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Histoire du christianisme (début)

Histoire du christianisme
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Longtemps, dresser l’histoire du christianisme fut une entreprise difficile. En effet, elle était cantonnée dans l’apologie de l’Église dominante dans le contexte géopolitique où se situait le candidat historien1. Par exemple, des auteurs fondamentaux comme Le Quien (Oriens Christianus) ou Ch. Herbermann (Encyclopédie catholique) utilisent le mot « catholique » dans le sens actuel du terme pour désigner toute l'église des cinq premiers patriarcats d'avant 1054, ce qui fait apparaître l'Église de Rome comme seule héritière légitime de l'église primitive. Depuis Walter Bauer2, on sait qu’aucune unité doctrinale n’existait dans le christianisme ancien et, depuis Adolf von Harnack3, que le dogme crée le schisme et que l’hérésie et l’orthodoxie font système. Ainsi, l’histoire du christianisme est une longue suite de fractures mais, si son élaboration a souvent relevé de la justification anachronique a posteriori (sans rapport avec une stricte recherche de la restitution de faits), la méthode historique scientifique et l’évolution de disciplines telles que la science des religions, permettent désormais d’en cerner les vicissitudes et d’éclairer les enjeux qui ont présidé à son développement.

Le développement historique des principales églises ; dans ce diagramme la position des branches n'a pas de signification autre que chronologique et démographique approximative.

Christianisme des premiers temps

Le christianisme nait de controverses théologiques du Ier au IVe siècle4 au Proche-Orient.

La Cène, fresque du IVe siècledécouverte le 25 février 1988 à Tomis(Scythie mineure).

Controverses théologiques du Ier au IVe siècle

Mère de Dieu(ΜΡ ΘΥ), mosaïquedans Hagia Sophia, Istanbul.

Séparation d'avec le judaïsme

Depuis les années 1975, les historiens affirment qu’aucune séparation totale et décisive n’eut lieu avant le IVe siècle5, ce qui est contraire à la tradition historiographique dominante antérieurement : pour cette partie, on peut voir en détail comment se pose le débat, dans l'article spécialisé le débat historique. Dans l’interprétation chrétienne traditionnelle, le christianisme devient une religion distincte du judaïsme quand Paul affirme que « la foi passe avant la loi »; cette affirmation ne résiste pas à l’analyse historique6,7,8. Ceux qui partagent néanmoins ce point de vue, issu de l’Évangile selon Jean, datent la séparation de la fin du Ier siècle, mais il faut savoir que Jean se distingue des Évangiles synoptiques par ses prises de position anti-juives ; quoi qu'il en soit, ce point de vue bute à la fois :

  • sur la réalité du judaïsme rabbinique qui apparaît au travers de l’école de Jamnia : quelques sages s'installent à Jamnia après la Première Guerre judéo-romaine et la destruction du Second Temple en 70, et définissent des pratiques pour que le judaïsme survive en dépit de la destruction du temple, en particulier, les 613 commandements, destiné à « inscrire le temple au cœur de l'homme ». Dans les années 90, la Mischna témoigne d'une critique des autres mouvements nés du judaïsme n’observant pas strictement cette Halakha en termes d'« hérésie »9. Le judaïsme rabbinique est à la source du judaïsme « moderne ».
  • sur l'histoire des judéo-chrétiens, qui vont donner naissance à l’ébionisme, encore violemment attaqué par Origène et Irénée au IIe siècle : les ébionites qui voyaient Jésus comme étant le « Messie » mais pas le « Fils de Dieu », seront rejetés à la fois par les juifs et par les chrétiens.
La question gnostique

