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Sous la domination grecque des Ptolémées puis sous l'occupation romaine, la religion traditionnelle égyptienne continue à persister. Les occupants n'ont jamais pourchassé les divinités égyptiennes ni tenté de les remplacer par d'autres[38]. Cependant, au contact du monde gréco-romain, l'Égypte antique va connaître de profonds bouleversements. Sous les Ptolémées, si les individus égyptiens ne doivent pas faire face à une assimilation culturelle, leur société va cependant devenir très nettement biculturelle avec deux civilisations très différentes sur un même territoire. Les Lagides tout en favorisant la minorité grecque doivent composer avec la majorité égyptienne, se fondre dans le moule pharaonique et ménager le clergé provincial. Tout ceci n'empêche pas des révoltes, surtout en Haute-Égypte, de par son éloignement avec Alexandrie, la nouvelle capitale. Après la défaite de Cléopâtre VII en 30 av. J.-C., les Romains, peu nombreux, renforcent les droits de la minorité grecque et modifient l'administration du pays pour une meilleure captation des rentrées fiscales. Les temples sont ainsi dépossédés de leurs biens fonciers et par là même dépourvus de toute autonomie financière. L'idéologie pharaonique persiste tout de même à travers le pays»[39]. Des empereurs comme Auguste et Tibère sont tout naturellement représentés sur les murs des temples dans le costume de pharaon. Entre le IIIe siècle avant notre ère et le IIe siècle de notre ère, la vitalité des divinités égyptiennes se montre à travers la reconstruction de nombreux temples. Parmi les plus célèbres figurent le temple d'Horus à Edfou, le temple d'Isis sur l'île de Philæ, le temple d'Hathor à Dendérah et le temple de Sobek et Haroëris à Kôm Ombo. On peut aussi citer des sanctuaires bien plus modeste comme le temple d'Hathor à Deir el-Médineh, le temple d'Isis à Dendour, le temple de Tafa et le temple d'Amon à Debod.
Les élites égyptiennes, dont les prêtres, accèdent à la culture héllénistique et bénéfient d'une double culture. Durant l'époque romaine l'usage de la langue grecque est partout présent dans les milieux sacerdotaux. Mais si on trouve des prières rédigées en langue grecque pour un public grec, les grandes spéculations religieuses à l'intérieur des temples se font toujours en langue égyptienne. L'usage des hiéroglyphes sur les monuments se complexifie par la création des glyphes nouveaux et l'usage de combinaisons cryptographiques très ardues. Les textes anciens (mythes, réglementations sacerdotales, textes lithurgiques et littéraires) continuent à être recopiés en écriture démotique. Cependant on assiste aussi à des réflexions nouvelles où l'on tente d'ordonner les mythes et les divinités dans des synthèses théologiques innovantes. Le culte des divinités locales persiste mais les divinités du mythe osirien sont de plus en plus populaires. Tous les temples d'importance se dotent de chapelles osiriennes autonomes ainsi que de mammisi consacrés à la naissance des dieux enfants élaborés à l'image de Harsiesis, « Horus, fils d'Isis »[40].
Le culte d'Isis dépasse les frontières de l'Égypte et atteint Rome et les contrées les plus éloignées de son empire. L'iconographie du dieu Osiris conserve sa forme momiforme traditionnelle mais on peut ainsi le rencontrer sous sa forme gréco-romaine de Sérapis[41] (homme barbu à la manière d'Hadès) ou sous sa forme d'Osiris-canope avec une tête qui émerge d'un vase lui servant de corps. Malgré l'aversion des Romains pour les divinités animales, Anubis sous sa forme d'Hermanubis parvient à se faire une place dans les croyances, sans doute encouragé par le comportement lubrique attribué au chien. Thoth assimilé à Hermès devient le Trismégiste, c'est-à-dire le « Trois fois grand », l'auteur de savantes spécultations philosophiques diffusées à travers le Corpus Hermeticum et la Table d'Émeraude alternatives ésotériques aux lois de Moïse durant le Moyen Âge occidental[42].
