour se venger des infidélités de son mari, Héra retarde la délivrance d'Alcmène en retenant les Ilithyes, déesses de l'accouchement ; elle-même fait naître avant terme Eurysthée, fils du roi Sthénélos d'Argos[6]. Ainsi Eurysthée, reçoit la royauté de l'Argolide à la place d'Héraclès[6]. Alcmène peut alors accoucher ; elle donne naissance à deux enfants : Héraclès, fils de Zeus, et Iphiclès, fils d'Amphitryon[7].

Enfance

Héra allaitant Héraclès, lécythearyballisque apulien, v. 360-350 av. J.-C., British Museum

Peu de temps après la naissance d’Héraclès, Hermès enlève l’enfant et le place dans le lit d’Héra endormie : aucun des fils de Zeus ne peut devenir immortel s'il n'a tété au sein de la déesse[8]. Affamé, le bébé s'approche de celle-ci et commence à téter. Se réveillant, Héra aperçoit l'enfant et indignée, le repousse ; le lait divin se répand dans le ciel en une traînée blanchâtre, la Voie lactée[9]. Dans une autre version, Alcmène abandonne son enfant par crainte de la vengeance d'Héra. Athéna convainc cette dernière d'allaiter le bébé, mais Héraclès tète trop goulûment et Athéna doit le rendre à sa mère[10].

Alors qu'Héraclès est encore bébé, Héra envoie des serpents pour le tuer, mais celui-ci les étrangle sans difficulté. Alertés par les cris des femmes, Alcmène et Amphitryon accourent et trouvent les serpents morts. Amphitryon convoque alors le devin Tirésias, qui prophétise les hauts faits du héros et son apothéose[11].

Dans une autre version, Amphitryon dépose lui-même les serpents pour découvrir lequel des deux enfants est le sien et lequel est le fils de Zeus[12]. Ce récit implique qu'Amphitryon soit au courant de l'infidélité de sa femme. Sur quelques vases de Grande Grèce, on le voit d'ailleurs empiler du bois autour d'un autel près duquel Alcmène s'est réfugiée ; il s'apprête à y mettre le feu quand Zeus envoie un éclair pour dissuader Amphitryon et deux nuages pour éteindre les flammes[13].

Selon certains récits, Héraclès porte d'abord le nom d'Alcide[14] (en grec Ἀλκείδης / Alkeídes, dérivé d'ἀλκή / alkế, « force, vigueur ») ; Héra le rebaptise Héraclès, c'est-à-dire « gloire d'Héra », parce que c'est à cause de ses ordres que le héros a acquis sa renommée[15]. Alternativement, c'est la Pythie de Delphes qui lui conseille de changer de nom après qu'il a tué ses enfants, poussé par Héra qui l'a rendu fou (voir plus bas) ; il prend ce nom de manière propitiatoire après avoir expié son crime[16]. Selon d'autres, le nom original du héros est Alcée, en référence à son grand-père paternel Alcée fils de Persée ; la responsabilité du changement de nom incombe alors soit à la Sibylle[17], soit aux Argiens[18].

Formation

Comme beaucoup de héros grecs, Héraclès est l'élève du centaure Chiron[19]. Des sources tardives lui donnent un grand nombre de maîtres : Castor (originaire d'Argos, à ne pas confondre avec Castor le Dioscure) pour le maniement des armes, Amphitryon pour la conduite des chars, Eurytos ou encore Rhadamante pour le tir à l'arc[20].

Linos enseigne les lettres et la musique à Héraclès et Orphée. Contrairement à son demi-frère, le héros est indiscipliné et turbulent ; frappé par Linos, Héraclès tue celui-ci à coups de tabouret[21] ou, selon la version, à coups de lyre[22]. Héraclès est accusé de meurtre, puis acquitté après avoir invoqué une sentence de Rhadamanthe consacrant le principe de légitime défense[20]. Parce que la fougue d'Héraclès et son manque de maîtrise de soi deviennent une menace, Amphitryon l’éloigne de la cour[23]. Le héros est envoyé surveiller ses troupeaux à la campagne où son éducation est reprise par Teutoros, un bouvier scythe qui lui enseigne le tir à l’arc[20]. Il se signale déjà par sa force et sa stature : il atteint la taille considérable de quatre coudées[23].

Chez Thespios

Le jeune Héraclès, tenant sa massue, assis sur un autel, 450-400 av. J.-C., musée régional archéologique de Palerme

À 18 ans[24], Héraclès est invité par le roi Thespios, souverain de Thespies. Soucieux d'avoir le héros comme père de ses petits-enfants[24], Thespios lui envoie chaque soir l'une de ses cinquante filles ; Héraclès croit retrouver toujours la même jeune fille et devient ainsi le père de cinquante fils, les Thespiades[24]. Dans d'autres versions, l'exploit est accompli au cours de sept nuits[25], voire d'une seule nuit[26]. Dans ce dernier récit, l'une des filles de Thespios refuse d'entrer dans la couche d'Héraclès ; elle est punie en devenant prêtresse du héros et vouée à la virginité perpétuelle[26]. Ici, les Thespiades sont au nombre de cinquante-et-un, l'aînée et la cadette des filles de Thespios donnant naissance à des jumeaux[26].

Selon l'un des récits, la raison première de la venue à Thespies d'Héraclès est le lion du mont Cithéron, qui ravage les troupeaux d'Amphitryon et de Thespios[27]. Héraclès abat l'animal, le dépèce et se couvre la tête de sa peau en guise de casque[24].

La guerre contre les Minyens

Périérès, le conducteur du char de Ménécée (roi de Thèbes et père de Créon), a blessé mortellement Clyménos, roi d’Orchomène, en lui lançant une pierre alors qu'il se trouve dans le sanctuaire d’Onchestos, pendant l'une des fêtes de Poséidon[28]. Avant d’expirer, il a fait promettre à son fils, Erginos, de le venger. Erginos a vaincu le roi Créon et obligé ce dernier à lui fournir annuellement, et durant vingt ans, un cheptel de cent bêtes[28]. Afin de percevoir cette redevance, Erginos envoie annuellement une délégation.

Après son exploit sur le mont Cithéron, Héraclès redescend vers Thèbes et croise la route de ces émissaires. Ne supportant pas l’humiliation imposée à Créon, Héraclès tranche le nez et les oreilles à chacun d’eux et en fait un pendentif ; les percepteurs sont ainsi réexpédiés au palais d’Erginos[28].

Furieux, Erginos marche contre Thèbes. Équipé d'armes données par Athéna, Héraclès mène les siens au combat, et remporte la victoire, malgré la mort d'Amphitryon pendant les combats[28]. Le héros impose aux Minyens d'Orchomène le double du tribut infligé à Thèbes.

La folie d’Héraclès

La folie d'Héraclès, œuvre d'Astéasprobablement inspirée par la tragédied'Euripide, v. 340 av. J.-C., Musée national archéologique de Madrid

En récompense de sa victoire contre Erginos, Créon donne à Héraclès la main de sa fille Mégara[29], dont il a plusieurs enfants : les Chalkoarai. Leur nombre varie de deux à huit suivant les auteurs[30].

Dans la version la plus ancienne[31], Héraclès devenu fou[32] jette ses enfants au feu[33]. À son réveil, Héraclès retourne chez Thespios pour être purifié puis, après avoir consulté l'oracle de Delphes, va à Tirynthe pour servir Eurysthée[34]. Cet accès de folie est généralement attribué à Héra, qui veut l'obliger à se mettre au service d'Eurysthée[35].

Selon Euripide, l'épisode est lié à l'usurpation du trône de Thèbes par Lycos, fils de Dircé. En l'absence d'Héraclès, descendu aux Enfers pour chercher Cerbère, Lycos assassine Créon et ses fils[36]. À son retour, Héraclès tue Lycos[37]. Frappé par Iris et Lyssa (la Folie), envoyées par Héra[38], le héros devient la proie d'une rage meurtrière qui le pousse à massacrer ses enfants, les prenant pour ceux d'Eurysthée[39]. Mégara tente de sauver ses enfants, mais elle rejoint elle aussi le rang des victimes[40]. À son réveil, Héraclès revenu lucide songe d'abord à se suicider[41]. Thésée, qui vient d'arriver, le convainc de n'en rien faire et l'emmène à Athènes[42].

Exploits

Article détaillé : Travaux d'Héraclès.

