Histoire de la magie occidentale
Préhistoire et Antiquité
- À quel moment de la Préhistoire la magie apparaît-elle ? Nul ne peut répondre. On peut imaginer qu'il y a eu des rituels magiques lors de la découverte du feu (750 000 ans), ou que
l'homme préhistorique, chasseur (125 000 ans), ait orné des cavernes de représentations d'animaux pour multiplier magiquement leur prise80. L'utilisation de l'ocre rouge (280 000 ans) pour les armes, pour les peintures, pour les sépultures est aussi
un indice. "L'homme de Néandertal, d'un degré d'évolution antérieur à notre humanité, montre déjà la présence d'un comportement magico-religieux", selon le préhistorien André
Leroi-Gourhan81. Il est possible que certains personnages peints de
33 000 à 10 000 ans av. J.-C. soient des "sorciers" (selon l'abbé Breuil), ou des "chamanes" (selon Jean Clottes)82.
La magie occidentale a sans doute pris à d'autres cultures. Les Grecs en étaient conscients, en particulier quand ils disaient qu'Apollonios de Tyane avait "rendu visite aux Mages de Babylone,
aux Brahmanes des Indes et aux Gymnosophistes d'Égypte83."
- La magie grecque commence peut-être en Crète avec les Dactyles (métallurges), les Courètes (danseurs) (vers 2500 av. J.-C. ?). On connaît des chamans grecs dès 600 av. J.-C.84. Les principaux documents sur la magie antique consistent en papyrus
magiques, en tablettes d'envoûtement et en amulettes. Les esprits ont été marqués par ce passage du Corpus
Hermeticum, traité XIX : Asclépius (Ier s.) : "Ce sont des statues pourvues d'une âme, conscientes, pleines de souffle
vital, et qui accomplissent une infinité de merveilles, des statues qui connaissent l'avenir et le prédisent par les sorts, l'inspiration prophétique, les songes et bien d'autres méthodes, qui
envoient aux hommes les maladies et qui les guérissent, qui donnent, selon nos mérites, la douleur et la joie."
La magie est contrôlée politiquement, elle menace l'autorité. À Rome, la Loi des douze tables (450 av. J.-C.) sanctionne quantité d'opérations magiques, en particulier contre les terres
d'autrui. L'empereur romain Constant Ier, en 341, interdit la magie, sous peine capitale. L'Église s'inquiète plutôt de paganisme, hérésie,
concurrence à la création divine : le concile de Laodicée (Laodicæa ad Lycum), vers 364, dans son 36° canon, interdit aux prêtres de s’occuper de magie et de sorcellerie.
L'Église distingue les arts magiques et la magie lors du concile d'Ancyre, en 314.
Moyen Âge et Renaissance
- Le Moyen Âge vit sur cette définition confuse du magicien par Isidore de Séville vers 630
-
« Les magiciens (magi) sont ceux qu’on désigne vulgairement sous le nom de 'malfaisants' (malefici) à cause de l'ampleur de leurs méfaits. Ils perturbent les éléments,
troublent l’esprit des hommes, et, sans absorption d’aucune potion, seulement par la violence de leurs incantations, ils tuent. Ils osent tourmenter grâce aux démons qu’ils ont invoqués, pour
que n’importe qui anéantisse ses ennemis par ces arts mauvais. Ils utilisent même du sang et des victimes et touchent souvent au corps des morts85."
Le 4° concile de Tolède, présidé par Isidore de Séville en 633, distingue quand même les magiciens
des devins (aruspices, arioli, augures, sortilegi)86. Il faudra
beaucoup d'efforts, attendre le XVIe siècle pour séparer la magie non seulement des autres arts occultes (comme la divination), mais encore de la
sorcellerie, de l'hérésie, du paganisme, de la nécromancie.
La confusion des mots s'accompagne d'une terrible répression, de censure, d'Inquisition. En 343-381, le synode de Laodicée exige que "les membres du haut clergé et du bas clergé ne soient pas des
magiciens, des enchanteurs ou des faiseurs d'horoscopes ou des astrologues et qu'ils ne fabriquent pas ce que l'on appelle des amulettes, qui sont des entraves à leur propre âme87." Dès 438, le code théodosien interdit magie, divination. En 506, le
concile d'Agde condamne les enchanteurs (les magiciens), mais il distingue la magie de la religion et il énumère ce qui relève de la magie : les incantations, les phylactères, les maléfices,
les prodiges88. Le concile de Rome, en 721, interdit les incantations
(incantationes).