Buste de Sérapis, Musée du Vatican.
Statue d'Hermanubis, Musée du Vatican.
La forme composite qui fusionne un corps humain avec une tête animale peut être vue comme l'iconographie la plus représentative de la conception égyptienne de la divinité. Mais ce mode de représentation doit plus être vu comme un enrichissement de l'iconographie que comme une substitution du mode de représentation entièrement animal[43]. L'ancienne forme animale de la divinité n'a jamais été remplacée par la nouvelle forme composite. C'est ainsi que chaque divinité égyptienne peut être représentée de différentes manières, aucune manière n'ayant définitivement chassé l'autre. Les différents modes co-existent à toutes les époques de l'Égypte antique. Le dieu Thot est ainsi figuré à l'image d'un babouin, d'un ibis ou d'un homme à tête d'ibis[44].
La déesse Hathor offre une gamme de représentations encore plus large. Elle peut apparaître sous la forme d'une vache, sous une femme (simplement accompagnée de son nom hiéroglyphique), plus rarement sous la forme d'une femme à tête de vache, sous la forme d'une femme coiffée d'une perruque ornée de cornes de vache avec le disque solaire, comme une vache surgissant d'une colline, sous le visage d'une femme vu de face mais avec des oreilles de vaches, sous la forme d'un arbre, d'une serpente, d'une lionne, etc[45].
Thoutmosis III tétant le lait de la déesse-sycomore.
Le bestiaire servant à représenter les dieux n'est pas extensible. Il se limite aux animaux qui vivaient dans la plaine du Nil lorsque l'iconographie divine s'est mise en place. L'éléphant, le rhinocéros et la girafe n'ont pas été divinisés. Ces espèces ont peuplé la vallée à une époque reculée, mais avec les variations du climat elles avaient déjà disparu lorsque le paysage religieux de l'Égypte antique s'est structuré. Quant au cheval ou au coq, ils ne furent introduits que très tardivement et n'ont donc pas joué un grand rôle dans l'imaginaire divin. Les seules représentations du cheval se limitent aux divinités étrangères du Moyen-Orient ; Astarté montant à cru un cheval par exemple[46]. Les Égyptiens ont observé le comportement des animaux et ont attribué aux différentes espèces des qualités qu'ils ont transposées au monde divin. Le scarabée poussant sa boule d'excréments est devenu Khépri le dieu poussant le disque solaire hors de la nuit[47]. Dans une horde de babouins, le mâle dominant se montre très paternaliste avec ses rejetons, surtout s'ils sont orphelins de mère. Le singe cynocéphale Thot a ainsi été figuré comme un maître sur une estrade dictant ses paroles à un scribe comme à un fils spirituel[48].
Khépri le scarabée ailé poussant le disque solaire.
statuettes de Thot, l'enseignant des scribes.
Anubis-chacal veillant sur le coffre canope de Toutankhamon.
Horus-faucon à Edfou.
Bastet la chatte.
Les phénomènes naturels, le cosmos, les lieux ainsi que les concepts abstraits ont très tôt été figurés comme des divinités à l'apparence humaine. La déesse Maât personnifie l'harmonie cosmique mise en place par Atoum le démiurge. Venu à l'existence au même moment Shou est la personnification du souffle de vie. Maât et Shou portent généralement une plume d'autruche sur la tête pour symboliser leur nature éthérée. Shou prend souvent l'aspect d'un homme en train de soulever Nout la déesse du ciel, pour la séparer de Geb le dieu de la terre qui sont eux aussi représentés à la manière anthropomorphe. Maât peut aussi apparaître dédoublée dans le Tribunal d'Osiris. Elle est alors rapprochée des deux sœurs Isis et Nephtys, personnifications du trône et du palais royal. D'autres forces à l'œuvre dans l'univers ont été personnalisées ; Sia l'intuition, Hou le verbe créateur ou encore Héka la magie. De ces trois, seul Héka semble avoir bénéficié d'un véritable culte[49].