Par le nombre de ses hauts faits, Héraclès se distingue de la plupart des héros grecs, comme Persée, Thésée ou Bellérophon, dont la carrière est centrée autour d'un exploit unique[43]. Les plus connus sont les Douze Travaux, entrepris sur l'ordre d'Eurysthée. C'est au cours du premier d'entre eux, la chasse du lion de Némée, qu'il acquiert ses principaux attributs : la massue, taillée dans le tronc d'un olivier sauvage[35], et la léonté, c'est-à-dire la peau de lion.

Les Douze Travaux retenus par la tradition n'épuisent pas la liste des exploits d'Héraclès.

Héraclès capturant le taureau crétois de Minos.

Il faut y ajouter des aventures secondaires, greffées plus ou moins artificiellement sur les Douze Travaux :

 

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Dionysos

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Artémis

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Diane de Versailles, copie romaine d'un original grec de 330 av. J.-C. (?), musée du Louvre

Dans la mythologie grecque, Artémis (en grec ancien Ἄρτεμις / Ártemis) est la déesse de la chasse, et une des déesses associées à la Lune (par rapport à Apollon, qui est le dieu du Soleil). Elle est assimilée dans la mythologie romaine à la déesse Diane. Ses attributs sont la biche, l'arc, le carquois et les flèches.

Elle est la fille de Zeus et de Léto et la sœur jumelle d'Apollon (ou simplement sa sœur, selon l'hymne homérique qui lui est consacré), avec lequel elle partage beaucoup de traits communs.

Divinité des frontières

Artémis versant une libation, lécytheattiqueà figures blanches à la manière du Peintre de Bowduin, 460-450 av. J.-C., musée du Louvre

Née sur l'île d'Ortygie « l'Ile aux cailles », appelée plus tardivement Délos, Artémis fait du pays des Hyperboréens sa résidence principale[1] où elle règne en maîtresse de la nature sauvage et des animaux. « Que toutes les montagnes soient les miennes » déclare-t-elle dans l'hymne de Callimaque de Cyrène. Elle erre aussi dans les agroi, les terres en friches, incultes et peu fréquentées . Comme le souligne Jean-Pierre Vernant, elle « a sa place en bordure de mer, dans les zones côtières où entre terre et eau les limites sont indécises[2] ». Toujours située à la frontière entre le monde civilisé et le monde sauvage, Artémis la chasseresse est aussi une κουροτρόφος / kourotrophós[3], qui préside à l'initiation des petits d'hommes et d'animaux et les accompagne jusqu'au seuil de la vie adulte.

Armée d'un arc et de flèches offerts par les Cyclopes[4], Artémis assiste son frère Apollon dans son combat contre le serpent Python ainsi que dans la gigantomachie. Pendant la guerre de Troie, elle est également aux côtés des Troyens. Comme lui, elle pourfend de ses flèches les Niobides. Elle l'aide à se venger de Coronis et de Tityos. De manière générale, elle envoie sur les femmes la mort soudaine, alors qu'Apollon se charge des hommes. Dans l’Iliade, Héra la qualifie ainsi de « lionne pour les femmes ». On lui chante, comme à Apollon, le péan.

Selon une légende, Artémis est née un peu avant Apollon et elle aurait aidé Léto, sa mère, à accoucher, remplaçant ainsi Ilithyie, déesse de l'accouchement.[réf. nécessaire]

Chasseresse à l'arc d'or

Diane chasseresse, par Auguste Renoir(1867)

Coureuse des forêts, sauvageonne insoumise et fière, Artémis appartient avant tout au monde sauvage, alors que son frère Apollon se présente comme un dieu civilisateur. Seule parmi les dieux, à l'exception de Dionysos, elle est constamment entourée d'une troupe d'animaux sauvages, d'où son épiclèse de Ἡγημόνη / Hêgêmónê, « Conductrice ». Elle est aussi à la tête d'une troupe de nymphes (20 nymphes du mont Amnisos, selon Callimaque) et de jeunes mortelles, qu'elle mène à travers les forêts. l'Iliade en parle comme de « l'agreste Artémis (…), la dame des fauves (πότνια θηρῶν / pótnia thêrỗn)[5].

Surnommée « la Bruyante » (Κελαδεινή / Keladeinế), elle mène sa meute et les pousse de la voix. Artémis possède en effet le double visage de la compagne des animaux sauvages et de la chasseresse. La biche symbolise bien son ambivalence : la bête est sa compagne favorite, et de nombreuses représentations la montrent à son côté. Néanmoins, Artémis est aussi celle qui est réputée pour suivre de ses flèches cerfs et biches, même si peu de textes l'attestent.

Didrachme de Ionie représentant la déesse Artémis

La déesse sagittaire est enfin appelée par Homère Artémis khrysêlakatos, « à l’arc d’or », et par Hésiode iokhéairê, « l'archère »[6]. Chez Homère, l'arc se dit βιός / biós, qui se rapproche de βίος / bíos, « la vie ». C'est pourquoi, Artémis, encore appelée « la radiante », est aussi celle qui guide les égarés, les étrangers, ou les esclaves en fuite au cœur de la nuit. Aussi Artémis porte-t-elle en latin le nom de Trivia, « celle qui éclaire la route aux carrefours de la vie ».

Déesse vierge

Diane au bain, par François Boucher(1742)

Tout comme Athéna et Hestia, Artémis est une déesse « vierge ». Elle a demandé à son père de garder sa virginité pour toujours à cause de l'aversion pour le mariage que lui a donné sa mère dès la naissance. Improprement considérée par les mythocritiques jusqu'au XIXe siècle comme « chaste », jusqu'à ce que Jean-Pierre Vernant éclaire davantage les adjectifs accolés à son nom. Artémis est parthenos, la vierge qui s'occupe du feu, ou, comme le rapporte Plutarque, celle qui s’abstient de tout commerce sexuel avec des hommes. Elle punit sévèrement les hommes qui tentent de la séduire : « tristes noces, celles que briguèrent Otos et Orion[7] ». Quand Actéon la surprend par hasard dans son bain, elle le métamorphose en cerf et le fait déchiqueter par ses propres chiens.

Elle surveille également la chasteté de ses compagnes : elle menace de tuer Callisto, enceinte de Zeus.

Épithètes, attributs et sanctuaires

Artémis du type d'Éphèse, IIe siècle apr. J.-C., Musée de Selçuk

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Déméter

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Déméter et Perséphone (Coré) remettant à Triptolème les grains pour apprendre l'agriculture à l'humanité, relief votif ou cultuel d'Éleusis, v. 440 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes

Dans la mythologie grecque, Déméter (en grec ancien Δημήτηρ / Dêmếtêr qui dérive de Γῆ Μήτηρ / Gễ Mếtêr, « la Terre-Mère » ou de Δημομήτηρ / Dêmomếtêr, « la Mère de la Terre », de δῆμος / dễmos, « la terre, le pays ») est la déesse de l'agriculture et des moissons. Les Romains l'associèrent à Cérès. La Théogonie d'Hésiode en fait une fille des Titans Cronos et Rhéa, sœur de Zeus, de Poséidon, d'Hadès, d'Hestia et d'Héra et la mère de Perséphone.

Mythe[modifier]

Août — Le Triomphe de Céres, par Tura Cosmè (v. 14761484)

Quand Hadès, souverain des morts, enleva Perséphone pour en faire son épouse, Déméter partit à sa recherche et négligea les récoltes de la Terre. En prenant la forme d'une vieille femme nommée « Doso », elle erra pendant neuf jours. Se rendant compte qu'une famine menaçait les mortels, Zeus se décida à envoyer Hermès au royaume d'Hadès pour lui demander de rendre Perséphone à sa mère. Mais Perséphone avait mangé six pépins de la grenade offerte par Hadès, en guise de dernière ruse pour la garder avec lui, et la tradition voulait que quiconque mangeait dans le royaume des morts ne puisse le quitter. Zeus s'entendit pour que Perséphone passe les six mois cultivables sur la Terre avec sa mère et les six mois du reste de l'année avec son époux. C'est de ce mythe qu'est né le cycle des saisons dans la mythologie grecque.

Mais Déméter n'eut pas que Perséphone. Le héros Iasion s'unit à elle dans un champ labouré trois fois et lui donna un fils qui fut appelé Ploutos et devint la personnification de la richesse. Homère mentionne que Zeus, par jalousie, foudroya Iasion. Unie à Poséidon, elle conçut aussi Arion, un cheval immortel, et une déesse mystérieuse, dont il était interdit de prononcer le nom : aussi désignait-on cette fille de Déméter sous le vocable de Despina (« la Maîtresse ») [1]. La légende rapporte qu'ayant conçu Despina durant sa quête de Perséphone, Déméter la fit élever par un Titan du nom d'Anytos[2].