Les premiers siècles du christianisme sont une période de développement théologique, passant au crible du rationalisme grec certaines notions en vue de les éclaircir. Si l'on s'en tient à Irénée de Lyon, le gnosticisme est un terme générique désignant une série de courants de pensée, qui, entre 80 et 150, développent une conception ésotériques du christianisme. Selon ces courants, une connaissance est réservée à des élus au sujet de la nature du Mal et des moyens d’y échapper. Les gnostiques sont dualistes ; pour eux le monde matériel est étranger à Dieu et a été créé par des puissances inférieures. Ces croyances s’accompagnent de tendances soit à l’ascétisme, soit à la débauche, qui reflètent toutes deux un même mépris du monde matériel. Bien que l’idée de rédemption reste centrale, le rédempteur n’est pas nécessairement le Christ, vu leur répugnance du monde matériel. Quelques-unes enseignent que le Christ est un pur esprit et que son incarnation est une illusion optique et une apparence (en grec dokèsis) ; on nomme ce courant docétisme (IIe siècle). La rédemption est réservée aux élus en qui réside une étincelle divine. Une des doctrines les plus populaires est le dualisme de Marcion (IIe siècle), qui distingue le Dieu des juifs du Père de Jésus, et rejette donc l’Ancien Testament. Un autre groupe dissident se forme autour de Montanus au IIe siècle. Originaire de Phrygie, Montanus affirmait que le Paraclet s’exprimait à travers lui. Le montanisme connaîtra un certain succès en Asie Mineure.

Ces doctrines créent le débat dans les communautés chrétiennes et incitent à l'approfondissement théologique par ceux que l’on qualifiera ensuite de Pères de l’Église à s’opposer à ces tendances et à élaborer des réfutations de ces doctrines. Ils s’y prennent de plusieurs manières :

  • en insistant, comme Ignace d'Antioche, sur le rôle de l’évêque, représentant de Dieu sur la terre en vertu de la succession apostolique ; on crée donc un pouvoir ecclésiastique.
  • en élaborant un Canon du Nouveau Testament, c’est-à-dire un corpus de textes faisant autorité. Concernant les évangiles, on finira par s’accorder sur quatre textes : les trois Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) et celui de Jean, fermement défendu par Irénée de Lyon. Les Valentiniens en reconnaissent d’autres, comme l’Évangile selon Thomas.
  • en élaborant, au cours des conciles, un « symbole de la foi », c’est-à-dire un court texte, qui résume ce qu’il convient de croireN 1, et permet de construire une orthodoxie en démarcation d'avec l’hétérodoxie (Irénée de Lyon et Tertullien).
Construction d'un système théologique

Maison de la Vierge Marieoù la mère de Jésusa, selon la tradition, fini ses jours accompagnée de Jean; en fait, c'est une église grecque du XIIIesiècle.

Aux IVe et Ve siècles, ces débats, qui portent sur la nature de Jésus puis sur la Trinité, le sens matériel ou spirituel de l’incarnation, à partir du IVe siècle, la place de la Vierge Marie N 2 , la doctrine du salut (faisant l'objet de la sotériologie), etc., sont d’autant plus violents qu’ils illustrent des rivalités entre les grandes métropoles religieuses de la partie orientale de l’Empire romain (Alexandrie, Antioche et Constantinople) ainsi que des rivalités de personnes.

Au IVe siècle de l'ère commune, l'arianisme est le premier de ces conflits qui prend une extension jusqu'aux limites du monde connu. Condamné à Nicée I, il sera diffusé et maintenu dans les royaumes barbares, jusqu'à leur conversion à l’« orthodoxie »2, achevée au VIIe siècle.

Le pélagianisme, condamné par le concile d'Éphèse en 431 et combattu par Augustin d'Hippone, manichéen converti, influença durablement les débats théologiques: cette doctrine, qui exalte la liberté humaine face au rôle de la grâce (religion chrétienne), est au cœur de la controverse janséniste au XVIIe siècle.

Églises pré-chalcédoniennes

Églises « pré-chalcédoniennes » est l'expression dont leurs ennemis désignèrent les églises des deux et trois conciles10. À leurs yeux, après les conciles, elles auraient dû disparaître. En fait, ces églises sont post-concilaires en ce sens qu'elles marquèrent leur désaccord vis-à-vis des conclusions des troisième et quatrième conciles d'où le nom que les historiens leur donnent : Églises des deux conciles, Églises des trois conciles pour les distinguer des églises « orthodoxes », c'est-à-dire des 7 conciles (dont Rome faisait alors partie). C'est une façon de les déclarer hérétiques et de masquer le caractère foisonnant des christologies de l'époque11.

Conciles christologiques
Articles détaillés : Dogmes chrétiens et Christologie.

