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Je parle de mangas ,de mes lecture de la musique que j'écoute ,de jeux vidéo et des poème que j'écris

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Alexandre le Grand(fin

Le pharaon (automne -332 / printemps -331)
Alexandre en pharaon priant le dieu Amon - Temple de Louxor

Sur la route de l’Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l’eunuque Batis, et prend la ville (fin -332) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre -332, il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s’exerce difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu’il ne rencontre que peu de résistance et qu’il étend rapidement son royaume jusqu’à la première cataracte du Nil.

Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l’étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque :

« Quelques-uns affirment que le prophète, voulant le saluer en grec d’un terme d’affection, l’avait appelé "mon fils" (παιδίον / païdion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la dernière lettre et dit, en substituant au nu (ν) un sigma (ς) : "fils de Zeus" (παις Διός / païs dios) ; ils ajoutent qu’Alexandre goûta fort ce lapsus et que le bruit se répandit qu’il avait été appelé "fils de Zeus" par le dieu »

— (Plutarque, Vies parallèles, 46-120)

De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient.

C’est durant son séjour égyptien qu’il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s’échapper mais l’un des amiraux d’Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d’Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s’occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année -331 même après l'écrasement de la Perse à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales[46]. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.

Alexandre quitte ensuite l’Égypte au printemps -331 pour n’y jamais revenir vivant.

Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)
Article détaillé : Bataille de Gaugamèles.

Lors d’un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d’Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l’armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l’été -331 l’armée macédonienne se met en marche vers l’Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s’est replié à l’arrivée de son adversaire. Les prodromoi d’Alexandre repèrent l’armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20 septembre -331 (aux environs de Djésireh, dans l’Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l’armée perse, bien supérieure en nombre, l’attend à Gaugamèles, non loin d’Arbèles / Adiabène (actuelle ville d’Erbil dans le Kurdistan irakien).

À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)
Entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone, par Charles Le Brun

Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre -331) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L’auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l’ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d’ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d’un officier macédonien). C’est le cas de Mazaios, un noble perse, qui sur ordre de Darius s’est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape[47], poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s’évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l’aristocratie achéménide.

Il entre en vainqueur dans la capitale de l’Empire perse et y demeure près d’un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Philoxène (général)  (en) à Suse afin de s’assurer du trésor important (sans doute près de 50 000 talents d’argent) qui s’y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30 000 talents) est envoyé à Antipater afin qu’il l’utilise dans sa lutte contre Sparte.

Les difficultés d’Antipater (-331)

L’année -331 est une année difficile pour Antipater, outre ses relations exécrables avec Olympias, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparemment la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n’attise plus les désirs de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l’ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l’Achaïe à l’exception de Pellènè)[48]. Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d’entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d’un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n’en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d’Aristogiton et d’Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique[49].

En Thrace, Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin, la reine Olympias provoque des difficultés quand, à la mort de son frère Alexandre, le roi d’Épire, tué dans une expédition en Italie, elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l’un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre la sœur d'Alexandre. Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35 000 à 40 000 hommes vers le Péloponnèse. Agis ne dispose quant à lui que de 20 000 hommes environ et 2 000 cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l’automne -331. Sparte est contrainte à dissoudre la ligue du Péloponnèse et à entrer dans la ligue de Corinthe[réf. nécessaire]. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles en Asie après la victoire d'Antipater sur Sparte[50] assurent avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.

La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)
Alexandre Rondanini, copie romaine d’un groupe d’Euphranor représentant Alexandre et son père, Glyptothèque de Munich : front haut et large, de grands yeux, un cou fort et l’anastole (mouvement de retombée des mèches qui s'élèvent de sa chevelure abondante).

La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses pérégrinations entre les diverses capitales de l’empire, qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a l’habitude, les montagnards de ces régions qui s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l’armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape Ariobarzane (en) aux Portes persiques (en), il franchit l’Araxe sur un pont qu’il fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont livrés aux flammes (mai -330). Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue[51]. Une autre interprétation affirme qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu’Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en -480, ou plus simplement qu’il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie[52],[53].

Les ruines des palais des Achéménides, Persépolis.
La mort de Darius III (été -330)

Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis, devant l'avance d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2 000 mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l’est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s’enfuir trois jours plus tôt avec environ 9 000 hommes dont 3 000 cavaliers. À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleithos vers la Parthie (à l’est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d’Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyles (près de l'actuelle ville de Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demie sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort, assassiné par Bessos[54], Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s’enfuir avec quelques centaines de cavaliers (été -330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d'Artaxerxès IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l’empire perse.