Le Nil, les étendues d'eau et les poissons n'ont pas été divinisés ; peut être à cause d'un tabou. Seule la crue du Nil a bénéficié d'une représentation anthropomorphe. Sous l'aspect de Hâpy, la crue a pris l'apparence d'un homme obèse à la bedaine retombant sur la ceinture de son pagne, les mamelons pendant sur le thorax. Il transporte généralement une table d'offrande et le fourré de papyrus placé sur sa tête le met en lien avec les zones humides où stagnent les eaux limoneuses et fertiles de la crue[50].
Certains lieux remarquables ont aussi bénéficié de la personnalisation ; les Égyptiens ont en effet perçu la présence du divin en certains lieux. Le piton rocheux qui surmonte la nécropole de Thèbes a été vu comme étant la déesse Meresgert « Celle qui aime le silence »[51]. Si beaucoup de représentations la montrent comme une femme avec la coiffure traditionnelle de Hathor (corne de vache et disque solaire), dans le village de Deir el-Médineh sa forme habituelle est le cobra[52]. Après la défaite des Hyksôs, la ville de Thèbes fut vue comme une déesse armée d'un arc, d'une massue et d'une lance. Même les secteurs d'agglomération ont pu être divinisés. Sous la XVIIIe dynastie, la nécropole thébaine située sur la rive orientale, en face du temple d'Amon de Karnak, est devenue la déesse Khefethernebes, « Celle qui est en face de son maître »[53].
La divinité figurée sous la forme composite adopte le plus souvent un corps humain surmonté d'une tête animale. De plus, pratiquement toutes les divinités composites portent une longue perruque tripartite, deux parties des cheveux tombant sur le torse et une troisième partie dans le dos. Cette perruque sert de transition entre le corps humain et la tête animale. L'animal peut être un mammifère (vache, lion, chien), un oiseau (faucon, vautour, ibis), un reptilien (crocodile, serpent) voire un batracien (grenouille)[54].
Ce système comporte pourtant quelques exceptions. La forme animale du dieu Khépri est le scarabée. Sa forme composite ne se limite pas à montrer la tête de l'insecte mais son corps entier, tel un visage[55]. Le démon de la Douât « Celui qui enchaîne » est quant à lui représenté comme un homme avec deux boucles d'une corde en guise de tête mais sans perruque tripartite[56]. La déesse Serket est entièrement figurée comme une femme, son animal la nèpe (punaise des étangs) étant placé au-dessus de la tête[57]. Quant à la déesse Bastet, sa tête de chatte peut se trouver dépourvue de sa perruque tripartite.
La forme composite fusionnant un corps animal et une tête humaine n'est pas la plus courante. Cette combinaison s'applique surtout dans les cas où l'humanité aspire à entrer dans le monde divin. L'exemple le plus connu est le sphinx égyptien ; corps de lion et tête humaine. Mais cette représentation renvoie plus vers le pharaon que vers une divinité en tant que telle. L'autre combinaison de ce genre s'applique pour l'âme-Bâ, une des composante de l'être selon les Anciens Égyptiens. Nous nous trouvons ici avec un corps d'oiseau avec une tête humaine. Certaines représentations montrent le Bâ avec deux bras humains dans le geste d'adoration[58].
Les divinités égyptiennes sont rarement figurées comme des êtres monstrueux. Les combinaisons de différents animaux entre eux ou les combinaisons qui mêlent le corps humain avec plusieurs animaux sont réservées à un cadre très limité de divinités liées au concept de la marginalité (limite civilisation / monde désertique ; naissance / mort). La figuration paniconique (ou panthée, ou syncrétique) est une addition de formes et de symboles, chaque partie étant vue comme une des nombreuses facettes du monde divin. La plus célèbre divinité paniconique est l'animal de Seth, qui combine plusieurs animaux évoluant dans le désert. Dans le tribunal d'Osiris, sous la balance de la pesée des cœurs est représenté une autre figure paniconique, Ammit la dévoreuse des impies, dont le corps est une hybridation de crocodile, de lion (ou léopard) et d'hippopotame[59].