Déméter enseigna aux humains le travail des semis et du labour. Durant son errance sous la forme de Doso, elle rencontra Céléos, roi d'Éleusis. Pour le remercier de son accueil, elle prit avec elle les fils du roi, Démophon et Triptolème, tenta de rendre le premier immortel et enseigna au second l'art de l'agriculture. Celui-ci devait en retour enseigner cet art au reste des humains. Certaines traditions mentionnent qu'elle lui aurait aussi donné des grains de blé afin qu'il les répandît sur la Terre.

Culte[modifier]

Bacchus et Céres, nymphes et satyres, par Sébastien Bourdon (2e moitié du XVIIe siècle)

Dans Les Travaux et les Jours, Hésiode revient fréquemment sur Déméter, et il y donne de nombreux détails sur les rites religieux entourant la fertilité et le travail de la terre. On reconnaît que cette déesse est l'une des divinités les plus favorables aux humains et qu'elle se réjouit dans la paix et le labeur. Plusieurs auteurs s'entendent pour dire qu'elle ne faisait pas partie des douze dieux de l'Olympe, puisqu'elle préfèrerait rester près de la terre et des champs.

Selon Pausanias dans sa Description de la Grèce, une grande quantité de temples et sanctuaires dédiés à Déméter parsemaient le pays, témoignant de l'importance de son culte.

Déméter fut honorée dans les mystères d'Éleusis, un culte célébrant le retour à la vie et le cycle des moissons. L'Hymne homérique à Déméter, donne la meilleure description qui puisse nous documenter sur l'origine du culte.

Elle était également honorée aux mystères de Samothrace sous la forme de la déesse Axieros, la déesse principale des Grands Dieux.

Épiclèses, attributs et sanctuaire[modifier]

Déméter dans les arts[modifier]

Déméter est souvent représentée assise et portant une gerbe d'épis de blé tressés. On la voit parfois munie d'une torche, à la recherche de sa fille bien-aimée. On retrouve souvent près d'elle les produits de la terre et ses animaux sacrés, la couleuvre et la truie. Sa fille Perséphone apparaît assez souvent à ses côtés.

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:18

Apollon

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Apollon (homonymie) et Phébus.

Apollon (en grec ancien Ἀπόλλων / Apóllôn, en latin Apollo) est le dieu grec du chant, de la musique et de la poésie. Il est également dieu des purifications et de la guérison, mais peut apporter la peste avec son arc ; enfin, c'est un des principaux dieux capables de divination, consulté, entre autres, à Delphes, où il rendait ses oracles par la Pythie. Il a aussi été honoré par les Romains, qui l'ont adopté très rapidement sans changer son nom. Dès le Ve siècle av. J.-C., ils l'adoptèrent pour ses pouvoirs guérisseurs et lui élevèrent des temples.

Il est également connu comme Phœbus ou Phébus, « le brillant », mais il ne doit pas être confondu avec Hélios, dieu du soleil. Il est fréquemment représenté avec son arc et ses flèches, ou encore avec une lyre : on le qualifie alors de « citharède »[1]. Il est également appelé « musagète », celui qui conduit les Muses. Le surnom de Loxias, « l'Oblique », lui est attribué à cause de l'ambiguïté de ses oracles.

Apollon devient au Moyen Âge puis à l'époque moderne un dieu solaire, patron de la musique et des arts. Au XIXe siècle, il symbolise la raison, la clarté et l'ordre, considérés comme caractéristiques de l'« esprit grec », par opposition à la démesure et à l'enthousiasme dionysiaques. Ainsi, on a pu écrire de lui qu'il est « le plus grec de tous les dieux[2] » et qu'« aucun autre dieu n'a joué un rôle comparable dans le développement du mode de vie grec[3] ». Il reste l'un des dieux auquel l'on a élevé le plus de temples et consacré le plus de cultes [4].

Mythe

Naissance

Apollon et sa sœur Artémis entourant le palmier où leur mère leur a donné naissance, cratère du Peintre de Comacchio, v. 450 av. J.-C., Musée archéologique national de Madrid

Apollon est le fils de Zeus et d'une Titanide, Léto[5]. Il a pour sœur jumelle Artémis. Sa naissance est contée en détail dans l’Hymne homérique à Apollon[6] : sur le point d'enfanter, Léto parcourt la mer Égée, cherchant un asile pour son fils. Pleines de terreur, « car nulle d'entre elles n'eut assez de courage, si fertile qu'elle fût, pour accueillir Phoibos »[7], îles et presqu'îles refusent l'une après l'autre d'accueillir Apollon. Léto gagne finalement l'île de Délos, qui refuse d'abord, de peur que le dieu ne la méprise ensuite à cause de l'âpreté de son sol. Léto jure par le Styx que son fils y bâtira son temple et l'île accepte aussitôt.

Toutes les déesses, dont Dioné, Rhéa, Thémis et Amphitrite, viennent assister Léto pendant sa délivrance. Par jalousie, Héra ne prévient pas Ilithyie, déesse des accouchements, qui reste sur l'Olympe. Après neuf jours et neuf nuits, les déesses ordonnent à Iris, messagère des dieux, de prévenir Ilithyie et de lui remettre un collier d'or pour la faire venir. Dès que celle-ci arrive à Délos, Léto étreint un palmier qui deviendra sacré et donne naissance à Apollon, en un jour qui est le septième du mois. Aussitôt, les cygnes sacrés font sept fois le tour du rivage en chantant[8]. Puis Thémis offre à Apollon le nectar et l'ambroisie. Dans l’Hymne homérique, Artémis ne naît pas en même temps que son frère, mais à Ortygie[9] – nom qui désigne peut-être l'emplacement du temple d'Artémis à Éphèse[10]. Dès sa naissance, Apollon manifeste sa puissance d'immortel ; il réclame ses attributs, la lyre et l'arc, et affirme ses pouvoirs.

Tetradrachme de la région Illyro Péonienne représentant Apollon

Chez Pindare, Artémis et Apollon naissent, jumeaux, à Délos[11]. Délos est une île errante avant l'arrivée de Léto ; après la délivrance d'Apollon, quatre colonnes surgissent du fond de la mer et viennent l'ancrer solidement[12]. Chez Hygin, le serpent Python prédit sa propre mort des mains d'Apollon et poursuit Léto enceinte pour l'empêcher d'accoucher[13]. Parallèlement, Héra décrète qu'aucune terre sous le soleil ne pourra accueillir Léto. Zeus demande donc à Borée, le vent du Nord, d'amener Léto à Poséidon. Ce dernier installe la parturiente sur l'île d'Ortygie, qu'il recouvre sous les eaux. Python finit par abandonner ses recherches et Léto peut accoucher. Aussitôt, Poséidon fait sortir des eaux Ortygie qui prend le nom de Délos, « la visible ». Enfin, on trouve chez Apollodore l'idée qu'Artémis naît la première et sert de sage-femme à Léto pour la naissance de son frère[14].

Chez les Hyperboréens

Peu après la naissance d'Apollon, Zeus lui remet un char tiré par des cygnes et lui ordonne de se rendre à Delphes[15]. Le dieu n'obéit pas immédiatement, mais s'envole à bord de son char pour le pays des Hyperboréens qui, selon certaines versions, est la patrie de Léto[16]. Là vit un peuple sacré qui ne connaît ni la vieillesse, ni la maladie ; le soleil brille en permanence[17]. Il y reste pendant un an avant de partir pour Delphes. Il y revient tous les 19 ans, période au bout de laquelle les astres ont accompli une révolution complète (un cycle métonique)[16]. De l'équinoxe de printemps au lever des Pléiades, il y danse chaque nuit en s'accompagnant de la lyre[16]. Selon d'autres légendes, il y passe chaque année les mois d'hiver[18], ne revenant dans son lieu de culte — Delphes ou Délos — qu'avec le printemps[19].