Toujours plus à l’est

Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s’il avait été pris vivant ? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane. La mort de Darius amène la noblesse perse à se rallier massivement à Alexandre. Cette collaboration des élites vaincues lui est nécessaire car les premières manifestations de lassitude de certains contingents obligent le roi à licencier une partie de ses troupes. En Médie les cavaliers thessaliens et les alliés (7 000 hommes au départ de l’expédition) sont renvoyés dans leurs foyers[55]. Or les besoins en hommes augmentent au fur et à mesure que l’armée pénètre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trésors royaux, Alexandre laisse 6 000 hommes à Ecbatane.

La révolte de l’Arie (automne -330)

Avant de poursuivre Bessos et ses complices, Alexandre soumet l’Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuelles montagnes du Khurāsān à la frontière entre l’Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (recrutés avant -334 ce qui lui permet de compenser le licenciement d’une partie de ses troupes abordé précédemment) et rassemble ses soldats à Zadracarta. Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu’Alexandre n’ait plus qu’une confiance limitée, à Ecbatane tandis qu’il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d’Artaxerxès IV, s’est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d’Hérat à l’ouest de l’Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l’Afghanistan).

Alexandre s’empare assez rapidement de l’Arie, en remontant la vallée de l’Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu’il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne -330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s’enfuir. Alexandre afin de maintenir l’ordre dans cette province y fonde une ville, Alexandrie d’Arie (actuelle Hérat), puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre -330 Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.

Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)

C’est à l’automne de l’année -330 que se déroule un épisode dramatique entraînant la mort de proches d’Alexandre sur ordre du roi. Alors que l’armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d’un complot contre le roi et de n’avoir rien fait pour le dénoncer. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cérémonial perse de plus en plus adopté par le roi aient indisposé ce dernier. Philotas est jugé par l’assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d’éliminer un rival qui pourrait faire de l’ombre à son étoile montante) et lapidé selon la coutume. Quant à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s’il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort, ce qui est fait. Il s’en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent à cause de ce meurtre.

Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d’une partie des Macédoniens et de l’entourage du roi (à l’exception notable d’Héphaestion) sur cette épopée qui les voit s’enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d’un but et d’un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu’Alexandre n’aurait pas remporté ses victoires sans l’aide de son père et la sienne, et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils d’Ammon-Zeus, expliquent aussi sans doute qu’Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet épisode démontre enfin qu’Alexandre est prêt à tout pour l’accomplissement de ses desseins, même le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps -328 le prouve tragiquement. Enfin il ne faut pas perdre de vue que la royauté macédonienne connaît des rapports conflictuels fréquents entre aristocratie et monarchie et que le meurtre de Philotas, hipparque et commandant des Compagnons, est un moyen pour le roi de se débarrasser d’un officier trop puissant.

La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)

De Drangiane, l’armée passe vers la fin de -330 en Arachosie (sud-ouest de l’Afghanistan), mais est retardée dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l’actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindū-Kūsh), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, s’effectue au printemps -329. En Bactriane, Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l’Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s’empare d’Aornos qui devient à son tour une Alexandrie puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (actuellement Balkh). L’armée passe ensuite l’Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès décident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de -329. Bessos est emmené à Bactres où, à la façon des Perses, on lui coupe le nez et les oreilles puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (-329).

Pendant près de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Sakas et des Massagètes contre lesquels Cratère va s’illustrer. Spitaménès, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d’Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans l’actuel Ouzbékistan). La réaction d'Alexandre après cette défaite est extrêmement significative du profond désarroi de l'armée puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapés de ce désastre de divulguer la réalité[56]. Après avoir hiverné (-329/-328) à Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui s’agite quand Spitaménès reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.

C’est en ce début d’année -328 que se déroule un épisode qu’Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleithos. Ce dernier, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d’un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé, Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l’ancien Empire achéménide pèse fortement sur l’entourage du roi. Quand Alexandre tente d’imposer l’étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui (proskynèse), une protestation portée par Callisthène, le neveu d’Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d’ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu’il donne à ces derniers dans l’armée et l’administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d’un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s’estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d’Alexandre à la divinité est exécuté lors de la répression qui fait suite à ce complot.

L’insaisissable Spitaménès succombe finalement à la trahison des Massagètes qui au cours de l’hiver -328/-327, alors qu’Alexandre est à Nautaca (sud-est de l’actuelle Boukhara), envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps -327 est occupé à détruire les derniers îlots de résistance, rôle dont s’acquitte Cratère, et à réorganiser l’empire dans cette région. À la place d’Artabaze, satrape de Bactriane rallié depuis longtemps à Alexandre mais qui est très âgé demande à être relevé de son commandement, Alexandre nomme un macédonien. Enfin, il épouse en -327 la fille d’Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjent), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.