Les ivoires magiques sont des objets plus particulièrement utilisés durant les Moyen et Nouvel Empires. Leur fonction est apotropaïque et tous visaient à éloigner le mauvais sort des femmes en couches. Fabriqués à partir de canines d'hippopotames, les ivoires se présentent comme des croissants d'à peu près cinquante centimètres de long sur cinq de large. De nombreuses divinités protectrices sont figurées incisées sur les deux tranches ; griffons à corps de lion et tête de faucon, Aha sous la forme de Bès, divinité léonines empoignants des serpents, hippopotames gravides, léopard à cou de serpent, cobras ailés à têtes humaines, etc[60].
Durant la Basse époque égyptienne et l'occupation romaine, dans le cadre des pratiques magiques, ces figurations se sont multipliées et complexifiées. Les dieux comme Bès ou Tithoès peuvent être vus comme le summum de cette hybridation ; addition d'ailes, de serpents sur les articulations (genoux, coudes, etc), addition de couronnes[61].
Mis à part les dieux momiformes comme Min, Ptah et Osiris, les divinités portent uniformément le même costume ; les vêtements ne permettent donc pas de distinguer un dieu d'un autre. Cependant la différence sexuelle est bien marquée, les illustrations ne mêlant pas les apparences masculine et féminine. L'exception la plus notable à cette règle concerne la déesse Mout ithyphallique des vignettes du chapitre 164 du Livre des Morts[62]. Le vêtement des divinités masculines est resté le même tout le long de l'histoire de l'Égypte antique. Sa forme fut fixée sous la IIe dynastie et il consiste en un pagne court. le torse peut être nu ou recouvert d'une tunique à bretelles. Les divinités féminines portent une longue robe maintenue par des bretelles, très cintrée, les seins nus. Les divinités adoptent toujours l'attitude de la marche, une jambe en avant, mais ne portent pas de sandales. La nudité complète ne s'applique qu'aux divinités enfants comme Harpocrate (Horus enfant) ou Néfertoum (jeune soleil). La nudité s'applique aussi à la déesse Nout mais seulement quand elle est figurée comme la voûte céleste[63].
Tout comme le vêtement, la couronne n'est pas vraiment un signe distinctif ; aucune couronne n'étant réservée à un dieu en particulier. Les éléments de ces régalia rappellent la nature de ceux qui les portent ; hautes plumes, disque solaire, cornes de bovin ou d'ovin. À partir du Nouvel Empire, les couronnes se complexifient, se mêlent et fusionnent entre elles[64]. Les couronnes des dieux principaux restent cependant stables ; le bonnet de Ptah, l'atef d'Osiris ou les plumes d'Amon[65].
L'Égypte antique a été subdivisée en une quarantaine de nomes ou districts. Au cours de l'histoire, leur nombre et leurs frontières ont varié. Sous les Ptolémées, en accord avec d'antiques traditions, on considère le royaume comme un Double-Pays divisé en quarante-deux nomes ; vingt-deux pour la Haute-Égypte et vingt pour la Basse-Égypte. Le pouvoir pharaonique a plus ou moins bien contrôlé ces districts au cours de l'histoire. Les élites régionales ou nomarques ont été soit de loyaux fonctionnaires royaux soit des potentats plus ou moins autonomes[66].