L'arrivée à Delphes

Apollon sauroctone, représentant peut-être le meurtre du serpent Python, musée du Louvre

Les premiers exploits du dieu sont décrits dans l’Hymne homérique à Apollon pythien. À la recherche d'un lieu où fonder son oracle, Apollon s'arrête d'abord à la source Telphouse, près de l'Hélicon. Ne souhaitant pas partager le lieu avec quiconque, elle lui suggère d'aller plutôt à Crisa, près de Delphes. Là, Apollon établit son temple, après avoir tué le serpent femelle, la Δράκαινα / drákayna, enfant de Gaïa, qui garde les lieux. La dépouille du serpent reçoit le nom de Πυθώ / Puthố, « la pourrissante » (de πύθειν / púthein, pourrir), Apollon prend le titre de Pythien et sa prêtresse celui de Pythie. En colère contre Telphouse, Apollon rebrousse chemin et ensevelit la source sous une pluie de pierre. Il bâtit un sanctuaire à sa place et prend le nom de Telphousien. Le dieu cherche ensuite un moyen de faire venir des prêtres à son temple pythien. Il aperçoit alors un navire de Crétois voguant vers Pylos. Prenant la forme d'un dauphin (δελφίς / delphís), il les mène jusqu'à Crisa. Il se transforme ensuite en jeune homme et conduit les Crétois jusqu'au sanctuaire dont ils deviendront les desservants. Crisa prend alors le nom de Delphes (Δελφοί / Delphoí).

L'arrivée à Delphes fait l'objet de variantes. Chez Pindare, le dieu prend contrôle du lieu par la force (on ne précise pas comment), ce qui pousse Gaïa à vouloir le jeter au Tartare[20]. D'autres auteurs mentionnent également les répercussions du meurtre de Python : chez Plutarque, Apollon doit se purifier dans les eaux du Tempé[21]. Chez Euripide, Léto amène Apollon à Delphes où il tue le serpent Python. En colère, Gaïa envoie aux hommes des rêves prophétiques. Apollon se plaint de cette concurrence déloyale à Zeus, qui met fin aux rêves[22]. Chez Hygin, Apollon tue Python pour venger sa mère, que le serpent a poursuivi pendant sa grossesse[13].

Dans d'autres traditions, la prise de Delphes est pacifique. Ainsi, chez Eschyle, Gaïa donne l'endroit à sa fille Thémis, laquelle le donne à son tour à sa sœur Phébé, qui le remet ensuite à Apollon[23]. Chez Aristonoos, Apollon est conduit à Delphes par Athéna et persuade Gaïa de lui donner le sanctuaire[24].

La guerre de Troie

Dans la guerre de Troie, Apollon se range aux côtés des Troyens, qui lui consacrent un temple sur leur acropole[25]. Comme le font Poséidon et Athéna pour les Achéens, il intervient aux côtés des troupes qu'il défend pour les encourager[26]. Il prend les traits de mortels pour conseiller Hector ou Énée[27] Il soustrait Énée aux coups de Diomède[28], intervient en personne pour repousser le guerrier grec quand il se fait trop pressant[29] puis sauve Énée en le remplaçant par un fantôme sur le champ de bataille[30]. De même, il dérobe Hector à la rage d'Achille[31]. Inversement, il se sert d'Agénor pour éloigner Achille et empêcher la prise de Troie[32]. Il intervient directement en frappant et désarmant Patrocle, laissant le héros sans défense face aux Troyens qui le tueront[33]. Selon les versions, il aide Pâris à abattre Achille[34], ou prend la forme du prince troyen[35] pour le tuer.

Défenseur des Troyens, il a pour principal adversaire sa demi-sœur Athéna[36]. Non content de l'affronter sur le champ de bataille par mortels interposés, il veut empêcher Diomède, le protégé d'Athéna, de remporter l'épreuve de course en chars lors des jeux funéraires de Patrocle ; la déesse intervient à son tour pour faire gagner son champion[37]. Néanmoins, Apollon sait se retenir face à son oncle Poséidon et lui propose de laisser les mortels régler eux-mêmes leurs querelles[38].

On ignore pourquoi Apollon prend aussi activement parti pour les Troyens, ou inversement contre les Grecs. Son seul lien avec Troie remonte à sa servitude auprès de Laomédon, mais cette histoire devrait plutôt l'inciter à soutenir les Grecs, comme le fait Poséidon[39].

Un dieu vengeur

Apollon et Tityos, pélikè attique à figures rouges de Polygnote, v. 450440 av. J.-C.

Apollon est un dieu vindicatif, prompt à punir ceux qui le défient. Il tue le serpent Python et, aidé de sa sœur, il élimine Tityos, qui a tenté de s'en prendre à Léto[40]. Toujours avec Artémis, il massacre de ses flèches les fils et filles de Niobé, qui a osé se moquer de sa mère[41]. Il fait périr les Aloades quand ceux-ci entreprennent d'escalader l'Olympe et de défier les dieux[42]. Il écorche vivant le satyre Marsyas, amateur de flûte, qui lui a lancé un défi musical[43]. Le roi Midas, qui avait préféré le son de la flûte à celui de la lyre, est doté d'une paire d'oreilles d'âne[44].

La confrontation ne tourne pas toujours à l'avantage du dieu. Quand Héraclès s'empare du trépied de Delphes pour faire pression sur la Pythie, Apollon accourt à la rescousse de la prêtresse. Le héros se serait enfui avec le trépied si le dieu n'avait pas appelé à l'aide son père Zeus, qui intervient en envoyant un trait de foudre[45].

Un dieu bâtisseur

Dans son Hymne à Apollon, Callimaque lui prête un rôle de bâtisseur, de fondateur et législateur. Il conseillait les représentants de diverses cités grecques quant à la fondation de cités nouvelles : « O Phébus ! sous tes auspices s'élèvent les villes ; car tu te plais à les voir se former, et toi-même en poses les fondements[46]. »

Platon[47] reconnaît également ce rôle à Apollon et conseille à tout fondateur d'un état de se référer aux lois établies par le dieu : il s'agit des lois « qui regardent la fondation des temples, les sacrifices, et en général le culte des dieux, des démons et des héros, et aussi les tombeaux des morts et les honneurs qu'il faut leur rendre afin qu'ils nous soient propices... ».

Amours

Idas et Marpessa séparés par Zeus d'Apollon, psykter attique à figures rouges, Staatliche Antikensammlungen

Réputé pour sa grande beauté, Apollon est paradoxalement assez malheureux dans ses amours[48],[49]. Celles-ci ont pour objet des nymphes, des mortels ou des mortelles, mais très rarement des divinités majeures[50].

Il s'éprend de la nymphe Cyrène en la voyant combattre un lion qui menace les troupeaux de son père[51]. Il fait part de ses sentiments au centaure Chiron, qui les approuve. Encouragé, Apollon se déclare à la jeune fille, qu'il emmène en Libye. Là, elle reçoit du dieu la souveraineté sur la région, la Cyrénaïque, et donne naissance à Aristée, qui enseignera aux hommes l'apiculture.

Les autres amours du dieu sont moins heureuses. Il enlève Marpessa, fille d'Événos, alors qu'elle est fiancée à l'Argonaute Idas[52]. Ce dernier réclame sa promise les armes à la main, et Zeus doit séparer les deux adversaires[53]. Le roi des dieux demande à Marpessa de choisir entre ses deux soupirants ; la jeune fille opte pour Idas, de peur d'être abandonnée par Apollon l'âge venant[53].

Il poursuit de ses ardeurs la nymphe Daphné ; pendant sa fuite, la jeune fille invoque son père, un dieu-fleuve, qui lui substitue un laurier[54] ou la transforme en cette plante[55]. Ses amours avec Coronis, fille de Phlégias, roi des Lapithes, ne finissent pas mieux : enceinte du dieu, elle le trompe avec le mortel Ischys[56]. Apollon, maître de la divination, perçoit la vérité, qui lui est également rapportée par un corbeau[56]. Il envoie alors sa sœur Artémis pourfendre l'infidèle de ses flèches, mais pris de pitié pour l'enfant à naître, il arrache ce dernier du ventre de sa mère qui se consume sur le bûcher[56]. Il porte le jeune Asclépios chez le centaure Chiron, qui l'élève et lui enseigne l'art de la médecine[56]. Apollon s'éprend également de la princesse troyenne Cassandre, fille du roi Priam : elle promet de se donner à lui en échange du don de prophétie mais après avoir obtenu satisfaction, elle revient sur ses dires. Furieux, Apollon la condamne à ne jamais être prise au sérieux[57].

Apollon, Hyacinthe et Cyparisse, Alexandre Ivanov, 1834

De nombreuses autres aventures sont attribués à Apollon. Souvent, les récits se concentrent sur la progéniture divine plutôt que sur la mère, dont le nom change suivant la version : il ne s'agit pas de véritables histoires d'amour, mais d'un moyen de rattacher un personnage à Apollon. Ainsi des musiciens Linos et Orphée, du devin Philamnos, d'Ion, éponyme des Ioniens ou de Delphos, fondateur de Delphes.