L’Inde et la fin du périple
Peinture de Charles Le Brun montrant Alexandre et Pûru lors de la bataille de l'Hydaspe.

L’Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d’Hécatée de Milet et d’Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d’Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu’y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l’Indus est théoriquement sous le contrôle de l’empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quant à la vallée du Gange et au plateau du Deccan ils sont inconnus. Cependant des relations existent puisque l’on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Alexandre avait-il l’intention d’intervenir en Inde ? Il ne fait guère de doute que le but premier du roi est de restaurer à son profit les limites de l'empire de Darius Ier et d'en tirer les profits commerciaux inhérents. Ce qui semble probable est qu’il ait été aisément convaincu, alors qu’il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l’un des roitelets de la vallée septentrionale de l’Indus, d’intervenir contre son ennemi Pôros qui règne sur le royaume de Paurava à l’est de l’Hydaspe et qui menace le Panjâb. Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s’est rallié au conquérant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps -329 il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul) ce qui illustre clairement sa volonté de disposer d'une base arrière pour son expédition. Enfin le rappel d'un marin comme Néarque en -329/-328[57] semble prouver qu'à ce moment Alexandre envisage déjà une expédition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.

Souhaite-t-il continuer au-delà de l'Indus ? A-t-il une ambition mondiale[58]? De nombreux historiens[59] estiment que son expédition vers le Gange, interrompue par la sédition de ses soldats sur l'Hyphase, avait pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes (de la même façon qu'en -323, peu avant sa mort, il préparait probablement une expédition vers les ports arabes du golfe Persique) mais que l'objectif premier était bien le retour par la vallée de l'Indus, puis l'océan et le golfe Persique. Tout conduit par conséquent à admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en -332 et -331, Alexandre avait déjà une idée relativement précise de ses objectifs globaux (devenir le maître de l'ensemble des territoires qui avaient été un jour achéménides et contrôler l'ensemble des grandes routes commerciales), même si leur application dans le détail restait beaucoup plus imprécise[60].

La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)
Article détaillé : Bataille de l'Hydaspe.
Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Bactriane, en Sogdiane, puis le long de la vallée de l’Indus jusqu’à l’océan Indien.

Au printemps -327, Alexandre part de Bactres à la tête d’une armée considérable, sans doute 120 000 personnes dont au moins 60 000 soldats, le reste étant constitué d’esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d’enfants[réf. nécessaire]. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoine en effet a recruté des Asiatiques qui sont organisés dans des unités sur le modèle macédonien.

Alexandre repasse donc les monts Paraponisades et se rend à Alexandrie-du-Caucase (actuelle Bagram près de Kaboul). Là il reçoit le renfort du roi de Taxila qui lui offre quelques éléphants de guerre. Puis il charge Héphaestion et Perdiccas de soumettre les peuples vivant sur la rive sud du Cophen (la rivière qui descend de la vallée de l’actuelle Kaboul vers l’Indus) tandis que lui s’occupe de la rive septentrionale (été -327). Si la conquête de la rive sud se déroule sans trop d’encombre, ses deux généraux atteignant l’Indus avant lui, Alexandre est confronté aux Assacènes (Açvakas) qui offrent une forte résistance. La prise de leur ville forte Aornos (identifiée par l'archéologue Aurel Stein à la montagne de Pir Sar, au Pakistan[61]) lui donne du fil à retordre. Finalement il atteint l’Indus où Héphaestion et Perdiccas ont construit un pont et celui-ci est franchi au printemps -326. L’armée se repose alors à Taxila la capitale de Taxile. Peu après, l’armée s’ébranle pour combattre Pôros qui surveille l’Hydaspe (actuel Jhelum l’un des affluents de l’Indus) avec une armée nombreuse, forte de 200 éléphants de guerre. Alexandre manœuvre avec habileté car laissant Cratère avec le gros des troupes, il traverse avec sa cavalerie et ses hypaspistes le fleuve dans une région boisée environ 150 stades en amont (environ 30 km) afin de prendre Pôros à revers. La victoire est acquise mais c'est une bataille d’une grande violence. Bucéphale meurt lors de cette bataille et en son honneur, Alexandre fonde sur son tombeau la ville de Bucéphalie (ou Boukêphalia). Peu après, Alexandre perd son chien Péritas pour qui il construit également une ville éponyme[62].