L'égliseconstruite sur le tombeau d'Euphémie de Chalcédoineaccueille en 451 le quatrième concile œcuméniqueet met fin au débat qui secoue l'Église autour de la nature du Christ. Deux branches du christianismen'y participent pas : l'Église copteet l'Église arménienne. Les nestoriensn'y sont pas conviés12

Les 7 conciles cités ci-dessus, conciles christologiques pour les 5 premiers, sont reconnus comme œcuméniques, c'est-à-dire qu'ils sont reconnus à la fois par les catholiques et les orthodoxesN 3. Les conciles fonctionnent un peu comme un tribunal devant lequel sont jugés un homme et sa doctrine.

En 325, à Nicée, lors du Ier concile de Nicée, appelé à l'initiative de l'empereur Constantin, le concile condamne Arius, un prêtre d'Alexandrie. Il déclare le Fils « consubstantiel (homoousios) au Père ». Les évêques qui refusent de signer sont déposés.

Certains fils et successeurs de Constantin prendront des positions nettement ariennes (Constance II, Valens). Sous l’empereur Théodose Ier, le Ier concile de Constantinople (381) tranchera en faveur des thèses de Nicée, en y ajoutant la consubstantialité de l’Esprit et en affirmant les trois personnes.

Nestorius, patriarche de Constantinople (421), formé à l’école d'Antioche, affirme la distinction entre la nature humaine et la nature divine du Christ, et conteste la proposition de Cyrille de donner à Marie le titre de theotokos (« mère de Dieu ») ; il voit en elle que la mère d'un homme : « Je refuse de voir un Dieu formé dans le sein d'une femme ! » mais conçoit qu'elle soit « Mère du Christ », c'est-à-dire « Christotokos ». C’est une position dualiste, à laquelle s’oppose l’école d'Alexandrie représentée par Cyrille. La convocation du concile d'Éphèse (431) doit les départager. Dans un premier temps, Cyrille profite de l’absence des partisans de Nestorius pour faire condamner celui-ci. Lorsque les partisans de Nestorius arrivent à Éphèse, ils condamnent Cyrille. Les deux partis intriguent auprès de l’empereur Théodose II et maintiennent une agitation permanente.

Après Éphèse, en contestation des thèses de Nicée, certains théologiens alexandrins élaboreront le monophysisme (de monos, « unique », et physis, « nature »), personnifié par le moine Eutychès qui, développant la formulation de Cyrille d'AlexandrieN 4, propose une solution à la question de la nature du Christ. Il y voit deux natures mais une seule volonté, celle de Dieu. Accusé d’hérésie, il maintient que le Christ n'a qu'une nature, la nature divine, par laquelle a été absorbée la nature humaine « comme une goutte d'eau l'est par la mer » après l'Incarnation. On retrouve cette idée dans le miaphysisme de l'église apostolique arménienne. Ce nouveau conflit provoque la convocation d'un deuxième concile d'Éphèse (449). Sous la pression de l’empereur Théodose II, Eutychès est réhabilité. Cet épisode est qualifié par le pape de Rome, Léon, de brigandage d’Éphèse parce que les théologiens occidentaux n'y avaient pas été invités13. Le 2e concile d’Éphèse n'est reconnu que par les églises orientales. Il marque le début de la césure entre christianisme oriental et christianisme occidental14.

À la mort de Théodose, le pape obtient du nouvel empereur, Marcien la tenue du concile de Chalcédoine (451). Ce concile sera l’un des plus importants de l’histoire du christianisme en cela qu'il formule le dogme de la trinité, où du « père » (Dieu) découlent le « fils » (le Christ) et le « saint-esprit ». Pour le « fils » incarné, les participants retiennent la formule d’une seule personne et de deux natures (divine et humaine), définition aussitôt contestée. Dans l'église d'occident, en train de convertir les « Barbares », se développe de plus en plus l'idée que le « saint-esprit » découle aussi du « fils », ce qui implique que seule une âme devenue chrétienne peut être sauvée par Dieu.

Schismes

Certains participants aux différents conciles refusent d'adopter le dogme, provoquant des schismes qui sont à l'origine de la création d'Églises autocéphales.