Apollon est aussi le dieu qui compte le plus d'aventures avec des jeunes garçons[58]. Il s'éprend de Hyacinthe, fils d'un roi de Sparte. Alors qu'ils s'entraînent au lancer du disque, le hasard — ou Zéphyr jaloux — fait que le disque frappe Hyacinthe à la tempe. Désespéré, Apollon fait jaillir du sang du jeune homme une fleur, le hyakinthos, qui n'est sans doute pas la jacinthe actuelle[59]. L'histoire de Cyparisse, fils de Télèphe, se termine également de manière tragique. Aimé d'Apollon, il a pour compagnon un cerf apprivoisé. Il le tue un jour par mégarde ; desespéré, il demande au dieu la mort, et la grâce de pouvoir pleurer éternellement. Ainsi est-il changé en cyprès, symbole de la tristesse[60]. Apollon s'éprend également d'Hyménaios, fils de Magnès ; absorbé par sa passion, le dieu ne voit pas le jeune Hermès lui dérober ses troupeaux[61]. On ignore la fin de l'histoire[62].

Figurent également parmi ses amants Hélénos, frère de Cassandre[63] ; Carnos, fils de Zeus et d'Europe, qui reçoit du dieu le don de divination[64] ; Leucatas qui, pour échapper au dieu, se jette du haut d'une falaise et donne son nom à l'île de Leucade[65] ; Branchos, aimé d'Apollon alors qu'il garde ses troupeaux, puis fondateur de l'oracle du dieu à Didymes[66].

Fonctions et culte

Apollon est un dieu jeune pour les Grecs. Seul entre tous les Olympiens, son nom n'apparaît pas sur les tablettes mycéniennes en linéaire B[67]. Le premier culte de Délos concerne Artémis et non son frère[68]. Il est possible que les Karneia, les Hyacinthies et les Daphnephoria célèbrent, à l'origine, d'autres divinités qu'Apollon. Cependant, son culte est solidement ancré dans l'ensemble du monde grec dès le VIIIe siècle av. J.-C., au moment où apparaissent les premières sources littéraires grecques.

Chez Homère

Apollon joue un rôle majeur dans l’Iliade : selon Homère, c'est lui qui est à l'origine de la dispute d'Agamemnon et Achille et donc de l'ensemble des événements narrés par le poème[69]. Animé du souffle prophétique, Xanthos, le cheval d'Achille, le nomme « le premier des dieux[70] ». De fait, aucun n'est mentionné plus souvent que lui dans le poème, à l'exception de Zeus[71]. Chacune de ses apparitions est terrifiante. Quand il veut venger son prêtre Chrysès, bafoué par Agamemnon,

Des cimes de l'Olympe il descendit, plein de courroux,
Portant son arc et son carquois étanche sur l'épaule.
Les traits sonnèrent sur l'épaule du dieu courroucé,
Quand il partit, et c'était comme si la nuit marchait[72].

Le son de son arc est terrible et sa voix gronde comme le tonnerre quand il arrête le guerrier Diomède dans son élan[73]. C'est aussi un dieu jaloux de ses prérogatives : face à Diomède, il rappelle qu'« il n'est rien de commun / entre les Immortels et ceux qui marchent sur la terre[74]. » Il reproche à Achille de ne pas l'avoir reconnu sous les traits du Troyen Agénor :

Pourquoi me poursuis-tu, Achille, avec tes pieds rapides,
Mortel courant après un dieu ? N'aurais-tu pas encore
Reconnu qui je suis, que tu t'obstines dans ta rage[75] ?

Pendant les jeux funéraires de Patrocle, il ôte la victoire à l'archer Teucros, qui a omis de lui promettre une hécatombe[76].

Homère présente avant tout Apollon comme un dieu archer. Là où sa sœur emploie l'arc pour la chasse, son domaine est plutôt la guerre : il donne leur arme aux deux meilleurs archers de la guerre de Troie, le Troyen Pandaros et le Grec Teucros[77]. Ses flèches sont porteuses de mort : elles sèment la peste dans le camp grec, tuant hommes et bêtes. Le seul remède réside alors dans la prière, la purification et le sacrifice : lui seul peut écarter la maladie qu'il apporte[78].

Musicien

Apollon citharède, freque romaine du Ier siècle, Musée du Palatin (Inv. 379982)

L'hymne à Apollon pythien commence par l'apparition d'Apollon dans l'Olympe, la phorminx (lyre) à la main : « aussitôt les Immortels ne songent plus qu'à la cithare et aux chants[79]. » Les Muses chantent en chœur les dieux et les hommes ; les dieux de l'Olympe, Arès compris, se donnent la main pour danser et Apollon lui-même, tout en jouant, se joint à eux. La scène résume l'un des domaines majeurs d'Apollon : la μουσική / mousikē, c'est-à-dire la combinaison du chant, de la musique instrumentale et de la danse[80].

En tant que tel, Apollon est le patron des musiciens : « c'est par les Muses et l'archer Apollon qu'il est des chanteurs et des citharistes », dit Hésiode[81]. Il inspire même la nature : à son passage « chantent les rossignols, les hirondelles et les cigales[15] ». Sa musique apaise les animaux sauvages[82] et meut les pierres[83]. Pour les Grecs, musique et danse ne sont pas seulement des divertissements : elles permettent aux hommes de supporter la misère de leur condition[84].

Jacqueline Duchemin, spécialiste de poésie grecque et de mythologie comparée, a émis l'hypothèse selon laquelle les prérogatives d'Apollon dans le domaine de la musique et de la poésie se rattacheraient à sa nature de divinité pastorale, l'une des fonctions originelles du dieu étant la protection des troupeaux[85]. Selon l'auteur de La Houlette et la lyre, ce seraient les bergers et les pâtres qui auraient inventé l'art musical au cours de leurs longues veillées solitaires. Elle affirme ainsi : "Le poète et le berger sont bien une même personne. Et ses dieux sont à son image.[86]". Et aussi : "Les divinités des pâtres et des bêtes furent, au sein d'une nature pastorale, dans les temps les plus anciens, celles de la musique, de la danse et de l'inspiration poétique.[87]"

Dieu des oracles

Le temple d'Apollon à Delphes

Après avoir réclamé l'arc et la lyre, Apollon, dans l'hymne homérique qui lui est consacré, nomme son troisième domaine d'intervention : « je révélerai aussi dans mes oracles les desseins infaillibles de Zeus[88]. » Si Zeus et quelques héros, comme Trophonios, possèdent leurs oracles, Apollon est la principale divinité oraculaire des Grecs[89]. Il le déclare lui-même quand son frère Hermès essaie d'obtenir aussi le don de divination : « j'ai engagé ma parole, et juré par un serment redoutable que nul autre que moi, parmi les Dieux toujours vivants, ne connaîtrait la volonté de Zeus aux desseins profonds[90]. »

À partir de l'époque classique, tous les sites oraculaires de grande envergure appartiennent à Apollon, à l'exception de l'oracle de Zeus à Dodone et, plus tard, de celui de Zeus Ammon à Siwa[91]. Interrogé sur la disparition des oracles liés aux sources sacrées ou aux vapeurs émanant de la terre, Apollon répond au IIe ‑ IIIe siècle ap. J.-C. :

«  la terre elle-même s'entr'ouvrit et reprit les uns dans ses entrailles souterraines, tandis qu'une éternité infinie anéantit les autres. Mais seul Hélios [Apollon] qui brille pour les mortels possède encore dans les gorges divines de Didymes les eaux de Mykalè, et celle qui court en bordure de Pythô sous la montagne du Parnasse, et la rocailleuse Claros, bouche rocailleuse de la voix prophétique de Phoibos[92]. »

Le principal oracle d'Apollon est celui de Delphes, qui est probablement fondé entre 900 et 700 av. J.-C.[93] Dès l'époque archaïque, Apollon delphien est omniprésent dans la vie des cités : il approuve leurs lois, comme la Grande Rhêtra de Sparte ou la constitution de Clisthène à Athènes, et donne sa bénédiction aux expéditions coloniales. Il apparaît dans les mythes héroïques comme celui d'Œdipe ou de Thésée. Les Jeux pythiques, en l'honneur d'Apollon, sont le concours public le plus important après les Jeux olympiques. À l'époque hellénistique, il conseille le Sénat romain. Après une période de déclin au Ier siècle av. J.-C., le sanctuaire est détruit au IVe siècle par les chrétiens.