Poursuivant sa politique d’intégration des chefs locaux, Alexandre laisse Pôros en place, conquis par la noblesse de celui-ci, avec un territoire plus vaste que celui qu’il avait à l’origine. Une révolte sur ses arrières de la part des Assacènes l’oblige à envoyer des troupes dirigées par Philippe et Tyriaspès tandis que lui-même parcourt le Panjâb actuel y soumettant les divers peuples qui y vivent. Alexandre pense alors franchir l’Hyphase (actuelle rivière Bias au Penjab) pour atteindre la vallée du Gange et l’océan extérieur.

Mais à l’automne -326, sur les rives de ce fleuve, Alexandre doit affronter une levée de boucliers des Grecs et des Macédoniens et le roi ne parvient pas à les convaincre d’aller plus loin. Après s’être enfermé trois jours sous sa tente, le Conquérant est obligé de se plier à la volonté de ses soldats et donne l’ordre du retour. Il fait ériger douze autels monumentaux pour chacun des douze principaux dieux de l’Olympe, ainsi qu’un camp artificiellement agrandi jusqu’au triple de ses dimensions normales, marquant le point extrême de sa progression à l’est. Il fait apposer une inscription : « Ici s’est arrêté Alexandre ». Cet épisode est révélateur de la coupure qui s’est créée entre le roi et ses troupes. Certains de ses officiers, les épisodes de la mort de Philotas et de Cleithos le rappellent, sont hostiles à un mode de gouvernement de plus en plus personnel et autocratique, sur le modèle asiatique. Mais les soldats quant à eux sont, au moins pour les survivants du début de l’expédition, physiquement exténués[63]. Il y a de plus pour les soldats un désir légitime de revoir leur famille et de jouir du butin accumulé[64].

La conquête de la vallée de l’Indus (automne -326 / printemps -325)

Alexandre décide ensuite de soumettre toute la vallée de l’Indus. Il fait construire une flotte, prête à l’automne -326 où il embarque avec une partie de son armée, pour descendre l’Hydaspe puis l’Acésine afin de rejoindre l’Indus. Cette flotte est construite avec la contribution financière de nobles de la cour et de l’état-major du roi. Elle est dirigée par Néarque avec des équipages essentiellement phéniciens et grecs suite aux renforts qu’Alexandre vient de recevoir. Avant le départ, et malgré la mort de Cœnos un des chefs militaires les plus populaires et un des plus fidèles compagnons d’Alexandre, une assemblée des princes locaux reconnaît Pôrôs comme souverain, sous la suzeraineté du roi de Macédoine et de l’empire perse. Alexandre embarque avec lui les archers, les hypaspistes et les cavaliers de sa garde cependant que Cratère longe la rive droite et Héphaestion, avec l’essentiel de l’armée, descend le long de la rive gauche.

À l’embouchure de l’Hydaspe et de l’Acesine des rapides endommagent la flotte qui doit réparer. Certains peuples se soumettent rapidement mais d’autres comme les Malliens et les Oxydraques refusent. Vers la mi-novembre -326, le Conquérant soumet les Malliens, mais commet la faute d’attaquer une ville de brahmanes, ce qui provoque une rébellion qui se propage rapidement avant d’être réduite par Peithon. Au cours de cet engagement, il est assez sérieusement blessé, au point que l’armée croit en sa mort. Il doit faire ouvrir les rideaux de la cabine de son navire pour rassurer ses troupes.

Alexandre, trop empreint de culture grecque, ne comprendra jamais le système de castes indien, et finit par rejoindre l’embouchure de l’Indus après une violente campagne de répression[65]. Les Macédoniens sont effrayés par le phénomène des marées, quasi inconnu en mer Méditerranée, ce qui n’empêche pas Alexandre d’établir un port, des arsenaux, des citernes dans un port construit au sud de la ville de Pattala, preuve qu’il s’agit pour lui d’un territoire destiné à être incorporé à son empire.

Le difficile retour (juillet -325 / décembre -325)

Alexandre, pour son retour vers Babylone, divise son armée en trois corps (juillet -325). Néarque avec une flotte d’une centaine de navires, 2 000 marins et 12 000 soldats, est chargé de rouvrir la route maritime entre l’Indus et l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate. Cratère quant à lui a déjà quitté (en juillet) la vallée de l’Indus avec la moitié de la phalange (quatre taxes), les éléphants et les vétérans désirant retourner en Macédoine. Il remonte par l’Arachosie et la Drangiane (sud de l’Afghanistan actuel) et doit retrouver Alexandre en Carmanie (région qui correspond au sud de l’Iran vers le détroit d'Ormuz). Sans doute s’agit-il pour Alexandre de montrer ses troupes dans des régions soumises depuis peu, à proximité également de la Bactriane où les colons militaires viennent de se révolter[66].