La notion de magie, isolée, distincte du paganisme ou de la sorcellerie, n'apparaît qu'au début du XIIIe siècle En 1277, l'évêque Tempier condamne les
traités de géomancie, de nécromancie, les recueils de sortilèges et d'invocations de démons89. Giovanni Balbi (Jean de Gênes) distingue le prestigium (prestidigitation), qui relève de l'illusion des sens, et le maleficium, qui implique une soumission des démons
au pouvoir des magiciens (Catholicon, 1286).
Le rôle des traducteurs est important. Le roi de Castille et de Leon, Alphonse X le Sage, fait traduire en latin le Sefer Raziel, traité kabbalistique en hébreu, puis en 1256 le
Picatrix, traité en arabe.
Les textes importants au Moyen Âge sont Le secret des secrets du pseudo-Aristote*, le Picatrix [3] de l'Arabe pseudo-al-Majrîtî, le Des rayons des étoiles de
l'Arabe al-Kindî, Le Grand Albert (1245 ss.), le Livre des visions de Jean de Morigny (1323),
La magie sacrée d'Abramelin de Mage (1450 ? ou faux du XVIII e s. ?). On
parle surtout de vertus occultes, d'esprits, de talismans, d'astrologie. À partir de 1250 des livres de "magie salomonienne" circulent, dont la Clavicula Salomonis (Petite clé de Salomon, XVe siècle) [4], et le Lemegeton (plus tardif, XVIe siècle). Ils traitent de figures magiques, de noms d'esprits, anges ou démons à invoquer pour obtenir ce que l'on désire. Le Livre de l'ange Raziel
fait le lien entre magie et kabbale car il recueille des fragments d'Éléazar de Worms avec divers tableaux et images. Kabbalistiques.[5]
Hugues de Saint-Victor, dans son Didascalicon (vers 1135) distingue cinq types de
magie : la mantique (divination), la mathématique, les maléfices, les sortilèges, les prestiges.
- La Renaissance, en étudiant les textes, en développant le libre examen, met de la clarté et de l'intelligence, même si alors le mot "Magie" désigne la philosophie occulte, l'ésotérisme. Selon
Robert-Léon Wagner, "l'élaboration intellectuelle du concept de magie n'est pas antérieure au XVI° siècle90." De grands esprits expliquent : Marsile Ficin, Jean Pic de la Mirandole en 1496, Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim en 1510, Paracelse en 1537, Nostradamus, Giordano Bruno, Thomas Campanella. L'influence de la kabbale se fait sentir. Les
notions de microcosme, de signature, de magie naturelle, d'analogies s'imposent. En 1575, Camerarius divise la magie en incantations, prestiges et évocation des morts91.
- Le XVIIe ne confond plus astronomie et astrologie, physique et magie naturelle, théologie et théosophie. On rationalise la Magie,
avec Robert Fludd, Athanase
Kircher. En France, le dernier auteur à croire aux magiciens et sorciers est Jacques d'Autun (L'incrédulité sçavante, 1671). En France, par édit royal de 1682, sous Louis XIV, la
notion de sorcier ou magicien est supprimée : désormais l'État ne reconnaît plus que des charlatans, des imposteurs, ou des imaginatifs, des fous. Il faudra attendre 1735 en Angleterre
(Witchcraft Act).
- Le XVIIIe s. parisien voit défiler de hautes figures de la Magie, comme le comte de Saint-Germain en 1763, Franz Anton Mesmer en 1778, Cagliostro en 1785, tous contestés. Plus discrets, d'autres
pratiquent la théurgie, dont les martinistes (J. Martines de
Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin). Des grimoires, nettement satanistes, circulent, par exemple Le grimoire
d'Honorius III (vers 1670) [6], Le grand grimoire, ou Dragon rouge (1750 ?).
La contribution la mieux organisée, la mieux pensée à la magie vient d'une organisation initiatique, fondée en 1888 par deux Anglais : la Golden Dawn. Elle a élaboré de rituels, des symboles magiques de toutes
sortes et attiré dans ses rangs les plus grands mages et magiciens, dont Samuel MacGregor Mathers, Arthur
Edward Waite, Aleister Crowley, Israel Regardie. Crowley est "the most controversial and misunderstood personality to figure in the new era of modern day witchcraft (La personnalité la plus
controversée et la plus incomprise à figurer dans la nouvelle ère de la sorcellerie moderne) ".
Deux mouvements émergent au XIXe : la Société théosophique de Helena Blavatsky et le néo-occultisme d'Éliphas Lévi et Papus. Les théosophistes utilisent des notions orientales, les néo-occultistes veulent concilier la magie avec la science.
Franz Bardon est un grand nom de la magie du XXe s., style
occultiste.