Un dieu solaire ?

L'identification d'Apollon avec le soleil n'apparaît dans aucune source avant le Ve siècle av. J.-C. — à l'époque archaïque, ce sont Hélios ou Hypérion qui représentent le feu solaire[94] ; la première mention attestée remonte à Euripide, dans un fragment de la tragédie perdue Phaéton[95],[94]. L'assimilation s'explique par l'épithète φοῖϐος / Phoibos, littéralement « le brillant » qui est associée à Apollon chez Homère[96]. Elle rencontre un grand succès parmi les poètes, où le nom « Apollon » est souvent employé, par métonymie, pour désigner le soleil, de même que « Déméter » pour le pain ou « Héphaïstos » pour le feu. On en trouve peu d'écho dans le culte d'Apollon.

Origines

Une divinité anatolienne ?

Apollon citharède versant une libation, médaillon d'une coupe attique à fond blanc attribuée au Peintre de Pistoxénos, musée archéologique de Delphes

La thèse d'une origine « asiatique » (c'est-à-dire anatolienne) d'Apollon et d'Artémis a été développée par des grands noms de l'hellénisme tels que Wilamowitz en 1903[97] ou M. P. Nilsson en 1925[98] avant d'être remise en cause plus récemment. Ces savants s'appuyaient sur différents éléments: le nom de Léto pourrait venir du lycien, un dialecte indo-européen parlé autrefois en Anatolie, et signifierait, sous la forme Lada, « femme » (étymologie aujourd'hui contestée). L'une des épiclèses d'Apollon, Apollon Lycien, conforte cette hypothèse. Cette épiclèse est cependant plus souvent interprêtée à partir du nom du « loup » (Gernet, Jeanmaire...) L'arme d'Apollon et de sa jumelle Artémis, l'arc, n'est pas grec mais barbare (au sens grec : tous les peuples qui ne parlent pas le grec) ; il porte de plus, comme sa sœur, non pas des sandales, à l'instar des autres dieux, mais des bottines, type de chaussure considérée comme asiatique par les Anciens. En outre, il est, dans l'Iliade d'Homère, du côté des Troyens, peuple asiatique, et le rejet que subit Léto, que nulle terre grecque n'accepte, conforterait l'idée d'un dieu étranger. C'est paradoxalement peut-être le dieu le plus grec de tous, et son adoption rapide par les peuples hellènes a vite dissimulé ses origines lointaines.

Il est aussi possible que ses origines remontent au peuple dorien du Péloponnèse, lequel honorait un dieu nommé Ἀπέλλων / Apéllôn, protecteur des troupeaux et des communautés humaines ; il semblerait que le terme vienne d'un mot dorien, ἀπέλλα / apélla, signifiant « bergerie » ou « assemblée ». L'Apellon dorien serait une figure syncrétique de plusieurs divinités locales pré-grecques, de même que l'Apollon grec est la fusion de plusieurs modèles.

Lorsque son culte s'introduit en Grèce, il est déjà honoré par d'autres peuples pré-hellènes, ce que l'Hymne homérique qui lui est destiné indique en signalant que les Crétois étaient ses premiers prêtres. Son premier lieu de culte est bien sûr Délos, capitale religieuse des Ioniens ; c'est sous Périclès, au Ve siècle av. J.-C., que l'île passe aux mains des Athéniens, qui confortent son caractère de sanctuaire inviolable en y faisant interdire toute naissance et toute mort. Le culte d'Apollon s'était entre-temps répandu partout dans le monde Antique, de l'Asie Mineure (le sanctuaire de Didymes, près de Milet, en porte la trace flagrante : c'est l'un des plus grands temples jamais bâtis dans la zone méditerranéenne) à la Syrie, sans parler des innombrables temples qui lui sont dédiés en Grèce même.

Une divinité gréco-celtique ?

Apollon de Lillebonne, bronze doré gallo-romain du IIe siècle, musée du Louvre

Au rebours de la thèse traditionnelle, Bernard Sergent, spécialiste de mythologie comparée, s'attache à montrer dans Le livre des dieux. Celtes et Grecs, II (Payot, 2004) l'identité d'Apollon et du dieu celtique Lug. Pour lui, le dieu n'est pas asiatique mais gréco-celtique, et par-delà, indo-européen. Il remonte au moins à la séparation des ancêtres des Celtes et des Grecs, au IVe millénaire av. J.-C., et il est arrivé « tout d'un bloc » en Grèce : ce n'est pas une divinité composite. Il possède des homologues en domaine germanique (Wotan) ou indien (Varuna).

Apollon serait la version divine du roi humain. Les poèmes homériques lui donnent systématiquement l'épithète anax, qui remonte à la désignation mycénienne du roi, wanax. Or le roi indo-européen est rattaché aux trois fonctions définies par Georges Dumézil, d'où la complexité d’Apollon : il remplit toutes les fonctions que puisse avoir un dieu. La définition de Lug donnée par C.-J. Guyonvarc'h et F. Le Roux peut aussi bien s'appliquer à lui : il est « tous les dieux résumés en un seul théonyme ».

B. Sergent compare une à une toutes les caractéristiques connues de Lug et d'Apollon et relève de nombreux points communs : ce sont des dieux lumineux, jeunes, beaux, grands, mais parfois polycéphales et hermaphrodites, pratiquant des épiphanies, des rapides disposant d'une puissance foudroyante, de très grands « druides », des guerriers, des protecteurs des troupeaux, des maîtres des moissons, associés aux arbres, des maîtres du temps, des médecins, les maîtres des fondations, les responsables des défrichements et des chemins, les protecteurs des assemblées, les maîtres des initiations, des méchants, des rusés, des maîtres des techniques, des maîtres tout court, des dieux des hauts lieux et des grosses pierres.

Leurs attributs communs sont l'arme de jet, l'instrument à cordes, le corbeau, le roitelet, « l'aigle pourri », le cygne[99], le coq, le héron et la grue, le chien et le loup, le cerf, le sanglier, le serpent et la tortue, l'ours, le dauphin, le phoque, le poisson, le cheval, la pomme et la branche nourricière, les nombres trois, sept et neuf, la danse en rond sur un pied, la pourriture.

Ils sont également rattachés à des mythes communs, tels que la naissance, le meurtre des géants borgnes, la succession de Terre (Gaïa ou Thémis en Grèce, Tailtiu en Irlande) ou la fondation de jeux.

Par ailleurs, selon B. Sergent, le culte d'Apollon ne s'est fixé en Lycie qu'au IVe siècle av. J.-C.. Auparavant, les Grecs ont pu faire des « jeux de mots » entre le nom de la Lycie (Lukia en grec) et les épithètes Lukeios, Lukios, Lukêgenès d'Apollon, qui se rapportent au loup (lukos), l'un des attributs d'Apollon, ou à la lumière (lukê). Il serait Lukê-genès, comme le dit l’Iliade, parce qu'il serait « né de la lumière » et non pas « né en Lycie ».

C'est surtout à Delphes que le caractère complexe du dieu se révèle, dans son rôle d'inspirateur de la Pythie et des hommes, qu'il révèle à soi.

Le rapprochement proposé par Bernard Sergent entre Lug et Apollon n'a pas été repris par d'autres spécialistes. Il est à noter que les spécialistes actuels des études celtiques voient davantage en Lug un héritier du couple indo-européen des Dioscures, les Jumeaux divins, une des plus anciennes figures du panthéon indo-européen[100]

Le dieu-loup ?

Dans Apollo the Wolf-god[101], Daniel E. Gershenson voit en Apollon un dieu d’origine indo-européenne, dont les attributs principaux seraient rassemblés dans l’expression Apollon dieu-loup. Cet auteur s’inscrit dans la lignée des travaux de Louis Gernet Dolon le loup et de Henri Jeanmaire Couroï et Courètes.

Par là, il faut entendre non pas le culte de l’animal en lui-même, mais de son symbolisme de loup mythique, lequel n’est autre que le vent considéré tant par ses vertus bénéfiques que destructrices. Les vents, comme Zéphyr le vent-loup, peuvent être favorables aux semences, mais sont aussi tenus pour issus des cavernes et cette origine souterraine les mets en relation avec les Enfers. Le vent est ainsi le passage entre le chaos et le cosmos.