Alexandre sur son cheval Bucéphale, bronze, musée national étrusque de la villa Giulia (Rome)

Alexandre choisit pour le retour l’itinéraire le plus difficile en longeant la côte de la Gédrosie (actuel Balouchistan pakistanais). Il s’agit de soutenir la flotte de Néarque en établissant des dépôts de vivre. Depuis Pattala sur l’Indus, il gagne avec 25 000 hommes l’actuelle région de Karâchi où le peuple des Arabites capitule sans combattre. Puis Alexandre atteint la vallée du Purali dont il soumet les habitants, les Orites. La côte étant trop misérable pour approvisionner la troupe, Alexandre doit demander de l’aide aux Gédrosiens de l’intérieur du pays. Alexandre divise alors son armée en deux corps ; celui commandé par Léonnatos doit suivre l’itinéraire traditionnel des caravanes, plus au nord, et faire sa jonction avec Alexandre à Pura, capitale de la Gédrosie. Alexandre avec 12 000 hommes, dont ses troupes d’élite et un convoi de femmes et d’enfants, traverse la Gédrosie par le désert du Makran qui longe le littoral[67]. Or au moment où Alexandre entre dans le désert, les Gédrosiens et les Orites se révoltent ; il n’obtient donc pas les vivres promis. Le désert de Makran est une région particulièrement isolée, couverte de marécages salés, comptant peu d’oasis, en tout cas avec des ressources insuffisantes pour un tel effectif. Une grande partie du convoi avec les femmes, les enfants et les attelages est emporté par la brusque montée d’un torrent. La troupe met deux mois pour accomplir 700 km entre la vallée du Purali et Pura. Alexandre rallie la ville de Pura en décembre -325. Il y est rejoint par le contingent de Léonnatos qui a entre-temps fondé Alexandrie des Orites. Malgré la saison des pluies, plus de 6 000 personnes seraient mortes de soif et d’épuisement durant cette marche dans le désert du Makran[68], d’autant qu’une partie des réserves de grain est déposée dans des fortins au bord de la mer pour approvisionner la flotte. Ce voyage est le plus éprouvant de toute l’expédition d’Alexandre et entraîne un grand nombre de décès par épuisement, soif et sous-alimentation ; tous les chevaux et les bêtes de somme meurent au cours de ce périple. D’autant que cette souffrance a été inutile : jamais Alexandre ne parvient à établir le contact avec la flotte de Néarque.

En Carmanie, Alexandre est rejoint par Cratère. Immédiatement Alexandre est confronté à des récriminations de toutes sortes sur les officiers qui ont gouverné l’empire en son absence. Les abus de ses satrapes sont les signes d’un malaise assez compréhensible en cette période troublée et que l’éloignement du roi ont favorisé. Deux stratèges de Médie, Cléandre et Sitalcès, sont exécutés ainsi plus tard qu’Héracon. Il s’agit des officiers qui avaient été chargés de tuer Parménion[réf. nécessaire].

Quant à la flotte, elle part avec un mois de retard sur les plans initiaux, à cause des vents de mousson, le 23 octobre -325. Elle longe la côte de la mer d’Érythrée (actuelle mer d’Oman), pour rallier l’Euphrate. Pilotée par Néarque, avec pour second Onésicrite (le futur rédacteur de l’Alexandropédie), elle explore la côte avec minutie, et rencontre notamment des baleines pour la première fois. Confrontée à plusieurs tempêtes, qui coulent trois navires au moins, Néarque est aussi obligé de maintenir la flotte à la mer jour et nuit car il craint les désertions. Il est impossible de se ravitailler à terre sur la côte de la Gédrosie, le pays des misérables Ichtyophages (« mangeurs de poisson »). En outre les dépôts laissés par Alexandre sont attaqués par les Orites. Les seuls aliments proviennent donc de la mer ; ce qui prend au dépourvu la flotte, laquelle souffre de la faim. Finalement après 1 300 km et 80 jours de navigation, Néarque parvient à Harmozia (Ormuz) en face du promontoire de Macéta (actuel Émirats arabes unis). Néarque quitte alors la flotte et se rend au-devant d’Alexandre qui le reçoit avec des transports d’allégresse, persuadé de la disparition de sa flotte. Néarque repart ensuite jusqu’aux bouches de l’Euphrate (décembre -325) et rallie Suse.