Jusqu’aux conquêtes arabes, la politique impériale variera entre la répression à l’égard des adversaires des thèses chalcédoniennes et diverses tentatives d’accommodement théologique, comme l'hénotique. Sous l’empereur Justinien, la répression des monophysites aboutit à la constitution d’Églises non-chalcédoniennes dite aussi « des trois conciles », avec une hiérarchie parallèle à celle de l’Église officielle : l’Église syrienne orthodoxe, dite aussi Église jacobite en Syrie, l’Église copte orthodoxe en Égypte, qui comprennent la majorité des fidèles, ou encore l'Église apostolique arménienne. Subsiste toutefois une Église chalcédonienne, dite « melkite » (du syriaque melek, « roi »).

Au début du VIIe siècle le patriarche Serge Ier de Constantinople tente encore de mettre fin à la controverse du monophysisme qui divise toujours la chrétienté en contournant la question de la « nature » du Christ et propose le monothélisme (du grec du grec monos, « seul » et thelein, « vouloir ») qui professe la seule volonté divine « seule volonté du Christ incarné »15. Le concile œcuménique de Constantinople de 680 condamne cette doctrine et confesse la pleine humanité du Christ en lui reconnaissant une volonté humaine, faillible (colère face aux marchands du Temple, « Eli, Eli, lama sabachtani ? » : "mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?") distincte de sa volonté divine, infaillible (chaque fois qu'il parle au nom du « père »). Selon certains auteurs, le monothélisme se prolonge dans le maronisme16.

À partir du XIe siècle et jusqu'au XVIe siècle, l'Église catholique romaine entreprendra une reconquête des églises des 2 et 3 conciles. Ce sont les églises uniates qui professent désormais la théologie romaine trinitaire mais conservent, dans une certaine mesure, la liturgie et la paramentique de leurs églises d'origine. Une partie de ces communautés refuse l'union et demeurent témoins du christianisme oriental ancien.

La crise iconoclaste

La controverse iconoclaste est la dernière grande controverse théologique. Elle se déroule au haut Moyen Âge

Au VIIe siècle, l’iconoclasme est une réaction au culte des images (ou « icônes »). Ce culte se manifeste de diverses façons ; de l’illumination de l’icône à la prosternation, jusqu’à la conviction que l’icône a un caractère agissant par elle-même. Les raisons de la crise ne sont pas claires. On[Qui ?] a invoqué entre autres l’influence du judaïsme et de l’islam. Les premières mesures iconoclastes sont prises en 725 par l’empereur Léon III. Il remplace le patriarche Germanos par un iconoclaste, Anastase. Dans un premier temps, il n’y a pas de persécutions. Le successeur de Léon, l’empereur Constantin V Copronyme, convoque un concile qui fait de l’iconoclasme la doctrine officielle de l’Empire d’Orient. Il doit faire face à l’opposition des moines qui sont iconodules (partisans du culte des images). Sous l’impératrice Irène a lieu une réaction : en 786-87, un nouveau concile renverse la tendance et rétablit le culte des images. La hiérarchie « orthodoxe » suit la volonté impériale. En 815, un autre empereur, Léon V l’Arménien, revient à l’iconoclasme. Il doit faire face à une opposition puissante menée par Théodore le Stoudiote. Dès la mort de l’empereur Théophile, en 845, le culte des images est définitivement rétabli.

Antiquité tardive

Pour l'antiquité tardive, l'historiographie occidentale17et18 préfère envisager l'affirmation d'un christianisme occidental en tant que "nouvelle civilisation" née sous l’impulsion des Francs, comme "synthèse entre la civilisation romaine et celle des Barbares", et dont la religion sera une forme particulière de christianisme qui deviendra le catholicisme romain par opposition au christianisme byzantin décrit comme un christianisme devenu oriental. Cette vision est héritée de Hieronymus Wolf. Mais pour l'historiographie des pays orthodoxes19, c'est tout le monde romain puis « barbare » qui, au fil des sept premiers conciles, a été orthodoxe (« Pentarchie »), avant que les suites du schisme de 1054, et notamment les innovations de l'église de Rome au fil de ses 14 conciles ultérieurs (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition et bien d'autres nouveautés doctrinales ou canoniques) fassent naître, non pas une nouvelle civilisation, mais simplement une église séparée ; quant aux églises restées « orthodoxes » (patriarcats de Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople, puis ceux apparus ensuite), elles n'ont rien de spécifiquement "oriental" dans cette vision, mais sont la continuation après 1054 de l'église du premier millénaire, de sa doctrine et de ses pratiques.