Ceci explique le rôle de la divinité comme tuteur des éphèbes, de jeunes guerriers qui accomplissent leur initiation d’adultes, sa fonction de protecteur du grain semé et enfin sa qualité de dieu de la prophétie qui révèle les mystères et initie les musiciens et les poètes. Le Lycée (Λύκειον / Lykeion) rendu célèbre par Aristote est placé dans un gymnase jouxtant le temple d’Apollon Lykeios. Apollon Lykeios, le dieu-loup, serait le maître des passages, dieu qui transforme les forces chaotiques des confréries de loups-garous de l’adolescence vers l’âge adulte, qui dévoile par la prophétie ou la Pythie le monde caché vers le découvert.

Gershenson présente de nombreux témoignages dans le monde européen qui pourraient montrer que ce dieu-loup et dieu-vent remonte à une période antérieure à la séparation des peuples européens qui ont pénétré en Europe centrale et méridionale. Ses déductions ont été confirmées plus tard par Bernard Sergent, un auteur qui a notamment souligné le lien d'Apollon avec les loups et son rôle joué dans les initiations, ainsi que son origine indo-européenne. Apollon est particulièrement associé à Borée, le Vent du Nord. Sergent a cependant accusé Gershenson de donner une vision trop réductrice d'Apollon, ce dieu ayant une personnalité beaucoup plus riche que celle qui serait décrite dans cette thèse.

Synthèse de plusieurs mythologies

Dans l'Iliade, Apollon est décrit comme un dieu lunaire : son arc est d'argent, couleur liée à la nuit et à la lune. Ensuite, de multiples évolutions l'amèneront à devenir un dieu solaire (son épithète Phœbus, la lumière), son arc et ses flèches renvoient d'ailleurs aux rayons solaires. Toujours dans les poèmes homériques, il y est perçu comme un dieu-vengeur, menaçant, porteur de peste. Dans le chant I de l'Iliade, ses surnoms sont les suivants : toxophore, Seigneur archer, argyrotoxos, à l'arc d'argent, etc. Cette attitude vengeresse est accompagnée de traits de caractère belliqueux : Homère l'y décrit comme un dieu orgueilleux, emporté par ses sentiments et par la violence. Rappelons que les poèmes Homériques (L'Iliade) écrits dans le IXe siècle avant Jésus-Christ narrent une histoire antérieure de près de quatre siècles (Troie a été détruite dans les années 1280 ACN). Le dieu Apollon n'a pas encore subi les influences qui l'amèneront à devenir le dieu complexe qu'il est dans la Grèce classique.

Également, initialement, Apollon était perçu comme un dieu agraire en tant que dieu-rat[réf. nécessaire], même s'il porte le titre de Smintheus (tueur de souris), montrant là sa capacité à amener une maladie, en l'occurrence la peste[réf. nécessaire], et à la guérir. En outre, Apollon était également doté d'attributions paradoxales telles que « maître des fauves » et « berger ».

Le Dictionnaire des Symboles, publié chez Robert Laffont, dit de lui : » Réunissant des éléments divers, d'origine nordique, asiatique, égéenne, ce personnage divin devient de plus en plus complexe, synthétisant en lui nombre d'oppositions, qu'il parvient pour finir en un idéal de sagesse, qui définit le miracle grec. Il réalise l'équilibre et l'harmonie des désirs, non en supprimant les pulsions humaines, mais en les orientant vers une spiritualisation progressive, grâce au développement de la conscience ».

Représentations artistiques

Dans l'art antique

Apollon est représenté les cheveux longs, conformément à l'une de ses épithètes homériques[102]. La coiffure est typique des jeunes gens ou kouroi, terme dérivé de la racine ker-, « tondre, couper » (sous-entendu : les cheveux)[103]. Le passe-temps typique du jeune homme étant l'athlétisme, pratiqué nu, l'offrande typique à Apollon prend la forme, à l'époque archaïque, d'un jeune homme debout, nu, les cheveux longs, type statuaire que les historiens de l'art appellent le kouros.

À l'époque moderne

Apollon et l'art de Louis XIV

Statue d'Apollon dans les jardins de Versailles
  • La galerie d'Apollon, au Louvre, est l'œuvre de décorateur et peintre Charles Le Brun. Elle fut continuée par Eugène Delacroix et achevée sous le Second Empire.
  • Dans le château de Versailles, le salon d'Apollon, ou salle de trône, était réservé à la réception des ambassadeurs. Le dieu des arts semblait également patronner les spectacles de danse et de musique qui s'y déroulaient.
  • Les jardins de Versailles offrent de nombreuses représentations du dieu solaire :
    • Le bassin d'Apollon est situé dans la grande perspective, à proximité du Grand Canal. Une statue monumentale d'Apollon a été réalisée par Tuby. Apollon sort de l'eau conduisant un char tiré par des chevaux.
    • Le bosquet des bains d'Apollon, réalisés au XVIIIe siècle, reprennent le thème du dieu solaire fatigué, entouré de nymphes (voir photo).

Épiclèses et attributs

  • Épiclèses :
    • ἑκηϐόλος / hekêbólos, « qui vise loin »,
    • ὑπερϐόρεος / hyperbóreos, hyperboréen), « de l'extrême Nord »,
    • ἀργυρότοξος / argyrótoxos, « à l'arc d'argent »,
    • ἑκάεργος / hekáergos, « qui repousse au loin », avec ses flèches,
    • μουσαγέτης / mousagétês, « conducteur des Muses, musagète »,
    • χρυσολύρης / khrusolúrês, « à la lyre d'or »,
    • ἀλεξίκακος / alexíkakos, « qui éloigne le mal »,
    • λοξίας / loxías, « l'oblique » (pour Apollon comme dieu des oracles) ;
    • Σμινθεύς / Smintheús, « Sminthée » ou « Sminthéen », nom d'origine obscure en relation avec le dieu-taupe, lié à Esculape, médecin célèbre de l'Antiquité
  • attributs : l'arc, la lyre, la flûte, les cornes de bovidés et le laurier (cf. Daphné), le trépied ;
  • animaux favoris : le corbeau, le cygne, le coq, le loup et le serpent ;
  • sanctuaires : Delphes, Délos, Claros, Argos, Thasos ; Didymes
  • fêtes qui lui sont consacrées : les Karneia, les Actia.

Notes

Apollon
Dieu de la mythologie romaine
Apollon du Belvédère, copie romaine d'un original du IVe siècle av. J.-C. de Léocharès, musée Pio-Clementino
Apollon du Belvédère, copie romaine d'un original du IVe siècle av. J.-C. de Léocharès, musée Pio-Clementino
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Phœbus, Phébus
Nom latin Apollo
Fonction principale Dieu du chant, de la musique et de la poésie

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:16

Arès

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Arès (homonymie).
Tête d'Arès casqué du type de l'Arès Borghèse, copie d'une œuvre d'Alcamène, du cercle de Phidias, IVe siècle av. J.-C., Glyptothèque de Munich (Inv. 212)

Arès (en grec ancien ὁ Ἄρης, τοῦ Ἄρεως (au génitif) / Árês, Áreôs) est le dieu de la Guerre et de la Destruction dans la mythologie grecque. Fils de Zeus et de Héra, il est assimilé à Mars chez les Romains.

Mythe[modifier]

Arès est l'un des trois (ou quatre, suivant la version,) enfants de Zeus et d'Héra ; il appartient au panthéon des douze grands dieux de l'Olympe. Cependant, sa place dans le mythe est relativement limitée. Il apparaît principalement dans des récits de guerre ou de combats, au premier chef de la guerre de Troie, où il se range aux côtés des Troyens, sans raison particulière — on le voit d'ailleurs assister également des Achéens[1]. Comme les autres dieux, il exhorte son camp sous diverses apparences, notamment celle d'Acamas[2], et accompagne les héros sur le champ de bataille[3]. Toutefois, il est le seul à prendre directement part au combat et on le voit par exemple ôter son armure au défunt Périphas[4].

Sa force aveugle n'en fait pas un combattant invincible. Il n'est pas de taille contre sa demi-sœur Athéna, qui l'assomme d'un coup de pierre[5] et doit même s'avouer vaincu face à Diomède, un simple mortel, certes inspiré par Athéna[6]. Hors du cycle troyen, il est vaincu deux fois par Héraclès[7]. L'Iliade relate également que les Aloades l'enferment pendant treize mois dans une jarre de bronze[8]. Selon le scholiaste[9], c'est pour avoir causé la mort d'Adonis, placé sous la charge des Aloades. Il est délivré, à bout de forces, par Hermès. Il s'agit probablement de l'explication étiologique d'un festival survenant tous les 13 mois, durant lequel toutes sortes de licences étaient permises[10].