La dernière année du règne
Les noces de Suse et la mutinerie d’Opis (hiver / printemps -324)
L’empire d’Alexandre

De Carmanie, Alexandre se rend au début de l’année -324 à Pasargades avec des troupes légères tandis qu’Héphaestion poursuit le voyage avec le gros de l’armée le long des côtes de la Perse. C’est à ce moment qu’il entreprend de restaurer le tombeau de Cyrus le Grand, lequel avait été pillé en son absence, et de punir les coupables. Il se débarrasse aussi de plusieurs satrapes tel Baryaxès qui s’était proclamé Grand Roi ou Orxinès en Perse dont la fidélité était sujette à caution. Puis il arrive à Suse.

C’est à ce moment qu’interviennent les fameuses noces de Suse. Cet épisode est un acte symbolique très solennel révélateur de la volonté du roi de fondre en un seul peuple les Macédoniens et Grecs ainsi que les Asiatiques. C’est ainsi que dix mille de ses compagnons épousent le même jour des femmes asiatiques. Alexandre y épouse Stateira, fille aînée de Darius III, tandis qu’Héphaestion épouse une de ses sœurs cadettes. Les mariages se font à la mode perse, ce qui ne manque pas de provoquer la désapprobation des Macédoniens (qui ont déjà vu leur roi s’unir à Roxane) qui en concluent qu’Alexandre s’éloigne des coutumes grecques pour adopter une mentalité « barbare ». Le conquérant marque également la volonté d’intégrer de jeunes Perses à son armée. Pour calmer la grogne Alexandre paye les dettes de ses soldats et offre en un geste symbolique des couronnes d’or à ses généraux.

Ces gestes sont insuffisants pour éviter qu’une révolte des vétérans n’éclate à Opis (au nord de Babylone). L’élément déclencheur est bien cette place nouvelle qui est accordée par Alexandre à ses troupes asiatiques. Ainsi la création d’une cinquième hipparchie composée d’Asiatiques dans le corps des hétères est-elle mal ressentie. Aussi le jour même où Alexandre libère 10 000 vétérans éclate la mutinerie. Il lui est demandé de donner congé à tous, d’entreprendre de nouvelles conquêtes tout seul, ou avec son père Amon. Cette remise en cause de son origine divine le rend fou de rage et Alexandre se précipite sur les mutins avec ses hypaspistes. Il fait exécuter treize des meneurs et reprend, par un discours habile où il flatte l’orgueil de ses hommes, le contrôle de la situation. Il se retire ensuite sous sa tente et ne s’adresse plus qu’aux Perses refusant de parler aux Macédoniens. Ceux-ci supplient alors le roi de leur rendre leur place auprès de lui et promettent de le suivre où il voudra les conduire.

Cette réconciliation théâtrale prouve l’habileté du roi qui conserve son ascendant sur ses troupes tout en atteignant ses objectifs puisque les Asiatiques restent dans l’armée. Mais cette mutinerie éclaire bien la distance qu'il y a entre les projets du roi et les désirs de ses troupes fatiguées. À Opis les troupes s'aperçoivent qu'Alexandre a bien l'intention « d'établir pour toujours en Asie le centre de son royaume. »[69]. Les nouvelles entreprises du roi apparaissent aux yeux de ses soldats comme de plus en plus personnelles et ils s'en estiment de moins en moins solidaires. Cette résistance de l'armée à la politique de fusion avec les troupes asiatiques constitue assurément le plus grave échec d'Alexandre.

Plusieurs milliers de vétérans sont libérés et rentrent en Macédoine, commandés par Cratère et Polyperchon. Cratère est chargé de remplacer Antipater en Macédoine, en conflit permanent avec Olympias, et dont Alexandre semble à ce moment se méfier, tandis qu’Antipater doit emmener en Asie de nouvelles recrues pour les projets futurs du roi (été -324).

Ultimes desseins (été -324 / printemps -323)

D’Opis par la vallée du Zagros, Alexandre se rend à Ecbatane. C’est là, au cours de l’hiver -324, que meurt le favori d’Alexandre, Héphaestion, probablement de maladie. La douleur du roi est assimilée par les historiens antiques à celle d’Achille sur le corps de Patrocle. Alexandre rend à son compagnon des honneurs quasi royaux. Mais les tâches royales reprennent vite le dessus et une dernière campagne est organisée contre les habitants du Lorestan actuel (sud-ouest de l’Iran) et contre les Ouxiens montagnards que les Perses n’avaient jamais totalement soumis.

Pièce de Ptolémée avec Alexandre portant un scalp d’éléphant, symbole de sa conquête de l’Indus.