Contexte politique

Le partage de l’Empire romain (395) et la supposée disparitionN 5 de l’Empire romain d’Occident (476) sous les assauts des invasions barbares, vont avoir pour conséquences l’éloignement progressif des chrétientés occidentale et orientale et la revendication tout aussi progressive d'une affirmation de la papauté dans l’ex-Empire romain d’Occident, où il n’existe plus d’autorité temporelle suprême. Ces articulations de chronologie basées sur les crises de l'Empire romain ne sont pas très pertinentes pour l'histoire du christianisme, sauf si l'on veut se cantonner à l'histoire de l'Église catholique romaine et suggérer qu'elle succède et se substitue à l'empire romain d'occident.

Élaboration du concept historiographique d'Orient et d'Occident

Le concept d'antiquité tardive a été développé essentiellement par les historiens Henri-Irénée MarrouN 6, Marcel Simon 20. L'étude de la séparation de 1054 entre le l'église romaine et les autres, est essentiellement le fait de Peter L. Brown 21. Les quelques paragraphes ci-dessous reflètent leurs vues sans qu'il soit possible de rendre à chacun ce qui lui revient plus précisément. Quelques autres auteurs occidentaux sont cités dans le corps du texte s'il existe des variations.

  • La semence en est jetée lors de la période de dogmatisation évoquée ci-dessus avec la création des Églises des 2 et 3 conciles qui marquent leur refus des 3e et 4e conciles (par exemple l’Église copte en Égypte).
  • La faille se crée à l'occasion du deuxième concile d'Éphèse qui ne réunit que le théologiens orientaux, les occidentaux n'ayant pas été invités. D'une part, cela reflétait assez exactement l'état du développement de la théologieN 7et22, d'autre part, ce manque de diplomatie conduit à la non-reconnaissance du concile par l'église occidentale en phase d'affirmation depuis Léon 1er le Grand.
  • Le schisme se produit en 1054. La « Pentarchie » se rompt : Église latine d'un côté, sous l'autorité morale et temporelle du Pape, Églises d'orient de l'autre, formant désormais une « Tétrarchie », sous l'autorité morale du patriarcat de Constantinople, qui se reconnaissent elles-mêmes et que l’on désigne communément comme l’« Église orthodoxe » ou encore les « Églises des sept conciles ». La « Tétrarchie » orthodoxe redeviendra bientôt une « Nouvelle Pentarchie » lorsqu'en 1589, par son accession au rang de Patriarcat autocéphale, la Métropolie de Moscou vient se substituer au Pape défaillant, d'où le titre de « Troisième Rome » de ce patriarcat russe (Constantinople étant la « Deuxième Rome »). Plus tard encore, d'autres Patriarcats autocéphales viennent grossir les rangs des « Églises des sept conciles ».
Le concept d'« Occident chrétien »

L’histoire des rapports entre l'Église d'Occident et les Églises d’Orient deviendra chaotique et reflètera le contexte de rivalités de personnes et de sièges. Selon cette vision, du Ve au XIe siècle, naît, de l’Irlande à la Pologne, et de la Suède à l’Italie, une nouvelle civilisation romano-barbare, dont la religion sera une forme particulière de christianisme qui deviendra le catholicisme romain.

Sous Damase Ier (366 - 384)débute la revendication de l’autorité de l’évêque de Rome, comme successeur de Pierre (apôtre), en matière de discipline et de liturgie. Le pape Léon Ier (440 - 461) poussera encore davantage dans de nombreux écrits l’exaltation du siège de Pierre mais proteste encore d'être un fidèle sujet de l'empereur. Au concile de Chalcédoine, l'église occidentale refuse l'une des conclusions du concile : le document n°38 faute d'accepter de partager la primauté d'honneur en commun Constantinople ; elle la réclame pour elle seule.