Membre de plusieurs organisations initiatiques, Gerald Gardner a fondé en 1939 une tradition de sorciers et
sorcières qui devint la Wicca ; en Angleterre, la peine capitale infligée aux sorcières a été abolie deux fois (Witchcraft Act
de 1735 et 1951). L'accent est mis sur la magie, une magie païenne, sous l'influence d'un livre de Margaret
Murray consacré au sorcières92,93.
La "magie du chaos", inspirée par les idées d'Austin O. Spare et l'éthique punk du Do It Yourself, est une forme post-moderne et pragmatique de magie apparue à Londres au cours des années 1980.
Le New Age, né en 1970 aux États-Unis, sans être magique, baigne dans une atmosphère magique. La grande idée du New Age, c'est
qu'on peut créer sa propre réalité grâce à des visualisations ou à des affirmations telles que "Je suis Dieu94." La magie consiste à participer mystiquement à l'enchantement du monde et à augmenter spirituellement son pouvoir
d'enchantement.
Bibliographie
Traités de magie
-
Papyri Graecae Magicae (PGM, recueil des textes magiques grecs, du IVe s. av. J.-C. jusqu'au IVe s., trad. : Michaël Martin, Les papyrus grecs magiques, Éditions Manuscrit-Université, "Histoire", 2002, 284 p.
-
Grand papyrus magique no 754 de la Bibliothèque nationale de Paris (PGM IV.297-408) (IVe s.), trad. du grec :
Manuel de magie égyptienne, Paris, Les Belles Lettres, "Aux sources de la tradition", 1995, 165 p. En fait partie la Liturgie mithriaque ou Rituel mithraïque [7]
- pseudo-al-Majrîtî (Picatrix), Le but des sages dans la magie (Ghâyat al-hakîm fi'l-sihr) (Picatrix) (vers
1050), trad. de la version latine (1256) : Le Picatrix, Turnhout (Belgique), Brepols, "Miroir du Moyen Âge", 2003, 383 p. Extraits en ligne : [8]
-
Le grand et le petit Albert (vers 1245-1703 pour le Grand Albert, avec des extraits, effectivement,
d'Albert le Grand), trad. du latin, Trajectoire, 1999, 391 p. Extraits en ligne du Grand Albert : [9]. Petit
Albert : [10]
- Marsile Ficin, Les trois livres de la vie (1489), trad. du latin, Fayard, "Corpus des œuvres de philosophie", 2000, 276 p.
-
Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, La philosophie occulte ou la Magie (1510, 1re éd. 1531-1533), livre I, 218 p. : La magie naturelle, livre II, 228 p. : La magie céleste, livre III, 248 p. : La magie
cérémonielle, trad. du latin Jean Servier, Paris, Berg International, 1982. Le livre IV est apocryphe et démoniaque : La philosophie occulte, livre quatrième. Les cérémonies
magiques (1559), Paris, Éditions traditionnelles, 2000, 80 p.
-
Paracelse, De la magie. Étude et textes choisis par Lucien Braun, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg,
1998, 147 p.
-
Francis Barrett, The Magus (1801), Nonsuch Publishing, 2007, 320 p. En ligne : [11]
-
Éliphas Lévi, Dogme et Rituel de la haute magie (1854-1861), Histoire de la magie (1859),
La clef des grands mystères (1859) : Secrets de la magie, Paris, Robert Laffont, "Bouquins", 2000, 1066 p. En ligne : [12]
-
Papus, Traité méthodique de magie pratique (posthume, 1924), Saint-Jean-de-Braye, Dangles, 1999, 648 p. En ligne :
[13]
-
Aleister Crowley, Magick in Theory and Practice (1929), trad. partielle : Magick, O.T.O.
et Blockhaus, 1992, 186 p. Extraits de Crowley en ligne : [14]
-
Franz Bardon, Le chemin de la véritable initiation magique (1956) en ligne [15], La pratique de la magie évocatoire (1956), La clé de la véritable Kabbale (1957), trad. de
l'all., Courbevoie, Éditions Alexandre Moryason, 2001
-
Israel Regardie, The Complete Golden Dawn System of Magic (1984), Tempe, Arizona, New Falcon
Publications, 1991, 1100 p.
Grimoires de magie
voir à grimoire
Études sur la magie
(par ordre chronologique)
-
Jules Garinet, Histoire de la magie en France, (1818).
- Pierre Christian, Histoire de la magie (1870), 666 p.
-
Edward B. Tylor, La civilisation primitive (1871), trad. de l'an., Paris, Reinwald, 1876, 2 t.
- Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, 1877-1919, article "Magia" Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et
Saglio
-
Marcel Mauss, Esquisse d'une théorie générale de la magie (1902-1903, 1re éd. 1950), in Sociologie et Anthropologie (1902-1934, 1re éd. 1950), Paris, PUF, 2004, p. 1-141
-
James George Frazer, Le Rameau d'or (1911-1915), trad. de l'an., Paris, Robert Laffont, "Bouquins", 1981, vol. I : Le roi magicien dans la société primitive (1890). Texte en
ligne (en anglais) : Frazer, Sir James George. 1922. The Golden Bough
-
Lynn Thorndike, A History of Magic and Experimental Science during the first thirteen centuries of our
era (1923-1934), New York, Columbia University Press, 1984, 8 vol. . T 1 : 835 p. ; t. II : 1036 p. ; t. III : 827 p. ; t. IV : 767 p. ; t. V :
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- Kurt Seligmann, Le miroir de la magie (1948, The history of magic), trad., Le Club du meilleur livre, 1956.
-
Mircea Eliade, Le Chamanisme et les Techniques archaïques de l'extase, 1951
-
Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale (1958), chap. IX : "Le sorcier et sa
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- François Ribadeau-Dumas, Histoire de la magie (1960 ?), Paris, Pierre Belfond, "Sciences secrètes", 1973, 621 p.
- Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, 1962
-
Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts. La sorcellerie dans le bocage (1977), Paris,
Gallimard, "Folio", 1985, 427 p. (ISBN 978-2070322817)
- Régis Boyer, Le monde du double. La magie chez les anciens Scandinaves, Paris, Berg International, 1986, 219 p.
- Richard Kieckhefer, Magic in the Middle Ages, Cambridge University Press, 1989
- H. Maguire (éd.), Byzantine Magic, Cambridge (Mass.), 1995.
- Alain Moreau et Jean-Claude Turpin, La Magie, Montpellier, Publications de l'Université Paul Valéry, 2000, t. 1 : Du monde babylonien au monde hellénistique, 330 p., t.
2 : 2. La magie dans l’Antiquité grecque tardive. Les mythes, 340 p., t. 3. Du monde latin au monde contemporain. 362 p., t. 4 : Bibliographie. 169 p.
- Jean Servier, La magie, Paris, PUF, "Que sais-je ?", 1993, 127 p.
- M. W. Dickie, Magic and Magicians in the Greco-Roman World, Londres et New York, Routledge, 2001, 380 p.
- Claude Lecouteux, Le livre des grimoires (2002), Imago, 2008, 320 p.
- Leo Ruickbie, Witchcraft Out of the Shadows, Robert Hale, 2004, p. 193-209 (sur la magie dans
le néo-paganisme de la Wicca).
- Jean-Michel Salmann (dir.), Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, Paris, Le livre de poche, "Pochothèque", 2006, 935 p.
- Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, Paris, Payot, 2008, 331 p.
Références : fims, jeux…
Films et séries télévisées
(par ordre chronologique)
-
Ma sorcière bien-aimée, série, 1964-1972, États-Unis ;
-
Le Moine et la sorcière, film, 1987, France, Suzanne Schiffman ;
-
Les Sorcières d'Eastwick, film, 1987, États-Unis, George Miller ;
-
Ma belle-mère est une sorcière, film, 1988, États-Unis, Larry
Cohen ;
-
Hocus Pocus, film, 1993, États-Unis, Kenny Ortega ;
-
Charmed, série, 1998-2006, États-Unis ;
-
Angel, série, 1999-2004, États-Unis ;
-
Harry Potter, films, 2001, États-Unis-Gr.Br., David Heyman ;
-
Buffy contre les vampires, série, 1996-2003, États-Unis ;
-
Hex : La Malédiction, 2004-2005, Gr.Br. ;
-
Supernatural, série, 2005, États-Unis ;
-
Fairy Tail, manga de Hiro Mashima
-
L'Illusionniste, film, 2006, États-Unis, Neil Burger ;
-
Le Prestige, film, 2006, États-Unis, Christopher Nolan.
-
Eragon
-
Sabrina, l'apprentie sorcière
-
Magie Noire
-
Les Sorciers de Waverly Place
-
Merlin, série, 2008, Gr. Br.
-
Vampire Diaries, série
-
The Secret Circle, série
Quelques sorciers connus
- Harry Potter (et les autres de la série)
- Merlin
- Gandalf
- Morgane
- Saroumane
- Belgarath
Jeux de rôles axés sur la magie
Beaucoup de jeux de rôle incluent de la magie, mais ceux qui suivent en ont fait le pivot de leur univers.