Alexandre se rend ensuite à Babylone au printemps -323. En chemin il reçoit des ambassades venues de Grèce. Les Athéniens en particulier protestent contre un décret d’Alexandre ordonnant le rappel des bannis et contre celui réclamant pour le roi les honneurs divins. Le décret sur les bannis sera l’un des prétextes au déclenchement de la guerre lamiaque à la mort du roi.

Alexandre multiplie les rencontres avec des ambassades venues des pays limitrophes de son empire (Libye, Cyrénaïque, Celtes des Balkans, sans doute Carthaginois) sans qu’il soit possible de déterminer avec précision quels sont ses objectifs. Le voyage de Néarque ayant montré combien les communications maritimes avec la partie orientale de l’empire étaient plus aisées que les communications terrestres, Alexandre ordonne l’exploration des mers limitrophes. Ainsi Héraclide est-il envoyé explorer la mer Caspienne et trois expéditions successives sont envoyées reconnaître les côtes de l’Arabie. Les deux premières, celle d’Archias, et celle d’Androsthène ne dépassent pas l’île de Tylos (actuelle île de Bahreïn). Celle d’Hièron de Soles atteint sans doute le golfe de Suez. Cette reconnaissance totale des côtes de la mer Rouge à l’embouchure de l’Indus va donner à Alexandrie un rôle pivot dans le développement des relations commerciales entre la mer Égée, et donc la Grèce, et l’Asie.

Les historiens ne s’accordent pas sur ses derniers desseins. Plusieurs auteurs anciens affirment qu'Alexandre caresse le projet de conquérir le bassin occidental de la mer Méditerranée[70]. Il est plausible en effet qu’il ait envisagé de se tourner vers la mer Méditerranée occidentale, en particulier vers Carthage. Perdiccas l'affirme devant les troupes peu après le décès du roi. Ce qui est certain, c’est qu’une expédition est envisagée pour le 20 du mois de Dæsios (5 juin -323) que les sources antiques orientent vers le sud de la Libye afin d’atteindre l’Occident. S’agit-il, sinon de s’aventurer en Arabie, plus vraisemblablement d’assurer la prospérité et la durée de son empire par la maîtrise des mers environnantes ? La question que se posent les historiens contemporains est donc de comprendre s'il y a deux projets distincts, la conquête de la Méditerranée orientale d'une part et le contrôle des côtes de l'Arabie et de la mer Rouge d'autre part, ou s'il ne s'agissait que d'un seul et même projet à savoir relier Alexandrie du Tigre à Alexandrie en Égypte puis de là poursuivre vers Carthage et la Sicile[17].

Auparavant, Alexandre consacre les dernières semaines de sa vie à parcourir les canaux de l’Euphrate et à faire exécuter des travaux destinés à réguler les inondations. Puis il revient à Babylone et reçoit, tel un dieu, les théores (émissaires) envoyés par les cités grecques.

Les derniers jours (juin -323)
Alexandre sur son lit de mort, peinture de Karl von Piloty de 1886.

Alexandre a-t-il été empoisonné ? Cette rumeur qui accuse Cassandre et Iolas, les fils d’Antipater (Iolas, échanson du roi, est le suspect idéal), est évoquée par les auteurs de la Vulgate d’Alexandre, sans toutefois qu’ils la cautionnent véritablement[71] ; elle est contestée par Arrien et Plutarque[72].

À la suite de désaccords dans la politique à mener en Grèce et aux conflits avec Olympias, Alexandre compte en effet relever Antipater de la régence de Macédoine pour le remplacer par le fidèle Cratère. Cependant cette rumeur, fomentée par Olympias, se répand plusieurs années après la mort d’Alexandre, à une époque où les diadoques se déchirent déjà et où la volonté de discréditer les concurrents potentiels est forte. Cette hypothèse est bien entendu invérifiable de nos jours. Des études récentes estiment qu’Alexandre est mort du virus du Nil occidental[73]. Cette saison de fin de printemps dans la région marécageuse que constitue le sud de l’Irak actuel est également propice à cette maladie.

Plutarque et Arrien ont écrit, d’après les Éphémérides royales, le détail des derniers jours du roi entre le 15 et le 28 du mois de Dæsios (27 mai au 10 juin)[74]. Selon Plutarque, Alexandre est troublé par la multiplication de signes funestes. Ainsi, lors de la navigation sur l’Euphrate, un coup de vent emporte le diadème royal tandis qu’à Babylone, un inconnu ose s’asseoir sur le trône d’Alexandre, geste qu’il paye de sa vie. Puis les fêtes dionysiaques (komos) et les soirées de beuveries, dont le roi est coutumier, reprennent. Ainsi, les 16 et 17 Dæsios, Alexandre passe de banquets en banquets chez Néarque puis chez un hétère thessalien, Médios de Larissa.