Face à l’empereur Anastase, le pape Gélase Ier (492 - 496) affirme dans un texte célèbre la primauté du pouvoir spirituel face au temporel. La reconquête de l’Italie par l’empereur Justinien, achevée au milieu du VIe siècle, replace néanmoins provisoirement le pape dans l’orbite de l’Empire. Au VIIe siècle, suite à l’invasion des Lombards, l’empire byzantin perd progressivement la plus grande partie de ses territoires italiens et la papauté cherche à devenir une puissance autonome en Italie. Les ravages des Lombards en Italie coïncident avec le pontificat de Grégoire le Grand (590-604). Ce pape énergique assume le gouvernement civil de Rome, affermit l’autorité de Rome sur les évêchés italiens, s’efforce d’entretenir des relations suivies avec les autres Églises d’Occident et travaille à la conversion de l’Europe du Nord. C'est aussi à partir du VIe siècle qu'on assiste progressivement à l'essor des écoles cléricales qui prennent le relai du réseau scolaire antique, qui s'était désintégré lors des invasions barbares. Ce processus culmine avec la Renaissance carolingienne aux VIIIe et IXe siècles. Charlemagne assure la papauté comme puissance autonome en vers 756, au moment où il vainc les Lombards, en la dotant d'un patrimoine dit « de Saint-Pierre » (et légitimé ultérieurement par la Donation de Constantin23). En retour, le pape le sacre « empereur d'Occident » signifiant la fin du pouvoir, sur ces territoires, de l'empereur d'Orient dont le trône est à ce moment tenu par une femme : Irène. La rupture politique entre Orient et Occident est alors consommée ; mais religieusement, l'Église de Rome fait toujours partie de la « communion des sept premiers conciles » et de la « Pentarchie ».

La rupture de la « Pentarchie » par le schisme de 1054

Au IXe siècle, le premier problème grave tourne autour de la nomination du patriarche de Constantinople. L’empereur Michel III dépose le patriarche Ignace, et le remplace par Photios. Le pape Nicolas Ier, qui y voit une occasion d’intervenir dans les affaires de Constantinople, finit par refuser de reconnaître Photios: c'est le « schisme de Photius ». On évoque alors, pour la première fois, la question du « filioque », qui reste en suspens lorsque le pape et Photios réconcilient. Le schisme de 1054 dont les origines sont politiques, intervient lorsque le légat du pape Hubert de Moyenmoutier et le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire s’excommunient mutuellement. La séparation des églises suit en gros la frontière linguistique et politique qui partageait les deux Empires d'Occident et d'Orient12: les églises de liturgie latine suivent Rome, celles de liturgie grecque, slavonne ou roumaine suivent Constantinople. Les quatre patriarcats d'Orient (Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople) continuent à suivre le symbole de Nicée-Constantinople, tandis que l'église de Rome y ajoute le « filioque », une modification doctrinale due à Charlemagne, qui change complètement les rapports de l'Église romaine avec les non-catholiques, puisqu'avec le « filioque », seule une âme chrétienne peut être sauvée, alors que sans lui, Dieu peut sauver toute âme, chrétienne ou non : cette différence va rendre le prosélytisme et les missions de l'Église latine, mais aussi sa volonté de contrôle sur ses fidèles (Inquisition) beaucoup plus fortes qu'auparavant, et va contribuer à motiver les croisades, émaillées d’une multitude d’incidents entre « Latins » et « Grecs ».

Rivalités entre les Églises et progrès de l'Islam
Articles détaillés : Églises uniates, Diète de Worms et Croisade.

En 1204, le sac de Constantinople par les croisés va consommer la rupture. Mais ce sont les innovations doctrinales et canoniques de Rome qui la rendent irréversible (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition...). À deux occasions, au deuxième concile de Lyon en 1276 et au concile de Florence en 1439, pour obtenir le soutien des armées occidentales contre la conquête musulmane, des empereurs byzantins reconnaissent la primauté du pape de Rome, et tentent de reconstituer la « Pentarchie », mais sont désavoués par la hiérarchie de ce que l’on peut maintenant appeler l’Église orthodoxe. Après la chute de l'empire d'Orient, du XIe au XVe siècle, l'Église occidentale n'aura de cesse que de reconquérir les petites églises en sorte d'isoler les églises orthodoxes.