Les nomes ont été la base d'une cartographie sacrée ; le découpage du Double-Pays résultant de la volonté du dieu créateur. Chaque nome a disposé de son emblème constitué par un pavois sur lequel était juché la représentation d'un fétiche, manifestation visible de la divinité locale. Les multiples croyances issues des temps préhistoriques furent continuellement réinterprétées et réorganisées au sein des temples des grandes métropoles, chaque nome disposant d'une grande divinité locale ; Khnoum à Éléphantine, Amon à Thèbes par exemple. Les spéculations théologiques ont aussi abouti à ce que chaque dieu local dispose d'une divinité parèdre, d'une relique osirienne, d'un ou de plusieurs arbres sacrés, mais aussi de lieux et de fêtes sacrés. Les fétiches sur les pavois emblématiques peuvent être considérés comme les plus anciennes divinités des nomes ; les témoins des plus anciens cultes. Le plus grand nombre de ces dieux-fétiches a lentement disparu des traditions religieuses, leur souvenir s'effaçant peu à peu. À Dendérah, le crocodile Iq s'est effacé devant Hathor, à Héracléopolis l'arbre Nâret cède devant Hérishef, à Athribis le taureau noir Kemour s'associe à Khentykhety, à Edfou le faucon des origines a été réinterprété comme étant le dieu Horus[67]. Ce n'est qu'à partir de la Basse époque que les mythes, panthéons et interdits locaux furent systématisés. On dispose ainsi pour le XVIIe nome de Haute-Égypte d'une monographie religieuse centrée autour du dieu Anubis. Ce texte rédigé à l'époque ptolémaïque est actuellement conservé par le musée du Louvre et connu sous le nom de Papyrus Jumilhac[68].
Mais on ne peut pas limiter l'histoire de la religion locale égyptienne à une simple addition de zones géographiques, chacune ayant eu sa propre histoire. Dans les premiers temps, cette classification locale n'a pas joué un grand rôle. Quand certains cultes locaux apparaissent, leurs divinités ne sont pas provinciales mais déjà nationales. Dès son apparition, Osiris est très largement diffusé et on ne peut réduire ses origines à une simple divinité locale adorée par une poignée de nomades à Busiris dans le delta du Nil. Il en va de même pour des divinités comme Rê, Ptah ou Khnoum. Durant l'Ancien Empire, la topographie locale ne tient pas un grand rôle. Les dieux ne semblent pas liés à un point donné du territoire. Le clergé des dieux locaux ne se constitue que vers la fin de la Ve dynastie. Les grands temples locaux ne font leur apparition que sous les Moyen et Nouvel Empires[69].
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Papyrus Jumilhac. Époque gréco-romaine. Musée du Louvre.
Le couple divin avec sa dualité sexuelle est la configuration divine la plus répandue ; Osiris et Isis étant perçu comme le couple par excellence. Les Textes des Pyramides mettent déjà en scène le martyre d'Osiris et les lamentations d'Isis sa sœur-épouse. Dès cette époque, leur fils, le dieu Horus combat Seth pour venger l'assassinat de son père. À partir du Nouvel Empire, il se produit dans toute l'Égypte un effort de systématisation des relations divines. La base de cette réflexion est la triade formée par Osiris et Isis, père et mère d'Horus le dieu enfant. Chaque théologie locale réunit trois divinités complémentaires entre elles. La triade résume symboliquement le cycle du renouvellement des forces vitales à l'œuvre dans l'univers. Le plus souvent le dieu-enfant est la forme jeune du dieu-père[70].
À Memphis, les divinités Ptah et Sekhmet ont d'abord été vénérées séparément. Mais la deuxième devient la parèdre du premier, et Néfertoum leur est adjoint comme dieu-enfant. À Thèbes, sous la XVIIIe dynastie, le dieu Amon est rapproché de la déesse Mout et le dieu Khonsou devient leur rejeton. Le plus souvent, l'enfant de la triade est un dieu masculin mais il est possible de rencontrer des triades avec un rejeton féminin comme à Éléphantine où le couple Khnoum et Satis ont été considérés comme les parents de la déesse Anoukis.