Le 18 au matin (30 mai -323), il est pris d’une fièvre qui va durer jusqu’à son décès. Les premiers jours, jusqu’au 22 Dæsios (4 juin -323), il continue à donner des ordres et à surveiller les préparatifs de son expédition mais, à partir du 23, l’aggravation de son état l’en rend incapable. Le 25 Dæsios, il perd l’usage de la parole et ne peut parler à ses officiers, qu’il reconnaît cependant. Une terrible fièvre s’empare de lui à partir de la nuit du 25 au 26 Dæsios. Le 27, les soldats le croyant mort exigent de le voir et défilent devant le roi, sans armes, lequel salue chaque homme d’un mouvement de tête ou d’un clignement des yeux.

Alexandre le Grand meurt le 28 Dæsios au soir, c’est-à-dire le 13 juin -323, à l’âge de 32 ans à Babylone.

Selon l'historien Valerio Massimo Manfredi, ses campagnes militaires l'avaient beaucoup affaibli, si bien qu'au milieu d’un grand festin, après avoir vidé plusieurs fois la grande coupe d'Héraclès remplie de vin pur, il perd connaissance à cause d'une lésion interne grave comme la perforation d'un ulcère gastrique ou une pancréatite aiguë[75].

Par la suite, ses généraux, les diadoques, se livreront de nombreuses guerres pour le partage de l'empire.

Le tombeau d'Alexandre

Article détaillé : Tombeau d'Alexandre le Grand.

Le cadavre embaumé d’Alexandre devient l'enjeu d'un conflit entre ses diadoques. L'un d'eux, Perdiccas, fidèle à Roxane et à Alexandre IV, décide dans un premier temps de le rapatrier à Aigéai, l'ancienne capitale de Macédoine, là où reposent les ancêtres du conquérant. Le corps est ainsi placé dans un premier sarcophage anthropoïde en or, enfermé à son tour dans un deuxième cercueil doré, un drap pourpre recouvrant le tout. L'ensemble est disposé sur un char d'apparat surmonté d'un toit que soutient un péristyle ionique[76]. Ptolémée Ier Soter n'hésite pas à attaquer la procession funéraire pour s'approprier le sarcophage et l'exposer à la dévotion à Memphis. Selon le pseudo-Callisthène, le cadavre est ensuite transporté à Alexandrie vers -280, à l'aide d'un coffre de plomb par Ptolémée II. Ce dernier le place à l'intérieur d'un temple dans un nouveau sarcophage recouvert d'or. Ptolémée IV Philopator enfin fait construire un mausolée somptueux (le Sôma) dans lequel il expose la dépouille d'Alexandre. Dans La Pharsale de Lucain[77], on apprend que le monument se dresse sur un tumulus et a la forme d'une tour de marbre surmontée d'un dôme pyramidal. Tout autour sont aménagées de petites chapelles destinées à recevoir les corps des rois lagides, l'ensemble étant protégé par une enceinte murée qui délimite le téménos. Il est presque certain que le Sôma se trouvait quelque part à l'intersection de la voie Canopique, qui traverse la ville selon un axe nord-est sud-ouest depuis la porte du Soleil jusqu'à la porte de la Lune, et de l'autre voie principale orientée nord-sud qui relie la presqu'île de Lochias au lac Maréotis.

Pour Strabon[78], le monument fait même partie de la basilique. Ptolémée IX, à court d'argent selon Antiochos Grypus, fit remplacer en -89 le cercueil d'or par un cercueil de verre ou d'albâtre translucide[79]. Le cadavre embaumé y reste plusieurs centaines d'années et devient un objet de visite pour un grand nombre d'hommes politiques, de généraux tant grecs que romains. Ainsi, si l'on suit Suétone[80], l'empereur Auguste visite le tombeau et retire un instant le corps du sarcophage pour lui mettre avec respect une couronne d'or sur la tête et le couvrir de fleurs. La manipulation aurait malheureusement abîmé le nez du cadavre.

La dernière visite importante est celle de l'empereur Caracalla en 215. Ce dernier n'hésite pas à s'approprier la tunique, la bague et la ceinture du Macédonien, la cuirasse, quant à elle, ayant probablement déjà été volée par Caligula. Dès le IVe siècle, un tremblement de terre et divers vandalismes romains ayant probablement dégradé le monument, l'emplacement du Sôma n'est plus connu. Les historiens et archéologues, malgré de nombreuses recherches et hypothèses, ignorent encore de nos jours son emplacement exact.

 

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