Par ailleurs, l'émergence de l'islam au VIIe siècle et son expansion progressive vont concurrencer le christianisme sur certaines terres. Ainsi, le passage d’une grande partie des chrétiens du Moyen-Orient et d'Espagne sous domination musulmane (VIIe siècle), suite aux premières guerres arabo-byzantines et à la Conquête musulmane du Maghreb puis de l'Espagne wisigothique (renommée Al-Andalus) modifie profondément le paysage du christianisme.

Enfin, la Quatrième croisade, en affaiblissant de manière irréversible l'Empire byzantin dont les ressources économiques sont captées par les thalassocraties vénitienne et génoise, l'empêche de continuer à jouer son rôle de « bouclier de l'Europe » face aux Turcs ottomans qui débarquent en 1332 en Europe, encerclent Constantinople qu'ils prennent en 1453, puis portent en 1526 leur frontière aux portes de Vienne, qu'ils assiègent en 1529 et 1683.

Moyen Âge

À l'époque du Moyen Âge, la religion et, en Occident et dans l'Empire byzantin puis dans les pays slaves, le christianisme en particulier, tiennent une place très importante dans la société.

Expansion et reconquête

La politique d’expansion du christianisme se poursuit du sud vers le nord, du monde romain et grec vers le monde « barbare » à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe. Face à l’expansion de l’islam, jusqu'au XIe siècle le christianisme recule l’Ouest (Espagne, Francie méridionale) à mais résiste à l’Est (Anatolie) ; à partir du XIe siècle, le mouvement s'inverse.

Les religions en Europe au XIe siècle.

Les Anglo-Saxons

La croix celtique, symbole du christianisme irlandais.

À partir du Ve siècle, la Bretagne (qui deviendra plus tard l’Angleterre), est progressivement envahie par les Anglo-Saxons païens, qui refoulent les Bretons chrétiens. Patrick d'Irlande aurait fondé au même moment l'Église d'Irlande, île où le monachisme prend vite une importance centrale. Au cours de cette période obscure, il est difficile de savoir dans quelle mesure le christianisme a pu subsister dans les régions envahies. Ce n’est qu’à partir de la fin du VIe siècle que les royaumes anglo-saxons sont évangélisés à la suite de la mission d’Augustin de Cantorbéry, envoyé par le pape Grégoire le Grand, qui convertit Æthelbert, roi du Kent (597) et fonde l’évêché de Cantorbéry. Saint Colomban (540-615) évangélise quant à lui les Scots et les Pictes et fonde le monastère de Iona en 563. Près d'un siècle plus tard, les moines irlandais et écossais du monastère de Lindisfarne convertissent le roi Oswald de Northumbrie (634). Les autres royaumes anglo-saxons se convertissent sous leur influence. Suite à des tensions entre les missionnaires de Lindisfarne (la mission « celtique ») et les autres (la mission « romaine ») au sujet de la méthode pour déterminer la date de la fête de Pâques, a lieu un important concile à Whitby (664). L’Église celte se rallie au rite romain, bien que des différences perdurent jusqu'au XIIe siècle. Le roi du Wessex Caedwalla impose le baptême aux habitants de l'île de Wight après sa conquête, en 686-688, afin d'éviter qu'un autonomisme ne renaisse sur le substrat d'un paganisme identitaire24.

Les Slaves et les Magyars
Articles connexes : Histoire de la Bulgarie et Bogomilisme.

Au VIe siècle, la péninsule des Balkans est occupée par des tribus slaves, initialement païennes. Celles-ci intercalent des communautés rurales, les « Sklavinies », entre les « Valachies » des Thraco-Romains, déjà christianisés depuis le IVe siècle. Un double processus de christianisation s'opère alors : « par la base », les échanges culturels entre Slaves et Thraco-Romains généralisant les parlers slaves et le christianisme, comme le prouve le vocabulaire des langues balkaniques25, et « par le sommet », c'est-à-dire par la conversion des élites politiques des états slaves (pas nécessairement slaves elles-mêmes, mais slavisées, et christianisées en plusieurs étapes durant le VIIIe siècle et le IXe siècle, et non sans quelques frictions avec l’Église d’Occident.