Selon Euripide[11] et Hellanicos[12], quand Halirrhotios, fils de Poséidon, viole Alcippe — fille qu'il a avec Aglaure, fille de Cécrops —, il le tue. Pour ce meurtre, Arès est traduit devant le tribunal des dieux olympiens, sur la colline qui prend son nom (cf. Aréopage). Selon Euripide, il est acquitté. D'après Panyasis[13] cependant, il semble qu'Arès doive servir parmi les mortels, sans doute pour prix de ce meurtre.

Amours et postérité[modifier]

Présentés dans l'Iliade comme purement fraternels, les rapports d'Arès et d'Aphrodite deviennent dans l'Odyssée[14] à la fois amoureux et adultères, puisque la déesse de l'amour y est mariée à Héphaïstos — celui-ci étant l'époux d'une dénommée Charis dans l’Iliade. Encore une fois, Arès est tourné en ridicule : dénoncés par Hélios, le soleil, les amoureux tombent dans le piège du mari trompé qui les capture dans un filet et les exhibe aux dieux hilares. Honteux, Arès part se réfugier en Thrace.

Chez Hésiode[15] et les poètes postérieurs[16], Arès et Aphrodite sont présentés comme un couple légitime. Aphrodite donne à Arès trois enfants : Déimos, Phobos et Harmonie, épouse de Cadmos, le fondateur de Thèbes. La paternité d'Éros et Antéros apparaît pour la première fois chez le poète lyrique Simonide et paraît lui être attribuée plutôt par commodité. Il est aussi vu comme père de Pathos (la passion) et de Himéros (le désir).

Ses autres enfants sont souvent des criminels ou des fous :

Rôles[modifier]

Dieu de la guerre[modifier]

Zeus s'interpose entre Athéna et Arès, cratère à volutes de Nicosthénès, British Museum (B364)

Arès est le dieu de la guerre, de la brutalité et de la destruction. Il va au combat accompagné de sa sœur Éris (la Discorde), ses fils Déimos (la Terreur) et Phobos, ainsi que d'Ényo, déesse des batailles. Lui-même est souvent appelé Ἐνυάλιος / Enyalios, « le furieux ». Traditionnellement, les Grecs interprètent son nom comme un dérivé du mot « tueur », ἀναίρης / anaïrês[17]. Ses épithètes laissent peu de doute sur sa personnalité : « insatiable de guerre, assailleur de remparts, destructeur de cités, pourfendeur de boucliers, meurtrier, buveur de sang, porteur de dépouilles, fléau des hommes[18]. »

Arès partage son domaine d'intervention avec Athéna. On présente souvent celui-ci comme l'incarnation de l'aspect sauvage, brutal et désordonné du combat, Athéna représentant l'ordre de la bataille entre peuples civilisés. Cependant, Athéna peut elle aussi se montrer brutale et sans pitié, par exemple lorsqu'elle écorche le Géant Pallas. Le bouclier d'Achille représente les deux dieux sur un pied d'égalité, « tous deux en or et d'or vêtus, beaux et grands avec leurs armes, comme des dieux[19]. » De même, le plus court des hymnes homériques qui lui est consacré évoque « la terrible déesse qui s'intéresse, avec Arès, aux travaux de la guerre, au pillage des villes et aux clameurs guerrières[20]. » Néanmoins, les deux dieux se distinguent en ce qu'Athéna peut abandonner son rôle guerrier pour un autre, alors qu'Arès se résume à être un dieu de la guerre[21].

Arès est haï des autres dieux, en particulier Zeus, lequel lui déclare dans l’Iliade :

« Je te hais plus qu'aucun des dieux qui vivent sur l'Olympe
Car tu ne rêves que discordes, guerres et combats[22]. »

Héra, sa mère, ne l'apprécie guère plus, dépitée qu'elle est de le voir prendre parti pour les Troyens pendant la guerre de Troie. Elle déclare pareillement à son sujet :

« Zeus Père, n'es-tu pas outré des sévices d'Arès ?
Combien de braves Achéens n'a-t-il pas fait périr
à tort et à travers ! J'en suis navrée, et cependant
Aphrodite et Apollon à l'arc d'argent sont tout heureux
d'avoir lâché ce fou qui ne connaît aucune loi[23]. »

Seule Aphrodite témoigne de l'affection à son « bon frère »[24] qui selon d'autres légendes est également son amant. Dans son Œdipe à Colone, Sophocle peut ainsi le proclamer « le dieu à qui tout honneur est refusé parmi les dieux »[25].

Son nom désigne toute forme de mort violente, et plus particulièrement la peste. La guerre est surnommée « danse d'Arès » dans les épopées. Les Grecs voient en lui le « dieu des larmes »[26]. Seul l’Hymne homérique qui lui est consacré, sans doute tardif et d'inspiration orphique, le montre sous un jour bienveillant et le nomme :

« Cœur hardi, porteur de bouclier sauveur des cités, coiffé d'airain,
Aux mains robustes, infatigable, fort par la lance, rempart de l'Olympe,
Père de la Victoire, heureuse conclusion des guerres, auxiliaire de Thémis ;
Maître absolu de l'adversaire, guide des hommes les plus justes[27]. »

Garant des serments[modifier]

Arès est aussi le dieu vengeur. En tant que tel, son nom est utilisé dans les serments solennels. C'est par exemple le cas dans le serment prêté par les jeunes Athéniens pendant leur éphébie.

Culte[modifier]

Statue d'Arès, villa Hadriana

Sa résidence préférée est la Thrace[28] — les Thraces, pour les Grecs, étaient un peuple guerrier et batailleur. Il est également révéré en Colchide : la Toison d'or se situe dans son bois sacré et la plaine qui l'entoure porte son nom. Les Amazones lui ont également bâti un temple à proximité. Selon Hérodote, Arès est l'un des dieux préférés des Scythes, qui lui vouent des statues et des sanctuaires[29].

En Grèce, il n'a que peu de lieux de culte[30]. Une fontaine lui est consacrée à Thèbes, en souvenir de la légende de Cadmos, qui avait semé là les dents d'un dragon, fils d'Arès, qui donnèrent naissance aux Spartes. Par la suite, Cadmos fait la paix avec Arès en épousant Harmonie, fille du dieu et d'Aphrodite, avant de fonder Thèbes. La métaphore est transparente : la fin des guerres apporte l'ordre et l'harmonie, et permet la fondation de la cité[31].

C'est surtout à Sparte qu'il fait l'objet d'un culte. Les éphèbes lui sacrifient un chien à Thérapné, en Laconie. À Géronthrai, située au nord d'Hélos, toujours en Laconie, il est célébré dans des fêtes excluant les femmes. À Sparte même, un sanctuaire lui est dédié sous le nom d'Arès Théritas, c'est-à-dire « le sauvage », épiclèse parfois rattachée à Théra, sa nourrice.

En Attique, il possède un sanctuaire à Acharnes. Une stèle, actuellement conservée à l'École française d'Athènes, reproduit sans doute la statue du culte. Au Ier siècle, le sanctuaire est transféré sur l'Agora d'Athènes et une nouvelle statue est érigée, dont l'Arès Borghèse est sans doute une copie.

À Tégée, en Arcadie, les femmes le célèbrent dans des fêtes qui leur sont réservées, et commémorent leur vaillance contre les Spartiates. Près de Trézène, un sanctuaire lui est consacré en souvenir des Amazones, ses filles. À Athènes, il est vénéré en association avec Aphrodite. Enfin, il a des temples à Argos et Salamine.

Au total, sa place dans la religion grecque antique est bien loin d'égaler celle de Mars chez les Romains.

Épiclèses, attributs et sanctuaires[modifier]

  • Attributs : la lance, le casque, le pivert, le chien, le vautour,le sanglier, le bouclier et l'épée.
  • Épithètes homériques :
    • fléau des hommes (βροτολοιγός / brotoloigós),
    • souillé de sang (μιαιφόνος / miaiphónos),
    • assailleur de remparts (τειχεσιπλήτης / teikhesiplếtês),
    • brutal (μαλερός / malerós) ;
  • Épiclèses :
    • Ényalos (Ἐνυάλιος),
    • Théritas (Θηρίτας) ;
  • Sanctuaires : Sparte, Acharnes (Attique), Thèbes.

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