À Esna, le même Khnoum est mis en couple avec la déesse Nebètou (forme favorable de la lionne Menhyt) avec le dieu Héka pour enfant. À Médamoud, Montou le faucon belliqueux a été vu comme le compagnon de Rattaouy la forme féminine de Rê et comme le père de Harprê « Horus le Soleil »[71]. À Edfou, les divinités Horus et Hathor sont les parents de Harsomtous[72].
La classification théologique la plus importante est l'Ennéade. Le terme en égyptien ancien est pesedjet forgé sur pesedj désignation du nombre cardinal neuf. L'ennéade est donc la forme intensifiée du pluriel, neuf étant égal à trois fois trois. Ce groupe de dieux, pesedj signifie aussi « escorte lumineuse », apparaît pour la première fois dans la théologie de la ville de Héliopolis. Dès la fin de l'Ancien Empire, les Textes des Pyramides offrent la liste complète des neuf dieux:
« Ah Atoum, place ta sauvegarde sur ledit Mérenrê, sur cette construction et sur cette pyramide afin que tu puisses empêcher que survienne toute chose contre lui en mal pour toujours et à jamais comme est placé ta prévenance sur Chou et Tefnout ! Ah grande Ennéade qui es dans Héliopolis, Atoum, Chou, Tefnout, Geb, Nout, Osiris, Isis, Seth, Nephtys ! Enfants d'Atoum, rendez-le heureux pour son enfant en votre nom de "Les Neuf Arcs" ! »
— Textes de la pyramide de Mérenrê Ier. Chap.600, §§1654a-1655c. Traduction de Claude Carrier[73].
Le concept de l'Ennéade a probablement remplacé celui de la Corporation divine, khet en Égyptien ancien ; sans doute au moment où les souverains de la Ve dynastie ont placé le dieu solaire Atoum-Rê au cœur de leur idéologie religieuse. Auparavant les rois des IIIe et IVe dynasties se réclament encore de la Corporation divine dans leurs titulatures, tels les rois Djéser, Sekhemkhet et Mykérinos. Contrairement à la Corporation divine, l'Ennéade d'Héliopolis est plus qu'un simple groupement de divinités indéfinies. L'Ennéade évoque la constitution de l'univers et les premières générations issues du dieu créateur. Atoum est le dieu issu des eaux du Noun, le chaos originel. Grâce à ses enfants Chou et Tefnout, Atoum devient Rê le soleil. De ces deux jumeaux naît la génération suivante, Geb la terre et Nout le ciel dont sont issus Osiris et Isis ainsi que Seth et Nephtys.
L'ennéade n'est pas un concept figé. Durant le Nouvel Empire égyptien, le dieu Seth en est chassé et remplacé par Horus. Les ennéades qui ont été composées après celle d'Héliopolis n'ont pas nécessairement regroupé neuf divinités. L'ennéade de Thèbes est plus large et compte quinze divinités, tandis que celle d'Abydos est plus restreinte avec ses sept divinités membres. L'Ennéade d'Abydos nous est connue par un discours du roi Thoutmosis Ier gravé sur une stèle découverte à Abydos :
Tête colossale de Thoutmosis Ierconservée au British Museum« Ma Majesté a aussi ordonné que l'on façonnât (des statues de) la grande Ennéade qui réside en Abydos. Chacun (des dieux qui la composent) est appelé par son nom :
mystérieux et splendides étaient leurs corps. Leurs pavois étaient en électrum. Ils étaient plus durables que ceux qui ont existé auparavant ; ils étaient plus magnifiques que ce qui vient à l'existence dans le ciel. Ils étaient plus cachés que l'état de la Douat ; ils étaient plus considérables que les habitants du Nouou. »
— Stèle de Thoutmosis Ier. Musée égyptien du Caire. Traduction de Claire Lalouette[74].
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Ennéade Pesedjet |
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