Cyrille et Méthodesont connus comme les Apôtres des Slavespour avoir évangélisé les peuples slaves de l’Europe centrale

Ces frictions ne concernent pas seulement les Balkans, mais aussi les Slaves occidentaux. En 862, Rostislav, prince de Grande-Moravie, demande aux Byzantins de lui envoyer des prêtres pour former une Église locale. Le patriarche Photios lui envoie deux frères : Cyrille et Méthode, originaires de Thessalonique et connaissant le monde slave. Cyrille met au point le premier alphabet slave, le glagolitique. Leur mission est un succès. Si, au départ, ils sont soutenus par le pape, ils se heurtent à l’opposition des partisans de l’usage des « trois langues » (qui n’admettent que le grec, le latin et l’hébreu comme langues liturgiques) et surtout à l’hostilité des évêques francs, qui ne veulent pas voir échapper la région à l’influence politique de la Germanie. Après leur mort, leurs successeurs seront chassés de Grande-Moravie.

Dans les Balkans, où désormais l'Empire byzantin ne contrôle plus que les côtes (majoritairement grecques) les élites Bulgares, ennemies héréditaires des Byzantins, se convertissent à la même époque : en 866, le khan bulgare Boris (852 - 889) est baptisé, ce qui entraîne la conversion de tout ce que la Bulgarie comptait encore de païens. En Bulgarie comme en Moravie, l’église de Rome cherche à convertir les slaves et les valaques26. Après avoir hésité entre Rome et Constantinople, l’aristocratie bulgare choisit finalement Constantinople, et la Bulgarie fait encore actuellement partie du monde orthodoxe. Il en va de même pour un certain nombre d’autres principautés slaves, correspondant grosso modo aux Serbes actuels. L’adoption du christianisme va de pair avec celle de la civilisation byzantine. C’est donc à cette époque que se forme dans les Balkans une nouvelle frontière : celle entre le monde orthodoxe et le monde catholique.

Un autre événement capital est la conversion des Russes au christianisme. La princesse Olga, sœur d’Igor, prince de Kiev, s’était déjà convertie au milieu du Xe siècle. En 989, le prince Vladimir Ier, soucieux d’asseoir son pouvoir plus solidement, négocie avec les Byzantins son baptême ainsi que celui de ses sujets et son mariage avec une princesse byzantine. La Russie relève directement du patriarche de Constantinople, qui désigne le métropolite de Kiev. Pendant près de 400 ans, celui-ci sera grec et contribuera à ancrer la Russie dans la sphère d’influence byzantine.

Enfin au Xe siècle, Mieszko Ier de Pologne, Géza de Hongrie, son fils, le futur Étienne Ier de Hongrie et Bořivoj Ier de Bohême, époux de Ludmila de Bohême et grand-père de Venceslas de Bohême passent eux aussi au christianisme, et, après quelques hésitations, choisissent finalement l’obédience de Rome et la liturgie latine.

Les sphères d’influence du Saint-Empire romain germanique et de l’Empire byzantin déterminent, du sud au nord au de l’Europe, une frontière religieuse et culturelle qui existe toujours.

L’Église d’Occident des Carolingiens à la féodalité

Au milieu du VIIIe siècle, la papauté et les Carolingiens nouent des relations qui vont se révéler profitables pour les deux parties, et lourdes de conséquences pour la suite de l’histoire de l’Occident. À la demande de Pépin le Bref, le pape Zacharie apporte par une lettre son soutien moral à l’élimination de la dynastie mérovingienne : Pépin se fait sacrer roi. En échange de cet appui, Pépin mène en Italie deux expéditions dans le but de lever la menace que les Lombards font peser sur Rome. C’est dans ces circonstances qu’est créé l’État pontifical, qui ne disparaîtra qu’en 1870. Cette alliance est encore plus étroite sous le fils de Pépin, Charlemagne. Celui-ci fait adopter la liturgie romaine, à un moment où l’extension du royaume franc correspond à celle de la Chrétienté occidentale (à l’exception des Îles britanniques et du petit Royaume des Asturies). Lors de la guerre contre les Saxons d'Allemagne (772-805), Charlemagne ordonne aussi la conversion en masse, et par la force, de la population, afin d'humilier son adversaire 24. C'est aussi sous Pépin le Bref et Charlemagne que l'ancêtre du chant grégorien, le chant messin, se développe, sous l'influence de l'évêque Chrodegang de Metz, qui opère en tant qu'intermédiaire entre Pépin le Bref et la papauté.

 

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